THE  J.  PAUL  GETTY  MUSEUM  LIBRARY 


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MEMOIRES 


POUR 


L’HISTOIRE 

DES  SCIENCES 

H  T 

des  beaux  arts. 

Janvier  1716.  ' 

'  :  f 


« 


•*  •  •*  -  \  •  V* 

•Ç  MEMOIRES.  Q3^ 

commencé  au  Mois  de  Janvie: 
1 70 1 .  &  fe  vendent  1 5  f.  le  moi 
en  blanc,  &c  broché  1 6  f. 


Année 

1701. 

9.  voL 

— 

1701. 

II.  V. 

- - 

• 

ri-v 

0 

M 

II.  V. 

■  ■  ~ 

I7°4. 

1  3.  V. 

— 

1705. 
170  6, 

II.  V. 

1 1.  v. 

— 

1707. 

II.  V. 

— 

1708. 

II.  V. 

— 

170 9- 

1 1.  V. 

— 

1710. 

11.  y. 

— 

1711. 

11.  v. 

— 

1711. 

II.  V. 

— 

1713- 

II.  V. 

— 

1714- 

II.  V. 

— — 

I7M. 

11.  y. 

171^. 

1.  V. 

On  trouve  à  Paris  cher*  E.  Ganeau  It 
Journaux  de  Verdun  depuis  Leur  commenc 
ment  jufyuà  prefent  ,  tins  Us  mois 
débité  les  nouveaux. 


i 


MEMOIRES 

POUR  tfeSu_ 

L’HISTOIRE 

Des  Sciences  &  des  beaux  Arts. 

Recueillis  par  l’Ordre  de  Son  Alteffe 
Serenijjime  Monfetgnem  Prince 


A  TREVOUX, 

~hez  Etienne  G  a  ne  au, 
Lib  raire  de  Paris,  &  Directeur  de 
l'Imprimerie  de  S.  A.  Sercniflime 
Monfeigneur  Prince  Souverain  de 
Dombes. 


i 


M.  D  CCXV, 

Avec  Privilège  &  Approbation* 


MEMOIRES 


pour  l* histoire 

■  des  Sciences  &  des  beaux  Arts. 
Janvier  171 6. 

Article  I. 

G.  G.  L.  D  E  ORIGINE 
Francorum  Difquifitio.  CefH- 
dire,  Recherche  de  L'origine  des  Fran¬ 
çois  ,  par  Godefroy  Guillaume  3  Ba¬ 
ron  de  Leibnits .  A  Hanovre  ,  chez 
Nicolas  Forefter  1716.  in  iz.  pa¬ 
ge*  44- 

O  us  ceux  qui  étudient 
l’hiftoire  de  ‘France  ver¬ 
ront  avec  plaifirun  génie 
,  .  iupérieur,un  Critique  du 
premier  ordre  ,  s’occuper  à  en  dé¬ 
brouiller  les  commencemens  qui 
Jonc  obfcurs  dans  toute  l'hiftoire. 
A^r-  le  Baron  de  Leibnits >  fi  révéré 
Janvier  j7  16.  A  iij 


I  Mémoires  pour  l'Hi/îoire 
en  France  ,  devoit  aflurément  à  la 
France  ce  tribut  de  fon  efprit  &  de 
fa  capacité  ,  nôtre  nation  fera  da¬ 
tée  agréablement  de  ce  qu’un  li 
grand  homme  veut  avoir  une  patrie 
commune  avec  nous.  C'eft  des  riva¬ 
ges  de  lamer  Baltique  ,  &  des  bords 
de  roder  ,  qu'il  fait  fortir  les  Fran¬ 
çois  :  il  prétend  que  les  fçavans  Au¬ 
teurs,  qui  ont  comme  lui  recherché 
l’origine  de  cette  nation  ,  ont  pris 
les  païs  où  elle  s’td  arrêtée  en  avan¬ 
çant  vers  les  Gaules  pour  fa  premiè¬ 
re  demeure;  que  la  fable  qui  fait 
venir  les  François  de  Troye  ,  n'a  de 
fondement  que  dans  le  nom  de  Pha- 
ramond  ,  corrompu ,  &  abrégé  en 
Tbaramus ,  Phramus ,  Pramus ,  Pria- 
mus  ;  &  Prïamus  eft  placé  dans  la 
Chronique  de  Profper  Tircn ,  com¬ 
me  un  ancien  Roi  des  François. 
Deux  Hiftoriens  François  ,  l'Au¬ 
teur  du  livre  GeJIa  Reoum  Francorum , 
&  l'Auteur  de  la  vie  de  Sigebert ,  font 
ce  Priamus  ,  ou  Pramus,  perede 
Marcomir  ,  &  grand  pere  de  Pha- 
•ramond  :  les  petits  fis  dans  la  fuite 
des  Rois  de  France  portent  aiïez  fou- 
vent  le  nom  de  leur  grand  pere.  Cet- 
janvier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  3 

te  obfervation  confirme  la  conjec- 
ture  de  Mr.  de  Leibnits  ,  &  rend 
vraifemblableque  Pharamond  eft  le 
vrai  nom  delaricien  Roi  François 
nommé  Priam  dans  la  Chronique 
de  Profper  Tiran.  Par  une  meprife 
pareille  on  a  donné  le  nom  d'An- 
chife  à  Anfgife  fils  d'Arnoul  Evê¬ 
que  de  Mets  ,  dont  les  Carlovin- 
giens  font  fortis. 

Aprèsavoir découvert  les  fonde- 
mens  ruineux  de  l’origine  Troy en¬ 
fle  des  François ,  notre  Auteur  re¬ 
jette  le  fentiment  du  P.  Laccary, 
qui  leur  donne  pour  ancêtres  les 
Gaulois  conduits  par  Sigovefe  dans 
la  Germanie,  où  ilss'établirent  ;  cet¬ 
te  idée  du  P.  Laccary  nJeft  établie 
fur  aucune  preuve  ,  dit  nôtre  Au¬ 
teur.  Le  Géographe  de  Ravenne  a 
fait  naître  à  Mr.  de  Leibnits  la  pen- 
fée  qu'il  propofe.  Cet  Auteur  im¬ 
primé  d'abord  p2r  le  R. P.  Dom  Pla¬ 
cide  Porcheron  Benedidin ,  &  de¬ 
puis  à  Leïde  par  Gronovius  avec 
Mêla  ;  cet  Auteur  inconnu  que  Mr. 
de  Leibnits  croit  Goth  ,  parle  ainfî 
du  pais  des  François  Livre  premier 
chapitre  onzième,  Ouarta  ut  hora 
janvier  1716.  A  iiij 


4  Mémoires  peur  Vhiftoire 
noftis  Normannorum  eft  patria  qu&  eft 
Dama  ab  anttquis  ,  eu  jus  ad  front  eut 
Albes  vel  patria  Albis  Aiaurungariia 
certiffimè  antiquisdicebatur  fin  qua  pa¬ 
tria  Albis  per  multos  annos  Francorum 
line  a  remorata  eft.  La  Maurunganie  , 
ou  Maurungarie  de  l’Anonyme  de 
Ravenne  eft  la  Mauringie  de  Paul 
Diacre  ,  la  Pomeranie  dont  le  nom 
vient  de  l’Efclavon  Pomoriz,ane  pro~ 
che  la  mer  y  &  le  nom  Latin  du  Teu¬ 
ton  ique  Moring,  païs  maritime  félon 
nôtre  Auteur.  Ermoldus  Nigellus, 
Ecrivain  François  ,  donne  à  fa  na¬ 
tion  la  même  origine  dans  un  poë- 
me  dédié  à  Louis  le  Débonnaire, 
qui  n’eft  pas  encore  imprimé  ;  il  y 
aflure.que  les  François  viennent  des 
Danois. 

hic  populus  porro  veteri  cognomint 
Dani 

Ante  vocabantur  &  vocitantut 
adhuc , 

Vnde  genus  Francis . 

Mr.Leibnits  recherche  ici  l'ori¬ 
gine  des  Danois  pour  mieux  faire 
fentir  le  rapport  de  ces  deux  témoi¬ 
gnages.  Il  prétend  qu'ils  ont  tiré 
Janvier  1716 . 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  5 

leur  nom  du  fleuve  Dacna  ,  qu’on 
nomme  aujourd’hui;  Leyder  ,  & 
qu'il  refte  des  vertiges  de  l’ancien 
nom  de  cette  riviere  dans  les  noms 
Latins  de  la  ville  de  Tonningon, 
Dacninga ,  Donia,  Notre  Auteur  ap¬ 
puyé  de  l’autorité  du  Géographe 
Goth  ,  &  du  Poète  François ,  place 
la  patrie  ancienne  des  François  en¬ 
tre  Leyder  &  la  Peene  jufqu’au  delà 
de  l’Oder,  fur  les  côtes  de  la  mer 
Baîthique  dans  le  Holrtein  ,  la  Po¬ 
méranie  ,  les  Duchez  de  Lauvem- 
bourg ,  &  de  Mekelbourg,  là  où 
Tacite  met  lesReudignes  ,ou  Deu- 
ringes  ,  les  Avions  ,  Cavions  ,  ou 
Chaibons ,  les  Anglois  ,  les  Varnes  5 
les  Cudofes.  Il  croit  que  fous  Marc • 
Aureleune  Colonie  tiréede  ces  peu¬ 
ples  ,  des  Herules ,  des  Rugiens,  des 
Danois ,  des  Jules  ,  des  Cimbres , 
&  des  Saxons ,  fortit  de  ce  païs ,  & 
fous  le  nom  de  Francs  *,  c’eftà  dire  , 
libres,  s’avança  dans  les  païs  rttuez 
entre  l’Elbe  &  le  Vefer.  Il  tourne  en 
preuve  de  Ton  opinion  ce  qu’ont  dit 
quelques  Ecrivains,  que  les  Fran¬ 
çois  venoient  du  Palus  Meotide. 
Adam  de  Breme  foupçonne  que  les 
t  Janvier  17 1 6,  A  y 


•  6  Mémoires  pour  l'Hifloire 
Romains  ont  confondu  la  mer  Bal- 
thique  &  le  Pa’us  Meotide,  &  Pro- 
cope  en  effet  paroit  les  confondre. 
Mr.  de  Lcdbnits  hazarde  encore 
une  conjedure.  Il  eff  polTîble  ,  dit- 
il  ,  qu’on  ait  donné  au  païs  qu’arro- 
fe  la  Peenne  ,  Parus ,  le  nom  de  Pan¬ 
nonie  ,  &  que  l’équivoque  du  nom 
ait  fait  croire  que  les  François  vien¬ 
nent  de  la  grande  Pannonie  ,  aujour¬ 
d'hui  Hongrie. 

La  fécondé  demeure  des  François 
a  été  la  contrée  renfermée  entre 
Y  Elbe  &  le  Vefel.  Nôtre  Auteur  le 
montre  par  la  préface  de  la  loi  Sa îi- 
que.Vendelin  ,  qui  ne  l'a  pas  enten¬ 
due  ,  a  pris  de  vieux  mots  Tudef- 
ques  pour  desnoms  propres  de  vides 
&  de  bourgs,  &  il  s’ell:  imaginé  avoir 
trouvé  ces  bourgs  &  ces  villes  dans 
le  Brabant  &  les  païs  voifins.  Mr. 
jean  George  Eccard  donnera  incef- 
famment  une  nouvelle  édition  de 
3a  loiSalique  fur  l'édition  d’Hevold, 
revûë  &  conféré  avec  des  manuf- 
crits,  &il  découvrira  les  erreurs  de 
Vendelin. 

Les  noms  de  Salagaft  ,  Bodegaft  , 
Vifogaft,&  Vindogaft, qu’on  lit  dans 
Janvier  171 6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  y 
cette  préface  ,  ne  font  pas  des  noms 
propres.  Gaft,  feîon  Mr.  de  Leib- 
nits,  lignifie  hôte  envoyé,  &:  peut  être 
habitant  des  bords  du  Sal  j  alnfi  Sa- 
lagaft  lignifie  envoyé  des  habitans 
des  bords  du  Sal.  Il  faut  expliquer 
les  trois  autres  noms  de  la  même 
maniéré. Ces  mots  lignifient  les  4  dé¬ 
putez  des  principales  habitations  des 
François.  Salagavefur  le  Sala,  riviere 
de  Franconiequi  fe  jette  dans  le  Mein; 
Boda  gerefur  le  Boda,fieuvequi  cou¬ 
le  au  bas  des  monts  Hertziques  ;  Vj- 
fbgave  fur  le  Vifer  ,  Vindogave,  fur 
lUnftraut  ,  fleuve  de Thqringe  ap¬ 
pelle  autrefois  Vindrifta.  FJienanus  * 
dans  fes  notes  fur  Tacite  ,  prend 
aufli  ces  quatre  nomspour  desnoms 
de  dignitez;  mais  il  ne  les  explique 
pas  comme  Mr.  de  Leibnits  ;  gtft, 
félon  lui,  lignifie  Gouverneur  3  prx- 
fettus,  La  fécondé  demeure  des  Fran¬ 
çois  comprenait  ,  félon  notre  Au¬ 
teur  ,  le  Duché  de  BrunfvÎK  ,  FE- 
veché  de  Halberflad  ,  la  FlelTe  ,  la 
Thuringe  ,  &  une  partie  de  la  Fran- 
conie.  Leur  Etat  avoitpour  limites , 
au  midi  le  Mein  ,  au  nord  les  monts 
Hertziques  ,  au  çouchant  le  Vefer  , 
janvier  iji6,  A  vj 


8  Mémoires  pour  f  Ht  flotte 

à  l’orient  le  Sali,  riviere  de  Thurîtt- 
ge  qui  tombe  dans  l’JBlbe.  Là  ils  fe 
mêlèrent  aux  Cheruques,  aux  Cal- 
tes  ,  aux  Lombards  ,  aux  Hermun- 
dures.  Prêts  de  la  quitter  ,  ils  firent 
la  loi  Salique  ,  dont  nous  avons  une 
verfion  Latine  faite  après  leur  éta¬ 
bli  ffe  ment  dans  les  Gaules. 

Leur  troifiéme  demeure  ,  dit  no¬ 
tre  Auteur,  fut  la  baffe  Hefle  ,  le 
Veterau,  la  Veftphalie  ,  ils  s’y  mê¬ 
lèrent  aux  Sicambres,  aux  Bru&e- 
res  ,  aux  Chamanes ,  aux  Amfiva- 
riens,  &  commencèrent  à  faire  des 
courfes  jufqu’au  Rhin  qui  les  firent 
connoître  des  Romains.  Aurclien  ^ 
qui  fut  depuis  Empereur,  rempor¬ 
ta  fur  eux  quelques  avantages  i  ce¬ 
pendant  la  partie  de  ce  peuple  qui 
n’avoit  pas  quitté  leur  fécondé  de¬ 
meure  en  fut  chaffée  par  les  Thu- 
ringiens  ;  les  François  qui  l’avoient 
quittée  s’étendirent  jufqu  a  l’Océan, 
&  joints  aux  Bataves  &  aux  Frifons, 
ils  exercèrent  la  piraterie  avec  fuc- 
cez  ;  ils  fe  rendirent  maîtres  des  co¬ 
tes  d’Efpagne  ,  &  de  l’Arragon  ,  8c 
furent  la  terreur  des  mers  ,  jufqu  a 
ce  que  les  Saxons  tes  chaffçKnt  df 
Jcmyiçr 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  5» 

la  Hollande  ,  c’eft  Zofime  qui  nous 
l’apprend. 

Les  François  au  commencement 
du  régné  de  Theodofe  le  Grand 
fe  réiinirent  fous  un  feul  Roi  ,  &C 
leur  fortune  prit  alors  une  nouvelle 
face.  L’ancien  Pharamond  régna  fur 
toute  la  Nation  depuis  Mayence 
jufqu’aux  confins  de  la  Hollande» 
c’eft  là  que  la  tableancienne  publiée 
par  Peutinger  met  la  France.  Clo- 
dion  fon  arriéré  petit  fils  pénétra 
dans  la  Belgique  jufqu  a  Arras. 

Nôtre  fçavant  Auteur  infinuè*  en 
finiffant ,  que  Meroüée  n’étoit  pas 
fils  de  Clodion  ,  &  qu’il  ne  tenoit  a 
la  famille  royale  que  par  les  fem¬ 
mes  ,  quoique  l’Auteur  de  Gefla  re¬ 
quin  Francorum  ,  dife  qu  il  defeen- 
doit  de  Clodion  ,  De  généré  Clodtonis. 
Les  Carlovingiens ,  félon  lui  ,  vien¬ 
nent  du  fils  de  Clodion  ,  qui  chatte 
par  fon  frere  eut  recours  aux  Ro¬ 
mains  ,  &  époufa  une  Romaine  „ 
comme  Sidonius  1  écrit. 

Enfin,  Mr.  de  Leibnits  fe  décla¬ 
ré  pour  Mr.  de  Valois  contre  le 
P.  Daniel  ,  fur  les  Arboriques  de 
Procope  :  l’autorité  de  ZqÛŒW» 
f  mien  71G 


*0  Mémoires  pour  l'Hi foire 

paroit  meure  hors  de  doute  que  ce 
font  les  Armoricains. 

Article  Iî. 

REFLEXIONS  DV  PERE 
Tournemine ,  ^e fuite ,  fur  la  Diffcrta- 
t'ion  de  M%  de  Leibnits ,  touchant  l'o¬ 
rigine  des  François . 

SI  le  nom  de  quelque  Auteur 
exemptoit  Tes  opinions  de  l'exa¬ 
men, ce  fcroit  celui  de  M.de  Leibnits. 
L'érudition  valle  &  Lcfprir  géomé¬ 
trique  ,  prefque  toujours  féparez  ,  fe 
font  réiinis  dans  ce  grand  homme  , 
mais  il  n’approuveroit  pas  lui-mcme 
qu’on  l’exceptât  de  la  loi  commune, 
qu’on  fe  lailîât  impofer  par  fa  répu¬ 
tation,  qu’on  fe  rendît  non  à  fes  preu¬ 
ves,  mais  à  fon  nom.  Je  fuis  fur  de 
lui  plaire  ,  en  lui  propofant  les  difti- 
cultez  qui  m’empêchent  de  foufcrire 
à  fes  conjectures  fur  l’origine  des 
François  ,  &  à  ne  pas  rejetter  l’opi¬ 
nion  qui  nous  donne  une  origine 
Gauloife. 

Il  prouve  que  les  François  font 
originaires  du  Holflein  &  de  la  Po¬ 
méranie, par  un  témoignage  du  Geo** 
janvier  1716 1 


i 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts  j  i 

graphe  de  Ravenne,  par  l’autorité 
du  Poète  Nigellus,  &  en  joignant  les 
pafTages  de  difterens  Auteurs  ,  dont 
les  uns  difent  que  les  Anciens  ont 
quelquefois  confondu  la  mer  Bal- 
thique  &  le  Palus  Meotide  ,  les  au¬ 
tres  font  venir  les  François  du  Palus 
M-'Otide.  Cette  troilîéme  raifon  ne 
peut  fubflfter  feule,  c'eft  une  pure 
conje&ure  ,  qui  difparoît,  quand  on 
fait  reflexion  que  les  Auteurs  qui 
ont  cherché  l’origine  des  François 
vers  le  Pont  Euxin  &  le  Palus  Meo¬ 
tide  ,  ont  un  fondement  de  leur  opi¬ 
nion  plus  apparent  que  celui  que 
M.  de  Leibnits  leur  attribue.  Probus 
tranfporta  dans  ces  régions  un  grand 
nombre  de  François  ;  dégoûtez  de  ce 
féjour  ils  s’emparèrent  de  quelques 
vaifleaux,  ils  en  bâtirent,  &  après 
avoir  ravagé  les  cotes  de  l’Afie  &  de 
la  G  réce,  pris  Syracufe,  fait  trem¬ 
bler  l’Afrique  ,  ils  revinrent  par  le 
Detroit  de  Gibraltar  dans  l’Océan  , 
abordèrent  dans  la  Gaule  Belgique , 
&  ayant  pafle  le  Rhin  retournèrent 
dans  la  Thuringe  joindre  leurs  com¬ 
patriotes  ,  qui  conquirent  depuis  les 
Gaules. 

Janvier  171 6, 


1 1  Mémoires  pour  l’H  'tflohe 

Il  efl  aufli  facile  d’ôter  à  M.  de 
Leibnits  Tautorité  de  Nigellus.  Ce 
Poëte  dit ,  il  eft  vrai ,  que  les  Danois 
font  les  Ancêtres  des  François  ,  unde 
genus  Francis ,  mais  parle-  t’il  des  Da¬ 
nois  demeurant  dans  le  Holftein  ? 
Nullement  :  il  y  avoit  long-tems 
qu’ils  n’y  étoient  plus,  li  même  ils  y 
ont  jamais  été  ;  il  parle  des  Danois 
habitans  du  Dannemark  defcendans 
des  anciens  Cimbres  ;  le  nomdeSi- 
cambres  donné  aux  François, a  fufti 
pour  faire  croire  à  Nigellus  que  les 
François  venoient  des  Cimbres. 

Il  ne  refte  plus  pour  appuyer  la 
nouvelle  découverte  que  le  paiïage 
du  Géographe  de  Ravenne  ,  foible 
appui  ;  l’autorité  d’un  Ecrivain  fi 
ignorant  &  li  barbare  ne  fçauroit 
être  d'un  grand  poids.  Il  vivoit  au 
plutôt  dans  le  feptiéme  fiécle,  &  les 
méprifes  font  aufli  fréquentes  que 
fon  ftile  eft  groflier  &  défectueux  $ 
quand  il  diroit  clairement  ce  que 
NI.  de  Leibnits  croit  qu’il  a  dit  ,  on 
pourroit  en  douter  j  mais  il  s’en  faut 
beaucoup  qu’il  ne  le  dife  clairement:, 
il  ne  le  dit  point,  il  dit  le  contraire, 
in  qua  patria  Albis  per  multos  mms 

Jmitr 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  12 

j 

Trancorum  line  a  remorata  eft.  M.  de 
Leibnits  confond  les  lignifications 
de  morarï  &  n  morarï  ;  elles  font  très- 
differentes  ;  morarï  fignifi z  demeurer  î 
remorari  fignifie  arrêter ,  retenir ,  s'op* 
pofer,  empêcher  d'aller  plus  loin,  M.  de 
Leibnits  prend  linea  Francorum  pour 
les  ancêtres  des  François  ;  il  ne  trou¬ 
vera  pas  un  feul  exemple  d'une-fig- 
nification  fi  inufitée ,  linea  fignifie  la 
ligne  des  defcendans ,  ou  dire&e ,  ou 
indirecte  $  mais  elle  ne  fignifie  nulle 
part  les  ancêtres  en  general ,  moins 
encore  les  ancêtres  de  toute  une  na¬ 
tion.  Voyons  fi  en  confervant  aux 
mots  leur  fignification  naturelle  le 
fens  de  ce  pairage  fera  favorable  à  la 
conje&ure  de  M.  de  Leibnits  ;  linea 
fignifie  fouvent  extrémité  ,  bornes , 
frontières ,  prenons  le  dans  ce  fens9 
prenons  remorari  dans  fa  vraye  ligni¬ 
fication  ,  pour  arrêter  ,  retenir ,  em¬ 
pêcher  de  s'étendre  plus  loin ,  &  tradui¬ 
rons  ainfi  le  Géographe  de  Ravenne. 
C es  pais  fituez,  fur  les  bords  de  l’Elbe  ont 
long-tems  été  les  Imites  où  les  François 
ont  été  arrêter  fans  étendre  plus  loin 
leurs  conquêtes.  Le  Géographe  de  Ra- 
yenne  ainfi  expliqué  nous  apprend 
Janvier  1716. 


r4  Mémoires  pour  ÏHijîoire 

un  fait  certain ,  dont  M.  de  Leibnits 
même  convienr ,  que  l'Elbe  étoit  la 
frontière  du  païs  occupé  par  les  Fran¬ 
çois  au  milieu  de  l’Allemagne.  Voilà 
ià  découverte  dans  l’état  où  il  a  crû 
qu’étoit  l’origine  Gauloife  des  Fran¬ 
çois  ifine  autbore ,  fine  argumento  ,fans 
autorité,  fans  preuve.  11  a  dit  de  cet¬ 
te  OjSinion  ,  dont  il  attribue  l'inven¬ 
tion  au  Pere  Laccary,  fçavant  Jé- 
fuite  ,  que  ce  n’étoit  pas  faire  des 
raifonnemens  ,  mais  former  des 
fouhaits  :  bac  optantis  funt ,  non  ratio - 
( inantis .  Examinons  donc  à  leur  tour 
les  preuves  de  cette  opinion  ,  &  ju*- 
geonsen  les  comparant  aux  fennes , 
laquelle  des  deux  opinions  elt  la 
plus  vraifemblable  &  la  mieux  fon¬ 
dée.  S’il  n'étoit  queftion  que  de  de- 
firer  ,  peut-être  nous  balancerions 
entre  l’honneur  d’être  compatriotes 
de  M.de  Leibnits,  &  la  gloire  de 
defcendre  d’un  penpîequi  aprèsavoir 
pris  Rome  ,  ravagé  la  Grèce  ,  vain¬ 
cu  les  troupes  &  les  Capitaines  d’A¬ 
lexandre  ,  fçut  fe  former  un  Etat  au 
milieu  de  ces  Rois  que  levainqueur 
de  FAfi  e  avoit  inftruits  à  triompher  * 
d’un  peuple  qui  étoit  la  force  des  ar- 
Janvier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  15 

mées  d’Ann ibal ,  que  Céfar  a  eu  plus 
de  peine  à  foumettre  ,  qu’il  n’en  a  eu 
à  foumettre  le  monde,  d’un  peuple 
entier  de  Philofophes  mieux  inftruits 
&  plus  vrais  que  les  fameux  Sages  de 
la  Grece.  Il  ne  s’agit  pas  de  choifir  , 
il  s’agit  de  démêler  au  travers  des 
nuages  de  l’antiquité  de  quels  Ancê¬ 
tres  nous  defcendons.  Suivons  la  tra¬ 
dition  des  Hiftoriens  les  plus  célé¬ 
brés,  &  les  plus  accréditez  ;  elle  nous 
mène  aux  Gaulois ,  qui  lous  la  con¬ 
duite  de  Sigovefe  conquirent  les  plus 
belles  contrées  de  l’Allemagne. 

Freuves  de  l'origine  Gauloife 
des  François. 

Le  Pere  Laccary  n’eft  pas  l’Auteur 
de  cette  opinion  ,  comme  Ta  crû 
M.  de  Leibnits.  Il  ne  fit  paroître 
fon  livre  des  Colonies  Gauîoifes  que 
l’an  1677.  Dès  l’an  1631.  Gabriel 
Trivorius  avoit  propofé  &  prouvé 
l’origine  Gauloife  des  François,  dans 
un  livre  intitule  Obferxatio  slpologeti- 
ca.  Je  vais  donner  de  l’ordre  à  fes 
preuves  ,  les  éclaircir  ,  &  les  forti¬ 
fier  ,  autant  qu’il  fera  neceiïaire. 
Janvier  1716. 


1 6  Mémoires  pour  fHi /foire 

Trivorius  ne  l’a  pas  inventée  ,  cette 
opinion  ,  Bodin  finfinuë  dans  fa  Mé¬ 
thode  pour  l’hiüoire.  Le  fondement 
de  cette  opinion  eft  ce  raifonnement 
(impie,  mais  convaincant  :  les  Fran¬ 
çois  font  fortis  du  païs  que  les  Gau¬ 
lois  ont  occupé,  fans  en  avoir  été 
chaflez  depuis  qu’ils  l’eurent  envahi, 
les  François  font  donc  originaire¬ 
ment  Gaulois.  Les  faits  hiftoriques 
qui  entrent  dans  ce  raifonnement 
ont  toute  la  certitude  que  peuvent 
donner  des  témoignages  clairs  d’Hif- 
toriens  accréditez  ,  dont  quelques- 
uns  racontent  ce  qui  fe  palfoit  de 
leur  tems.  M.  de  Leibnits  a  reconnu 
la  force  de  ces  témoignages  à  l’égard 
d’un  des  principaux  faits  que  je  fou- 
tiens  :  &  comment  fauroit-il  nié  ?  Il 
eft  confiant,  &  perfonne  ne  la  con¬ 
tredit,  que  les  Françoisfont  fortis  des 
p3Ïs  (huez  entre  l’Elbe,  le  Vefer ,  le 
Rhin,  le  Mein,  &  la  forêt  Herey- 
nie  ,  du  païs  où  Céfar  Livre  VL  de 
la  guerre  des  Gaules,  place  les  Gau¬ 
lois  Te&ofages ,  dont  il  loue  l’équi¬ 
té  &  les  vertus  militaires.  Nous  ap- 
prenonsde  lui,  deTacite&  deTite- 
Live ,  que  les  Gaulois  pour  déchar*! 

Janvier  171 6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  if 
ger  le  pais  de  la  trop  grande  multi¬ 
tude  d'habitans  firent  partir  deux 
nombreufes  Colonies  ;  l'une  fous 
Bellovefe  marcha  vers  l'Italie,  l'au¬ 
tre  fous  Sigovefe  parta  le  Rhin,  de 
fie  divifa  en  trois  grands  Etats  :  les 
Boïens  occupèrent  la  Boheme,  les 
Helvetiens  le  pais  où  font  les  Suiffes, 
les  Teélofages  la  contrée  que  M.  de 
Leibnits  appelle  la  fécondé  demeure 
des  François.  Rhenanus ,  Ecrivain 
judicieux  ,  a  trouvé  des  vertiges  des 
Angevins ,  des.  Beauvaifins,  &  des 
Senonois ,  étant  le  païs  conquis  par 
les  Teétofages ,  &  il  croit  avec  beau¬ 
coup  de  vraifemblance  que  ces  peu¬ 
ples  ,  &  quelques  autres  de  la  Gaule, 
partagèrent  avec  les  Te&ofages  la 
gloire  de  la  conquête  :  plufieurs  Au¬ 
teurs  faillirent  des  Saliens,  anciens 
habitans  de  la  Province.  Ces  Gau¬ 
lois  ont  porté  les  premiers  le  nom  de 
Germains ,  le  même  qu ’hermans,  ber - 
mens ,  c'eft  à-dire,  hommes  belliqueux; 
les  viéloires  remportées  fur  leurs 
voilins ,  les  conquêtes  qui  leur  fou¬ 
rnirent  tout  jufqu’à  l'Océan  ,  leur 
réfiftance  continuelle  ,  &  fouvenc 
heureufe  à  la  puiffance  Romaine  , 
Janvier  171& 


1 8  Mémoires  pour  l’Hiftàre 

rendit  fameux  le  nom  des  Germains, 
&  le  fit  donner  à  tout  le  païs  ,  qui 
depuis  a  pris  celui  des  Allcmans  , 
Sueves  d'origine,  tantôt  voiiins,  tan¬ 
tôt  fujets  ,  tantôt  rivaux  des  Fran¬ 
çois.  le  n'avance  pas  fans  preuve  que 
les  Gaulois  conquerans  du  païs  d'où 
font  fortis  les  François  ont  pris  le 
nom  de  Germains  ;  Dion  ,  qui  pou- 
voit  en  être  initruit  ,  puifqu  il  écri- 
voit  dans  un  tems  où  de  longues 
guerres  avoient  fait  connoître  ce 
peuple  aux  Romains  ,  Dion  dit  dans 
le  Livre  LUI.  de  fon  hiftoire,  Quel - 
ques  peuples  de  la  Gaule  ,  que  nous  ap¬ 
pelions  Germains ,  ayant  occupé  tout  le 
pais  qui  se'tend  depuis  les  fjttrces  du 
Rhin  jufqua  l'Océan  Britannique ,  on  a 
donné  le  nom  de  Germanie  a  cette  con¬ 
trée.  Il  avoit  dit  dans  le  Liv.  XXXIX. 
que  les  peuples  des  deux  bords  du  Rhin 
/ appelaient  Gaulois  avant  que  de  s’ap- 
peller  Germains. 

Arminius  efi  un  de  leurs  Héros, 
&  la  gloire  de  la  défaite  de  Varus 
leur  appartient  ;  les  Céfars  croyoient 
relever  leur  nom,  en  y  joignant  ce¬ 
lui  de  Germanique  ,  qu'ils  prenoient 
dès  qu’ils  avoient  remporté  fur  cette 
janvier  17 1 6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  13 

vaillante  nation  quelque  leger  avan¬ 
tage.  Ils  ne  pûrent  jamais  les  fou- 
mettre  ,  &  ce  fut  pour  conferver  J  a 
mémoire  de  leur  indépendance  ,  & 
pour  s’animer  à  la  défenfe  de  leur  li¬ 
berté  ,  qu’ils  prirent  vers  l’Empire 
de  Galien  le  nom  de  Francs  ,  ou 
François.  Les  Romains  honteux  de  fe 
voir  braver  ,  les  attaquèrent  avec 
plus  de  violence  j  ils  demeurèrent 
indomptables  ,  s’établirent  enfin  un 
vafie  Royaume  fur  les  débris  de 
l’Empire  Romain  ,  Empire  qu’ils 
eurent  depuis  la  gloire  de  rétablir 
dans  l’Occident  ,  6c  d’étendre  plus 
loin  que  les  Céfars  ne  Favoient 
étendu. 

Montrons  ce  qui  nous  refie  à  prou¬ 
ver,  que  les  Francs  étoient  les  mê¬ 
mes  que  les  Germains,  les  mêmes 
que  les  Gaulois  de  Sigovefe.  Il  fuffi- 
roitpour  en  convaincre  les  plus  opi¬ 
niâtres  de  faire  remarquer  que  les 
François  occupoient  le  même  païs 
qu  ’avoient  habité  les  Germains  & 
les  Gaulois ,  qu’on  ne  voit  dans  les 
anciens  Hifioriens  rien  qui  falle 
foupçonner  que  les  Gaulois  en  ayent 
été  chaflez  ,  &  que  les  conjectures 
-  Janvier  1716. 


io  Mémoires  pour  V Ht Jloire 

de  ceux  qui  font  palTer  les  François 
d'un  autre  païs  dans  celui  là,  font  de 
pures  conjectures. 

Je  ne  me  contenterai  pas  de  cette 
maniéré  de  prouver  ;  la  caufe  que  je 
défens  abonde  en  preuves  ;  je  pro¬ 
duirai  des  témoignages  clairs  &  dé- 
cilifs,  S.  Jérôme,  Procope ,  Aga- 
thias.  S.  Jérôme  dans  la  vie  de  S.  Hi- 
larion  parle  a i n fï  d’un  François,  La 
nation  plus  vaillante  encor  qu’elle  ne(l 
étendue  ,  habite  entre  les  Saxons  &  les 
Allemans  le  pais  que  les  Hijioriens  ap¬ 
pellent  Germanie  y  &  qui  fe  nomme  au 
f  j ourd'hui  Fiance,  Procope ,  dans  le  pre¬ 
mier  livre  de  la  guerre  des  Vandales ,  par¬ 
ole  encore  plus  expreflément ,  Les  Ger* 
mains  ,  dit-il ,  quon  appelle  aujourd’hui 
François  :  il  répété  la  même  chôfe 
dans  le  premier  livre  de  la  guer¬ 
re  des  Goths.  Agathius  pafle  com¬ 
me  lui. 

Rafîemblons  nos  preuves,  les  Fran¬ 
çois  font  les  Germains ,  les  Germain; 
font  les  Gaulois  qui  pafferent  le  Rhir 
fous  Sigovefe,  l'origine  desFrançoii 
eft  donc  toute  Gauloife  ;  j’ai  prefquc 
oublié  de  remarquer  que  Lothaire. 
nom  que  portoit  un  des  Princes  Gau 
Janvier  1716.  loi: 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  n 

lois  qui  ravagèrent  la  Grèce,  eft  un 
nom  commun  parmilesFrançois:par- 
mi  tant  de  preuves  plus  fortes,  j’au- 
rois  pû  négliger  ce  rapport,  &  quon 
n 'objecte  pas  avec  M.  de  Leibnits 
que  la  langue  des  anciens  François 
étoit  T udefque,  &  non  pas  Gauloi- 
fe.  Pontanus  a  mis  hors  de  doute  que 
la  langue  Tudefque  &  la  langue 
Gauloiie  n’étoient  pas  fort  differen¬ 
tes  ,  &  quand  elles  le  feroient ,  les 
conquérons  ne  prennent-ils  pas  fou- 
vent  le  langage  des  peuples  qu’ils 
ont  fournis  ?  Les  François  n’ont  -  ils 
pas  quitté  leur  langue  pour  le  Latin  , 
tel  qu  on  le  parloit  dans  les  Gaules , 
&  les  Goths  la  leur  pour  le  Latin 
qu  on  parloit  en  Rfpagne  ? 

Au  refde ,  en  fuivant  l’opinion  que 
je  défends,  nous  ne  renonçons  pas 
tout-à  fait  à  l’honneur  d’être  compa¬ 
triotes  de  M.  de  Leibnits  .*  les  Fran¬ 
çois,  avant  même  qu’ils  portaient 
ce  nom,  s’étendirent  le  long  du  Rhin 
jufqu  à  i  Océan  ,  fous  le  nom  gene¬ 
ral  de  Germains ,  fous  les  noms  par¬ 
ticuliers  de  Cattes,  de  Bataves  ,  de 
Mattiaques ,  de  Cherufques ,  de  Te- 
veteres ,  de  Ramaves ,  de  Chauces , 
Janv.  1716.  B 


22  Mémoires  pour  l'H'iftoire 

de  Sicambres  ,  de  Saliens ,  noms  fa¬ 
meux  dans  Thiftoire  Romaine,  fous 
le  nom  de  Cherufques  :  ils  occupè¬ 
rent  les  païs  où  font  les  Duchez  de 
Brunfvick  ,  de  Lunebourg,  &  d’Ha¬ 
novre. 

Article  II  T. 


BIBLIOTHECA  COISLINIANA, 
olim  Segueriana,  &tc*  C’eit-a-dire, 
La  Bibliothèque  de  Coiflin  ,  aupara¬ 
vant  de  Seguter  ,  ou  la  description  exac¬ 
te  de  tous  les  Manufcrits  Grecs  qui  s'y» 
trouvent ,  avec  la  notice  de  chacun , 
le  tems  où  il  a  été  décrit ,  plu  fleurs  re¬ 


marques  touchant  l'ancienne  écriture 
des  Grecs ,  &  un  grand  nombre  d’A - 
necdotes ,  ou  d’ouvrages  qui  n  av oient 
pas  encore  été  imprimez, .  Par  les  foins 
&  le  travail  de  Dom  Bernard  de  Mont- 
faucon  ,  Prêtre  &  Moine  Bcnediélin  de 
la  Congrégation  de  S.  Mqur .  A  Paris, 
chez  Loliis  Guérin  à  S.  Thomas, 
&  Charles  Robuftel  à  la  Palme, 
rue  S.  Jacques ,  1715.  In  folio ,  pa¬ 
ges  7  6$. 

MOnfieur  le  Chancelier  Se- 
guier ,  cet  illuftre  &  gene- 
Janvier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  25 
reux  protecteur  des  Sciences  &  des 
Sçavans ,  fe  fît  avec  beaucoup  de 
depenfes  une  Bibliothèque  quhl  fe 
propofa  d  enrichir  prin ci  paiement  de 
manufcrits  :  &  non  content  d’ache¬ 
ter  tout  ce  qu  il  put  en  recouvrer  en 
France  &  dans  les  païs  voifins ,  il  en 
fit  chercher  encore  dans  la  Grece, 
&  dans  l’Orient.  Le  nombre  eft  d’en¬ 
viron  quatre  mille  ,  en  toutes  les 
langues  &  de  toutes  les  Sciences. 

Cette  riche  fucceflîon  a  pafle  à 
fon  arriéré  petit  fils,  Monfeigneur 
l’Evêque  de  Metz  ,  Duc  de  Coiflin, 
'&  Pair  de  France,  qui  bien  éloigné 
du  génie  de  ceux  qui  tiennent  ren¬ 
fermez  les  tréfors  de  leurs  Biblio¬ 
thèques  ,  &  qui  pour  cette  raifion 
font  nommez  par  S.Ifidore  de  Pelufe 
des  tombeaux  de  livres,  a  voulu  que 
tout  le  monde  fçavanr  eût  connoif. 
fance  &  pu*  profiter  des  biens  qu’il 
po/Tede.  C’elt  en  fuivant  fes  inten¬ 
tions,  fi  nobles  &  fijuftes,  queDom 
de  Montfaucon  a  entrepris  de  don¬ 
ner  une  Notice  des  Manufcrits 
Grecs;  &  iW  eû,  dit-il ,  fes  raifons, 
pour  ne  pas  s’engager  de  même  à  l’é¬ 
gard  des  Manufcrits  Hébreux,  Chal- 
jany.  1716.  B  ij 


24  Mémoires  four  VHiftoire 

daïques,  Syriaques,  Arabes,  Cop“ 
res  ,  Efclavons.  On  a  dit  une  Notice, 
&  non  pas  un  Catalogue ,  comme  on 
en  voit  de  tant  de  Bibliothèques,  ne 
marquant  que  le  titre  ,  le  volume  & 
l’édition  des  livres  :  car  à  l’imitation 
de  ce  qu’a  fait  Lambecius  pour  la  Bi¬ 
bliothèque  Impériale  de  Vienne ,  il 
fait  la  defeription  de  chacun  de  ces 
Manufcrits  avec  une  exactitude  fi 
grande  >  qu’on  ne  pourroit  pas  fe 
promettre  de  les  connoître  mieux, 
quand  on  les  auroit  maniez  &  exa¬ 
minez  foi  même.  Et  ici  pourroit  fe 
trouver  faufle  la  maxime,  N  on  fatis 
féliciter  procedere  ,  qiu  oculis  agas  alie - 
ni  s  ,  Qu^on  ne  réüflit  pas  en  fe  fer- 
vant  des  yeux  d’un  autre  au  lieu  des 
liens. 

i°.  Il  range  les  Manufcrits  Grecs 
de  la  Bibliothèque  de  Coiflin  dans 
un  autre  ordre  qu’ils  n’étoient  au¬ 
paravant.  20.  Sur  les  réglés  qu’il 
a  établies  dans  fa  Paleologie,  pour 
difeerner  les  écritures  félon  les  tems 
differens,  il  marque  celui  où  cha¬ 
cun  a  été  décrit  :  &  il  a  [même  fait 
graver  quelques  lignes  de  ceux  dont 
le  caractère  lui  a  paru  fingulier.  30.  Il 

Janvier  17 1 6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  25 
avertit  de  ce  qui  manque  en  quel¬ 
ques  exemplaires,  &  des  lacunes  qui 
s’y  rencontrent  ,  Toit  que  des  feuil¬ 
les  ayent  été  perdues  ou  déchirées  , 
foit  que  les  lettres  ayent  été  effacées 
par  la  longueur  du  tems.  40.  Il  dis¬ 
tingue  les  exemplaires  les  plus  cor¬ 
rects,  &  ceux  qui  portent  le  plus  de 
variantes  ,  ou  de  diverfes  leçons  , 

dont  il  rapporte  quelques  -  unes  des 
plus  confiderables.  50.  Comme  dans 
ces  Manufcrits  il  fe  rencontre  des 
pièces  anecdotes,  c’eft-à-dire,  qui 
n’ont  point  encore  été  rendues  publi¬ 
ques  par  1  impreffion,  il  les  remar¬ 
que  :  &  dans  la  fuite  de  cet  ouvra¬ 
ge  il  en  a  fait  imprimer  quarante- 
deux. 

Quand  donc  un  fçavant  entrepren¬ 
dra  une  nouvelle  édition  d’un  an¬ 
cien  Auteur  Grec  ,  le  voilà  inftruit 
des  fecours  qu'il  peut  efperer  de  la 
Bibliothèque  de  Coiflin.  Et  l’on  n’i¬ 
gnore  pas  de  quelle  importance  il  eft 
en  ces  occafions ,  de  confulter  les 
Manufcrits ,  afin  de  s’épargner  des 
conjeétures  incertaines ,  &  jettées  au 
hazard  ,  dans  les  endroits  qui  paroiE 
fent  altérez  ou  corrompus. 

}*nwr  171 6.  B  iij 


2 6  Mémoires  pour  l'Hifloire 

L’arrangement  nouveau  des  Ma- 
nufcrits  Grecs ,  qui  font  au  nombre 
de  quatre  cens ,  eft  réglé  par  leurs 
volumes  ,  les  in  folio  font  mis  enfem- 
ble  ,  &  ainfi  les  in  4° ,  &  les  in  8° ,  ce 
qui  divife  l’ouvrage  du  P.  de  Mont- 
faucôn  en  trois  parties.  Et  puis  entre 
les  livres  de  même  volume  l’Ecritu¬ 
re  Sainte,  &  ce  qui  s’appelle  des 
Chaînes  fur  l’Ecriture  Sainte  ,  tien¬ 
nent  le  premier  lieu  ;  fuivent  les 
Conciles,  les  colledions  de  Canons 
&  les  livres  Rituels  ;  les  Peres  &  les 
Ecrivains  Ecclefiaftiques  ;  l’hiftoire, 
tant  Eccleliaftique  que  profane  ,  le 
Droit  Canon  &  le  Civil  ;  les  Philo- 
fophes,  Médecins,  Agronomes,  Ma¬ 
thématiciens  j  Géographes ,  Poètes; 
entin  les  Grammairiens,  les  Diction¬ 
naires  &  les  Rhéteurs  :  ce  qui  donne 
fept  chapitres  à  la  première  partie  , 
la  fécondé  en  a  lix  ,  &  la  troiliéme 
cinq. 

Le  premier  volume  eft  en  parche¬ 
min  ,  ayant  treize  pouces  de  lon¬ 
gueur,  &  neuf  de  largeur  :  il  con¬ 
tient  les  cinq  livres  de  Moïfe,  ceux 
de  Jofué,  des  Juges ,  de  Ruth  ,  & 
des  Rois.  Au  fcntiment  du  P.  de 

Janvier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  1  y 
Montfaucon  ,  c’eft  le  plus  excellent 
manufcrit  qui  foie  en  Europe  ;  car 
outre  qu'il  n’eft  guère  moins  ancien 
que  le  font  ceux  du  Vatican  &  d'A¬ 
lexandrie,  &  que  peut  être  il  ne  leur 
cède  pas  même  en  cela  ,  étant  du 
fixiéme  fiécle  ,  ou  au  plus  tard  du 
ieptiéme  ,  il  leur  eft  préférable  par 
les  notes  qui  y  font  ajoutées  ;  il  eft 
écrit  en  lettres  majufcules ,  excepté 
peu  d’endroits,  &  cette  différence 
de  caractères  lui  eft  commune  avec 
d’autres  anciens  Manufcrits.  Les  ac- 
cens  &  les  efprits  y  font  ordinaire¬ 
ment  marquez  ;  mais  ils  manquent 
par  intervalles,  quelquefois  en  des 
pages  &  en  des  feuilles  entières  ;  ce 
qui  fait  foupçonner  au  P.  de  Mont- 
faucon  ,  qu  ils  ne  font  pas  de  la 
première  main  ,  &  en  effet  il  ne 
les  trouve  pas  formez  avec  la  mê¬ 
me  exactitude  qui  paroit  dans  les 
lettres. 

Le  texte  eft  fur  deux  colomnes , 
avec  fefpace  d’un  pouce  entre  elles, 
&  deux  grandes  marges  des  deux  co- 
tez  5  ces  vuides  ayant  été  deftinez 
aux  notes  dont  ils  font  remplis.  Les 
notes  font  de  trois  fortes.  Les  pre- 
Janvier  1716.  B  iiij 


2.8  Mémoires  four  l’Hiftoire 

mieres  de  la  première  main  fans  a C- 
cens  &  fans  efprits  ne  relevent  pas 
peu  le  prix  du  Manufcrit  ,  en  ce 
qu’elles  contiennent  les  différences 
d’Aquila  ,  de  Symmachus  &  de 
Théodotion  :  elltscomprennentaul- 
fi  des  explications  allégoriques,  ana- 
gogiques,  morales,  &  peu  de  litté¬ 
rales  ,  fans  citer  le  nom  des  Auteurs 
de  qui  elles  font  prifes ,  excepté  ce¬ 
lui  de  S.  Balile  à  la  première  de  tou¬ 
tes.  Les  fécondés  notes  parodient  être 
du  huitième  ftécle  ,  ou  du  neuvième# 
Les  troiiiémes  font  courtes  &  récen¬ 
tes  ,  ajoutées  par  un  Grec  moderne, 
qui  ne  dit  que  des  bagatelles,  à  nu- 
gacï  Gwculo. 

Tous  ces  livres  de  l’Ecriture,  ex¬ 
cepté  celui  des  Juges  &  celui  de 
Ruth  ,  font  divifez  en  chapitres, 
mais  la  divifion  eft  double  :  félon 
l’une  la  Genefe  eft  divifée  en  106 
chapitres  ,  &  félon  l’autre  en  99. 
Comme  dans  les  Chaines  l’Ecriture 
fe  trouve  citée  par  rapport  à  ces  an¬ 
ciennes  divihons ,  le  P.  de  Montfau- 
con  a  jugé  à  propos  de  les  marquer 
toutes. 

Touchant  les  variantes  il  a  obfer- 
fanyier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Ans, 

vé,  &  il  montre  par  plufieurs  exem¬ 
ples  ,  qu’aux  endroits  où  les  exem¬ 
plaires  du  Vatican  &  d'Alexandrie 
different  ,  l’exemplaire  de  Coiflin 
s’accorde  ordinairement  avec  celui 
d’Alexandrie  ,  quoiqu’en  quelques 
autres  il  s’éloigne  des  deux.  Il  aver¬ 
tit  qu’il  a  ramaffé  toutes  ces  dif¬ 
ferentes  leçons  ,  ou  dans  fes  Exa- 
pies ,  ou  dans  l’addition  aux  mêmes 
Exaples. 

Il  ne  refie  plus  qu’a  faire  connoî- 
tre  les  pertes  qu’à  fouffertes  ce  pré¬ 
cieux  monument  dans  le  cours  de 
tant  d’années.  Voici  donc  ce  qui  y 
manque.  Dans  la  Généfe  félon  la  di- 
vilïon  de  l’édition  des  Septante  faite 
à  Rome,  depuis  le  ch.  3  ie.  v.  i.  juf- 
qu’au  ch.  38e.  v.  27.  Dans  le  livre  des 
Nombres  depuis  le  ch.  25?.  v.23.  juf- 
qu’au  ch.  31.  v.  4.  Dans  le  livre  de 
Jofué  depuis  le  ch.  10.  v.  6.  jufqu’au 
ch.  22.  v.  34.  Dans  le  premier  livre 
des  Rois  depuis  le  ch.  4.  v.  19.  juf- 
qu’au  ch.  10.  v.19.  &  depuis  le  ch.  14. 
v.  26.  jufqu’au  ch.  25.  v.  33.  Le  troi- 
fiéme  livre  des  Rois  manque  depuis 
le  ch.  8.  v.  40.  &  le  quatrième  efl  en¬ 
tièrement  perdu. 

J  armer  1716,  B  v 


30  Mémoires  pour  lui  foire 

Cequ  on  vient  de  dire  de  ce  pre¬ 
mier  volumedonnequelque  idée  de 
l'attention  du  P.  de  Montfaucon;  & 
elle  eft  la  même  à  l'égard  des  volu¬ 
mes  fuivans.  Comme  il  ne  fcmble 
pas  permis  dans  un  Extrait  de  s’éten¬ 
dre  à  Ton  gré ,  on  fe  reilreindra  à 
quelques  remarques. 

Le  fécond  volume  aufli  en  parche¬ 
min  &  fort  bien  écrit,  eft  du  neu¬ 
vième  liécle,au  plus  tard  du  dixiéme, 
&  contient  les  cinq  livres  de  Moïie , 
Jofué,  les  Juges,  &  Ruth.  Il  eft  plus 
conforme  à  l'exemplaire  du  Vatican, 
mais  non  pas  li  confhmment ,  qu’il 
n’en  diffère  quelquefois  ,  &  en  des 
endroits  dignes  de  remarque.  Le  P. 
de  M.  en  a  recueilli  un  allez  grand 
nombre,  dont  en  voici  deux  ou  trois. 
Cet  exemplaire  dit  au  ch.  f  de  la 
Généfe  v.  2.5e.  Matbufalem  vécut  187. 
ans  avant  que  d’avoir  Lamecb  ,  er  après 
il  vécut  782  ans  ;  au  lieu  qu  il  y  a  dans 
l'exemplaire  du  Vatican  ,  Matbufa¬ 
lem  vécut  167  ans  avant  que  d’avoir  La¬ 
mecb ,  &  après  il  vécut  Soi  ans»  Quand 
Jacob  fe  tranfportaavec  fa  famille  en 
Egypte ,  cet  exemplaire  au  Deute- 
"janvier  1716* 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  $  t 

ronome  ch.  10e.  v.  22e.  compte  foi- 
xante  quinze  perfonnes,  &  celui  du 
Vatican  foixantedix feulement. Dans 
l’Exode  ch.  $9.  0C1  il  eft  écrit  ce  que 
les  Ifraélites  contribuèrent  d’or,  d  ar¬ 
gent  6c  de  cuivre  pour  la  coriftruc- 
tion  &  l’ornement  du  Tabernacle, 

1  exemplaire  du  Vatican  met  cent  ta- 
lens  ,  &  1775  fïcles  d’argent  :  mais 
celui-ci  retranche  les  mille,  &  ne 
laifîe  que  fept  cens  foixante  quinze 
fi c les.  Enfin  ,  le  livre  des  Juges,  6c 
fouvent  celui  de  Jofué,  ont  une  gran¬ 
de  conformité  avec  l’édition  d' A  Ica- 
la  ,  fi  différente  de  celle  de  Rome, 
qu  elle  peut  paroître  être  d’un  autre 
Interprète. 

A  1  occafion  du  7e  volume,  qui 
comprend  les  livres  de  Jofué  ,  des 
Juges ,  de  Ruth  ,  6c  des  quatre  iivres 
des  Rois ,  avec  une  Chaine  ,  le  P. 
de  M.  fait  un  Catalogue  des  Ouvra¬ 
ges  de  Sévére  Patriarche  d’Antio- 
clie ,  &  fameux  chef  des  Acéphales, . 
«  eft  à-dire  ,  de  ceux  qui  fe  difoienc 
n’avoir  point  de  chef,  &  qui  néan¬ 
moins  furent  de  lui  nommez  Sévé- 
riens  :  ils  montent,  ces  ouvrages,  juf- 
qu  au  nombre  de  cent  nonante  trois, 
janvier  ij  16.  B  vj 


32  Mémoires  pour  CH’tfloire 
partie  Sermons,  partie  différais  T  rai- 
tez  ,  &  cinquante  neuf  Lettres. 

Au  volume  23e.  qui  contient  les 
Evangiles  avec  des  Commentaires 
tirez  de  différens  Auteurs,  le  P.  de 
3V1.  rapporte  un  Anecdote  de  ce  Se- 
vére  dont  on  vient  de  parler.  C  eff 
une  Concorde  des  Evangeiiftes  tou¬ 
chant  les  circonftances  de  la  Refur- 
redion  de  J  e  s  u  s-Christ.  Severe 
prétend  que  l’autre  Marie  qui  avant 
]e  jour  alla  au  tombeau  avec  Magde¬ 
leine  ,  eft  la  Sainte  Vierge  ,  &  il  en 
trouve  des  raifons  de  convenance* 
A  leur  retour  elles  baiferent  les  pieds 
du  Sauveur,  &  la  Sainte  Vierge  ac¬ 
courut  annoncer  aux  Apôtres  la  re- 
furredion  de  fon  fils.  Mais  Magde¬ 
leine,  par  une  réflexion  d’increduîi- 
té  ,  foupçonnant  que  tout  ce  qu’elle 
avoit  vû  &  entendu  n’étoit  qu’un 
fonge  ,  retourna  au  tombeau  ;  où , 
quoique  les  Anges  lui  pûffent  dire, 
elle  ne  ceffa  de  pleurer,  jufqua  ce 
que  Jesus-Christ  lui  apparut 
fous  la  forme  d’un  Jardinier,  &  lui 
défendit  de  le  toucher,  parcequ’elle 
s’en  étoit  rendue  indigne  par  fon  in¬ 
crédulité.  Sévére  la,  fait  retourner  ech 
3  mm  1716*. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  35 

core  deux  autres  fois  au  tombeau 
avec  d'autres  femmes, auxquelles  el¬ 
le  ne  difoit  rien  ,  afin  quelles  vident 
par  elles  mêmes  ce  qui  en  étoit.  Si 
Sévére  efl  le  même  dans  fes  autres 
ouvrages ,  on  peut  fe  confoîer  de 
leur  perte  :  il  n'en  refie  que  des 
citations  &  des  fragmens  dans  les 
chaînes. 

Au  volume  vingtcinquiéme  qui 
contient  les  ACtes  des  Apôtres  &  les 
Epîtres  Catholiques,  avec  des  Com¬ 
mentaires  des  Peres ,  il  y  a  un  frag¬ 
ment  d’un  Ammonius  Prêtre,  qui 
dit  que  Jesu  s  Ch  ri  st  defcendit 
aux  Enfers  pour  prêcher  aux  âmes , 
&  pour  les  délivrer  ,  &  même  celle 
de  Judas.  Ce  qui  efl  plus  eflimable, 
c’elt  les  titres  que  le  martyr  Parm- 
phile  avoit  compofez  pour  les  pla¬ 
cer  à  chaque  chapitre  des  Actes 
des  Apôtres.  Le  P.  de  Montfaucon 
ne  doute  pas  qu'ils  ne  foyent  effecti¬ 
vement  de  Pamphile. 

Dans  un  Mémoire  de  Michel  Syn- 
Celle  de  Jérufalem  touchant  la  Foi 
orthodoxe ,  ces  paroles  font  remar¬ 
quables  :  J' approche  des  myfteres  fans 
tache ,  croyant  qu  ils  fçni  ypitabUmcM 

Janvier  171 6» 


34  Mémoires  pour  l’Hiftoire 

le  corps  &  le  fang  du  Verbe  divin  ,  qui 
s’eft  incarné  pour  nous  ,  çr  qui  nous  les 
a  donnez  a  manger  &  a  boire  pour  la 
remijfiondes  pecbez. 

On  trouve  dans  ces  manufcrits 
quelques  ouvrages  anecdotes  des 
Peres  ,  des  homélies  de  S.  Bafile& 
de,  S.  Jean  Chryfoflome  ,  la  der¬ 
nière  Oraifon  de  Saint  Grégoire  de 
Nazianze  ,  dont  on  n'a  qu'une  tra¬ 
duction  Latine,  les  livres  de  Saint 
Nicephore  Patriarche  de  Conftan- 
tinople  contre  les  calomnies  des 
Iconomaques ,  167  des  lettres  de  S. 
Théodore  Studite. 

Grégoire  Palamas ,  Archevêque 
de  Thellalonique  ,  qui  a  infatué  les 
Grecs  de  la  lumière  du  mont  Tha- 
bor ,  a  été  un  Auteur  des  plus  fé¬ 
conds  :  il  y  a  dans  la  bibliothèque 
de  Coiflincinq  gros  volumes  de  les 
ouvrages. 

Il  peut  arriver  qu'il  Toit  utile  de 
fçavoir  que  le  120e.  volume,  qui 
eit  un  recueil  de  diverfes  pièces, 
contient  un  catalogue  des  Papes , 
des  Patriarches  de  Jérufalem  ,  d'A¬ 
lexandrie  ,  d'Antioche  &  de  Conf- 
tantinople.  il  y  en  a  un  autre  dans 

le  133% 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  35 

Ce  que  le  P.  de  M.  femble  le  plus 
eftirner  ,  parmi  les  Hiftoricns  ma- 
nufçrits  ,  eftjan  Jofeph  de  la  guerre 
des  Juifs  ,  qui  eft  Je  131e.  volume  , 
quoiqu’il  ne  foit  que  du  quinziéme 
fiécle ,  &  qu’il  foie  tronqué  fur  la 
fin  du  feptiéme  livre  ,  n’allant  que 
jufqu’au  ch.  17e.  mais  il  eft  écrit  cor¬ 
rectement  :  &  où  il  diffère  de  l’im¬ 
primé  ,  fa  leçon  paroît  préférable. 
Le  P.  de  M.  porte  un  Pemblable  ju¬ 
gement  des  chronologies  de  Geor¬ 
ge  Syncelle  &  de  Théophanes ,  qui 
font  contenues  dans  le  volume  1 33e- 

Le  volume  1 5  ie.  n’eft  auffi  que  du 
quinziéme  fiécle  :  mais  il  eft  consi¬ 
dérable  ,  en  ce  qu’il  contient  les  Ba- 
filiques  ,  c’eftàdire,  les  Loix  Im¬ 
périales  qui  étoient  fuivies  dans 
l’Empire  Grec.  Ce  volume  a  quan-  * 
tiré  de  leçons  différentes  des  Bafili- 
ques  publiées  par  Fabrot  en  1647. 
Et  dans  le  fécond  livre  où  cet  Edi¬ 
teur  a  îaifTé  une  lacune,  fe  plaignant 
qu  une  rtuille  entière  manquoit  a 
fon  exemplaire  :  en  celui  ci  tout  eft 
de  fuite,  fans  aucune  marque  d’in¬ 
terruption  ;  d’où  le  P.  de  M.  con¬ 
jecture  vraifemblabiement,,<^ue  U 
Janvier  1716. 


5  6  Mémoires  pour  l'Hïjloire 

feuille  arrachée  de  l'exemplaire  de 
Fabroti  ne  contenoit  que  des  fcho- 
lies ,  &  que  le  texte  eft  entier. 

f  a  fécondé  partie  de  cet  ouvrage 
n’eft  pas  moins  remplie  d’excellens 
manufcrits  que  la  première.  Le  Pere 
de  Montfaucon  y  en  a  fait  entrerun 
de  S.  Cyprien,  écrit  dans  le  fixiéme 
fiécle,  ou  dans  le  feptiéme.  La  rai- 
fon  d’y  inférer  ainfi  du  Latin  ,  c’eft 
que  dans  le  même  volume  ,  qui  eft 
le  185e.  on.trouveun  Pfeautier Grec 

6  Latin  ,  fans  accents  &  fans  efprits, 
d'environ  le  feptiéme  fiécle  ,  &  qui 
fournit  quantité  de  variantes  en  l’u¬ 
ne  &  en  l’autre  langue. 

Dans  un  nouveau  Teftament ,  où 
néanmoins  manquent  les  Epîtres  de 
S.  Paul ,  il  eft  marqué  que  ce  fut  un 
prefent  de  l’Empereur  Michel  Pa- 
îéologue  au  Roi  S.  Loiiis  5  c’eft  le 
volume  200e. 

Le  2oac.  eft  encore  plus  précieux, 
&  un  des  plus  précieux  de  l’Europe, 
étant  peutêtre  du  cinquième  fiécle, 
ou  au  moins  du  fiécle  fuivant.  Il 
contenoit  les  Epitres  de  S.  Paul  j 
mais  fa  mauvaife  fortune  lui  en  a 
fait  Rerdre  une  partie.  Ilfucpreœié- 

fanya’ï  1 7 1  <J. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  37 
ternent  écrit  d'après  l'autographe 
même  du  martyr  Pamphile  dans  la 
bibliothèque  deCéfarée  :  &  comme 
dans  la  fuite  les  lettres  s'efFaçoient , 
elles  furent  couvertes  d’une  nouvel¬ 
le  encre ,  mais  fi  âcre ,  qu'elle  a  ron¬ 
ge  le  parchemin.  Le  mauvais  état 
où  il  fe  trouva  réduit  lui  attira  une 
difgrace  plus  funefte  :  car  en  1218. 
le  Moine  Macaire ,  Bibliothécaire 
du  Monaftere  de  Saint  Athanafe  au 
mont  Athos ,  voulant  mettre  fa  bi¬ 
bliothèque  en  meilleur  ordre,  le  fa- 
crifia  à  faire  des  couvertures  aux 
autres  livres  qui  en  manquoient  :  & 
c’eft  de  deflùs  le  dos  de  quelques- 
uns  que  le  P.  de  M.  a  ramaffé  qua¬ 
torze  feuilles ,  le  refte  ett  difperfé 
ailleurs. 

Le  volume  270e.  contient  un  ou¬ 
vrage  anecdote  a^tho^  *  >  c  à 
dire ,  concertions  ,  ou  penfées  diver¬ 
ses  de  Photius  ,  qui  les  propofe  en 
forme  de  queftions,  au  nombre  de 
308 ,  tant  fur  l'Ecritureque  fur  d’au¬ 
tres  fujets.  Le  P.  de  M.  après  avoir 
marqué  le  titre  de  chacune,  rapporte 
au  long  quelques-unes,  afin  de  faire 
juger  des  autres.  Entre  celles  qu’il 

fanwr  17 1 6. 


38  Mémoires  four  iHiftoire 
choific,  eft  la  166e,  qu'il  cftime  uti¬ 
le  pour  l’hiftoire  Eccléfiaftique.Pho- 
tius  y  foutient  qu’Eufebe  de  Cefarée 
n'a  pas  feulement  été  Arien  ,  mais 
qu'il  a  donné  jufte  fujet  de  fe  faire 
foupçonner  d’Origénianifme  fur  le 
chapitre  de  la  réfurreéâion.  Eufebe  , 
dit  Photius ,  fe  déclara  d'abord  pour 
le  parti  Arien  ;  &  quand  après  la  dé- 
cilion  du  Concile  de  Nicée  ,  il  vou¬ 
lut  faire  croire  qu'il  s'en  départoit , 
ce  fut  une  feinte  ,  car  en  retenant 
fon  fentiment  hérétique,  il  ne  fit  que 
détourner  le  fens  du  terme  de  Con¬ 
fit  bftant  tel ,  &  ofa  imputer  aux  Ca¬ 
tholiques  de  l'entendre  comme  lui. 

Un  morceau  d'hiftoire  qui  fe  trou¬ 
ve  dans  le  même  volume ,  &  qui  eft 
audi  de  Photius  ,  montre  que  ce 
grand  Critique n’avoit  pas  le  talent, 
ou  n’avoit  pas  étudié  l'art  d’écrire  en 
ce  genre.  Il  s'agit  des  Pauliciens ,  qui 
étoient  une  efpéce  de  Manichéens  : 
&  Photius  entreprend  de  faire  con- 
noître  leur  origine,  leurs  erreurs  & 
leurs  progrès.  De  fon  tems  ils  s’é- 
toient  cantonnez  dans  la  baiïe  Armé¬ 
nie  ;  &  d'une  ville  qu’ils  avoient  bâ¬ 
tie  &  nommée  Tephrique ,  ils  fair 
Janvier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  39 

foient  des  incurfions  &  de  grands 
ravages  fur  les  terres  de  l’Empire 
Grec  ,  tantôt  feuls,  tantôt  joints  aux 
Sarrazins. 

On  né  croit  pas  devoir  omettre 
que  le  P.  de  M.  a  fait  imprimer  un 
long  Catalogue  de  variantes  de  Phif- 
toirede  PEmpereur  AlexisComné- 
ne,  compofée  par  fa  fille  Anne  Com- 
néne.  Cette  hiftoire  eft  le  311e  vo¬ 
lume. 

La  3e  partie  n'eft  pas  comparable 
aux  deux  premières.  On  remarque¬ 
ra  feulement  le  380e  volume,  qui 
contient  la  vie  &  quelques  ouvrages 
de  S.  Ephrem ,  &  il  y  en  a  encore 
dans  plufieurs  autres  volumes.  Le 
187e  eft  un  recueil  de  diverfes  piè¬ 
ces  fur  les  progymnafmes ,  c’eibà- 
dire,  fur  les  exercices  de  Rhétori¬ 
que,  ou  les  pratiques  d'Aphthone: 
&  le  P.  de  M.  les  eftime  dignes  d’être 
publiées. 

Il  ajoute  un  recueil  de  traits  d’hif- 
toire,  tirez  de  divers  Dictionnaires 
de  cette  Bibliothèque  ,  &  qui  man¬ 
quent  ,  ou  font  autrement  rapportez 
dans  celui  de  Suidas.  La  plûpart  de 
tes  traits  d’hiftoire  confident  en  l’ex- 
Janmr  iyi6* 


40  Mémoires  pour  l’H'tJloire 

plication  de  quelques  proverbes, 
parmi  lefquels  il  y  en  a  qui  pou- 
voient  demeurer  cachez. 

Il  finit  par  un  très  grand  nombre 
de  variantes  de  la  Géographie  de 
Ptolérnée. 

On  ne  doit  pas  oublier  qu'il  efi: 
particulieràlaBibliothéque  de  Coif- 
lin  de  poiïeder  quantité  de  manuf- 
crits  Grecs,  venus  des  Monafteres 
du  Mont  Athos  :  il  s’en  trouve  très- 
peu  dans  les  autres  Bibliothèques. 

Article  IV. 

REMi4R0t[ES  SVR  VN  MANVSCR1T 
de  la  bibliothèque  Seguier  ,  que  le  R . 
P.  de  Montfaucon  a  imprimé ,  comme 
une  Lettre  du  fécond  Concile  de  Ni * 
cée  à  l'Eglife  d' Alexandrie. 

LE  R.  P.  de  Montfaucon  s’eft  un 
xu  trop  fié  à  un  des  titres  de 
cette  piece ,  tirée  du  manufcrit  Grec 
XXIV.  in  folio  de  la  riche  Bibliothè¬ 
que  de  Monfeigneur  le  Duc  de  Coif- 
lin  Evêque  de  Mets  ,  &  imprimée 
page  c>6.  du  Caralogue.  La  leéfcure 
de  ce  périt  ouvrage  a  fait  apperce-j 
janyier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  411 
voir  au  do&e  Editeur  ,  qu'il  y  étoic 
parlé  d’Empereurs ,  &  de  Patriar¬ 
ches  pofterieurs  de  longtems  au  fé¬ 
cond  Concile  de  Nicée  ,  &  cepen¬ 
dant  cette  difficulté  ne  lui  a  fait  naî¬ 
tre  aucun  foupçon  fur  le  titre  ;  il 
s'eft  contenté  d’avertir  dans  fa  pré¬ 
face,  quelles  noms  de  ces  Empereurs 
&  de  ces  Patriarches  avoient  été 
ajoutez  dans  l’onzième  fïécle  :  tâ¬ 
chons  de  rendre  ce  fçavant  Bene- 
di&in  un  peu  plus  fcrupuleux  fur 
les  titres  des  manufcrits  Grecs,  & 
de  montrer  que;la  prétendue  lettre 
du  fécond  Concile  de  Nicée  i°.  Ne 
s’addrelTe  point  à  l’Eglife  d'Alexan¬ 
drie.  2°.  Qu’elle  n’efl:  point  du  fé¬ 
cond  Concile  de  Nicée.  3°.  Que  ce 
n'eff  point  une  Lettre.  40.  Que  c’eft 
une  homelie  de  Michel  Cerularius, 
Patriarche  de  Conftantinople  ,  pro¬ 
noncée  le  premier  Dimanche  de  Ca¬ 
rême  ,  jour  auquel  les  Grecs  célè¬ 
brent  la  fête  du  rétablifiement  des 
faintes  images.  5°.Que  cette  homelie 
a  été  prononcée  l’an  dejEsus- Christ 
mil  quarante  quatre  ,  ou  peu  après. 

i°.  Quand  ce  feroit  une  lettre, 
rien  ne  marque  qu’elle  s’addrefle 
Janvier  1716» 


4ï  Mémoires  pour  l'HiJloire 

à  l’Eglife  d’Alexandrie  ,  on  y  rap¬ 
pelle  la  mémoire  des  Patriarches 
d'Antioche,  comme  des  Patriarches 
de  Conftantinople  j  c’eft  aux  Pa¬ 
triarches  d’Alexandrie  qu'on  don- 
neroit  des  Eloges  ,  c’eftpour  eux 
qu'  on  feroit  des  vœux.  i°.  Si  cette 
piece étoitune lettre  du  fécond  Con¬ 
cile  ,  on  y  parleroit  du  Concile  ,  & 
au  nom  du  Concile  ,  on  y  verroit 
des  foufcriptions ,  &  une  addrefîe  ; 
rien  de  tout  cela  n’y  paroît.  Quelle 
raifon  auroit  porté  à  y  mêler  dans 
la  fuite  des  vœux  pour  des  Empe¬ 
reurs  &  des  Patriarches  poflérieurs, 
mélange  qui  ne  pouvoir  fervir  qu  a 
la  faire  paflêr  pour  fuppofée  ?  Ce 
n’dl  donc  pas  une  lettre  du  fécond 
Concile.  $.  Ce  n’eft  pas  même  une 
lettre,  elle  n’en  a  pas  la  forme,  & 
on  yreconnoît  le  tour  des  homélies 
Grecques  ;  on  y  dit  qu’on  parle  à 
l’occafion  de  la  fête  du  rétablifle- 
ment  desfaintes  images  ,  qui  fe  cé¬ 
lébré  ce  jour  là  ,  on  y  raconte  la  fin 
de  la  perfecution  des  Iconomaques , 
on  combat  leurs  erreurs  par  l’Ecri¬ 
ture  ,  &  en  Orateur  ;  on  y  fait  des 
vœux  pour  tous  les  Empereurs  , 
'janvier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  45 

depuis  Michel  &  Théodore  ,  juf- 
qu  a  Michel  le  Paphlagonien  ,  & 
pour  plusieurs  des  Patriarches,  de¬ 
puis  Saint  Germain  jufqu'à  Sifin- 
nius,  ôn  y  loiie  l'impératrice  Zoc 
comme  vivante ,  &  on  ne  joint  à  Ton 
nom  celui  d’aucun  Empereur.  40. 
L’homelie  a  donc  été  prononcée  l'an 
mil  quarante  quatre  au  plutôt  ;  Mi¬ 
chel  le  Paphlagonien  mourut  au 
mois  de  Décembre  l'an  mil  quaran¬ 
te  un  ,  Michel  Calafphate  regnoit 
encore  le  premier  dimanche  de  Ca¬ 
rême  de  l’année  fuivante  mil  qua¬ 
rante  deux  ,  &:  l'Imperatrice  Zoc 
étoit  éxilée ,  elle  fut  rappellée  la  mê¬ 
me  année  au  mois  d’Avril  ,  &  re¬ 
connue  pour  Impératrice  ;  elle  épou- 
fa  &  alîocia  à  l’Empire  Conilantin 
Monomaque  ;  mais  elle  fe  référva 
la  fuprême  autorité.  Michel  Ceru- 
larius  fuccedal'an  mil  quarante  trois 
au  Patriarche  Alexis  ;  mais  il  ne  lui 
fucceda  que  le  2^  de  Mars  ,  la  fête 
du  rétabliffement  des  images  étant 
pafl'ée,  je  crois  Michel  Auteur  de 
l’homelie  ,  parceque  tout  autre  que 
le  Patriarche  n’auroit  pas  manqué 
en  la  prononçant  de  faire  des  vœux 
fanyier  1716, 


'44  Mémoires  pour  rHiftoire 

pour  le  Patriarche  ,  comme  il  en 
fait  pour  l’Imperatrice  ;  je  recon- 
nois  d’ailleurs  Michel  Cerulariusà 
l’affediation  de  faire  des  voeux  pour 
Photius  ,  de  le  mettre  au  rang  des 
Patriarches  légitimés  ,  de  condam¬ 
ner  tout  ce  qui  a  été  fait  ou  écrit 
contre  lui.  On  fçait  que  Michel  re- 
nouvella  le  fchifme  ,  &  qu'il  efl: 
proprement  l'Auteur  de  la  divi- 
fion  des  deux  Eglifes. 

On  parle  dans  l'homelie  des 
Patriarches  d'Antioche  ,  peutêtre 
parceque  quelque  Député  de  cette 
Eglife  étoit  prélent.  Lnifloire  de  ce 
te  ms  nous  apprend  les  liaifons  de 
Michel  &  de  Pierre  Patriarche  d’An¬ 
tioche. 

J’ajoute  que  le  titre  qui  a  trompé 
le  P.  de  Montfauconn’eft  pas  le  vrai 
titre  ,  il  elt  fuivi  d’un  autre  ,  qui 
Purement  ell  l’ancien  ;  le  voici  tra¬ 
duit  :  Afiion  de  grâces  due  a  Dieu  tous 
les  ans  le  jour  que  mus  fommes  rentrez, 
en  pojfejfion  des  Eglifes  ,  avec  la  décla¬ 
ration  de  la  vraje  do  firme  &  la  réfuta¬ 
tion  des  impietez ,  que  la  malice  a  pro¬ 
duites.  Ce  titre  convient  à  l’ouvra¬ 
ge  ;  l’autre  n’y  convient  pas  ,  &  il 
janvier  1716.  étoit 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  ^ 

étoit  facile  de  difcerner  le  véritable 

titre  du  titre  fuppofé. 

Article  V. 

ATLAS  HISTORIO  yE  oy 
nouvelle  introduction  à  ihijioire  ,  h  U 
Chronologie  >  &  a  la  Géographie  an¬ 
cienne  <*r  moderne  j  reprefentée  dans 
de  nouvelles  cartes ,  oà  l'on  remarque 
l  établi  fi  ement  des  Etats  &  Empires 
du  monde  ,  leur  durée,  leur  chute,  & 
leurs  différons  gouverne  mens  ;  la  chro¬ 
nologie  des  Confuls  Romains  des  P  a- 

■  pes ,  des  Empereurs ,  des  Ms  g  des  ‘ 
Princes ,  &c.  qui  ont  été  depuis  le 
commencement  du  monde  jufqu’d  pre- 
Jent ,  &  u  genealogie  des  A/aifons 
Jouver aines  de  l'Europe.  Paru  y.  c.. 
Avec  des  dijfertattons  fur  ThifiÔire 
de  chaque  Etat.  Par  Mr.  Gueudeville. 
Tome  4e.  qui  comprend  le  Danne- 
marcK>  la  Suede ,  la  Pologne  y  la  Mo  P 
covtey  la  Turquie  ,  &c.  A  Amfter- 
dam^chez  les  fre res  Châtelain 
Libraires  ,  près  de  la  maifon  de 
ville.  17 14 ,m  folio. 

LH  defTein  de  ce  livre  efl  excel¬ 
lent ,  Davity  ,  Blacu,  &  Jan- 
Janvier  1716.  q 


4«  Mémoires  pour  l'HïJloïre 
fon  ,  i’avoient  déjà  exécuté ,  même 
avec  plus  d  étendue  &  de  detail ,  le 
premier  fous  le  titre  à’ Etats, &  Em¬ 
pires  du  monde  ;  l’autre  fous  un  tître 
d’Atlas ,  tître  peu  convenable  ;  At¬ 
las  ,  félon  la  fable  ,  portoit  le  ciel  , 
&je  ne  vois  pas  ce  que  ce  nom  peut 
avoirde  commun  avec  une  defcrip- 
tion  de  la  terre.  Quoi  qu  il  en  foir  , 
Y  Atlas  dont  nous  parlons  eft  l’ou¬ 
vrage  de  deux  Auteurs.  Mr.  C...* 
a  fourni  lescartes ,  &  les  tables  chro¬ 
nologiques  ,  hiftoriques  &  généalo¬ 
giques  ,  elles  ne  font  pas  exemptes 
de  fautes;  on  doit  cependant  louer 
le  travail  de  cet  Auteur  anonyme, 
qui  apprend  beaucoup  a  fes  Lec¬ 
teurs  ,  &  qui  leur  apprend  des  cho- 
fes  qu'on  ne  peut  ignorer  fans  hon¬ 
te  dans  le  commerce  du  monde. 

Pour  les  diflfertations-de  M.  Gueu- 
deville ,  elles  ne  fervent  qu’à  prou¬ 
ver  le  mauvais  goût  des  Libraires; 
il  n’y  a  point  en  France  de  garçon 
Imprimeur  qui  n’eût  fenti  le  ridi¬ 
cule  de  ces  differtations  ,  dignes  a 
peine  d’être  mifes  dans  la  bibliothè¬ 
que  bleue ,  &  vendues  dans  les  foi¬ 
res.  Pour  en  donner  quelque  idée, 
Janvier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  47 

nous  cranfcrivons  le  commencement 
de  la  préface. 

»  Rien  de  plus  louable  ,  que  de 
»  confacrer  fa  tête  &  fon  tems  à  l'inf- 
»  truôiion  du  public.  Peut-on  avoir 
»>a{Tez  de  reconnoiflance  pour  ceux 
»  qui  fourni  fient  à  la  culture  de  l’ef- 
,,  prit  &  aux  alimens  de  la  belle  cu- 

>  riohté  ?  Les  hommes  de  cabinet 
,font  d'un  grand  fecours  ;  &  que 
,  fans  leur  travail  nous  ferions  trif- 
,  tement  nôtre  paflage!  la  multitu- 

>  de  ne  connoîtroit  ni  fon  être  ni  la 
»  groffe  boule ,  fur  laquelle  il  a  plu 
*  au  Créateur  de  nous  placer.  J'ad- 
|»  mire  les  bons  plumiers,  &  je  ne 
Lfçaurois  trop  me  confefler  leur  re¬ 
devable. 

Tout  eft  de  la  même  force  8c 
e  la  même  élégance.  Voici  un 
'ait  de  la  fécondé  diHertation  s 
original  ,  que  nous  ne  pouvons 
omettre.  «  II  faut  que  je  le  di« 
fe  en  pafTant  ,  il  faut  que  je  me 
décharge  de  mon  grand  grief.  Ef¬ 
fectivement,  Monfcigneur  public, 
foit  dit  avec  tout  le  refped:  dû  à 
vos  grandes  ,  à  vos  vives,  à  vos 
i  profondes  lumières  ,  vous  n’êtes 
Janvier  1716.  C  ij 


^  8  Mémoires  four  rnijlotre 

*  nullement  une  perfonne  conten- 
„  table.  Tâche  t  on  de  donner  de 
«  l’efprit  ?  Il  y  en  a  trop  :  fi  ,  le  dé- 
„  goûtant  Phebufien  !  A  quoi  bon 
„  tout  ce  guindage  ?  Et  que  n’écrit- 
«  il  comme  on  penfe?  Parle  t-on  le 
»  naturel  ?  C  etoit  aflurément  bien 
«la  peine  d’employer  la  plume  &C 
„  la  prefle  pour  nous  dire  fi  peu  de 
«  chofe  !  Monfeigneur  public  ,  vou- 
«  lez  vous  me  permettre  de  dire  ce 
«  que  je  fais  ?  Il  étoit  un  vilageois 
«  &  fon  fils,  qui ,  renverence  parler, 
«avoient  un  âne  en  leur  compagnie  : 
«  ils  montoient  tour  à  tour  la  fpiri- 
«tuellebête  ,  ils  la  laifioient  aller 
«  feule ,  ils  en  vinrent  jufqu’à  la  por- 
jitc  ;  &  le  tout  fur  le  contrôle  per- 
«  petueldes  paflans  :  à  la  fin  nos  bon- 
«nes  gens  en  firent  à  leur  guife  ; 
jj  &  félon  mon  très  petit ,  &  très- 
«  infortuné  moi,  ils  firent  fort  fa- 
«  gement.  J’en  fais  de  même ,  fere- 
»  niffime;  mais  ne  feroitce  pas  mieux 
«  dit ,  obfcuriffime  Prince ,  qui  avez 
l'honneur  de  porter  l’illufiriffime 
ss  nom  de  public  :  Je  ris  de  vôtre 
sj arrêt  de  condamnation  ;  j’en  ris, 
ss  fur  le  droit  que  j’ai ,  &  qu’on  ne 
Janvier  iji6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  4^ 
«Içauroit  m’ôter,  d'en  appeller  à 
«  la  Cour  des  fenfez  ,  Cour.  fupé- 
«  rieure ,  &  décifive  en  dernier  ref- 
«  fort  ;  c’eft  grand  dommage  que  ce 
«  plus  beau  de  tous  les  Parlemens 
«ait  fi  peu  d’Ofticiers  !  oüi,  direz- 
«  vous  ,  mais  fi  vous  n’écrivez  pas 
«  mieux  ,  nous  ne  vous  acheté- 
«  rons  point  :  tant  pis  pour  le  Li- 
«  braire,  &  tant  mieux  pour  moi; 
«  j'en  ferai  délivré  plutôt  de  vôtre 
«  dur  efclavage  ,  Monfeigneur  pu- 
«blic.  En  vérité ,  j’aimerois  mieux 
«être  le  dernier  des  manœuvres, 
«que  d’avoir  l’honneur  de  gagner 
«  ma  vie  avec  vous.  Pendant  que  je 
«  m’amufe  à  jafer  ,  mon  Hiltorien 
„  fe  morfond  ;  ça  ,  ça,  il  faut  le  ci- 
«  ter ,  &  il  en  efl  grand  tems  :  ayez 
«  donc  le  plaifir  de  me  quitter  pour 
«  un  autre. 

N’en  voilà  que  trop  pour  faire 
juger  à  la  Cour  des  fenfez  où  l’Au¬ 
teur  appelle,  qu’on  pourroit  rendre 
le  livre  dont  nous  parlons  beaucoup 
meilleur ,  en  le  diminuant  de  plus 
de  la  moitié. 

Le  quatrième  tome  contient , 

9  \ 

Janwr  1716.  C  iij 


5o  Mémoires  pour  l'HiJloire 

J.  Differtation  fur  le  Royaume  de 
Dannemarck^ 

Nouvelle  carte  de  la  Scandinavie ,  otl 
des  Etats  du  Nord. 

Carte  généalogique  pour  conduire  ai 
VHiftoire  des  Rois  du  Nord  ,  en  deux 
feuilles . 

Nouvelle  carte  du  Royaume  de  Dan - 
nemarckz 

Nouvelle  carte  généalogique  de  la 
vi  ai  [on  de  Holflein ,  &  fes  differentes 
branches.  La  Genealogie  de  Schavem - 
bourg ,  d’Oldembourg  dr  de  Slefwick .» 
en  deux  feuilles. 

Chronologie  des  Rois  de  Datmemarck? 

i I.  Dijf  rtatlon  fur  la  Suède, 

Carte  des  Etats  de  la  Couronne  de  Sue * 
de  ,  avec  des  remarques. 

Carte  de  la  partie  Septentrionale  du 
Royaume  de  Suede. 

Carte  de  la  partie  méridionale  du 
Royaume  de  Suede. 

Carte  de  la  maifon  du  Roi ,  des  Etats  , 
du  Confeil ,  &  du  gouvernement  civil  , 
Ecclefiaftique  &  militaire  de  la  Suede. 

Carte  pour  fervir  a  l’intelligence  de 
[hi foire  de  Guftave  Adolphe  ,  de  Chrif- 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  5 1 
tine ,  de  Charles  Guftave  ,  &  de  Char¬ 
les  X  1 1. 

* 

III.  Dlffertatlon  fur  U  Laconie. 

Carte  de  la  Laponie  Suedoife. 

ligures  qui  reprefentent  les  faux  cul¬ 
tes  des  Lapons . 

; Repré fentations  du  domeftique  &  du 
ménagé  des  Lapons. 

De  leurs  arts  mechaniques  &  de  leurs 

foires . de  leurs  mariages ,  de  leurs 

jeux ,  &  de  leurs  diverti ffemens. 

Maniéré  d'aller  a  la  chajfe  y&des 
dijferens  animaux  de  la  Laponie. 

Généalogie  de  la  niaifon  Royale  de 
Suede ,  de  la  maifon  Palatine ,  &  de  Ba¬ 
vière,  avec  les  differentes  branches  qu  el¬ 
les  ont  formées  ;  en  deux  feuilles . 

Chronologie  des  Rois  de  Suede . 

IV.  Dlffertation  fur  U  Pologne. 

Carte  de  la  Pologne  ,  avec  la  chrono - 
logie  des  Rois  &  des  Ducs  de  Lithuanie. 

Carte  de  la  Pologne  divifee  \ elon  je  s 
Palatinats . 

Carte  des  trois  ordres  qui  compofent 
l'Etat  de  la  République  de  Pologne. 

Janvier  1716.  C  iiij 


5 1  lie  moire  s  pur  !Hi foire 

Carte  généalogique  des  Princes  &  Rois 
de  Pologne ,  &  des  familles  Royales  & 
Ducales  de  Piajle  ,  en  deux  feuilles. 

Carte  généalogique  des  Souverains , 
&  des  familles  illuflres  ,  alliez,  a  la 
mai  fort ,  ou  aux  defcendansde  la  famille 
Royale  de  Ptafte  ;  en  deux  feuilles. 

Carte  généalogique  des  Ducs  &  Rois 
de  Bcbeme  &  de  Hongrie ,  avec  des  inf- 
trustions  pour  conduire  a  Phi  foire  dè  Po¬ 
logne  ,  en  deux  feuilles. 

Seconde  chronologie  des  Rois  de  Foi 
logne . 

V.  ‘Dijfertation  fur  la  Mofcovie* 

Nouvelle  carte  de  la  Mofcovie ,  oà 
font  repréfentcT^les  differens  Etats  de  fa 
Ma]efté  C z*  arienne  en  Europe  ,  &  en 
si  fit. 

Nouvelle  Carte  des  Etats  du  grand  Duc 
de  Mofcovie  en  Europe. 

Nouvelle  Carte  des  Etats  du  grand 
Duc  de  Mofcovie  en  Afie. 

Caite  generale  des  Etats  du  Cz,ar  Em¬ 
pereur  de  Mofc  ovie  ,  en  deux  feuilles. 

VI.  Seconde  dijfertation  fur  la 

Mofcovie. 

%  , 

Carte  généalogique  des  Cz>ars  deMof- 
covie  ou  Empereurs  de  U  grande  Rujfie> 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  5  ? 

Carte  des  ordres  de  chevalerie  de  fa 
2l4a]efté Cz^arienne  ,fes  'Titres  y  l  état  de 
fa  noble  ffe ,  &  la  vûe  de  Mofcow . 

FIL  Dlffertation  fur  U  Turquie. 


Carte  de  l’Empire  Ottoman  .où  on  a 
joint  /’  Abrégé  de  ïhi foire  Grecque  &  Ro¬ 
maine  ,  en  deux  grandes  feuilles. 

Genealogie  des  Empereurs  d  Orient , 
d’An  lrinople ,  é?  de  Trebifonde ,  des  Rois 
de  Jerufalem  ,&d’ Arménie ,  &  des  Em -, 
pereurs  Turcs ,  tn  deux  feuilles. 

Carte  de  l’état  de  la  Maifon  du  Grand 

Seigneur.  _ 

Chronologie  des  Empereurs  d’Orient,  des 
Rois  de  ferufalem,  des  Califes  Arabes  , 

des  Sultans ,  &  des  Empereurs  Turcs . . 

Il  refte  à  choifir  ce  qu’il  y  a  de 
plus  interefiant  dans  les  tables  Chro¬ 
nologiques  hiftoriques,  en  y  faifant 
les  corrections  neceiTaires  ;  nous  pré¬ 
férons  ce  qui  peut  faire  connoitre  le 
Dannemark  ,  la  Suede  &  la  Mofco- 
vie  ;  la  guerre  du  Nord  donne  de  la 
curiofité  pour  ces  Etats. 

‘Du  Dannemarck j 


La  Maifon  d'Holftein  eft  fur  le 
fanyier  1716,  C  y 


5  4  Mémoires  pour  l'Hifloire 

1  hrone  depuis  1448  ,  cette  maifdn 
a  donné  pendant  ce  tems  là  dix  Rois 
au  Dannemarck.Chrifticrne  fécond  , 
qui  regnoit  aufh  fur  la  Suede  ,  Prin¬ 
ce  dont  la  mémoire  eft  en  horreur 
pour  fon  inhumanité  ,  introduire 
dans  fes  Etats  l’herefie  Luthérienne. 
Dieu  l’en  punit,  il  perdit  fes  deux 
Royaumes ,  &  mourut  dans  les  pri- 
fonsde Tufurpateur.  Fridcric  III. pro¬ 
fitant  heureufement  des  conjonctu¬ 
res  où  fe  trouva  le  Dannemarck  après 
la  levée  du  fiege  que  Charles  Guf- 
tave  Roi  de  Suede  avoit  mis  devant 
Coppenhague,  rendit  héréditaire  le 
Royaume, qui  étoit  auparavant  élec¬ 
tif  y  les  droits  de  la  nobleffe  furent 
abolis  ,  &  fautorité  du  Roi  n’eut 
plus  de  bornes.  Chriftierne  cinquiè¬ 
me  fon  fils  &  Frideric  troifiéme  fon, 
petit  fils,  qui  regneaujourd’hui ,  ont 
été  prefque  continuellement  en  guer¬ 
re  avec  la  Suede.  Les  Ducs  d’Holf- 
tein  Gottorp,  de  lamême  maifon  que 
le  Roi  de  Dannemarck  ,  en  ont  été 
3e  prétexte. 

Les  Ducs  d’HoIftein  Gottorp , 
branche  cadette  de  la  Maifon  Roya¬ 
le  de  Dannemarck  ,  avoient  relevé 
fanvier  1716* 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  $  j 
du  Roi  chef  de  leur  Maifon  jufqu’en 
mil  fix  cens  cinquante  huit.  Au  com¬ 
mencement  de  cette  annee  Charles 
Guftave  obligea,  par  le  traité  de  Rof¬ 
child  ,  Frideric  troifiéme,  Roi  de 
Dannemarck  ,  de  ceder  à  Frideric 
premier  Duc  d’Hoifiein  Gottorp 
la  Souveraineté  de  cette  partie  du 
HoUtein  ,  l'adminiftration  de  la  juf- 
tice  &  la  féance  aux  Dietes  alter¬ 
nativement  avec  les  Rois  de  Dan* 
nemarck  ,  &  la  participation  de 
tous  les  droits  regaiiens.  Le  Duc 
d'Holftein  étoit  beaufrere  du  Roi 
de  Suède,  qui  avoit  épouféHeduvi- 
eeEleonordfa  fœur,  grand  mere  du 
Roi  Charles  XII.  aujourd'hui  ré¬ 
gnant.  Le  traité  de  Rofchild  fut  con¬ 
firmé  par  celui  de  Copenhague  en 
1660.  les  Rois  de  DannemarcK  ont 
depuis  ces  deux  traitez  faifi  toutes 
les  occafions  de  reprendre  les  droits 
cedez  par  force.  Chriftierne  V.  Roi 
de  DannemarcK ayant  attire  Chrif¬ 
tierne  Albert  Duc  d  Fîolftein  Got¬ 
torp  dans  un  piege ,  fous  prétexte  de 
traiter  avec  lui ,  le  fit  p.rifonnier  ,  & 
l'obligea  de  renoncer  au  traite  de 
Rofchild  :  le  Duc  s’échapa  ,  protefta 
janvier  1716.  C  vj 


56  Mémoires  pour  l’Hi (foire 
contre  la  renonciation,  &  le  trâite 
de  Fontainebleau  en  1279. 1£  rétablie 
dans  tous  les  avantages  que  Ton  pere 
avoit  obtenu  par  le  traité  de  Rof- 
child.  Le  Roi  de  Dannemark  fit  une 
nouvelle  tentative  quj  ne  réüilit  pas 
mieux,  le  traité  d’Afiena  en  1689. 
confirma  les  traitez  de  Rofchild  ôc 
de  Fontainebleau. 

Frideric  IV.  Roi  de  Dannemark, 
qui  régné  aujourd'hui ,  a  voulu  com¬ 
me  Tes  peres  rentrer  dans  la  Souve¬ 
raineté  de  tout  le  Fîolffein.  Sa  pre¬ 
mière  entreprife  fut  malheureufe  ;  le 
traité  de  Travendal  affermit  le  Duc 
d’Holftein  dans  tout  ce  que  les  trai¬ 
tez  précedens  lui  avoient  accordé. 
Le  Roi  plus  heureux  dans  une  fé¬ 
condé  entreprife  ,  eft  aujourd'hui 
maître  de  tout  le  Holltein  y  mais  la 
guerre  n'eff  pas  finie. 

L’Ordre  des  Confeils  du  Roi  de 
Dannemark ’z 

Depuis  la  fuppreffion  des  charges 
de  General  du  Royaume  ,  de  grand 
Maître  d’Hôtel  &  de  Confeillers  du 
Royaume,  le  Roi  eft  devenu  le  chef 
fanyter  ïyi6,  ‘  f 


des  Sctences  &  des  beaux  Ans.  57 

de  tous  les  Confeils  ;  il  choifit  com¬ 
me  il  lui  plaît  des  perfonnes  de  mé¬ 
rité  ,  &  d’experience  dans  les  affai¬ 
res  ,  pour  en  faire  fes  Minières,  &c 
fes  Confeillers  ,  &  c'eft  ainfi  qu'il 
forme  les  Confeils  privez  d’Etat  & 
de  guerre. 

Le  Confeil  privé  eft  compofé  de 
perfonnes  du  premier  rang  3  que  le 
Roi  choifit,  &  avec  lefquelles  il  dé¬ 
libéré  des  affaires  les  plus  importan¬ 
tes  de  l’Etat.  On  tient  ordinairement 
confeil  après  l’arrivée  de  la  pofte3en 
prefence  du  Roi  &  du  Secrétaire 
d’Etat ,  &  après  avoir  lu  &  examiné 
les  dépêches ,  on  envoyé  les  refolu- 
tions  au  Confeil  de  la  Chancellerie 
pour  être  expédiées. 

.  Le  Confeil  d’Etat  eft  plus  nom¬ 
breux  ,  &  connort  de  toutes  les  affai¬ 
res  qui  'regardent  le  gouvernement 
du  Royaume. 

Le  Confeil  de  guerre  eft  compofé 
du  Feld-Marefchal  ,  du  Lieutenant, 
&  des  Confeillers  de  guerre  ,  qui 
après  leurs  délibérations  envoyé  le 
refultat  à  la  Chancellerie  ,  pour  y 
être  expédiées. 

Le  Confeil  de  l’Amirauté  eft 

compofé  de  l'Amiral ,  qui  en  eft  lç 


j 


'5 8  Mémoires  pour  l'HiJioire 

Prefident  ,  &  qui  a  foin  de  tout  ce 
qui  efl  neceflaire  pour  la  flotte  ,  & 
d’un  certain  nombre  de  Confeillers; 
il  s’affemble  ordinairement  à  Holme. 

Le  Confeil  des  finances  efl  compo¬ 
sé  d’un  Prefident  ,  avec  quelques 
Confeillers  &  Aflefleurs ,  &  d’un  Se¬ 
crétaire  pour  l’expedition  des  affai¬ 
res.  Il  y  a  encore  quelques  autres 
Confeils ,  ou  jurifdiétions ,  &  divers 
autres  officiers ,  fans  les  Confeillers , 
qui  aflifknt  au  Confeil  du  Roi ,  qui 
font  revêtus  de  charges  importan¬ 
tes  ,  comme  , 

Legrand  Chancelier. 

Le  grand  Amiral. 

Le  Felc-Maréchal. 

Le  Vice-Roi  de  Norr„ 

Le  G.  de  Holflein. 

D’Oldembourg. 

Le  grand  Veneur. 

Le  grand  Maître  des  Ceremonies. 

On  ne  peut  donner  un  état  fort  juf- 
te  des  revenus  du  Roi ,  qui  varient, 
diminuent ,  ou  augmentent,  félon  les 
befoins  de  l’Etat.  Le  Roi  de  Danne- 
marck  peut  bien  entretenir  40000 
hommes  fur  pied,  fans  les  milices, 
fmm  1716* 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  59 

qui  font  gagées ,  &  qui  ont  comme 
les  troupes  réglées  leurs  officiers. 

Remarque  fur  le  Gouvernement  civil 
de  Dannemarck j 

Les  Loix  font  toutes  fondées  fur 
l’équité,  &  renfermées  dans  un  petit 
volume  in  quarto  avec  beaucoup  de 
netteté  ,  &  de  fimplicité  ;  de  forte 
qu’il  n’y  a  perfonne  qui  fçache  lire ^ 
qui  ne  s’en  puifïe  fervir,  &  les  citer 
dans  fa  propre  caufe:  auffi  on  ne  voit 
point  en  Dannemarck  3  comme  dans 
les  autres  Etats  ,  de  ces  chicannes 
ruineufes,  &  il  n’y  a  aucun  procès 
qui  puiffe  trainer  plus  d’un  an  &  un 
mois.  Il  y  a  pour  le  Civil  trois  juri¬ 
dictions  différentes  ;  on  peut  appel- 
ler  de  l’une  à  l’autre.  La  première, 
qui  fetrouvedans  les  villes  &  bourgs 
appeliez  Byfoghts,  a  du  rapportaux 
Bailliages ,  Prévôtez  deFrance.  De 
cette  Jurifdiétion  on  peut  appellera 
la  Cour  de  Laudfdag,  qui  efi  la  prin¬ 
cipale  de  la  province,  qui  a  du  rap¬ 
port  aux  Préfidiaux  ,  &  de  celle  là  à 
la  Cour  de  Highright  ,  qui  eft  comi 
me  la  Cour  Souveraine  à  Coppenh^ 
J  armer  1716. 


6o  Mémoire!  pour  l'Hiftoire 

gue,  qui  a  du  rapportaux  Parlement 
Le  Roi  prend  lui  même  quelque¬ 
fois  féance  à  cette  Cour.  Le  falaire 
des  Juges  eft  fort  peu  de  chofe,  & 
on  le  paye  de  l’argent  de  la  Tréfore- 
rie.  Le  Bytogd  ,  ou  Juge  des  villes  & 
bourgs  ,  à  environ  ioo  Richelades 
par  an.  Les  Magiftratsont  même  foin 
de  faire  choix  d’Avocats  de  probité, 
pour  plaider  les  caufes  des  pauvres 
gens,  ou  de  ceux  qui  ne  peuvent  pas 
fe  deffendre  eux-mêmes. 

Du  Gouvernement  Ecclejîaftique. 

Il  n’y  a  point  d’autre  Religion  en 
DannemarcK  que  la  Luthérienne,  ou 
Proteftante.  La  Reine  mered’au  jour- 
d’hui  a  feulement  fait  bâtir  une 
Eglife  pour  les  Reformez,  &  ceux 
de  la  Communion  Romaine  en  ont 
auffi  une  à  Glukftad.  Tout  le  refte 
du  Royaume  fuit  les  fentimens  de 
Luther  ,  &  hait  fort  les  Reformez, 
Quoique  la  Cour  de  DannemarcK  ait 
beaucoup  d’égard  pour  le  Clergé, 
elle  ne  lui  a  point  permis  de  fe  mêler 
du  gouvernement  Civil.  La  Chaife 
cft  leur  principale  occupation  :  ils  Te 
Janyier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Ans.  61 

donnent  la  liberté  de  cenfurer  for¬ 
tement  le  vice ,  &  même  de  déligner 
&  nommer  les  perfonnes ,  ce  qui  les 
fait  rega^er  avec  admiration  du  pe¬ 
tit  peuple.  Il  y  a  en  Dannemarck  lis 
Surintendans  &  des  Evêques  ,  fça- 
voir  ,  à  Coppenhague  ,  Odenfées 
Wibourg,  Alborg,  Rippen  &  Artha- 
fej  en  Norwegue  Chriliiana;  Dron- 
them,  Bergen  &  Staranger.  Ces  Sur¬ 
intendans  ont  infpe&ion  fur  la  doc¬ 
trine  &  fur lamanierede  vivre. Il  n'y 
a  que  deux  Univerlitez  en  Danne- 
marcK,  Tune  à  Coppenhague,  &  l'au¬ 
tre  à  Fleusbourg  dans  le  Holflein. 

Des  Etats  du  Royaume  de  Suede . 

Pour  donner  une  idée  abrégée  du 
gouvernement  de  la  Sued«  ,  il  eftà 
propos  de  commencer  par  les  Etats 
duRoyaume ,  comme  étant  le  corps 
le  plus  ancien  &  le  plus  conlïderable 
de  ce  Royaume,  qui  en  a  première¬ 
ment  établi  les  loix,  &  formé  legou- 
vernement.  Les  Etats  de  ce  Royau¬ 
me  font  compofez  de  quatre  diffe- 
rens  corps.  Le  premier  eft  compofé 
de  la  Noblefle,  &  de  quatre  desprin* 

fmienjiG. 


6*  Mémoires  pour  l’Hiftoire 

cipaux  Officiers  de  chaque  Régi¬ 
ment.  Lefecond  eftcompole  du  Cler¬ 
gé  ;  le  troifiéme  des  Bourgeois  des 
Villes;  &  le  quatrième  eft  compofé 
des  païfans  dans  Tor  dre  fuivant. 


/.  Etat  de  la  Noblejfe. 

I.  La  grande  &  la  petite  Nobleflô 
qui  compofe  un  corpsde  près  de  1000 
perfonneSë 

Les  Colonels  de  Régiment. 

Les  Lieutenans  Colonels. 

Les  Majors  de  Régiment, 

Les  Capitaines, 

I  N 

II.  Etat  du  Cierge . 


L’Archevêque  d’Upfal. 

De  Liukoping  . 

.  .  Weftvas . 

..  Stregnas  .  .  .  • . 

. ,  Scara . 

. ,  Lundun  . . 


JEv. 

Ev. 

Ev. 

Ev. 

Ev. 


Les  Evêques. 

.  .  Guttenbourg . Ev. 

. .  Wexio . .  .  .  .  .  Ev. 

. .  Calmar . .  .  .  .  •  Ev. 

J  armer  1716, 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  6$ 

. .  Revel . Ev. 

.  ,  Abo . Ev, 

.  .  Wibourg . Ev. 

Les  Superintendans. 

De  Carlellat  •  <  ,  •  .  .  .  •  »  .  Sup» 

. .  Hernofland  . . Sup. 

. .  Gotteland.  . . Sup. 

, .  Narva . Sup» 

.  .  Oefel . Sup. 

.  .  Staden . .  .  Sup» 

Stetin  &  Riga  ont  des  Surinten- 
dans ,  qui  entrent  parmi  les  Evêques. 
Un  corps  d’environ  deux  cens  Dé¬ 
putez  des  ParroifTes  de  la  campagne. 

III.  Etats  des  Ailles. 


Ceux  qui  reprefentent  la  bcuN 
geoifie,  qui  compofe  le  troifiéme  or¬ 
dre  des  Etats,  fontchoifis  par  les 
Magiftrats  de  chaqueCommunauté, 
celle  de  Stockolm  a  le  droit  d’en 
choiiir  quatre  ,  les  autres  deux  ,  & 
quelques-unes  n’en  députent  qu’un. 
Tout  cela  enfemble  revient  à  près 
de  cent  cinquante  députez. 

7^r.  Etat  des  pa'ifans. 

Le  quatrième  corps  des  Etats  efl 
compofé  des  païfans ,  qui  envoyent 
fanyier  1 7 1 6. 


6  4  Mémoires  pour  V  Ht  foire 

de  chaque  Territoire  un  député ,  fé¬ 
lon  leurs  droits.  Tous  ces  députez 
du  corps  des  païfans  font  le  nombre 
d'environ  deux  cens  cinquante  per- 
fonnes. 

De  l'ordre  des  Confeils  des  Colleges . 

I.  Du  Confeil  privé. 

Le  Confeil  privé  n’eft  pas  fixé ,  le 
Roi  le  compofe  aujourd’hui  félon 
fon  bon  plaifir ,  ceux  qui  le  compo- 
foient  autrefois  avoient  le  titre  de 
Sénateur,  au  lieu  qu'aujourd’hui  ils 
n'ont  que  celui  de  Confeiller.  Le 
Chef  de  la  Juftice  ,  le  grand  Maré¬ 
chal  ,  l'Amiral,  le  Chancelier,  &  le 
Threforier  ,  qui  font  fupprimez, 
étoient  les  cinq  hauts  officiers  du 
Royaume.  Ceux  qui  compofent  au¬ 
jourd’hui  le  Confeil  privé  ont  diver- 
fes  Charges  lucratives,  &  ilss’afTem- 
blent  fuivant  les  ordres  du  Roi  }  le 
Roi  y  affilié  fouvent. 

Confeil  de  la  Chancellerie. 

Ce  Confeil  a  foin  des  affaires  qu’on 
a  avec  les  Cours  étrangères  >  &  les 
Minières  qui  s'addreffentà  ceux  du 
Imkr  17 16. 


des  Scien  ces  &  des  beaux  Arts.  6  y 

Roi,  de  qui  il  reçoit  Tes  inftructions. 
Ce  Confeil  a  aufiifoin  desUniverfi- 
tez ,  &  des  Ecoles  du  Royaume ,  & 
des  imprefiions  des  livres.  Ceux  qui 
le  compofent  font  , 

i.  Prefident  Confeiller  du  Roi» 
i.  Chancellier  de  la  Cour. 

4.  Secrétaires  d’Etat. 

6.  Autres  Secrétaires. 

4.  Regifirateurs ,  &  1  A&uaire. 

1.  Secrétaire  des  Archives. 

1.  Regiftrateur. 

1.  Actuaire. 

2.  AfTeffeurs  pour  découvrir  & 
éclaircir  les  Antiquitez  duRoyaume. 

Confeil  du  Commerce . 

Ce  Confeil  délibéré  fur  les  affai¬ 
res  les  plus  importantes  des  finances , 
&  du  commerce.  Ceux  qui  le  com «s 
pofent  font , 

1.  Prefident  q#  eft  Confeiller  du 
Roi. 

4.  Confeillers. 

4.  AfTeffeurs. 

4.  Commiffaires. 

1.  Secrétaire, 

1.  Avocat  fifcaJ. 


CG  Mémoires  pour  rHiftoire 

Confeil  de  la  Chambre  des  Comptes . 

Cette  Chambre  prend  un  foin  ge¬ 
neral  des  revenus  du  Roi ,  elle  coa- 
ûfte  en  _ 

i.  Prefident  Confeiller  du  Roi, 

4.  Confeillers. 

4.  Cameriers. 

4.  Teneurs  de  livres, 

1.  Secrétaire. 

1.  Avocat  fifcal. 

Du  gouvernement  de  l'Etat  prefent 
de  Suede ,  &  de  la  M^ifon  du  Roi. 

Le  Roi  de  Suede  gouverne  fouve- 
rainement ,  depuis  la  Diette  de  l'an¬ 
née  1682.  où  les  Etats  du  Royaume 
conférèrent  unanimement  la  Souve¬ 
raineté  au  Roi  Charles  XI.  Avant  ce 
changement  le  Roi  étoit  obligé  par 
le  ferment  de  fon  couronnement  de 
gouverner  le  Royaume  par  le  Con¬ 
feil  des  Sénateurs  du  Royaume,  qui 
étoit  dans  ce  tems-là  au  nombre  de 
quarante ,  ou  quarante  quatre.  Le 
Roi  n’étoit  pas  non  plus  en  droit  d’é- 
xiger  quelques  fubhdes  extraordi¬ 
naires  de  fes  fu jets  fans  le  confente- 
Janyier 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts. 
ment  des  Etats  generaux ,  où  il  fal- 
loit  faire  connoïtre  à  quoi  ces  fublî- 
des  ferviroient  ;  mais  à  prefent  le 
Roi  ne  fait  plus  ce  fermenta  fon  cou¬ 
ronnement.  Charles  XII.  à  prefent 
régnant  eft  le  premier  qui  ne  Ta 
point  fait ,  comme  né  d’un  pere  Sou¬ 
verain  ,  &  les  Etats  ne  s’aifemblent 
plus ,  que  par  fes  ordres  &  par  cere¬ 
monie  ;  ils  fe  font  afTemblez  avec 
plus  d’autorité  pendant  fon  féjour  à 
Bender.  L’état  de  la  Maifon  du  Roi 
n’a  pas  une  fuite  d’Officiers  fort 
nombreufe  ;  voici  un  abrégé  de  ceux 
qui  tiennent  le  premier  rang. 

Etat  de  la  Maifon  du  Roi . 

i.  Grand  Maître  d’Hôtel* 
i.  Grand  Maréchal, 
i.  Premier  Veneur, 
i .  Confefleur  du  Roi. 

6.  Chambellans  du  Roi. 
i.  Maitre  de  ceremonies, 
i.  Intendant  de  la  Cour, 
i.  Introduéleur  des  Ambafla-  k 
deurs. 

6.  Gentilshommes  ordinaires  dz 
la  Cour. 

Janvier  17 1 6, 


53  Mémoires  pour  RHifloire 
Divers  autres  Officiers, 
i.  Ecuyer  du  Roi. 

Bat  abrégé  de  la  Maifon  de  la  Remet 

i.  Gouverneur. 

i.  Maréchal  de  la  Cour. 

j.  Grand  Chambellan. 
i.  Grand  Ecuyer. 

4.  autres  Chambellans. 

1.  Confeffeur. 

Les  Gentilshommes: 

Les  Dames  d’honneur. 

Abrégé  de  la  Maifon  de  la  Princejfe . 

1.  Maréchal  de  la  Cour. 

Les  Chambellans. 

Les  Gentilshommes  ordinaires. 
Les  Dames  d’honneur. 

» 

Suite  de  l'ordre  des  Confeils ,  ou  des 
Colleges . 

Confeil  de  Guerre . 

Ce  Confeil  a  foin  de  la  Milice  de 
terre  ,  &  de  toutes  les  places  fortes , 
?  armer  1716.  & 


des  Sciences  é  des  beaux  Arts .  69 

&  Arcenaux  du  Royaume  ,  il  reu- 
ferme 

1.  Prefidenr. 

.  2.  Confeillers  de  guerre. 

1.  CommifTaire  de  guerre* 

1.  Secrétaire. 

2.  Cimeriers. 

I  •  >  '  r  •••  ••  •  ;  *  ■  •  •  r  F  ■  r  *  f  j  •  *  1 

Confeil  de  ï Amirauté. 

*  ;  -  f  «  I 

Ce  Confeil  a  foin  de  la  Hotte  &  des 
Officiers  de  Marine  ,  des  Matelots, 
6c  de  tout  ce  qui  regarde  la  Marine. 
Le  chef  de  ce  Confeil  cil , 

L'Amiral  general , 

Les  autres  Amiraux, 
ou  Vice  Amiraux, 

3.  Confeillers  de  l'Amirauté. 

1,  Secrétaire. 

La  Treforerie,  &  U  Chambre  des  * 
Comptes  de  la  flote'efl  fep*  rée.  du 
Conieil  de  1  Amirauté.  Le  fuprêrne, 
ou  le  premier  CommifTaire,  avec  les 
Çimeriers  &  autres  moindres  Offi¬ 
ciers,  font  la  difpofition  des  paye¬ 
rons  fuivant  les  ordres  de  l’Amiral 
general.  î  , 

janvier  1 7 1 6. 


D 


yo  Mémoires  pour  l'Hiftoire 
College  des  Mines . 

Le  Confeil  des  Mines,  établi  en 
Suede ,  a  foin  de  toutes  les  mines  de 
cuivre  &  de  fer,  qui  font  fort  abon¬ 
dantes  dans  ce  Royaume.  Il  y  en  a 
quelqu’une  d’argent,  mais  peu  con- 
.  fiderable.  Dans  ce  Confeil  il  y  a, 

i.  Préfïdent. 

4.  Aiïlffeurs. 

1.  Secrétaire. 

1.  Camerier. 

Ces  Officiers  ont  fous  eux  divers 
Officiers  fubordonnez  dans  chaque 
Province  où  font  les  mines.  Ils  font 
appeliez  Bergmeftare.  Ce  Confeil  a 
encore  une  Jurifdidtion  particuliè¬ 
re,  qu’il  exerce  dans  les  Provinces 
par  fes  Officiers. 

Chambre  de  Revifion. 

Cette  Chambre  examine  fort  exac¬ 
tement  les  Comptes  des  Officiers 
fubordonnez  du  College  de  la  Cham¬ 
bre  des  Finances ,  ce  qui  la  compofe 
c’efl , 

1.  Prefidenr. 

J  amen  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  7  f 

3.  A  (Te  fleur  s. 

1.  Secrétaire. 

4.  Commiflaires ,  &c. 

Du  gouvernement  civil. 

Comme  il  y  a  en  France  des  Par- 
lemens  pour  le  gouvernement  civil 
&  criminel  de  ce  Royaume ,  de  mê¬ 
me  en  Suede  il  y  a  quatre  hautes 
Cours  de  Juffice,où  on  va  par  appel 
des  baffes  Jurifdiétions.  La  premiers 
eft  établie, 

A  Stockhom  CapIc.du  Royaume. 

a.Eff  à  Janekoping  en  Smala. 

.  3.  Eft  à  Abo  en  Finlande. 

Et  la  quatrième  à  Doopt  en  Li¬ 
vonie. 

Toutes  ces  Cours  Souveraines  ont 
Fous  elles  divers  Officiers  fubordon- 
nez  ,  fçavoir  ,  dans  chaque  Provin¬ 
ce  un  Lagman  >  ou  Juge  provincial , 
deux  ou  trois  Havads  HoffJings,  ou 
Juges  Territoiral  ;  chaque  ville  a 
auffi  Tes  Confeillers,  &  ils  font  tous 
obligez  au  bout  de  chaque  année 
d  envoyer  leurs  regiffres  à  ces  qua¬ 
tre  hautes  Cours  de  Juftice  qui  les 
examinent ,  tous  les  Juges ,  comme 
Janv.1716.  ~  D  ij 


7z-  Mémoires  four  rH'tfto'tre 

en  Dannemark  ,  étant  refponfableS1 
fi  on  y  trouve  quelque  choie  contre 
les  loix.  Sous  le  Tribunal  de  Wil- 
mar  eft  comprife  la  Cour  de  Jufticc 
de  Gripfwal ,  &  les  Cours  de  Jirftice 
du  Duché  de  Breme ,  &  de  Pomé¬ 
ranie. 

Pour  le  reglement  des  affaires  Ec- 
cléfiaftiques  il  y  a  dans  chaque  Dio- 
cefe  un  Confiftoire  où  l'Evêque  ,  ou 
le  Superintendant  préfide  ;  on  y  juge 
toutes  les  affaires  Eccléflaftiques. 
Cette  affemblée  inflige  les  peines 
Canoniques  ;  mais  elle  n’a  pas  droit 
d'exiger  aucun  ferment,  ni  d’infliger 
aucune  peine  corporelle. 

Des  Vniverfitez,  de  Suede. 

Il  y  a  dans  les  Etats  du  Roi  d< 
Suede  cinq  Univerfitez.  Sçavoir , 
Upfal  en  Suede. 

Lundun  en  Scanie. 

Abo  en  Finlande, 

Pernau  en  Livonie. 

Gripfwal  en  Pomeranie. 
L’Univerlité  d’Upfal  eft  compofé 
d’un  Chancelier  ,  qui  eft  toujour 
Préfident  du  College  de  la  Chancel 
lerie  &  Confeiller  privé  du  Roi,  6 
janvier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  7  $ 
d'an  Vice-Chancelier ,  qui  cft  tou¬ 
jours  l'Archevêque,  &d’unRed:eur 
du  Corps  des  Profefîeurs  3  qui  font 
près  de  24.  Il  y  a  toujours  à  l’Ûnivcr 
Ht é  d HJ  pial  1500  ou  2000  étudians. 
Les  autres  Univerfitez  ont  pareille¬ 
ment  leur  Chancelier  ,  leur  Vice- 
Chancelier  &  Reéteur  ;  mais  elles 
D'ont  ni  autant  de  Profeffeurs  ,  ni 
d’étudians  :  dans  chaque  Diocefe  il 
y  a  une  Ecole  pour  faire  étudier  les 
enfans  jufqu  a  ce  qu'ils  foient  en  état 
d'aller  aux  Univerfitez. 

De  la  Mofcoyie. 

Les  peuples  que  nous  appelions 
Mofcovites  ,  nom  tiré  de  celui  de 
Mofcou  ,  Capitale  de  leur  Empire, 
ne  fe  donnent  pas  ce  nom  ;  ils  s'ap¬ 
pellent  Rujfiens.  Le  nom  de  7 z,ar 
qu’ils  donnent  à  leur  Prince  lignifie 
dans  leur  langue  Souverain  ;  c’efi  une 
erreur  populaire  de  croire  qu'il  faut 
direCzar,  &  que  ce  nom  vient  de 
Céfar. 

La  famille  des  anciens  Tzars  finit 
dans  la  perfonne  de  Théodore  en 
155)8.  ou  en  celle  de  Demetrius ,  s’il 
janvier  1716.  D  iij 


74  'Mémoires  pour  iHifioire 

n’étoit  pas  fuppofé  ;  on  fit  mourir 
Demetrius  en  1 606.  Le  Tzar  Pierre 
Alexieuvicz  qui  régné  eft  fils  cTA- 
Jexiz  ,  &  petit  fils  de  Michel,  qui 
fut  mis  fur  le  Trône  après  la  mort 
de  deux  ufurpateurs  :  il  en  étoit  l’hé¬ 
ritier  par  fa  mere  fille  de  Jean  Bafi- 
leuvits  :  fon  pere  Serdor ,  ceji  Théo¬ 
dore  ,  croit  Patriarche  de  Mofcow  ; 
fon  grand  pere  Nikits  Romanou  , 
&  fon  bifayeul  George  Romanou , 
avoient;  tenu  un  rang  confïderable  à 
Ja  Cour  de  Ruflie.  Le  Tzar  Pierre 
a  plufieurs  enfans  iJe  Prince  Théo¬ 
dore  eft  l’aîné. 

Le  Tzar  eft  le  Souverain  de  tous 
les  Etats ,  &  qui  difpofe  de  tout  à  fa 
volonté. 

Les  premiers  en  dignité  après  le 
Tzar  font  les  Princes,  les  fujets  de 
ceux-ci  font  leurs  Efclaves ,  mais  ils 
ne  les  peuvent  condamner  à  mort,  à 
moins  que  le  Tzar  n’y  confente  ,  lés 
autres  font  Seigneurs  &  Gentilshom¬ 
mes  ;  il  y  a  enfuite  les  Sinbojares  ou 
les  fils  des  Bojares,  &  les  Marchands, 
qui  compofent  un  Etat  du  Royau¬ 
me.  On  a  beaucoup  d’egard  pour 
eux  ;  mais  il  ne  leur  eft  pas  permis 
Janvier  1716, 


des  Sciences  &  des  beAux  Arts,  y  j 

de  négocier  hors  du  Royaume  fans 
la  per  million  du  Tzar.  Les  Bojares 
font  comme  les  Confeillers  naturels 
de  l’Etat  :  ils  font  ordinairement  au 
nombre  de  trente. 

LesOKolnits  fuivent  ceux-  ci ,  ils 
ne  poflfedent  point  de  titre  d’hon- 
-neur ,  mais  ils  font  élus  d'entre  les 
Bojares ,  &  envoyez  dans  les  Pala- 
tinats  ,  ou  Gouvernemens  ,  pour 
commander. 

Les  Dumnyi  d’Ubranie  ,  ou  les 
Chambellans,  fuivent  ceux-ci. 

Les  Dumnyi  Dicexi  ,  ou  trois 
Chanceliers ,  dont  lun  eft  le  grand , 
&  les  deux  autres  Vice-Chanceliers , 
font  les  troifiémes  en  ordre. 

Ce  font  là  les  trois  ordres  du  rang 
des  principaux  Seigneurs. 

Les  grands  Ofhciers  de  la  Cour 
font  le  grand  Ecuyer,  qui  avoit  la 
même  autorité  que  le  Connétable  a 
eu  en  France  ,  mais  cette  Charge  eft 
fupprimée  depuis  peu. 

Le  grand  Mbtre  d’Hôtel,qui  gou¬ 
verne  la  Cour. 

Le  Maître  d’Artillerie ,  q  ui  a  foin 
des  armes  &  des  chevaux  du  Tzar. 

Les  Charges  ci-deflus  .&  quantité 

J  mur  1716.  D  iv 


j6  Mémoires  four  VHïfioire 

d'autres ,  commencent  peu  à  peu  à 
être  abolies ,  le  Tzar  en  créant  d'au¬ 
tres  à  l'imitation  des  Cours  de  l’Eu¬ 
rope  ,  vient  d’ériger  une  Cour  qu'on 
appelle  leSénat  de  l'Empire, qui  juge 
toutes  les  affaires  d’Etat  en  dernier  ref- 
fort  pendant  fonabfence.  Autre  fois  ils 
ccrivoient  leurs  procès  fur  des  longs 
rouleaux  de  papier  de  trente  ou  qua¬ 
rante  aulnes  de  long;  prefentement 
cette  maniéré  eft  abolie  ,  &  on  fs 
fert  de  papier  timbré ,  ainfî  qu’on  le 
pratique  dans  la  plûpart  des  autres 

Cours  de  l'Europe.  * 

►  *  ? 

Du  Revenu  des  Etats ,  &des  Imfofitions 
de  Sa  Ma)ejlé  T  z,  arienne. 

Il  cft  aflez  difficile  de  donner  un 
Etat  fort  jufte  des  devenus  de  la  Mof- 
covie ,  les  Etats  du  Tzar  étant  d’une 
très-grande,  étendue ,  ces  revenus  ne 
peuvent  manquer  d  être  très  confi- 
derables  ,  &  quoique  quelques  Au¬ 
teurs  modernes  ne  les  faffent  mon¬ 
ter  qu’à  vingt  millions ,  on  peut  dire 
certainement  que  les  revenus  font 
très* grands.  L’impofition  qui  eft  fur 
le  vin  ,  la  biere , Tbidromel ,  &  l'eau 
Janvier  1716.  -  ■  , 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  77 

de  vie  ,  lui  rend  de  grolTes  fommes, 
au di  bien  que  les  droits  d  entrée  ;  la 
feule  ville  d’Archangel  fournit,  au 
rapport  de  quelques  Auteurs  moder¬ 
nes  ,  plus  de  600000  écus.  Le  com¬ 
merce  que  le  Tzar  fait  faire  par  fes 
facteurs  en  divers  Etats  de  l’Europe, 
&  le  profit  qu’il  fait  fur  les  Martres- 
zibelines  ,  les  droits  qu  il  tire  fur  les 
héritages  &•  fur  les  maifons  de  Mof* 
covie  ,  monte  fort  haut.  La  taxe  du 
dixiéme  denier  du  bien  de  tous  fes 
fujets  en  tems  de  guerre ,  eft  enco¬ 
re  un  grand  fonds ,  3c  il  peut  lever 
dans  une  neceffité  des  armées  de 
ou  300000  hommes,  fournies  de  tout 
ce  qui  eit  necefiaire.  Les  derniers 
Tzars,  &  fur  tout  celui  qui  régné 
aujourd’hui  ,  ont  augmenté  la  répu¬ 
tation  des  armes  Mofcovites ,  ces  ar¬ 
mées  étant  aufïi  bien  difciplinées  que 
celles  des  Princes  de  l’Europe,  3c 
fur  tout  depuis  la  fameufe  bataille  de 
Pultova.  On  compte  que  ce  Prince 
a  d’ordinaire  100000  hommes  d’in¬ 
fanterie  ,  &  50000  de  Cavalerie , 
qu’il  peut  augmenter  &  diminuer  fé¬ 
lon  la  neceflité  &  befoin  de  l’Etat. 

Janvier  1716*  D  y 


7  S  Mémoires  pour  ï  Ht  fi  ont 


Etat  de  l’ordre  du  Gouvernement 
Ecclefiajtique. 

La  Religion  Grecque  cft  domi¬ 
nante  dans  toute  la  Mofcovie  ,  &  on 
peut  dire  qu’il  n’y  en  a  prefque  point 
d’autres  ;  on  y  toléré  cependant  les 
Reformez  &  les  Luthériens.  Le  Pa¬ 
triarche  de  Mofcow  eft  à  la  tête  de 
tout  le  Clergé  ,  indépendant  aujour¬ 
d’hui  du  Patriarche  de  Conftantino- 
ple  ,  qui  avoit  accoutumé  de  le  con¬ 
firmer.  Les  Tzars  le  lont  attribué  ce 
droit  ,  &  (i  ce  Patriarche  ne  leur 
p!aît  pas,  ils  font  procédera  une  au¬ 
tre  élection.  L’autorité  du  Patriar¬ 
che  eft  cependant  h  grande, qu’il  ré¬ 
glé  abfolument  toutes  les  affaires  de 
Religion,  &  a  le  droit  &  l’honneur 
de  couronner  les  Tzars.  Le  Diman¬ 
che  de  Pâques  fleuries  ou  des  Ra¬ 
meaux,  lorlque  le  Patriarche,  félon 
fa  coutume  ,  faifoit  fon  entrée  dans 
la  ville  de  Mofcow  ,  à  l’exemple  de 
celle  de  Je  s  u  s  -  Ch  ri  s  t  en  Je- 
rufalem  ,  le  Tzar  l’honoroit  de  fa 
prefence  pour  lui  faire  honneur. 
janvier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  79 

Les  autres  Prélats  font , 

Le  Métropolitain  de  Novogrod. 

Le  Métropolitain  de  Roftoff. 

Le  Métropolitain  de  Calan  5  & 
Swiat. 

Le  Métropolitain  de  SarfeK  6c 
Podons. 

Ces  Métropolitains  font  comme 
les  Primats. 

L'Archevêque  de  Wologda  & 
WeliKe. 

L’Archevêque  de  Relau  &  Ma- 
rou. 

L\4rchevêque  de  Sufdal  &  Ta¬ 
rais. 

L’Archevêque  de  T uer  &  Cafan. 

L’Archevêque  de  Sibérie  &  To- 

bolsK. 

L’Archevêque  de  Aftraacan  & 
Tend. 

L’Archevêque  de  Boulk  &  Sbotbh. 

L’Archevêque  d’Archangel. 

L’Archevêque  de  Kiow. 

L’Archevêque  de  Smolensko. 

Il  y  a  de  plus ,  outre  les  Métro¬ 
politains  &  Archevêques,  les  Evê- 
.  ques. 

L’Evêque  de  Columna. 

L’Evêque  de  Wiatka. 

fmier  1716,  D  vj 


go  Mémoires  pour  l'Hiftoiré 

Il  y  a  encore  plus  de  30  Archi¬ 
mandrites,  qui  font  comme  on  voit 
en  France  les  Abbez  &  les  Prieurs  ; 
plufîeiirs  Prévôts,  qu'on  appelle  Pro¬ 
topapas  j  &  un  très-grand  nombre  de 
Papas,  ou  de  Popen  ;  dans  la  feule 
ville  de  Mofcow  ,  on  en  compte  plus 
de  4000. 

Le  Patriarche  de  Mofcow  pour  le 
reglement  des  affaires  Eccltftafti- 
ques,a  comme  trois  Pricas  ouChan- 
-celleries.  La  première  eft  Roferad  , 
qui  eid  comme  V Archive  Ecclefiafti- 
que  ,  la  fécondé  nommée  Sudny  , 
qui  eft  la  Juft  ice  Ecclefiaftique ,  &  la 
troiziéme  Kazennoy  ,  où  on  réglé  les 
affaires  de  difeipline.  Les  Mofcovi- 
tes  honorent  beaucoup  les  images, 
.ils  en  ont  dans  leurs  maifons ,  &  dans 
les  coins  de  leurs  chambres ,  de  leurs 
falles,  ornées  d’or  ou  d’argent,  ou  de 
perles,  félon  les  moyens  que  chacun 
peut  avoir  ;  &  outre  quantité  de  Fê¬ 
tes  qu’ils  ont,  voici  les  principales. 

La  Nativité  de  la  Vierge,  le  hui¬ 
tième  Septembre. 

L’Exaltation  de  la  Croix,  le  14% 
<de  Septembre. 

JmyïçY  1716* 


des  Sciences  &  des  beaux  Ans.  81 

L’Oblation  de  la  Sainte  Vierge, 
le  21e  de  Novembre. 

La  Nativité  du  Sauveur  ,  le  2 jc  de 
Décembre. 

L'Epiphanie ,  ou  la  Fête  des  Rois, 
le  hxiéme  de  Janvier. 

La  Chandeleur ,  le  21e  de  Février. 

L’Annonciation  de  la  Vierge  le  25e 
de  Mars. 

Pâques  fleuries ,  ou  le  Dimanche 
des  Rameaux. 

Le  jour  de  Pâques ,  ou  la  Refur- 
re&ion  de  Jesus-Christ. 

La  Pentecôte,  ou  l’envoi  du  Saint 
Efprit  fur  les  Apôtres. 

La  Manifeftation  de  Jésus-  Chr  st 
fur  la  montagne,  le  6e  Août. 

L’Afcenflon  de  la  Mere  du  Sau¬ 
veur,  le  ijc  Août. 

Ordre  des  Confuls  de  Mofcovie. 

Le  Confeil  privé,  dans  lequel  pré- 
fide  le  grand  Chancelier  ;  on  y  traire 
des  affaires  d’Etat  ,  des  Ambaffa- 
deurs  ,  &  des  Marchands  étrangers. 

Rofevadin  Pricas  ,  efl:  une  cham¬ 
bre  dans  laquelle  tous  les  Bojares 
&  nobles  font  écrire  leurs  noms ,  & 
Janyïer  1716. 


$1  Mémoires  your  l'Hifïolre 

leurs  familles  fur  des  regiftres  ,  & 
tout  ce  que  l’on  gagne  ou  que  foin 
perd  en  tems  de  guerre. 

Pomieffnoi  Pricas ,  c'eft  dans  cet¬ 
te  chambre  où  font  marquez  tous  les 
fonds ,  &  les  heritagesdu  Royaume, 
&  on  y  réglé  aulîi  les  droits  du  Tzar 
fur  ce  qui  fe  vend. 

CofansKoy  Pricas  dirige  les  affai¬ 
res  du  Royaume  de  Cafan. 

SibirfKO  Pricas  dirige  les  affaires 
de  Sibrie. 

Dworzovoi  Pricas  eft  comme  la 
jufïice  du  Maréchal  de  la  Cour. 

Inafemekoi  Pricas  eft  la  Chancel¬ 
lerie  de  guerre  ,  c’eft  dans  ce  Con- 
feil  ,  que  les  officiers  &  les  foldats 
acquièrent  leurs  droits. 

Reiftarkoy  Pricas  a  foin  de  la  ca- 
valleriedu  païs,  elle  a  aufîi  l’œil  fur 
le  pain  ,  &  le  vin  ,  &  fur  les  poids  & 
jnefures. 

Sudnoy  Wolodmersky  Pricas,  juf- 
tice  devant  laquelle  comparoiflent 
les  Bojares  ,  &  les  grands  Seigneurs 
de  Mofcovie. 

Sudnoi  Moskoweki  Pricas,  juge 
de  la  petite  nobleffe  ,  &  des  officiers 
de  la  Cour  pour  les  affaires  perfca^ 
neiles, 


des  Sciences  &  des  beaux  Ans. 

Rofboini  Pricas  ,  juge  des  meur¬ 
triers  &  voleurs. 

#  Puskarsk  Pricas  ,  a  foin  des  offi¬ 
ciers  d  artillerieffondeurs  de  canons, 
&  Armuriers. 

BolfcKoy  Katny  Pricas  ert  laTré- 
forerie  de  la  Cour,  dans  laquelle  font 
gardez  tous  les  meubles  de  la  Cour. 
Il  y  a  fous  cette  cour  des  chambres 
&  de  grandes  caves  ,  dans  lefquelles 
on  garde  l’or  ,  &  les  chofes  precieu- 
fes  du  Tzar. 

Kazennoi  Pricas ,  jurtice  des  Mar¬ 
chands. 

Nova  Zetwert  a  les  yeux  fur  tous 
-  les  Cabretz  de  la  Mofcovie  ,  fur  la 
biere ,  le  vin  ,  le  bran  de  vin  ,  &  pu¬ 
nit  ceux  qui  fraudent  les  droits ,  ou 
qui  vendent  du  tabac. 

JamsKoy  Pricas,  a  foin  des  portes 
&  portillons. 

Monaftersicy  Pricas  ,  chambre 
établie  pour  avoir  foin  des  affaires 
Ecclefiaftiques ,  &  de  ce  qui  regar¬ 
de  les  cloîtres. 

Camenoy  Pricas ,  c’eft  la  jurtice 
pour  les  Maçons,MenuifierSj&;  Char¬ 
pentiers. 

Janvier  171 6, 


84  Mémoires  four  ï H /foire 

Tamoihnoy  Pricas,  laMaifon  pour 
le  péage  de  Mofcovie. 

Stovo  Dezatti  Dengi  reçoit  le 
dixiéme  pening  que  Ion  paye  pour 
la  guerre. 

Il  y  a  encore  differentes  autres  ju- 
rifdiâions  en  Mofcovie  ;  ceci  fuffic 
pour  juger  des  autres  Cours,  pour 
la  difculTîon  des  affaires  qui  leur 
font  commifes. 

Lifte  de  quelques  familles  ilhiftres 
de  Aiofcovle  connues  par  leurs  em¬ 
plois  ,  ou  par  leurs  voyages. 

Apraxin  ,  famille  d'où  eft  forti  le 
Comte  Théodore  Matweiewi’dls 
Apraxin  ,  grand  Amiral  de  Mofco¬ 
vie  ,  &  1J Impératrice  Tzarienne 
Marthe  Matweiewna  ,  époufe  du 
Tzar,  Théodore  Alexieuvicz  frere 
aîné  du  Tzar  régnant. 

Arfenief,  l'époufe  du  Prince  Ale¬ 
xandre  de  MenfchiKof,  Duc  d’Inge- 
rie  ,  eff  de  cette  Maifon. 

Anizdof  eft  une  très-ancienne  fa¬ 
mille. 

BoratinHei ,  famille  illuftre  iffwë 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  8$ 

de  Szernigow  ,  dont  le  Prince  Jean 
Théodore  Boratinfki ,  frere  de  Ma¬ 
dame  PAmbafladrice  deMatueofen 
Hollande,  eftle  chef. 

Befluzef ,  famille  ifluë  des  Com¬ 
tes  de  Kent  dans  la  grande  Bretagne. 

Boutourlin  ,  ifluë  des  Margraves 
de  Bade. 

CzerkaGei ,  avec  le  tître  de  Prin- 
.ce  ,  très  ancienne  famille  de  la  Cir- 
caflie.  Le  Prince  Michel  jacowle- 
wike  de  cette  maifon  eil  le  plus  ri¬ 
che  Seigneur  de  toute  la  Mofcovie. 

DolgoroiiKÎ,avec  le  titre  de  Prin¬ 
ce  ,  cette  famille  efl  fortie  des  Ducs 
de  Czernigow.  Le  Prince  Grégoire 
Theodoride,  Ambafladeur  du  Tzar 
en  Pologne,  &  le  Prince  Baiilis  Ltl- 
Kitz  ,  Ambafladeur  du  même  Prin¬ 
ce  à  la  Cour  de  DannemarcK  ,  en 
•fontiflus.  . 

Gagin  ,  avec  le  tître  de  Prince  ., 
iflus  des  Ducs  de  Jaroflavie. 

Galicin  ,  avec  le  tître  de  Prince; 
cette  illuflre  famille  a  de  grandes 
charges  dans  l'Empire  de  la  grande 
Ruflie.  Elle  e/l  ifluë  d’une  branche 
Royale  de  Pologne  ou  plutôt  de 
janvier  1716. 


g  6  Mémoires  pour  tîïi fioire 

Lithuanie  ,  de  Koribouth  ,  où  de 
Coribus  ,  donc  Michel  Prince  de 
"Wifniow-'CKi  Roi  de  Pologne  écoit 
forti.  Le  Prince  Demetrius  Michai- 
lowicz  a  commandé  les  troupes  au¬ 
xiliaires  du  Tzar  en  Pologne. 

Le  Prince  Pierre  Alexieuvicz  de 
Galicin  a  été  Ambafladeur  du  Tzar 
à  Vienne  pendant  le  Régné  de  l'Em¬ 
pereur  Léopold.  Le  Prince  Michel 
M  chailowicz  de  Galicin  eft  Gene¬ 
ral  du  Tzar. 

Gagarin  ,  famille  ifluë  des  Ducs 
de  Starodub.  Le  Prince  Mathieu Pe- 
trowiél  eft  un  des  plus  riches  Sei¬ 
gneurs  de  Mofcovie. 

Goloficm ,  très-ancienne  famille, 
quia  été  dans  les  charges  les  plus 
éminentes  de  Mofcovie  ,  il  eft  Com¬ 
te  de  l’Empire  Romain  ,  &  de  la 
grande  Rulîie.  Le  grand  Chance¬ 
lier  du  Tzar  ,  le  Comte  Gabriel 
Jwinowtd  en  eft  lefehef  ;  un  dâ 
fes  fils,  le  Comte  Alexandre  de  Go- 
loficin  ,  eft  mimftre  Plénipotentiai¬ 
re  du  Tzar  à  la  Cour  de  Prude. 

Golovvin  ,  famille  ancienne  ,  les 
Se’  1  :tte  maifonfont  faits 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  8y 
Comtes  de  l’Empire  P^omain  &  de 
la  grande  Ruflie.  LeComte  Théo¬ 
dore  Alexieuvicz  de  Golowin  ci- 
devant  grand  Chancelier,  &  Ami¬ 
ral  de  Mofccvie ,  a  été  Ambafladeur 
en  Hollande. 

Hamilton  ,  famille  originaire  des 
Ducs  de  ce  nom  en  Ecofle.  La  mere 
de  fon  Excel.  Mr.de  Matueof,  Am- 
bafladeur  du  Tzar  en  Hollande, 
en  étoit. 

Hovvanski ,  avec  le  titre  de  Prin¬ 
ce  ,  famille  ifluë  de  la  branche  roya¬ 
le  de  Pologne  de  Korybouth  ,  ou 
de  Coribus. 

Ifmaylef,  ancienne  famille.  André 
Petrowiét  d’Ifmayiefa  été  Ambafla- 
deur  du  Tzar  à  la  Cour  de  Danne- 
marie. 

KouraKin  ,  avec  le  tître  de  Prin¬ 
ce  ,  famille  ifluë  de  fa  branche  roya¬ 
le  de  Pologne  de  Koribouth  ,  ou 
Coribus.  Le  Prince  Baris  Jwunowiéfc 
de  KovaKin  ,  renommé  par  fes  Am- 
ballades  à  Rome  ,  en  Angleterre  , 
à  Hanovre  ,  &  en  Hollande ,  &  audi 
General  des  armées  du  Tzar  ,  en  elt 
le  chef. 

Lwofe  ,  famille  ifluë  des  Ducs  de 
f  armer  1716, 


88  Sletnoires  pour  l'Hiftoire 
Javoflavie  a  été  dans  les  premières 
charges  de  l’Empire. 

Labanot,ifiué  des  Ducs  deRoffof. 
Lapouchim,très  ancienne  famille, 
rimperatrice  Tzarienne  Eudochie 
Fedorowna,  époufëdu  Tzar  en  pre¬ 
mières  nopces  ,  en  eft  ifluë. 

Loutochim  ,  famille  ancienne  ori¬ 
ginaire  de  Suede.  * 

LadizinsKi. 

Leontief  ,  ancienne  famille  qui 
donne  des  Generaux  &  des  Minif- 
tres  d’Etat  à  la  grande  Rudie.  Mr. 
Alexandre  Jwanowicf  de  Leontief  , 
neveu  du  grand  Chancelier  deGe~ 
lofein  ,  en  eft  le  chef  aujourd’hui. 

De  Matueof,  famille  des  Seigneurs 
de  ce  nom.  Artemon  ,  Seigneur , 
&  premier  Miniftre  d’Etat ,  &  Ca¬ 
pitaine  general  &  fort  célébré  pen¬ 
dant  le  Régné  desTzars  Alexis  Mr- 
chailowidt, Théodore  Alexiejewicf, 
Jean  Alexiejewidl,  &  Pierre  Alexie- 
wict ,  aujourd  ’hui  régnant  ,  &  qui 
en  exhortant  les  rebelles  à  leur  de¬ 
voir  envers  ces  Princes  a  été  mafla- 
cré  en  leur  prefence  par  les  mutins. 
Mr.  André  Artemon  de  Matueof, 
connu  par  fes  Ambaflades  en  Fran- 
janvier  1716. 


des  Setences  &  des  beaux  Arts.  8$ 

Hollande  ,  ellfiis  de  ceSeigneur. 

De  Menfchikoff,  Alexandre  Dam- 
loilid  Prince  ,  Minfchiîeoflf  ,  Duc 
d’Angrie  ,  Prince  de  l'Empire  Ro- 
înain  ,  Velc  Maréchal  general  du 
Tzar  ,  ell  iflu  d’une  famille  de  Li¬ 
thuanie. 

Nariskin  ,  qui  eflf une  des  princi¬ 
pales  familles  de  l’Empire ,  &  qui  eft 
très-ancienne  ;  elle  eiî  originaire  du 
Royaume  de  Boheme ,  où  elle  a  au¬ 
trefois  polTedé  de  grands  biens  ,  ÔC 
des  terres  conhderables.  L’Impera- 
triceMadameNatalia  Kyrilouna  me- 
re  du  Tzar  régnant  en  étoit.  Leu  Ky- 
rilowicz  deNarifkin  frere  de  l’im- 
peratrice  Natalia  Kyrilouna  a  gou¬ 
verné  l’État  pendant  la  minorité  de 
l’Empereur  qui  ed:  préfentement  fur 
le  Trône.  Les  deux  Seigneurs  Ale¬ 
xandre  Luovicz  &JeanLuovicz  de 
NarisKÎn  font  aujourd’hui  les  chefs 
de  cette  famille. 

Oduiewski  ,  famille  ancienne  if- 
fuë  des  Ducs  de  Czernigou. 

Obolenski,  famillefortie  desDucs 
de  Javoflavic,  a  poffedé  les  plus  emi- 
nentes  charges  dans  l’Empire. 

Oladin,  famille  noble,  &  de  gran¬ 
de  dift  inétion. 


9  o  Mémoires  four  l  Ht  poire 

Proforowski  ,  famille  fortîe  des 
Ducs  de  Javoflavie.  Le  Prince  Pier¬ 
re  G wa n o \vidl  Proforowski  eft  au¬ 
jourd’hui  grand  Tréforier  de  Rufie, 

Romadanou?ki  ,  avec  le  tîcre  de 
Prince  ,  famille  qui  eft  fortie  des 
Ducs  de  Starcdub.  Théodore  Iwa- 
nowiâ:  Prince  de  Romadanosiciétoit 
Gouverneur  de  Mofcovie  pendant 
les  voyages  du  Tzar  aujourd’hui  ré¬ 
gnant. 

De  Repnin  ,  avec  le  titre  de  Prin¬ 
ce  ,  cette  famille  tire  fon  origine  des 
Ducs  de  Smolensko. 

Pnc  rzc  wski  ,  noble  famille. 

Dercifezef. 

Scheremetof ,  fort  ancienne  famil¬ 
le  de  Prufle  ,  de  laquelle  eft  forti  le 
Comte  des  Boris  Petrowiotz  de 
Scheremetof,  le  célébré  Veld,  Maré¬ 
chal  du  Tzar ,  &  le  premier  Cheva¬ 
lier  de  Malte  de  la  nation  Ruflienne. 

Schein  ,  très  ancienne  famille  de 
Prufle,  le  Veld  Marechaljgeneral  , 
Alexis  Semionovvièi:  de  Schein  en  eft 
forti. 

Solticof  ,  famille  ancienne  auflx 
de  Prufle  ,  d’où  eft  fortie  Tlmpera- 
ce  ,  en  Angleterre  &  enfuite  en 

Janvier  iyi6. 


Sciences  &  des  beaux  Arts .  $f 
tice  Tzarienne  Profcofia  Fedorowna 
époufe  du  T2ar  Jean  Alexkwicz 
mere  de  la  Duchelïe  Douairière  de 
Courlande  d’aujourd’hui. 

Streznef  ,  d  où  eft  forti  Tichon 
Nikitiôl  de  Streznef,  Chancelier  pen¬ 
dant  la  minorité  du  Tzar  à  préfent 
régnant. 

Sibérie  ,  famille  Royale  ,  qui  fe 
divife  dans  la  branche  de  Calimowf- 
ki  &  S:birsKi*. 

Trubetzsoy  ,  avec  tître  de  Prin¬ 
ce  ;  famille  illuftre  ifliië  d'une  bran¬ 
che  royale  de  Pologne  de  Kory- 
bout. 

Troïekouroft,  avec  titre  de  Prin¬ 
ce;  cette  famille eft  fortie  desDucs  de 
Javoflavie. 

Urfof  ,  avec  le  titre  de  Prince  ; 
cette  noble  maifon  defcend  d’une  fa-, 
mille  de  Tartarie. 

Relation  d'un  Officier  de  l'armée  de  fa 
Ai  ajefté  Tzarienne ,  de  la  "Rat aille 
donnée  le  zy.  Juin  17057.  entre  fa 
Aiajefté  Tzarienne  &  le  Roi  de 
Sue  de. 

Après  av^oir  pâlie  la  riviere  de 
Workfla  avec  toute  nôtre  armée  le 
fanvier  1716. 


cj2.  Memoirei  pour  l'Hifloire 

20  de  ce  mois ,  nous  vinmes  camper* 
à  une  lieue  des  ennemis,  jufqu’au 
24  du  même  mois.  Ce  jour  là  nous- 
avons  pourfuivi  la  marche  ,  &  fait 
halte  à  un  quart  de  lieue  de  l’armée 
ennemie, où  nous  campâmes  de  re¬ 
chef,  ayant  élevé  un  retranchement 
devant  nôtre  Camp  pour  nous  pré¬ 
cautionner  contre  toute  furprife.Nô- 
tre  Cavalerie  fut  portée  dans  des  bo- 

ftges ,  couverte  de  redoutes,  garnies 
e  Canon  &  de  monde  ;  fa  Majerté 
Tzarienne  donna  fes  ordres  pour  fe 
mettre  en  état  d’attaquer  l'ennemi. 
Celui-ci  nous  prévint  pourtant. Hier 
27  au  matin  ,  tandis  que  l’obfcurité 
duroit  encore  ,  l’ennemi  fortit  par 
des  defilez  ,  où  il  relia  toute  la  nuit 
fous  les  armes  ;  il  attaqua  nôtre  ca- 
yalerie  avec  la  tienne  &  avec  fon  in¬ 
fanterie  ,  avec  tant  de  vigueur,  que 
nonobrtant  qu’il  ait  été  repouffé  plu-, 
tieurs  fois  &  délogé  avec  grande  per¬ 
te  des  redoutes,  auxquelles  il  donna 
aftent  ,  nôtre  cavalerie  n’ayant  pu 
être  fecouruë à  terns  de  l’infanterie, 
elle  fut  obligée  de  fe  refierrer  vers  le 
retranchement,  mais  aurtitôt  elle  re¬ 
vint  à  la  charge  ,  défit  entièrement* 
■  Janvier  1716.  Taîle 


des  Sciences  &  des  beâux  Arts.  9^ 
5‘aîle  droite  de  l'ennemi ,  &  prit  pri- 
fonnier  le  General  Slippenbach,  qui 
en  étoit  le  Commandant.  Sur  ces  en¬ 
trefaites  fa  Majefté  Tzaarienne  dé¬ 
tacha  fon  Alteflè  le  Prince  deMinf- 
zixof,  General  en  Chef  de  l'armée  , 
de  le  Lieutenant  general  de  Rentzel, 
avec  quelque  cavalerie  ,  &  infante¬ 
rie  ,  vers  Pultawa  ,  tant  pour  couper 
♦  les  troupes  qui  alloient  au  fecours 
de  l’ennemi  ",  que  pour  attaquer  cel¬ 
les  qui  étoient  reliées  dans  la  tran¬ 
chée  fous  les  ordres  du  General  en¬ 
nemi  llofen  ,  &  ahn  de  délivrer  la 
dite  Ville  du  blocus ,  ce  qui  fut  fui- 
vi  de  fon  effet  immédiatement ,  &  fa 
dite  Alteffe  rencontra  en  chemin  fai- 
fant  le  corps  de  referve  de  l'ennemi 
au  nombre  de  5000  hommes  ,  qui 
étoit  pofté  joignant  au  bois,  &cou- 
vroit  le  flanc  de  fon  aile  droite  ,  &  le 
ruina  entièrement  ,  après  quelque 
réflflance  ,  fit  main  baffe  fur  les  uns, 
&  donna  quartier  aux  autres  ;  &  re¬ 
vint  enfuite  à  la  grande  armée,  îaif 
fant  le  General  Rentzei  pourfuivre 
fa  route  vers  Pultawa  ;  à  l’arrivée  du¬ 
quel  le  General  Major  ennemi  Ro- 
itn  fe  retira  d’abord  avec  f es  rtgi- 
jAnxïer\y\6 .  £ 


5)4  Mémoires  four  V  Ht  (loir  e 
mens  dans  les  ouvrages  qu’on  y  avoic 
faits.  Néanmoins  nôcreGeneral  1  at¬ 
taqua  dans  fon  avantage,  6c  1  obligea 
après  quelque  deffenic  a  le  rendre 
avec  tousles  liensà  difcretion.  D  au¬ 
tre  côté  la  cavalerie  Suedoife  ayant 
joint  en  reculant  fon  infanterie  ,  tou- 
te  l’armée  ennemie  fe  rangea  en  or¬ 
dre  de  bataille  devant  le  front  de  la 
nôtre  ,  à  un  quart  de  lieue  environ 
de  diftance.Sa  Majefté  Tzaarienne  fit 
cependant  fortir  deux  lignes  de  fon 
infanterie  hors  du  retranchement, 
laiiïant  la  troifiéme  pour  la  garde  du 
camp  ,  &  forma  fon  armée  de  manie* 
re  que  l'infanterie  faifoit  le  corps  de 
bataille  ,  8c  la  cavalerie  en  faifoit  les 
deuxaîles,  dont  la  derniere  fut  com¬ 
mandée  par  le  Lieutenant  general  de 
Ronne  ,  qui  en  faifoit  valoir  la  bra¬ 
voure  par  fa  fage  conduite.  La  gau¬ 
che  étoit  fous  les  ordres  de  fon  Ai¬ 
lette  le  Prince  de  Menfziicof,  Gene¬ 
ral  en  chef,  fa  prefence  y  étant  plus 
neceffaire  ,  6c  le  corps  de  bataille  eut 
Thonneur  d  etre  commandé  en  per- 
fonne  par  la  perfonne  facrée  de  fa 
Majefté  T  zaarienne.Mr.Le  V  elt  Ma¬ 
réchal  de  Cizeremetof  ,  les  Gene- 
Jrnyier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  9  y 
raux  d’infanterie,  le  Prince  deRep- 
nin  ,  &  le  fieur  d’Hallard  3  comme 
atiiîi  le  Lieutenant  general  de  Bèl- 
Üng  ,  occupoient  chacun  fou  polie. 
L  artillerie  fut  fervie  fous  la  condui¬ 
te  du  Lieutenant  general  de  Brous. 

Notre  armée  étant  dans  cette  dif- 
pofition  ,  ne  fit  pas  plutôt  fon  mou¬ 
vement  vers  l'ennemi ,  qu’il  eut  en¬ 
core  la  hardielle  après  l’échec,  qu’il 
avoir  reçu  de  s’approcher  de  nous. 
Ce  fut  lur  les  neuf  heures  du  matin 
que  le  combat  &  le  grand  feu  répon¬ 
du  des  deux  cotez  s’entama,  &  que 
nos  troupes  continuèrent  avec  tant 
de  bravoure  qu’elles  défirent  &  ren- 
verferent  l'ennemi ,  après  une  demi 
heure  de  combat  ( chofe  fur  tout  di¬ 
gne  d’admiration  )  &  mirent  en  dé¬ 
route  aulïi  bien  fa  cavalerie  que  l’in¬ 
fanterie  ,  fans  que  celle-ci  osât  feu¬ 
lement  s’arrêter  ,  ou  s’oppofer  en 
quelque  maniéré;  &  elle  fut  toujours 
pourfuivie  l’épée  dans  lesreins,àcoups 
de  bayonnettes  &  de  picques  julques 
à  la  forer.  Le  General  Major  Staxel- 
berg  fut  d’abord  pris  prifonnier,puis 
le  General  Hamilton  ,  le  Velt  M 1  ré- 
1  chai  Reinochild  ,  &  le  Prince  de 
janvier  17 16.  £  i j 


! 


9 6  Mémoires  pour  ÏHifloire 

Wittemberg  ,  counn  du  Roi  ,  8c 
beaucoup  de  Colonels ,  &  d’Ofti- 
ciers  fubalternes ,  &  quelques  mille 
cavaliers  &  fantaffins,  dont  un  grand 
nombre  fe  rendit  volontairement , 
avec  chevaux ,  &  armes.  Nôtre  ca¬ 
valerie  pourfuivit  auffi  de  (on  côté  à 
toute  bride  les  ennemis  fuyards  plus 
d’une  demi  lieue  ,  &  à  perte  d'ha- 
Jeine  des  chevaux  ;  fi  bien  que  les 
champs  &  les  bocages  l'efpace  de 
trois  lieues  autour  de  Pultawa  ont 
été  parfemez  de  cadavres  des  enne¬ 
mis  ,  &  le  nombre  de  leurs  morts 
eft  entre  8  à  loooo  hommes.  Ainfi 
par  la  grâce  de  Dieu  tout  -  puiflant 
nous  avons  remporté  fur  nos  ennemis 
une  viétoire  complété  ,  dont  ona  vu 
peu  de  fembîable ,  &  cela  avec  fi  peu 
de  perte  de  nôrre  côté.  Sa  Majefté 
Tzaarienne  a  eû  fon  chapeau  percé 
d'une  balle.  Son  AltcfTe  le  Prince  de 
Menlziicof  a  eû  trois  chevaux  tuez 
fous  lui.  Il  eft  à  remarquer  ,  que  c’efl: 
feulement  une  ligne  de  îoooo  hom¬ 
mes  ,  qui  a  défait  celle  des  ennemis  , 
fans  que  l'autre  ait  entré  en  aélion. 
Nous  ne  fçavons  pas  encore  ce  que 
le  Roi  de  Suede  eft  devenu. 

Janvier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  97 
Sa  Majefté  Suedoife  voyant  la  dé¬ 
route  de  fon  armée  ,  &  pour  ne  pas 
expofer  encore  le  Comte  de  Lewen- 
haupt ,  &  le  corps  des  braves  gens 
qui  étoient  fous  fon  commandement 
à  quelque  diftance  de  l'armée,  fit  di¬ 
re  à  ce  General  de  ne  pas  s'expofer , 
&  de  faire  avec  fes  ennemis  les  con¬ 
ditions  les  meilleures  qu'il  lui  feroit 
poffible.  En  vertu  de  cet  ordre  le 
Comte  de  Lewenhaupt  traita  pour 
ion  petit  corps  campé  à  Perewolocz- 
na  avec  le  Prince  de  Menfzixof,  &  fe 
rendit  prifonnier  avec  tous  fes  Offi¬ 
ciers  &  foldats. 

Article  VI. 

RE  FLEXIONS  MORALES , 
avec  des  Notes  fur  les  Ailes  des  Apô¬ 
tres  ,  traduits  en  François  ,  fur  PEpitre 
de  S.  Paul  aux  Romains ,  fur  les  Epi - 
très  de  S.  Paul  aux  Corinthiens.  Trois 
tomes  in  8°.  le  premier.  661 .  pages,  le 
fécond  de  592  ,  le  troifie'me  de  J47. 
A  Paris,  chez  Montalant,  à  l'en¬ 
trée  du  Quay  des  Auguftins ,  pro¬ 
che  le  Pont  S.  Michel ,  1716. 

DEs  reflexions  morales  fi  choi- 
fies ,  fi  judicieufes ,  &  enfem- 
jW  1716.  E  iij 


<)  J  Mémoires  pour  l'Utfloire 

ble  fi  pleines  d’onciion  ,  des  notes  fi 
étudiées  fur  le  nouveau  Teftament , 
ne  fçauroient  être  l'ouvrage  que  de 
plufieurs  années.  Les  quatre  Evan- 
gelifles  parurent  en  1713  ,  &  voici  au 
commencement  de  cette  année  les 
Acfies  des  Apôtres ,  &  les  trois  pre¬ 
mières  Epitres  de  S. Paul  ,  fçavoir, 
celle  aux  Romains,  &  les  deux  aux 
Corinthiens. 

Il  n’y  a  qu’à  rapporter  ici  ce  qu’on 
a  dit  en  ces  Mémoires  au  mois  de 
Mars  1714.  puifque  c’eft  toujours  le 
même  plan.  Les  Réflexions  Morales 
offrent  aux  Fidèles  les  fentimens  de 
piété  qu’ils  doivent  recueillir  de  la 
lecture  des  Saints  livres  3  elles  leur 
apprennent  à  les  méditer  ,  à  en  pro¬ 
fiter  pour  leur  conduite  &  leur  édi¬ 
fication.  Les  Notes,  qui  dans  leur 
brièveté  renferment  ce  qu’il  y  a  de 
meilleur  dans  les  Commentaires  ,  & 
J’expofenc  avec  netteté,  inftruifent 
du  fens  littéral. 

Dans  ravertiffement  à  la  tête  du 
premier  de  ces  trois  volumes,  &  qui 
efl  le  cinquième  de  tout  l’ouvrage  , 
on  voit  une  proteftation  qui  regarde 
les  Réflexions ,  que  la  néceflité  in- 

Janvier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  $9 

difpenfabie  du  texte  oblige  fouvent 
à  revenir  aux  devoirs  des  Palpeurs, 
&  à  précautionner  les  Fidelles  con¬ 
tre  l’erreur;  &  plus  particuliérement 
encore  dans  les  Aites  des  Apôtres , 
c’efi:  à-dire,  dans  l’hiftoire  de  ce  que 
Jes  prémiers  Pafteurs  ont  fait  pour 
former  îe  Troupeau  de  Jésus- 
C  h  r  1  s  t,  &  des  combats  qu'ils  ont 
eû  à  la  foutenir  contre  les  ennemis 
de  la  vérité.  La  voici ,  cette  protes¬ 
tation. 

3,Nous  nous  Sommes  donc  ici  ap- 
„  pliquez  ,  comme  dans  les  premiers 

volumes ,  à  développer  les  inftruc- 
„  tions  que  le  Texte  fournit  pour  les 
,,  mœurs  ,  d’une  maniéré  générale  , 
,,  &  fans  fonger  jamais  à  défigner  per¬ 
sonne.  Mais  malgré  l’attention  que 
„  nous  avons  eûë ,  il  peut  arriver  que 
,,  ce  que  nous  avons  dit  avec  une  en- 
j,tiere  (implicite  ,  &  dans  la  feule 
„  vue  d’édifier  ,  on  en  prenne  quel- 
,,quefois  occafion  de  faire  des  ap~ 
,,  plications  odieufes.  Ce  qu’un  œil 
,,  (impie  &  droit  ne  voit  pas  dans  une 
„  réflexion  morale  ,  un  œil  malin 
„  prétendra  l’y  découvrir  :  ce  que 
j,  nous  n’aurons  pas  dit,  on  prétea- 

Jany.  1716.  E  iiij 


îoo  Mémoires  pour  l'Hiftoire 

,,dra  peut  être  que  nous  l'aurons 
„  penfé  &  voulu  faire  penfer.  Et  c’eft 
fur  quoi  nous  croyons  devoir  re- 
»  clamer  par  avance  1  équité  du  Pu- 
,,  blic. 


En  effet ,  il  feroit  inutile  dans  les 

livres  &  les  difcours  de  pieté  ,  de 
précautionner  contre  le  vice  &  de  le 
décrier  ,  fi  perfonne  n'en  étoit  fuf. 
ceptible.  Ceux  qui  y  font  engagez  , 
doivent  profiter  de  ce  qui  fe  dit  en 
termes  généraux  :  &  fis  n’ont  aucune 
raifon  de  fe  plaindre  ,  quand  il  n'eft 
rien  échappé  qui  les  défigne  perfon- 
nellement ,  qui  dégénéré  en  fatyre 
ou  en  reproche  public  3  dont  la  pru¬ 
dence  &  la  charité  Chrétienne  s’abf- 
tient  fcrupuleufement. 

Cette  protefiation  efl  fuivie  de 
trois  réglés  tres-fages  pour  prévenir 
la  malignité  des  applications  particu¬ 
lières.  La  première  ,  »  Ce  qu’on  s'i- 
5j  magineroit  être  inféré  dans  les 
y>  peintures  des  mœurs ,  pour  être  ap- 
»  pliqué  a  quelqu'un  en  particulier , 
„  efi-il  de  nature  à  être  dit  en  géné- 
„  ral ,  dans  tous  les  tems,  &  par  qui- 
conque  ecriroit  fur  la  même  matié- 

”  r|  •  En  ce  cas  un  Auteur  eft  préfut- 

janvier  iji6. 


à  es  Sciences  &  des  beaux  Arts .  io  i 
»,  mé  avoir  fuivi  Amplement  Ton  fu- 
»,  jet  ;  &  l'application  qu’on  feroit  de 
»,  fes  paroles  ,  doit  être  mife  fur  le 
„  compte  de  ceux  qui  auroientla  ma- 
„  lignité  de  la  faire. 

La  fécondé  ,  »,  Une  Réflexion  mo- 
„  raie  ,  dont  la  malignité  voudroit 
»,  abufer  en  l'appliquant  aux  perfon- 
»,  nés  ,  fuit-elle  naturellement  du 
„  Texte  dont  on  la  tire  ?  Si  c’efl  le 
«Texte  qui  la  produit  telle  qu'elle 
»,  eft  ,  il  ne  feroit  pas  jufle  d’attri- 
»,  buer  à  un  Auteur  des  vûës  parti- 
»,  culiéres  pour  quoi  il  l'auroitfait. 

La  troiliéme.  „  Ce  qu’on  préten- 
,,  droit  qu’un  Auteur  auroit  penfé 
»,  &  voulu  faire  entendre  ,  a-t-il  pu 
„  le  penfer  dans  les  tems  où  fon  livre 
»,  a  été  fait  &  imprimé?  Faute  de  fe 
»,  mettre  ainü  dans  les  circonftances 
„  dans  lefquelles  un  Auteur  a  écrit, 
„  on  lui  imputera  des  penfées  &  des 
„  intentions  qu’il  eft  impoflîble  qu’il 
»,  aiteûës.  Il  faudra  au  moins  pour 
»,  lui  attribuer  de  la  malignité  ,  lui 
»,  attribuer  aufli  le  don  de  prophé- 
»,  tîe. 

Dés  Notes  fur  les  Epîtres  de  Saint 
Paul  font  d’autant  plus  néceflaires  3 

Jatif,  17  16*  E  v 


202  Mémoires  pour  l’Hifioire 
qu’il  s’exprime  avec  plus  de  fubli- 
mité  fur  les  dogmes  de  la  Religion  : 
prétendre  en  avoir  l'intelligence  par 
une  (impie  leôture  ,  quoique  faite 
avec  application  ,  ce  feroit  préfumer 
de  foi- même.  Mais  avec  le  fecôurs 
des  Notes  qui  font  ici  ajoutées  à  la 
fin  des  chapitres  ,  on  découvre  la 
penfée  de  l'Apôtre,  &  l'on  fuit  fes 
raifonnemens  :  on  apprend  à  recon- 
noîcre  ce  qui  appartient  à  la  foi ,  &  ce 
que  nous  fommes  obligez  de  croire. 

Comme  les  Ecoles  de  Théologie, 
demeurant  d’accord  enfemble  du 
fond  des  dogmes  mêmes ,  fe  font  par¬ 
tagées  ,  principalement  touchant  la 
grâce  &  la  Prédeftination  ,  en  des  ex¬ 
plications  différentes  ,  qu’elles  fou- 
tiennent  aufli  par  des  interprétations 
différentes  des  paroles  de  Saint  Paul  ; 
on  femble  dans  ces  Notes  vouloir  fe 
tenir  dans  la  neutralité  :  en  forte 
néanmoins  qu’on  laiffe  ^entrevoir 
plus  de  penchant  d’un  côté  que  d’ün 
autre  -,  mais  avec  la  fage  précaution 
de  nerien  direquipréjudicieaufenti- 
ment  qui  plaît  le  moins.  Elles  con- 
•  tiennent  une  analyfe  exaéce  de  cha¬ 
que  Epître ,  avec  une  explication  des 
endroits  difficiles. 


de  s  Sciences  &  des  beaux  Arts.  1 03 

Article  VII. 

A  A  K  I  <&  P  0  N  02  Pht op&r  l'ïlçohdLÇ* 
C'efi  à  dire  .  Lettres  du  Rhéteur  Alci - 
phron  ,  &  la  plupart  imprimées  pour 
la  première  fois  ;  avec  une  traduction  * 
des  corrections  &  des  Notes.  Par  P  tien¬ 
ne  Bergler.  A  Lipfic  ,  chez  Tho^ 
ma$Fri;;fch  17 1  y  in  8°.  pp.  451. 

L'Editeur  de  ces  lettres  paroîe 
dans  fa  préface  fi  charmé  de  leur 
excellence  incomparable  ,  que  man¬ 
quant  de  paroles  pour  les  louer  di¬ 
gnement  ,  il  aime  mieux  les  I  aider 
goûter  à  fes  Ledbcurs.  En  effet,  ceux 
qui  ne  cherchent  qu'un  fiyie  étudié  , 
élégant ,  concis ,  en  demeureront  fia- 
tisfaits  :  niais  du  refie  ce  n’efi  que  ce 
qui  s’appelle  de  pures  bagatelles  dans 
celles  qui  fc  peuvent  lire  ,  dans  leé 
autres  c'efi  des  obfcénitez  ;  on  n’y 
voit  ni  traits  d’hifioires  ,  ni  fenti- 
mens  moraux  ,  ni  rien  qui  puiffe  con-' 
tribuer  à  perfectionner  l’efprit  &  le 
cceur. 

Alciphron  n’a  pas  écrit  ces  lettres 
en  fon  nom  :  il  emprunte  divers  per- 
f  anyïer  1716,  E  vj 


104  Mémoires  pour  l'Hiftoire 
fonnages  ,  de  Pêcheurs,  de  Labou¬ 
reurs  ,  de  parafites  lâches  &  eflfron- 
tez  >  auxquels  ils  donne  des  noms 
par  rapport  à  leur  genre  de  vie.  Mais 
fl  introduit  auflides  courtifanes  fans 
pudeur  :  une  de  leurs  lettres  a  été 
aflez  pour  fe  croire  obligez  de  pafler 
toutes  les  autres.  Ce  n’eft  guère  Va- 
fage  parmi  ces  fortesde  gens  d'écrire 
des  lettres  :  Théorite  ,  Virgile  ,  San- 
nazare  les  font  entretenir  enfemble  , 
ce  qui  leurconvient  mieux. 

Comme  Alciphron  ne  touche  nul¬ 
le  part  à  l’hiftoire,  &  qu’on  ne  voit 
pas  qu'il  ait  été  cité  ,  (i  non  par  Euf- 
tathius ,  il  ell  impodible  d  affôrer  en 
quel  tems  il  a  vécu.  Mr.  Bergler  con¬ 
jecture  que  c’eft  en  celui  des  Rois  de 
Macédoine.  Delà  il  s’enfuivroit  que 
Lucien  auroit  profité  de  la  leéture 
d'Alciphron  ;  car  non  feulement  ils 
conviennent  en  plufieurs  phrafes  & 
en  plufieurs  exprefïions ,  mais  il  fau- 
droit  dire  que  le  dialogue  du  coq  & 
celui  du  banquet  des  Philofophes 
font  faits  d'après  deux  lettres  de  ce 
Rhéteur. 

C’eft  ici  le  premier  reciieil  parti¬ 
culier  des  lettres  d’Alciphron  :  on  eu 

Jawffîmi7i(h 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  iof 

avoir  auparavant  quarante  quatre, 
divifées  en  deux  livres ,  &  imprimées 
à  Venife  dans  un  recueil  de  lettres 
Grecques,  &  puisa  Geneve,  avec 
une  verfion  latine.  L’Editeur  en  a 
ajouté  foixante  douze  ,  qui  font  un 
troifiéme  livre  ,  &  qui  lui  ont  été 
la  plûpart  communiquées  par  Mr. 
Perizonius ,  les  autres  par  Mr.  Gen- 
tilloti ,  Garde  de  la  bibliothèque  Im¬ 
périale  ,  &  par  Mr.  Kufter. 

Ses  notes  fur  les  deux  premiers  li¬ 
vres  font  voir  qu'il  efl  verfé  dans  la 
leéture  des  bons  Auteurs  Grecs ,  c'eft 
une  comparaifon  perpétuelle  des  ex- 
preffions  d'Alciphron  avec  les  leurs. 
Dans  le  3e.  livre  il  s’eft  négligé  :  &  il 
apporte  pour  raifon  ,  qu'il  efî  occu¬ 
pé  à  préparer  de  nouvelles  éditions 
d’Ariftophane,&  d’Herodote  ;  Héro¬ 
dote  certainement  mérite  fon  appli¬ 
cation. 

Il  n'y  a  guère  de  choix  à  faire  en¬ 
tre  les  lettres  d’Alciphron,  &  on  n'en 
a  vû  aucune  qui  mérite  beaucoup 
de  préférence.  En  voici  deux  pour 
faire  juger  des  autres  :  comme  leur 
mérite  coniifte  en  l'élegance  du  ftile, 
il  vaudroit  mieux  fans  doute  le  rap-i 
Janvier  1716. 


jc6  Mémoires  pour  r Ht  pont 
Porter  en  Grec  ;  mais  une  grande 
partie  de  nos  Le&eurs  n'en  verroit 
pas  la  beauté. 

Lettre  d'un  Pêcheur, la  première  du 
„  1er.  livre.  »  La  mer  s’eft  aujourd'hui 

appîanie  par  un  calme  heureux. 
„  Car  pendant  trois  jours  que  le  vent 
5,  Borée  a  foufflé  furieufement ,  que 
;,  la  mer  courroucée  étoit  noire  ,  &c 
„  fe  fleurifïoit  d’écume,  que  les  va- 
5,  gués  élevées  ou  alloient  heurter 

contre  les  rochers ,  ou  fe  brifoient 
,,  les  unes  contre  lesautres,il  n’y  avoit 
,,  rien  à  faire,  Se  nous  nous  tenions 
5>  dans  des  cabanes  fur  le  bord  ;  nous 
„  nous  défendions  contre  la  rigueur 
,,  du  froid  ,  faifant  du  feu  de  quel¬ 
ques  petits  morceaux  de  bois  que 
„  des  charpentiers  de  vaifleaux  y 
,,  avoient  I a i 0e 2 .  Enfin,  le  quatrième 
„  jour,  qui  pour  la  férenité  de  l’air 
„  peut  juftementêcrenommé  un  jour 
„  des  H.ilcyons ,  nous  a  comblé  de 
,,  biens.  Auflitôt  que  le  foleil  a  paru  , 
3,  &  que  fes  premiers  rayons  ont  bril- 
,,  lé  fur  la  mer  ,  nous  avons  mis  la 
3,  chalouppe  en  mer  ,  &  nous  éloi- 
„  gnant  un.peu  d.u  rivage  avec  nos  fî- 
*>>  lets,  nous  nous  fojiüües  çn  ceUi 

fanwri']i6* 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  roy 
5>  vre.  Quelle  abondance  pour  faire 
,,grande  chere!  Quelle  quantité  de 
»  poifi'ons  !  Les  blets  en  étoient  fi 
„  chargez  que  les  lièges  coiiloierit 
„  fous  l’eau.  Voilà  incontinent  les 
„  pourvoyeurs  qui  nous  les  payent 
3,  bien,  qui  en  chargent  leurs  paniers 
,,  &  les  portent  en  ville.  Après  qu’ils 
„ eurent  enlevé  tout  ce  qu’ils  voulu- 
„  rent,  il  nous  en  eft  tant  refié  des 
„  plus  petits  poifTons  pour  nos  fem- 
„  mes  &  nos  enfans, qu’il  y  a  dequoi9 
,,fi  la  tempête  revient ,  pour  les  raf- 
,,  fafier  pendant  plufîeurs  jours. 

D’un  paralite  6e.  du  3e.  livre.  ,,  Je 
,,  cherche  une  corde  ,  &  bientôt 
3,  vous  me  la  verrez  au  col.  Je  ne 
„  puis  plus  endurer  les  foufïlets&  les 
j,  autres  indignitez  de  ces  infolens 
,, conviez,  ni  dompter  l’appétit  in- 
,,  fatiable  de  mon  malheureux  ven- 
„  tre.  Car  il  ne  fe  contente  pas  de  ce 
j,  qui  pourroit  le  raffalîer ,  il  deman- 
„  de  de  bonnes  chofes  &  délicates. 
„  Cependant  j’ai  le  vifage  moulu  de 
„  coups,  &  un  oeil  en  danger  à  for- 
,,  ce  de  foufflets.  Que  je  fuis  malheu- 
9y  reux  î  Et  à  quoi  m’expofe  ce  ven- 
„  tre  affamé  &  vorace  !  J  ai  donc  xé~s 
Janvier  1716. 


i  o8  Mémoires  pur  ÏHiJloire 

9y  folu,  au  fortir  de  quelque  bonne 
„  table,  de  m’ôter  la  vie,  préférant 
„  une  mort  voluptueufe  à  une  vie 
„  miferable. 

Tout  ce  qu’on  a  pû  ramafTer  de 
cet  ouvrage  frivole ,  fe  réduit  i°.  aux 
plaintes  que  fait  un  pêcheur  dans  la 
fécondé  lettre  du  premier  livre  ,  de 
ce  que  fon  maître  lui  commandoit 
delui  apporter  des  laines  de  mer,  t * 
zk  tÎk  TcLK<x<r<n)Ç  'épia  ,  qu’il  n’étoit  pas 
aifé  de  trouver.  Ces  laines  de  mer 
font  adhérentes  à  certains  coquilla¬ 
ges,  &  font  le  byffus  dont  les  Anciens 
faifoient  tant  de  cas.  Outre  ce  qu’on 
on  a  déjà  dit  dans  ces  Mémoires ,  on 
peut  confulter  les  Notes  de  Cafaubon 
fur  Athénée  1.  3.  ch.  1  iT 

2°.  A  un  proverbe  ,  qu’on  ne  rap¬ 
porte  que  parce  qu’il  contient  [une 
moralité,  Les  affaires  vont  comme  celles 
de  Mandrabulus,  pour  fîgnifier qu’elles 
vont  toûjours  plus  mal ,  mais  le  fens 
a  été  détourné  ;  &  dans  fon  origine 
Je  proverbe  faifoit  entendre  ,  que  la 
reconnoiflance  va  en  décroiffant  dans 
la  continuité  des  bienfaits.  Mandra- 
bulus  ayant  découvert  une  mine  d’or, 
Confacra  auffitôt  à  J unon  en  fon  tei»': 

Janvier  1716, 


des  Sciences  &  des  beaux  Ans»  109 

pie  de  Samos  un  mouton  d’or  :  com¬ 
me  la  mine  continuoit  d'être  abon¬ 
dante, il  confacraàla  Déefle  un  mou¬ 
ton  d’argent,  &  puis  un  de  cuivre, 
&  puis  rien. 

Article  VIII. 

HISTOIRE  CHRONOLOGIQUE 
du  dernier  fiécle ,  où  l’on  trouvera  les 
dattes  de  ce  qui  s’ ejl  fait  de  plus  con- 
fiderable  dans  les  quatre  parties  du 
monde ,  depuis  l’an  1 600.  \ufqua  pie - 
fent.  A  Paris,  chez  Pierre-François 
Giffard,  rue  S.  Jacques,  à  Sainte 
Thérefe  ,1715.1»  douze ,  pp,  3  29* 

UN  des  principaux agrémens  de 
l’hiftoire  efl  de  fçavoir  pré- 
cifément  la  datte  des  faits  :  &  c'eit  ce 
qui  échappe  le  plutôt  à  la  mémoire. 
On  fe  fouvient  aflez  bien  des  cir- 
conftances  d’une  aétion  ,  d'une  ba¬ 
taille  ,  d’un  fiége  ,  d'un  événement 
particulier  :  mais  on  fe  trouve  fou- 
vent  embarraffé  à  en  fixer  le  tems,  & 
fujetàconfondrelafuite  &  l’ordre  des 
chofes.  C’eft  pour  remédier  à  ce  dé- 
fanvier  1716, 


i  t  o  Mémoires  pour  T  Ui foire 

faut  qui  eft  des  plus  communs,  que 
ce  livre  a  été  compofé  :  &  avec  ion 
fecours  il  fera  aifé  de  terminer  mil¬ 
le  difputes  qui  s’élèvent  dans  les  con- 
verfations,  dont  la  matière  ordinai¬ 
re  font  les  affaires  qui  ne  font  pas 
éloignées  de  nôtre  tems. 

L’Auteur  a  recueilli  les  dattes  de 
ce  qui  eft  arrivé  de  plus  mémorable 
depuis  le  commencement  du  dernier 
fiécle  jufqu’à  la  fin  de  1714.  &  il  pro¬ 
met  de  continuer  pour  les  années  fui- 
vantes.  Il  ajoute  une  table  alphabéti¬ 
que  des  noms  propres ,  tant  des  per- 
fonnes  dont  il  efi:  parlé ,  que  des  lieux 
où  les  actions  font  arrivées. 

Article  I X. 1 

OBSERVATIONS  ET  MAXIMES 
fur  les  matures  criminelles  ,  avec  des 
remarques  tirées  des  tuteurs,  con¬ 
formes  aux  Edits ,  Ordonnances ,  Ar¬ 
rêts  &  Règlement  des  Cours  Souverai¬ 
nes.  VarM.A.  Brune  au  Avocat  au 
Parlement.  A  Paris  ,  chez  Guillau¬ 
me  Cavelier  fils  ,  rue  S.  Jacques 
au  coin  de  la  ruë  de  la  Parcheini- 
Ÿanvier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  1 1  î 
ne  rie ,  à  la  Fleur  de  lys  d  or ,  1715* 
in  40.  pages  5 1  o. 

L Es  armes,  félon  Juüinien  dans 
la  préface  des  Infhtuts ,  foric 
l’ornement  de  la  majeüé Royale  ;  &C 
fa  force  confifte  dans  les  îoix  }  par 
Jefquelles  un  Roi  établit  &  main- 
tient  le  bon  ordre  dans  fes  Etats. 
Des  vidtoires  &  des  conquetesdon- 
nent  de  l'éclat  au  dehors  à  une  na¬ 
tion  :  mais  elle  n’eft  tranquille 
heureufe  au  dedans  ,  qu  autant  que 
la  juflice  y  efl:  obfervée.  S  il  en  a 
coûté  à  la  France  pour  acquérir  de 
la  gloire  en  tant  de  guerres  entre- 
prifes  ou  foutenuës  par  Louis  Je 
Grand  ,  elle  lui  effc  redevabale  d’a¬ 
voir  réglé  &  a  duré  le  droit  de  cha¬ 
cun  par  des  loix  très-fages ,  &  d  a- 
voir  reprimé  la  licence  ,  par  fà  fer¬ 
meté  à  faire  obferver  fes  loix.  Dire 
de  Loiiis le  Grand,  comme  le  dit  M. 
Bruneau,  qu'autorifant  la  jufiice  * 
il  a  établi  la  fûreté  publique  ,  &  ren¬ 
du  le  crime  moins  commun  dans  fon 
Royaume^'efl  en  faire  un  bel  éloge, 
Mr.  Bruneau  ,  né  le  10e.  d  A» 
vril  1640.  à  Chevreufe,  pafTa  Avo 
Janvier  1716. 


T 1 1  Mémoires  pour  ruifloire 
cat  au  Parlement  le  i  ie.  d’Avril 
1667.  &  depuis  ,  afin  de  fe  rendre 
habile  en  fa  profellion,  il  a  fuivi  le 
Barreau.  Enfin,  pour  mettre  à  pro¬ 
fit  le  loifir  &  la  vie  fédentaire  ,  où  il 
eft  réduit  ,  il  a  recueilli  ce  qu’ont 
écrit  les  meilleurs  Auteurs  fur  les 
matières  criminelles  :  ce  qu’aucun 
autre,  qu’il  fçache,  n’avoit  fait  avant 
lui,  du  moins  par  rapport  à  l'Or¬ 
donnance  de  1670.  touchant  les  ma¬ 
tières  criminelles. 

C’eftelle  qui  fait  pour  ainfi  dire  * 
le  fond  de  cet  ouvrage  ,  divifé  en 
deux  livres;  dont  le  premier  traite 
en  30  titres,  de  la  procédure ,  ou  des 
fbrmalitez  à  obferver  avec  d’autant 
plus  de  circonfpe&ion  dans  les  affai¬ 
res  criminelles ,  qu’il  s’y  agit  delà 
vie  des  hommes ,  de  leur  honneur , 
&  de  celui  de  leur  famille. Les  titres 
font  de  la  compétence  des  Juges; 
du  Renvoi  ;  de  la  Récufation  des 
Juges;  des  procédures  des  Prévôts 
des  Maréchaux  ;  des  plaintes  ,  dé¬ 
nonciations  &  accufations  ;  des  pro¬ 
cès  verbaux  ;  des  rapports  des  Mé¬ 
decins  &  Chirurgiens  ;  des  infor¬ 
mations  ;  des  monitoires  ;  de  la  re-, 
fanyier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  1 1 3 

Connoiffance  d’écritures  &  lignatu- 
res  ;  du  crime  de  faux  ;  des  decrets 
&élargilfemens  ;  des  exoinesouex- 
cufes  des  acculez;  des  fentences  de 
provilîon  ;  des  priions  ,  Greffiers  & 
Geôliers  ;  des  interrogatoires  ;  des 
recollemens  ,  confrontations  &  re¬ 
proches  ;  des  lettres  d’abolition; 
des  défauts  &  contumaces  ;  des 
muets  &  fourds  ;  des  jugemens  &c 
procès  verbaux  de  Queftion  ;  de  la 
converlion  des  procès  civils  ;  du 
procès  à  faire  à  une  communauté , 
ou  à  un  cadavre;  de  l’abrogation  des 
appointemens  &  écritures  5  des  con¬ 
cluions  definitives  ;  des  fentences  , 
Jugemens  &  arrêts ,  des  appellations; 
des  procédures  à  purger  la  mémoi¬ 
re  ;  des  faits  juftificatifs. 

Le  fécond  livre  traite  en  38  titres 
de  tous  les  crimes,  qui  font  recher¬ 
cher  en  juff  ice  ceux  qui  les  ont  com¬ 
mis  ,  &  qui  font  la  matière  des  af¬ 
faires  criminelles.  Et  il  marque  la 
peine  dont  chacun  eft  puni. 

L'Auteur  commence  chaque  titre 
par  une  explication  des  termes  & 
du  fujet  qui  y  eft  contenu  :  &  là, 
comme  il  a  beaucoup  de  ledure, 

Janvier  1716. 


il  4  Mémoires  pourVHifloire 

il  n’épargne  pas  l’érudition.  Enfuî- 
te  il  établit  &  pofe  par  manière  de 
maximes ,  ce  qu’il  convient  de  faire  , 
félon  les  différens  cas  &  des  occur¬ 
rences  :&  il  ne  manque  pas  de  citer 
les  Ordonnances  ,  les  Arrêts  ,  les 
Auteurs.  Ordinairement  il  ajoute 
une  conclulion  ,  où  l’érudition  re¬ 
vient  encore. 

Sans  être  verfé  en  ces  matières, 
&  en  s’en  rapportant  à  la  leéture 
qu’on  a  faite  du  livre  ,  on  fouicrit 
volontiers  à  ce  que  porte  la  premiè¬ 
re  page  ,  Ouvrage  néceffatre  ,  ou  du 
moins  très  utile  à  tous  fuges,  Avocat  s, 
Procureurs  ,  Greffiers ,  Huiffiiers&  Pra¬ 
ticiens  ,  pour  bien  faire  &  in (î mire  un 
procès  criminel. 

On  a  coutume  d’unir  les  idées  de 
Jurifconfulte  &  d’Orateur  pour  for¬ 
mer  celle  d’un  Avocat  :  entre  les 
Avocats  pourtant  les  uns  fe  font  plus 
eftimer  par  la  jurifprudence  ,  & -l’é¬ 
loquence  brille  davantage  dans  les 
autres.  Mr.  Bruneau  femble  avoir 
mis  fa  principale  application  à  bien 
fçavoir  les  loix  ,  &  avoir  fait  moins 
de  cas  de  ce  qui  faitla  beauté  du  dif- 
cours,  comme  font  le  choix,  for- 

janvier  1716 . 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  i  i 

dre  &  l’arrangement  ,  l’élocution  ; 
&  fans  fe  gêner  ,  en  ce  qui  concer¬ 
ne  l'érudition  ,  au  precepte  d’Ho¬ 
race. 

Vt  )am  mm  dïcat ,  quœ  mine  deben - 
tia  dïci  y 

Vleraque  différât ,  &  prœfens  in  tem ^ 
pus  omittat. 

Il  la  jette  ,  plutôt  qu’il  ne  l’appli¬ 
que  à  fon  fujet  :  &  il  femble  fe  fou- 
cier  peu  en  quel  endroit  elle  tombe. 
Il  n’y  apporte  pas  une  grande  exac¬ 
titude.  De  cent  exemples  en  voici 
quelques  uns  des  plus  palpables  & 
des  plus  connus  :  Il  attribue  à  Ma- 
riana  une  hiftoire  de  Charles  Quint, 
&  il  lefaitCardinal  :  il  dit  que  l’Em¬ 
pereur  Sigifmondfit  bâtir  la  ville  de 
Thabor  pour  contenir  dans  le  de¬ 
voir  fes  fujets  Huffites  &  rebelles , 
&  qu’il  ordonna  de  faire  de  fa  peau , 
aprèsfamort,  un  tambour  pour  les 
effrayer  :  il  dit  que  Sixte  V.  fut  Gé¬ 
néral  de  l’Ordre  de  Saint  François  : 
il  dit  que  Solis  &  Magaiihans,  ont 
écrit  l’hiftoirc  de  la  conquête  du 
Mexique,  cela  eft  vrai  de  Solis,  & 
non  pas  de  Magaiihans,  qui  étoit  Jé- 
Janyier  1716. 


ïi  6  Mémoires  pour  l'HiJtoïre 

fuite  Portugais  ,  &  a  publié  une  ex¬ 
cellente  Relation  de  la  Chine:  il  dit 
que  l’Evêché  de  Magdelone  a  été 
tranfporté  à  Montpellier  ;  celui  de 
Vermond  à  Noyon  ,  celui  d’Elanà 
Perpignan,  mettant  Magdelone  pour 
Magalone ,  &  Elan  pour  Elne  :  il 
ajoute  qu’Alexandrie  au  lieu  de  Car¬ 
thage  devint  la  Capitale  d'Afrique. 

Pour  venir  à  quelque  chofe  de 
particulier  ,  M.  Bruneau  traitant  de 
la  compétance  des  Juges  ,  remar¬ 
que  que  François  I.  par,  un  Edit 
donné  à  Paris  le  14e.  de  Janvier 
1S22.  créa  la  charge  de  Lieutenant 
criminel,  &HenriIi.  en  1554.  celle 
de  Lieutenant  Criminel  de  Robbe- 
courte.  Il  dit  que  le  Parlement  pour 
foulager  la  Grand-Chambre  &  fa¬ 
ciliter  l’expédition  des  affaires  cri¬ 
minelles,  établit  la  Tournelle;  que 
François  I.  la  confirma  ,  &  la  ren¬ 
dit  perpétuelle ,  par  un  Edit  du  mois 
d’Avril  1514.  Comme  dans  la  fuite 
ilfurvint  des  conteftations  touchant 
les  perfonnes  privilégiées  ,  fçavoir 
les  Eccléfiaftiques  &  les  Nobles  , 
Charles  IX.  régla  par  le  38e.  article 
de  l’Ordonnance  de  Moulins  en 
fanvïçri^\6,  1566, 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  uj 

1566.  que  leurs  procès  leur  feroienc 
riits  par  la  Grand-Chambre  &  la 
Tournelle  afl'emblées.  Toutefois  un 
Eccléfiaftique  furpris  en  crime  ,  s’il 
efl:  déguifé  &  vécu  en  Laïc ,  perd  fon 
privilège.  L'Auteur  à  cette  occafion 
renvoyé  au  Traité  de  Mr.  Dupin 
de  la  PuifTance  Eccléfiaftique  &  de 
la  Temporelle  ,  ouvrage ,  ajoute- t’il , 
glané  des  œuvres  de  Guillaume  Barclay 
Anglais ,  Dotteur  au  Borna  Mou  fon, 
écrivant  contre  le  Cardinal  Robert  Bel - 
larmin  :  &  en  la  page  253  il  dit,  que 
ce  n’eft  qu’une  traduction. 

#  Au  Titre  18e.  des  lettres  d’aboli¬ 
tion  ,  il  raconte  la  trifte  avanture 
d  Azon  ,  un  des  plus  fameux  Jurif- 
confultes  qui  ayent  enfeigné  à  Bo¬ 
logne  ,  Azon  dans  la  chaleur  de  la 
dilpute  jetta  un  chandelier  à  la  tête 
de  celui  qui  le  contredifoic  &  le  tua, 
arrêté  comme  homicide  ,  il  efpéra 
des  lettres  d  abolition  ,  en  conlidé- 
ration  de  fa  doctrine  &  de  Ton  mé¬ 
rite  ,  feion  la  Loi  ad  bejlias  de  pœnis  , 
qui  ordonne  d’ufer  de  cette  indul¬ 
gence  autant  qu’il  eft  poftible  ,  en 
vers  les  perfonnes  diftmguées  par¬ 
leur  mérite.  Il  répétoit  donc  àHûut 
Janvier  1716.  F 


1 1 8  Mémoires  pour  ruifloire 

moment  ai  bejlias  :  mais  les  Juges 
s’imaginant  qu’il  les  traitoit  de  bê¬ 
tes  ,  n’eurent  pour  lui  que  de  la  fé- 
vérité,  ils  le  condamnèrent  à  mort, 
&  le  privèrent  de  la  fepulture.  Il  fuc 
enterré  dans  une  rue  fous  une  tom¬ 
be  de  pierre  &  élevée. 

Au  Titre  26e  des  concluions  dé¬ 
finitives,  l’Auteur  traite  deux  points 
importans ,  de  la  preuve  &  de  la  pei¬ 
ne  du  crime.  La  preuve  fe  divifeen 
littérale,  tefiimoniale  &  conjectura¬ 
le  ,  &  fur  chacune  il  y  a  des  obfer- 
vations  à  faire.  Car  i°.  Les  papiers, 
écrits,  lettres  de  Tacciifé  ,  ne  prou¬ 
vent  contre  lui ,  qu’autant  que  le  fait 
dont  il  s’agit  y  eft  clairement  expri¬ 
mé  :  les  conféquences  qui  s’en  peu¬ 
vent  tirer  ne  font  point  de  preuve 
littérale  ,  &  ne  peuvent  au  plus  fe 
réduire  qu’à  la  conjecturale. De  plus, 
les  papiers  d’un  accufé  doivent  faire 
foi  par  eux-mêmes  ,  &  pour  cela  il 
leur  eft  nécefïaire  en  les  faififlant  de 
les  nombrer  ,  cotter,  parapher  en  fa 
préfence  ,  il  faut  même  l’obliger  à 
les  parapher  lui  même ,  &  en  faire 
un  procès  verbal,  où  les  caufes  du 
refus-  qu’il  aura  alléguées  pour  ne 
fmiervjié. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  119 

point  les  parapher  ,  s’il  la  reFufé  , 
ioienc  marquées.  20.  Les  témoins 
doivent  dépofer  feulement  ce  qu’ils 
ont  vû  ,  ou  entendu  par  eux-mêmes, 
du  fait  dont-il  s’agit,  &  ils  ne  font 
point  reçus  fur  un  oïu  dire.  En  quel¬ 
que  nombre  qu’ils  fe  prefentent  , 
s’ils  racontent  des  faits  différens,  ce 
n’eft  point  une  preuve  teftimoniale , 
qui  demande  qu’au  moins  deux  dé- 
pofent  unanimement  du  même  fait. 
3°.  Quant  à  la  preuve  conjecturale , 
fondée  fur  des  indices ,  la  Loi  c.  de 
tefiibus  qui  l’admet,  exige  audi  que 
Es  indices  foient  indubitables  ,  & 
plus  clairs  que  le  jour ,  indiens  ad pro - 
bationem  indubitatis  &  lace  clarioribus. 
Une  piéfomption  ,  une  conviction 
morale,  quand  même  laccufé  fe  con¬ 
fie  fleroit  coupable,  ne  fuffifent  pas. 
pour  le  condamner,  &  c’eft  une  er¬ 
reur  de  croire  que  deux  demies 
preuves  faflent  une  preuve  com¬ 
plète. 

Le  fécond  point,  eff  de  fçavoir, 
fi  le  Juge  peut  punir  de  mort  un  cri¬ 
me  ,  auquel  la  Loi  n’a  pas  attaché 
cette  peine  ?  M.  Bruneau  foutient  fé¬ 
lon  la  Loi  i$e  D.  de  yerbor.  figmf.  que 
Janv.  17 16,  F  jj 


ï  10  Mémoires  pour  rHiftoire 

le  Juge  ne  doit  pas  condamner  à 
mort  pour  un  crime  que  la  Loi  n’a 
pas  expredément  déclaré  digne  de 
mort.  Pœna  non  irrogatur ,  nifi  qu<z  quoi¬ 
que  lege ,  vel  quo  alto  jure  fpe  ci  aliter  buic 
dclicto  wipofeta  e/i.  Audi  le  crime  de 
faux  ,  qui  n’écoit  pas  auparavant  pu- 
nidable  de  mort  ,  le  devint  par  un 
Edit  de  François  I.  donné  à  Argen- 
ton  le  24e  d’Avril  1532.  à  la  requête 
du  Parlement.  Autre  exemple,  Pu- 
fage  s’étoit  introduit  en  haine  des 
Calviniftes,  qui  prétendant  ôter  au 
mariage  la  dignité  de  Sacrement ,  de- 
condamner  à  mort  ceux  qui  étoient 
convaincus  d’avoir  époufé  une  fé¬ 
condé  femme ,  en  ayant  déjà  une  :  le 
Bailli  du  Chapitre  de  Paris,  fuivant 
cet  ufage  ,  avoit  prononcé  une  Sen¬ 
tence  de  mort.  Mais  le  Parlement 
faifant  attention  que  cette  fe vérité 
netoit  pasautorifée  par  la  Loi ,  s’en 
départit ,  infirma  la  Sentence ,  &  ar¬ 
rêta  que  le  Roi  feroit  très-humble¬ 
ment  fuppüé  de  décerner  pour  l’a¬ 
venir  par  une  Déclaration  la  peine 
de  mort  en  ce  cas.  Celle  qui  s’inflige 
aujourd’hui,  efl  le  pilori,  lefoiiet, 
le  baniflement,  les  galères,  eû  égard 
Janvier  171 6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  1 1  \ 

aux  circonftances  &  aux  pcrfonnes: 
depuis  i <590.  il  y  a  eû  une  douzaine 
d’Arrêts  de  la  Tournelle  à  ce  fujer. 

Au  titre  27e  des  Sentences ,  Juge- 
mens  &  Arrêts  ,  M.  Bruneau  rappor¬ 
te  une  queftion  ,  fur  laquelle  les 
Confultans  le  partagèrent  :  il  s’agif- 
foit  d’une  prefcription  ,  où  le  crime 
&  les  interets  civils  étoient  joints  en- 
femble.  Voici  le  fait  :  Un  pere&un 
fils  ayant  tué  un  homme  furent  con¬ 
damnez  à  mort  par  contumace,  &  fo- 
lidairement  à  douze  mille  livres  en¬ 
vers  la  Partie  civile,  qui  ne  put  en 
obtenir  le  payement  fur  les  biens  du 
pere  ,  quelques  pourfuites  qu’elle 
eût  faites.  Le  fils  étant  revenu  après 
trente-deux  ans  d’abfence,  la  partie 
civile  tourna  fes  pourfuites  contre 
lui  pour  le  payement  des  douze  mil¬ 
le  livres  :  &  lui  pour  fa  défenfe  il 
allégua,  qu’il  avoit  prefcrit  le  cri¬ 
me  ,  &  enfemble  la  fuite  du  crime  ; 
&  que  partant  il  ne  devoit  rien.  Mr. 
Bruneau  ne  dit  point  comment  l’af¬ 
faire  fut  décidée  :  il  expofe  feule¬ 
ment  fon  fentiment ,  qui  eft ,  que  le 
fils  étoit  tenu  de  fatisfaire  la  partie 
civile ,  ne  pouvant  à  cet  égard  fe 
f armer  17 16.  F  iij 


721  Mémoires  pour  ÏHiJloire 

prévaloir  de  la  préfcription ,  vu  les 
pourfuites  faites  contre  fon  pere  , 
avec  lequel  il  étoit  obligé  folidai- 
remenc  :  &  vû  encore  que  les  in¬ 
terets  civils,  quoiqu’émanez  du  cri¬ 
me  ,  font  néanmoins  d’une  autre  ef- 
pece  ,  fe  pourfuivent  à  la  Grand- 
chambre  ,  &  non  pas  à  la  Tour¬ 
nelle. 

Au  L.  2.  titre  i  T  du  Duel ,  il  rap¬ 
porte  d’après  Vafée  ,  Hiftorien  Ef- 
pagnol  ,  un  fujet  bien  étrange  du 
duel.  Comme  le  Pape  Grégoire  VIT. 
faifoit  inftance  auprès  d’A'fonfe  VI. 
Roi  de  Cattille,  pour  introduire  dans 
fes  Etats  le  Bréviaire  &  l’Office  Ro¬ 
main  en  la  place  du  Mozambique, 
l’affaire  fut  remife  au  fuccès  d’un 
combat  Hngulier  entre  deux  Cheva¬ 
liers  ;  &  la  victoire  que  remporta 
le  défenfeur  du  Bréviaire  Mozara- 
que,  en  Ht  alors  continuer  l’ufage. 

M.  Bruneau  en  ce  Traité  des  ma¬ 
tières  criminelles ,  renvoyé  fouvenc 
fes  lecteurs  à  un  Traité  des  Criées 
qu’il  fit  imprimer  en  1704. 


Janvier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  1 23 
Article  X. 

N OVVE  AV  TRAITE’ D'E'DVCATION, 
dmfé  en  deux  parties,  dont  la  pre¬ 
mière  contient  le  devoir  des  parens ,  & 
la  fécondé  le  devoir  des  enfans  ,  en¬ 
richis  des  fables  de  divers  Auteurs. 
A  Amfterdam  ,  chez  Etienne  Ro¬ 
ger  MDCCXVI.  in  12.  deux  to¬ 
mes.  Tome  premier  pages  434.  Tome 
fécond  pages  413. 

DE  longs  extraits  du  Traité  de 
i’éducation  des  enfans,  traduit 
de  i  Anglois  de  M.  Loke ,  &  un  grand 
nombre  de  fables  en  vers  &  en  profe, 
avec  de  prolixes  &  ennuyeufes  expli¬ 
cations  morales,  compofent  les  deux 
volumes  dont  nous  parlons  ;  les 
maximes  de  M.  Loke  ne  doivent 
pas  être  admifes  fans  choix  ;  il  y 
en  a  d’excellentes  ,  il  y  en  a  de 
dangereufes,  il  y  en  a  de  bizarres: 
nous  en  ferons  quelque  jour  le  dif- 
cernement.  A  l’égard  des  fables , 
quoique  fufage  de  s’en  fervir  pour 
l’inftrudtion  des  enfans  foit  prefque 
univerfel,  il  ne  nous  en  paroit  pas 
moins  contraire  à  la  fin  de  l’éduca- 
Janvïer  1716,  F  iv 


ri  *4  Memotres  four  V  Hifiotre 
tion  :  on  veut  former  l’efprit,  &  on 
entretient ,  on  fortifie  fon  plus  grand 
défaut ,  le  goût  pour  le  faux  &  pour 
Je  merveilleux  ;  au  lieu  d’amufer  les 
enfans  à  entendre  parler  des  bêtes, 
ne  vaudroit-il  pas  beaucoup  mieux 
Jeur  reprefenter  des  exemples  réels 
des  vertus,  &  des  vices,  ils  les  re- 
tiendroient  auffi  aifément  que  la  fa¬ 
ble  du  renard  ,  &  du  corbeau  *  &  ces 
exemples,  qu'il  leur  feroit  plus  aifé 
d’appliquer  ,  feroient  dans  leur  ef- 
prit  de  plus  fortes  impreflions ,  que 
n'en  font  les  fables.  Si  on  veut  mon¬ 
trer  qu’on  meurt  comme  on  a  vécu  , 
l’hiftoire  des  difgraces  de  la  faufle 
pénitence  ,  &  de  la  mort  funefte 
dAntiochus,  y  eft  fans  doute  plus 
propre  que  la  fable  du  Milan  mala¬ 
de  :  tant  d’exemples  de  l’amour  li¬ 
lial,  que  l’hiffoire  fournit,  l’infpi- 
reroit  aux  enfans  plus  efficacement 
que  la  fable  du  loup  &  du  chevreau. 
Mais,  dit-on ,  les  fables ,  les  contes, 
font  à  la  portée  des  enfans  ;  le  férieux 
d’une  narration  hifforique  leur  pcfe  ; 
il  leur  pefe  quand  les  nourrices ,  les 
gouvernantes  qui  ne  fçavent  que  des 
contes  &  des  fables,  les  y  ont  ac- 
fanyier  17 16. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  125 
coutumez  ;  il  leur  pefe,  quand  un 
précepteur  leur  fait  de  l’hiftoireune 
étude  au  lieu  d’un  divertiffement  ;  il 
ne  leur  peferoit  point ,  fi  on  fçavoit 
rendre  le  récit  de  ces  exemples  court, 
vif*  leger  ,  interefîant ,  les  faire  fou- 
haiter ,  donner  occalion  à  l’enfant  de 
briller  en  les  recitant  à  fon  tour.  On 
fe  défie  de  la  capacité  des  enfans ,  on 
a  tort.  M.  Nicole  dans  Y  Education  des 
Grands  ,  feu  Monfîeur  de  Fenelon 
Archevêque  de  Cambray  ,  dans  fon 
excellent  livre  de  V  Education  des  filles  j 
M.  Loxe,  dans  fon  Traité  de  l'éduca¬ 
tion  ,  ont  découvert  ce  mécompte  * 
&  en  ont  averti  ;  c’eft  de  1  incapaci¬ 
té  ,  c’eft  de  la  négligence  des  Maî¬ 
tres,  qu’il  faut  fe  défier  }  ils  croyent 
volontiers  que  l’efprit  des  enfans  ne 
peut  porter  que  des  fleurs ,  parce- 
qu’ils  Tentent  qu’il  leur  en  coûteroît 
trop  pour  lui  faire  porter  des  fruits. 
Un  plan  d'étude  tracé,  &  contenu 
dans  quelques  livres  communs,  que 
l’on  force  par  autorité  les  enfans 
d’apprendre  à  demi ,  eft  une  maniéré 
d’mftruire  commode  pour  le  Mai=3 
tre,  mais  inutile  pour  le  difciple* 
Janvier  171&  F  Y 


Mémoires  four  l'Ut  foire 
On  voit  peu  d’er.fans  qui  profitent 
de  l'éducation  ,  pourquoi  s’en  plain¬ 
dre  ?  Il  y  en  a  autant  que  de  bons 
Mai  très. 

Encore  une  reflexion  fur  1  emploi  de 
la  première  année  de  PhiIo(ophie,el  le 
n’efi:  pas  ici  hors  de  fa  pjace.  On  s'ar¬ 
rête  peu  fur  les  réglés  du  raifonne- 
ment  ;  plufieurs  mois  fe  paflent  a 
traiter  des  queflions  aufli  fubtiles  * 
qu'inutiles,  dont  toute  la  difficulté 
confifie  dans  le  langage  barbare  ,  & 
obfciir ,  dont  on  s’obltine  à  fe  fervir 
•pour  ne  pas  s’entendre  &  diiputer 
toujours  ,  cela  forme  l’efprit ,  dit- 
on.  Oui ,  cela  le  forme  à  la  faufle 
fubtilité  ,  aux  chicanes  de  mots ,  aux 
contentions  fans  fin  ,  à  croire  Içavoir 
ce  qu’on  ne  fçait  point  ;  c’efi:  à  peu 
près  comme  fi  on  précendoit  enri¬ 
chir  un  homme  en  lui  faifaot  amaffer 
des  feuilles ,  ou  le  nourrir  avec  des 
écorces  d’arbres.  Qu’on  apprenne 
avec  foin  aux  jeunes  gens  l’art  de  rai- 
fonner;  qu'on  leur  en  fafle  faire  l’ap¬ 
plication  fur  les  veritez  folides ,  im¬ 
portantes  ,  expliquées  clairement, 
on  en  fera  des  Philofophes  }  en  fuin 
Janvier  iyi6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  iij 
vant  la  méthode  commune,  on  n’en 
fait  tout  au  plus  que  de  miferabies 
Sophiftes  ,  &  fouvent  on  n’en  fait 
pas  même  des  Sophiftes  ;  ils  fe  dé¬ 
goûtent  aifément  d'une  étude  rebu¬ 
tante  ,  dont  ils  apperçoivent  bientôt 
le  peu  de  fruit. 

Articie  XI. 

NOUVELLE  METHODE 
de  guérir  les  fifiules  lu  rymules  ,  eu  Re¬ 
cueil  de  differentes  pièces  pour  (yp  contre  , 
&  en  faveur  de  lu  même  méthode  ,  nou¬ 
vellement  inventée  pur  Dominique  Anel , 
Dotteur  en  Chirurgie  ,  ci-devant  Chirur¬ 
gien  Major  dans  les  armées  de  S.  M.  T.  C. 
&  enfuite  dans  celles  de  S.  M.  A  Ta¬ 
rin  ,  chez  Pierre  Jofeph  Zappatte  Impri¬ 
meur  delà  Ville,  1713.  In  40. pp.4.60. 
Suite  de  lu  nouvelle  méthode  de  guérir  les fèf- 
tules  lacrymale  s  ,ou  Difcours  apologétique^ 
du  is  lequel  on  a  inféré  differentes  pièces 
en  faveur  de  la  meme  Méthode  ,  inventée- 
l  an  1715.  Par  Dominique  Anel ,  Doc¬ 
teur  en  Chirurgie  ,  Chirurgien  de  Mada¬ 
me  Royale,  Duchejfe  de  Savoye ,  Reyne  de 
Cypre  ,  mere  du  Roi  de  Sicile  &c.  Ci-de¬ 
vant  Chirurgien  Major  dans  les  armées 
de  S.  M.  T.  C.  &  enjuite  dans  celle  de 
S.  M.  I.  A  Turin  ,  de  l’Imprimerie  de 
Jean  "François  Mcraiilc  &  JeanRadixà 
janvier  1716.  F  v) 


118  Mémoires  pour  ÏUifioire 
l’enfeigne  de  Sainte  Thcrefe,!  7 1 4 .ln  40* 
pp.  3 15?. 

L’Augmentation  des  connoifiances  hu¬ 
maines  eft  toujours  un  grand  bien  , 
mais  ce  bien  devient  plus  précieux  à  mefu- 
re  que  les  connoifTances  (ont  plus  utiles. 
C’elt  fur  cette  réglé  qu’il  faut  juger  des 
nouvelles  inventions  5  celles  qui  nous  four- 
nilTcnt  des  lumières  propres  à  nous  affer¬ 
mir  dans  la  véritable  religion  ou  à  nous 
y  conduire  ,  (î  nous  nous  en  fommes  écar¬ 
tez  ,  font  préférables  à  toutes  les  autres  r  on 
doit^nettre  au  fécond  rang  tout  ce  qui  rend 
les  réglés  de  la  morale  plus  fenfibles,  &  l’é¬ 
tude  des  loix  plus  facile.  Les  inventions 
qui  confervent  ou  qui  rendent  la  fanré  tien¬ 
nent  la  troifîéme  place  ;  celles  qui  foula- 
gent  les  divers  befoins  de  la  vie  ne  vien¬ 
nent  qu’après  celles  qui  regardent  la  fanté. 
Les  découvertes  qui  ne  fervent  qu’à  con¬ 
tenter  la  curiofitéont  leur  prix  ,  mais  elles 
cedent  à  celles  qui  fubvicnncnt  à  quelque 
necelfité. 

A  juger  fur  ces  principes  de  la  nouvelle 
invention  de  M.  Anel  ,  on  l’eftimera  beau¬ 
coup  :  la  découverte  d’un  remede  inconnu 
jufqu’ici  ,  facile  ,  fur  &  prefque  infaillible , 
contre  un  mal  auquel  la  Medecine  n’oppo- 
foit  que  des  remedes  violens  &  fouvent  in¬ 
utiles  ,  eft  une  découverte  qui  doit  éternifer 
la  mémoire  de  M,  Anel.  Ecoutons-lc  lui- 
même  raconter  l’oçcafion  &  le  progrès  de 
fa  découverte. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  zz$ 

M.  l’Abbé  Fiefchi ,  neveu  de  Son  Emi¬ 
nence  Monfeigneur  le  Cardinal  Fiefchi  Ar¬ 
chevêque  de  Gènes  ,  étoit  affligé  de  deux 
fiftules  lacrymales  }  donc  l’une  écoic  ancien¬ 
ne  de  plus  de  crois  ans  ,  l’aucre  de  plus  d’une 
année  j  il  avoir  cencé  vainemenc  cous  les  re¬ 
mèdes  ordinaires  ,  quand  l’Auceur  fuc  ap¬ 
pelle.  Rien  ,  die- il  ,  n’écoic  plus  trompeur 
que  l’aparence  des  parties  extérieures  des 
yeux  de  M.  l’Abbé ,  qui  plus  on  les  confide- 
roic  extérieurement  fans  les  coucher ,  moins 
ils  paroiffoienc  ecre  malades.  Cependant  la 
caufe  de  ces  fiftules  ,  ne  laifToic  pas  de  ré« 
pandre  fon  venin  avec  d’autant  plus  de  ma¬ 
lignité  j  qu’il  écoit  difficile,  fans  avoir  re¬ 
cours  à  quelque  extrême  opération,  de  re- 
connoLtre  feulement  quels  écoicnc  les  per¬ 
nicieux  effets  qu’elle  produifoit  actuelle¬ 
ment. 

Je  voyois  forcir  fans  douleur  de  chacun 
des  grands  cantus  des  yeux  à  toutes  les  heu¬ 
res  du  jour  par  l’effet  de  la  moindre  com- 
preffion  ,  de  la  matière  purulente  en  abon¬ 
dance  ;  de  couleur  jaunâtre,  en  partie  vif. 
queufe  ,  &  en  partie  fereufe  &  fœtide  ,  fans 
qu’il  parût  dans  le  grand  cantus  aucune  in¬ 
flammation,  éminence, calloûté,  ni  ulcéra¬ 
tion  ,  non  plus  qu’à  la  caroncule  lacrymale, 
au  globe  de  l’œil,  ni  dans  la  partie  inter¬ 
ne  ,  ni  excerne  des  paupières. 

Plus  je  me  fatiguois  pour  découvrir  avec 
diligence  l’endroit  par  lequel  cette  matière 
avoir  fon  ifTaë  ,  moins  j’en  écois  éclairci  j, 

Janvier  ijit* 


j)o  Mémoires  four  V Hifioire 

&  confiderant  de  quelle  importance  il  éroïC 
(  pour  parvenir  à  la  connoilfance  de  ce  qui 
le  palfoic  dans  le  fond  de  cette  fiftule  )  de 
découvrir  le  trou  par  lequel  cette  matière 
avoic  fon  ifiue  ,  je  m’opiniâtrai  à  le  cher¬ 
cher  ;  mais  en  le  cherchant  à  la  caroncule 
lacrymale  ,  que  je  croyois  uicerée  par  la 
matière  ,  je  découvris  à  la  fin  qu’elle  prati- 
quoit  une  autre  route  que  celle  que  j’avois 
penfé  ,  la  voyant  évacuer  hors  des  finus , 
qui  la  contenoient  au  moyen  de  la  com- 
prefiîon  par  les  points  lacrymaux. 

Il  ell  furprenant  dç  voir  ,  que  cette  ma¬ 
tière  s’cvacuâc  fi  promptement ,  &  en  aulîi 
grande  quantité  par  les  points  lacrymaux, 
fans  qu’ils  fûficnc  ulcerez  ni  relâchez  en 
aucune  manière  ,  d’autant  plus  que  les  Au¬ 
teurs  qui  traitent  de  ces  fortes  de  maladies, 
ne  reportent  point  des  obfcrvations  fembla- 
bles  ;  &  qu’ils  afiurenr  au  contraire  que  la 
matière  contenue  dans  le  fac  lacrymal  de¬ 
venu  fifiuleux  ,  lorlqu’ellc  s’en  évacué  fe 
pratique  une  ifiuë  au  grand  cantus  de  l’œil 
en  dehors,  entre  la  com  mi  libre  des  paupiè¬ 
res  &  le  nez  ;  ou  bien  en  dedans,  dans  l’en¬ 
droit  de  lacaroncule  lacrymale. 

Je  penfe  qu’il,  arriva  tout  le  contraire  dans 
la  plupart  des  fiftules  lacryma'es  ,  lorfqu’ei- 
les  ne  font  pas  ouvertes  en  dehors  y  que  la 
matière  s’evacuë  par  les  points  lacrymaux  t 
quoique  l’on  s  ’y  trompe  fouvent,&  que  l’on 
croit  que  fon  ouverture  eft  en  dedans ,  dans 
l’endroit  de  la  caronçulc  j  OU  fç  le  perlai; 
Jwvitr  1 71  . 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  ï  yi 
de  d’aucanc  plus  facilement,  que  dans  le 
tems  que  l’on  comprime  avec  le  doigt  pour 
vuider  la  maciere  contenue  dans  ccs  fiflu- 
les  ,  on  cache  avec  le  même  doigt  qui  com¬ 
prime  le  fuc  fiftuleux  ,  les  deux  points  la¬ 
crymaux  pat  lefquels  la  matière  s’évacue 
dans  les  tems  de  la  compreflion  du  doigt,. 
&  qu'enfuite  l’on  voit  la  caroncule  lacry¬ 
male  recouverce  de  cette  même  matière. 

Les  deux  points  lacrymaux  étant  cachez- 
par  le  même  doigt ,  qui  comprime  le  fac  fif- 
tuleux  ,  l’on  n’en  fçauroic  voir  fortir  la  ma¬ 
tière. 

Voici  pourtant  la  maniéré  dont  je  m’y 
fuis-  pris  pour  faire  cette  oblervation  ,  ÔC 
voir  fortir  la  matière  par  les  points  lacry¬ 
maux. 

J’ai  relevé  en  haut  la  paupière  fupérieu- 
rc  ,  en  la  renverfant  de  dedans  en  dehors 
dans  l’endroit  où  fe  rencontre  le  point  la¬ 
crymal  fupérieur  ;  de  cette  maniéré  ce  point 
Jà  rcftanc  à  découvert,  tandis  que  le  mala¬ 
de  par  fon  doigt  comprimoit  le  fac  Ja- 
crymal ,  je  vis  fortir  la  matière  en  abon¬ 
dance  par  le  point  lacrymal  ,  &  rejaillir  de 
même  que  l’eau  qui  feroit  comprimée  par  le 
pifton  d’une  petire  feringue,. 

J’obfervai  la  même  choie  au  point  lacry¬ 
mal  inférieur,  en  re  nverlant  la  paupière  in¬ 
ferieure  du  côté  d’en  bas. 

Ap  tés  avoit  fait  cette  obfervation  a  l’œil 
droit  de  Mr.  l’Abbé  ,  je  la  fis  de  même  à  fort 
-œil  gauche,  auquel  il  avoit  une  fifiule  fessb 
blable. 


J  3  2.  Mémoires  pour  l' Hî (loir  e 

Ayant  obfcrvé  de  la  manière  que  je  viens 
de  le  raporter  l'endroit  par  lequel  la  matiè¬ 
re  contenue  dans  le  Tac  lacrymal  s  evacuoir, 
j  en  tirai  d’abord  une  bonne  conléquence 
en  faveur  de  la  maladie  de  M.  l’Abbé  ,  &  je 
conclus  pour  lors  que  puilque  la  matière 
n  avoir  pas  eû  aflezde  corrofîon  pour  ron¬ 
ger  la  peau  i  &  fe  faire  un  paflage  dans  le 
grand  cantus  de  l’ceil  ,  ou  bien  dans  l’en¬ 
droit  meme  de  la  caroncule  lacrymale,  il 
etoit  aufli  poflible  qu’elle  n’eut  pas  rongé 
le  lac  lacrymal,  ni  pénétré  par  conféquenc 
julqu  au  canal  nazal  qui  le  contient,  lequel 
eft  forme  en  partie  par  l’os  onguis  ,  &  en 
partie  par  1  angle  fupérieur  du  maxillaire  fu- 
périeur.  Cependant  d’un  autre  côté  ,  confi- 
derant  le  long  féjour  de  la  matière  ,  fe 
quantité  ,  &  fa  mauvaife  qualité  ,  je  fufpen- 
dis  mon  pronoftic  ,  craignant  que  la  matiè¬ 
re  n  eue  fait  des  ravages  ,  &  dans  le  lac  la¬ 
crymal  ,  &  dans  les  os  voiflns  ;  je  eonjeûu- 
rai  que  tout  au  moins  la  furface  interne  du 
fac  lacrymal  feroit  ulcerée  j  que  ce  meme 
fac  dans  1  endroit  où  il  n’cft  pas  contenu 
dans  le  canal  olTeux  duquel  j’ai  déjà  parLé 
(  car  il  n’eft  contenu  dans  ce  canal  qu’en 
partie  J  que ce  même  fac  lacrymal  ,  dis-je, 
feroit  non  feulement  altéré  -,  mais  encore 
extrêmement  dilaté  ,  &  peut  être  aufli  dé¬ 
chire  ,  ou  rompu  v  &  qu  ainiî  la  matière 
pouvoir  avoir  formé  des  Anus  profonds  * 
qui  de  ce  fac  auroient  pu  s’étendre  dans  les 
parties  graifleufes,  qui  environnent  k  glo- 
3mvUr  1716.  b  ; 


des  Sciences  fo  des  beaux  Arts.  13  3 

bede  1'  œil ,  jûfque  dans  la  partie  inferieu¬ 
re  de  l’orbite. Délirant  m’en  éclaircir  mieux, 
fans  en  venir  à  quelque  opération  violente  5 
&  cherchant  à  éviter  d’ouvrir  exterieure- 
nient  le  fac  lacrymal  par  le  grand  cantus 
de  1  œil ,  je  penlai  à  efiayer  s’il  fcroit  pof- 
fible  d’introduire  une  petite  fonde  d’ar¬ 
gent  par  le  point  lacrymal  ,  la  faifant  en- 
fuite  penetrer  jufque  dans  le  fond  de  ces  li- 
nus  ,  m’afiuranc  par  là  non  feulement  de 
leur  étendue  ,  &  de  leur  profondeur  >  mais 
encore  de  découvrir  fi  les  os  avoient  reçu 
quelque  impreffion  par  les  matières.  Je  pen« 
fai  de  plus  qu’avec  cette  même  fonde,  il 
me  feroit  poffible  de  déboucher  le  fac  la¬ 
crymal  du  côté  du  nez  ,  dans  l’endroit  où 
fon  point  excrétoire  étoit  obrtrué  ;  réta- 
blifiant  par  ce  moyen  un  libre  pafiage  aux 
liumeurs  ,  qui  fejournoient  dans  le  fac  la¬ 
crymal  depuis  longtems,  en  les  faifant  pafi- 
fer  par  l'effet  de  cette  operation  de  la  cavité 
de  ce  fac  dans  celle  du  nez ,  fuivant  leur 
route  ordinaire. 

Portant  plus  avant  mon  idée  ,  je  projet- 
tai  en  même  tems  une  autre  operation  ,  par 
le  lecours  de  laquelle  je  croyois  introduire 
les  medicamens  ,  au  moyen  d’une  petite  fe- 
ringue  dont  le  tuyau  fût  tres-fubtil  ,  &  ca¬ 
pable  d’être  introduit  pas  les  points  lacry¬ 
maux  ,  pour  faire  penetrer  les  remedes  juf¬ 
que  dans  le  fac  lacrymal ,  afin  de  guérir  par 
ce  moyen  là  les  ulcérations  de  ce  fac  ,  au 
cas  que  j’eufie  afiez  de  bonheur  de  ne  le  pas 
Janvier  171^, 


154  Mémoires  pour  l'Hifioire 
rencontrer  rompu  ,  ni  déchiré  ni  les  03 
cariez. 

Quoi  qu’il  femble  que  ces  deux  opéra¬ 
tions  foienc  feulement  idéales  &  impratica¬ 
bles  ,  je  n’ai  pas  laide  avec  beaucoup  de 
difficulté  de  les  mettre  en  exécution  ,  après 
avoir  eû  le  bonheur  de  les  inventer ,  &  de 
les  perfectionner  à  un  tel  point  ,  qu’il  me 
femble  qu’il  efh  impoffible  d’y  rien  ajouter* 
Par  leur  moyen  l’on  parviendra  à  la  cure  ra¬ 
dicale  de  cette  efpecc  de  filtule  ,  latas  être 
obligé  d’employer  à  cctce  fin,  ni  le  fer, ni  le 
feu,  ni  le  cauftique  ,  pas  feulement  le  ban¬ 
dage  compreflif. 

Voici  la  méthode  que  j’ai  fuivie  pour 
parvenir  à  l’exécution  de  mon  delîein. 

,-*■  •  *  * 

Nouvelle  Méthode  de  guérir  les  fiflules  U - 

crymaleo. 

J’introduifîs  par  le  point  lacrymal  une 
foye  de  fanglier  ,  laquelle  me  fervit  enfui- 
te  à  déterminer  la  groffeur  du  bouton  des 
petites  fondes  d’argent  que  je  fis  faire  ,  le¬ 
quel  ne  doir  pas  être  plus  gros  que  l’exrre- 
iniré  de  la  foye ,  que  j’avois  déjà  introduite 
dans  le  point  lacrymal.  Je  m’alTurai  de  la 
groffeur  du  bouton  de  ces  fondes  en  ic  fai- 
fant  paffer  dans  le  trou  d’une  filière  :  cec 
inllrument  ayant  des  rroux  graduez  ,  j’en 
rencontrai  un  dans  lequel  la  foye  de  fan¬ 
glier  s’incroduifoit  avec  difficulté  s  je  me 
fervis  de  celui  là  pour  mefurer  la  grofTeur 

Jmvier  1 7 1 6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  135: 

du  bouton  de  mes  fondes  ;  de  foixanre 
cjue  nous  en  fîmes  ,  l'Orfevre  ,  ou  moi ,  i^ 
n’en  réufiîr  que  demie  douzaine,  par  la  dif¬ 
ficulté  qui  fe  rencontre  à  rendre  le  bouton 
d’une  telle  pecitelTe,  moufle  ,  parfaitement 
poli  ,  &  uni  dans  toute  fa  furface  ;  car  s’il 
efl  plus  gros  ,  il  ne  fçauroir  entrer  par  le 
point  lacrymal  }  fl  trop  petit  ,  il  ell  poi¬ 
gnant  ,  &  ne  manqueroit  pas  de  blefler  les 
parties,  &  de  caufer  de  la  douleur ,  s’il  étoit 
en  quelque  maniéré  raboteeux  ,  ou  angulai¬ 
re.  Nous  n’épargnames  pas  le  rems  ,  ni  la 
patience  ,  pour  le  polir  avec  la  lime  dou¬ 
ce  ;  &  pour  fçavoir  fi  cet  infiniment  étoit 
fini  ,  je  le  confiderai  avec  une  loupe  ,  S>C 
même  je  l’éprouvai  en  l’appuyanc  fur  la 
langue,  &  par  ces  deux  moyens  je  m’aflurai 
de  fa  perfection. 

La  foye  de  fanglier  ne  peut  pas  fervir 
pour  faire  cette  opération  ,  parce  qu’elle  eft 
incapable  de  conferver  la  figure  courbe  5 
qu’il  faut  donner  à  la  petite  fonde  j  que 
d’ailleurs  fa  pointe  efi  poignante,  &  qu’é¬ 
tant  trop  flexible  ,  elle  ne  fçauroic  faire 
la  réliflance  neceflaire  ,  dans  le  petit  effort 
qu’il  faut  faire  pour  déboucher  le  point  ex¬ 
crétoire  du  fac  lacrymal  ;  &  par  les  mêmes 
raifons  ,  elle  n’cft  pas  non  plus  capable  de 
fervir  à  la  découverre  de  la  carie  des  os. 

Ayant  réiifli  à  perfectionner  mes  fondes  0 
j’entrepris  avec  beaucoup  de  circonlpeétion 
l’execution  de  la  nouvelle  opération  que  je 
m’étois  propofé  de  faite.  Je  fis  affeoir  Mi» 
Janvier  1716. 


1 3  £  Mémoires  four  l'Hiftoire 
l’Abbé  fur  une  chaife  au  grand  jour  d’une  j 
fenêtre  ;  je  relevai  avec  le  doige  index  de 
ma  main  gauche  la  paupière  fupétieure, 
dans  l’endroic  du  point  lacrymal  :  &  le 
voyant  paraître  très-diftinétement  ,  j’m- 
trodaifis  avec  ma  main  droite  une  de  ces 
petites  fondes,quej’avois  cû  foin  de  courber 
un  peu  afin  qn’elle  put  mieux  s’introduire 
jufque  dans  le  fond  du  fac  lacrymal  lequel 
décrit  une  ligne courbcdepuis  le  pointlacry- 
mal  fupérieur,jufqu’à  fon ouverture  dans  le 
nez  ;  &  afin  de  rendre  ce  trajet  plus  doux  ,  I 
&  faciliter  l’inrroduélion  de  la  petite  fonde,  ! 
jetirai  non  feulement  le  bord  de  la  paupière 
en  haut ,  après  avoir  déjà  fait  entrer  un  peu 
la  fonde  ;  mais  encore  je  la  portai  du  côté 
du  grand  angle  de  l’œil  le  plus  qa’il  me  fut 
pofiible.  Ayant  introduit  de  cette  manière 
ma  petite  fonde  dans  le  fac  lacrymal,  je  por¬ 
tai  fon  extrémité  de  tous  cotez,  pour  rccon» 
noiire  fi  ce  fac  ne  feroit  pas  rompu,  ou  dé¬ 
chiré  j  je  l’appuyai  aufii  de  tous  cotez  , 
pour  voir  fi  l’os  ne  feroit  pas  découvert  en 
quelque  endroit. 

Mr.  l’Abbé  m’ayant  afluré  qu’il  avoic 
fenti  l'extremité  de  ma  fonde  dans  tous 
les  endroits  où  je  l’avois  appuyé, &  n’ayanc 
reconnu  autre  chofe ,  finon  que  le  fac  la¬ 
crymal  étoit  extrêmement  dilaté  &  ulcéré  , 
&  que  fon  point  excrétoire  étoit  obllrué  : 
ce  qui  me  fit  efperer  que  l’os  ne  feroit  pas 
carié.  Pour  lors  fans  retirer  cette  petite 
fonde  du  fac  lacrymal  ,  je  tâchai  de  la  por¬ 
ter  dans  l’endroit  où  ce  fac  s’ouvre  nacu- 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  137 

Tellement  dans  le  nez  :  &  l’ayant  rencon¬ 
tré  bouché,  je  fis  un  petic  effort  pour  fai¬ 
re  penctrer  ma  fonde  jufque  dans  le  nez. 
Dans  cet  inftant  Mr.  l’Abbé  fentit  un  peu 
de  douteur  ;  &  je  vis  fortir  en  meme  tems 
du  fang  par  le  nez.  Je  pratiquai  enfui  ce  la 
même  operation  de  la  même  maniéré  à 
l’autre  œil  j  &  il  forcit  auffi  du  fang  par 
le  nez  ,  &  quelque  peu  de  matière  que 
nous  ne  pûmes  pas  diftinguer  ,  à  caufe  du 
lang  &  delà  mucoficé  du  nez.  Cette  ope¬ 
ration  finie  je  fomentai  le  dedans  du  nez 
avec  une  liqueur  déterfivc,  &  j’en  intro¬ 
duis  aufiî  dans  les  yeux  ,  afin  que  par  les 
point  lacrymaux  ,  il  en  pût  pénétrer  une 
partie  dans  le  fac  lacrymal ,  de  même  que 
le  fait  laferofité  des  yeux  -,  mais  confidé- 
ranc  qu’il  ne  fuffifoit  pas  pour  guérir  ces 
fiflules  ,  d’avoir  débouché  le  fac  lacry¬ 
mal  \  qu’il  s’agiffoit  aulîi  d’empêcher  que 
ce  conduit  ne  vint  à  s’obftruer  de  nouveau, 
&  qu’outre  qu’il  falloir  pourvoir  àlacau- 
fc  univerfelle  ,  il  étoit  encore  important 
de  remédier  à  la  particulière ,  de  changer 
la  qualicé  de  la  matière  ,  de  confolidcr  les 
ulcérations  de  ce  fac  ,  &  de  réfoudteles 
petites  callofirez  que  les  matières  parleur 
mauvaife  qualité  &  leur  long  féjour  pou- 
voient  avoir  formées  ,  je  penfai  qu’il  étoir 
ablolument  neceffairc  ,  pour  parvenir  à 
cette  fin  ,  de  trouver  le  moyen  de  porter 
un  médicament  convenabfe  jufque  dans 
Janvier  1716 . 


1^8  "Mémoires  peur  l'Hiflolre 
la  cavité  du  fac  lacrymal  capable  de  pro¬ 
duire  un  tel  effet  }  &  qu’ainfi  il  s  agilToic 
de  faire  en  forte  ,  que  le  tuyau  d’une  petite 
feringue  fut  fl  fubtil  ,  qu'étant  capable 
d’être  introduit  par  fon  extrémité  dans  un 
des  points  lacrymaux  ;  l’on  pûc  par  fon 
moyen  injeéter  une  eau  minérale  jufque 
dans  la  capacité  du  fac  lacrymal  devenu  ; 
fiftuleux  ;  mais  la  difficulté  confîftoit  à 
rencontrer  un  Artifte  affez  adroit  pour  met-j 
tre  en  éxecution  un  inftrumcnt  fi  délicat  : 
ce  fut  M.  Jean  Baptiffe  Diculafes  Orfè¬ 
vre  François  ,  qui  réüffic  parfaitement 
bien  à  le  faire.  Fournie  fervir  de  ce  tuyau 
je  l’adaptai  au  bout  d’une  petite  feringue 
d’Angleterre  ,  femblablc  à  celles  dont  on 
fe  fert  pour  injeéter  les  vaiffeaux  lympha¬ 
tiques.  >  J 

Pour  introduire  ce  tuyau  dans  le  point 
lacrymal  ,  je  fis  affeoir  Mr.  l’Abbé  fur  une  J 
petite  chaife  baffe  ,  j’appuyai  ma  main  I 
gauche  fur  fon  front  ,  avec  laquelle  je  | 
foutins  le  petite  feringue  ,  tandis  que  M.  J 
l’Abbé  avec  un  de  fes  doigts  tirant  la  pau¬ 
pière  inferieure  en  bas  ,  mettoit  le  point 
lacrymal  à  découvert  ;  &  par  la  diftenfion 
que  fon  doigt  faifoit  à  la  peau  ,  il  empê- 
choit  que  ce  point  ne  vacillât  r  pour  lors 
tenant  avec  mon  autre  main  la  petite  fe- 
tinguc  ,  je  conduits  le  tuyau  dans  le  point 
lacrymal  inférieur  ,  &  enfuite  je  pouffai 
le  pifton  pour  faire  pénétrer  la  liqueur 
dans  le  point  lacrymal  dans  toute  i’écca.-, 
^mvhrifi6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  r  $  £ 
due  du  fac  lacrymal  :  l’injcétion  finie  ren- 
verfant  la  paupière  fuperieure  ,  &  compri¬ 
mant  le  fac  lacrymal ,  je  vis  forcir  en  re- 
jaiiliftant  par  le  point  lacrymal  fupérieur 
la  liqueur  que  j’avois  injectée  par  l’infe¬ 
rieur  dans  le  fac  lacrymal. 

Je  fondai  la  fîftuie  par  le  point  lacry¬ 
mal  fupérieur  ,  parceque  l’incroduétion 
de  la  fonde  eft  plus  praticable  par  cc 
point  là ,  que  par  le  point  lacrymal  infé¬ 
rieur  ,  pa;:  la  raifon  que  la  ligne  que  la  fon¬ 
de  décrit  dans  fon  trajet  eft  moins  courbe  , 
que  celle  qu’elle  décriroit  par  le  point  la¬ 
crymal  inferieur  ,  comme  je  l’ai  fait  re¬ 
marquer  ci-devant. 

Au  contraire  ,  j’ai  fait  l’injeétion  par  le 
point  lacrymal  inférieur  ,  parce  que  ce 
joint  eft  moins  vacillant  ,  &  plus  facile  à 
-tre  aftujecti ,  de  la  maniéré  que  je  l’ai  rap- 
Jorcé  ,  que  ne  l’eft  le  point  lacrymal  fu- 
jérieur  :  de  force  que  l’injeétion  par  cc 
Joint  là  eft  poftible  ,  quoique  très-diffici- 
e  ;  &  qu’au  contraire  je  la  tiens  pour  im- 
sraticable  par  le  point  lacrymal  fupérieur. 
d’ailleurs ,  il  eft  indifférent  d’injeéler  par 
’un  ou  par  l’autre  point  lacrymal ,  pourvu 
jue  la  liqueur  entre  dans  le  fac  lacrymal  : 

1  faut  donc  injeéter  par  celui  auquel  l’on 
rouvc  plus  de  facilicé  à  l’introdudion  du 
uyau. 

Les  difficulcez  que  j’ai  rencontrées  en 
'exécution  de  ces  deux  operations,  &  le 
Janvier  iji6. 


1 4<3  Mémoires  pour  l'HiJtoire 

defTein  que  j’ai  formé  de  les  communiquer 
au  public  fans  aucune  referve  ,  m’onc  en¬ 
gagé  à  m’écendre  beaucoup  touchant  les 
circonftances  qui  concernent  la  perfection 
de  ces  deux  inftrumens  ,  &  la  maniéré 
de  s’en  fervir  :  ce  qui  efl  d’autant  plus  im* 
porcanc  ,  que  ces  operations  font  des  plus 
délicates  qu’on  puilfe  pratiquer. 

Le  fuccès  de  ces  deux  operations  a  de 
beaucoup  furpafTé  mon  attente  ;  quand 
j’entrepris  de  les  faire  ,  je  ne  me  ferois  ja¬ 
mais  attendu  que  Mr.  l’Abbé  en  dût  ref- 
fentir  en  fi  peu  detemsde  h  bons  effets. 

Dès  le  lendemain  que  j’eus  fondé  &  in¬ 
jecté  ,  de  même  que  je  l’ai  rapporté  ,  ces 
deux  fidules  ,  je  m’apperçûs  de  la  dimi¬ 
nution  de  la  matière,  enfuite  du  change- 
ment  en  mieux  ,  de  couleur ,  de  confiden¬ 
ce  &  de  l'odeur  :  de  forte  que  huit  jours 
après  ayant  toujours  continué  foir  &  ma¬ 
tin  d’injeéter  ces  fîftules  ,  celle  de  l’œil 
gauche  vieille  de  plus  d’une  année  fe  trou¬ 
va  entièrement  guérie  ;  &  celle  de  l’œil 
droit ,  qui  étoit  la  plus  ancienne  ,  eft  dans 
un  fi  bon  état ,  qu’il  n’en  fort  plus  que  très- 
peu  de  ferofîté  ;  ce  qui  va  en  diminuant 
tous  les  jours ,  &  qui  me  fait  cfperer  à  pré- 
lent  qu’en  continuant  les  injeétions  en¬ 
core  quelque  tems  ,  je  pourrai  parvenir, 
en  y  joignant  le  fecours  des  remedes  uni- 
verfaux  ,  à  tarir  tout  à  fait  lafourcedece 
peu  de  ferofîté  ,  qui  vient  encore  du  fac  la¬ 
crymal  de  l’œil  droit ,  &  à  guérir  radicale- 
J  envier  1716.  ment 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  141 
ment  celle-ci ,  de  même  que  j’ai  guéri  l’au¬ 
tre  ,  fans  être  obligé  d’avoir  recours  aux 
operations  ordinaires. 

Je  procédé  que  je  ne  précens  pas  faire 
valoir  les  grands  avantages  que  l’on  peuc 
retirer  de  ces  deux  operations  ,  que  je 
viens  a  inventer  nouvellement  pour  la  «me1* 
rifon  des  fdules  lacrymales,  en  blâmant’, 
&  en  aboli/lant  abfolument  l’ufage  des 
operations  qu’on  a  déjà  pratiquées  pour  la 
guéri  Ton  de  ces  mêmes  maladies  ;  au  con¬ 
traire  ,  je  précens  faire  voir  par  les  dif- 
tinettons  que  je  vais  faire  ,  que  dans  de 
certains  cas  il  eft  encore  necellaire  d’y 
avoir  recours. 

Par  exemple  ,  f  on  avoit  négligé  une 
f  (Iule  lacrymale, &  que  par  la  malignité  de 
la  m ancre  ,  elle  eut  forme  des  callofitcz 
confiderables  ;  qu’après  avoir  ulcéré  &  dé¬ 
truit  le  fac  lacrymal  en  quelque  endroit, les 
matières  qui  forment  les  fiftules  lacryma¬ 
les  en  pénétrant  plus  avant  ,  euffent  por¬ 
té  leur  mauvais  effet  jufqu’aux  os  en  les 
cariant  j  que  oans  des  cas  fcniblabîes  , 
dis- je  ,  il  faudroic  que  l’on  en  vint  à  l’ou¬ 
verture  du  fac  lacrymal  ,  en  l’ouvrant  par 
le  grand  cantus  de  l’oeil  au  moyen  de  quel¬ 
que  cauttique ,  du  fer  ,  ou  du  feu  ,  de  la 
même  maniéré  que.  les  praticiens  moder¬ 
nes  la  pratiquent  ,  &  que  les  bons  Au¬ 
teurs  nous  l’enfcigncnt  ;  mais  lorfqu’au 
contraire  ,  les  effets  de  la  matière  purulcij- 
Janvier  171  S.  G 


142-  Mémoires  pour  l' H'tfloire 

te  n’auroient  produit  encore  qu'une  obf- 
truclion  dans  le  point  excrétoire  du  lac 
lacrymal  ,  avec  ulcération  &  dilatation 
de  ce  même  fac  lacrymal ,  &  même  quel¬ 
ques  (impies  callolitez  j  je  prétens  que 
pour  lors  on  peut  guérir  ces  fortes  de  fif- 
tuies  en  débouchant  le  fac  lacrymal  ,  & 
en  injedant  dans  fa  capacité  quelque  eau 
minérale  ,  artificielle  ou  naturelle  ,  de  la 
même  maniéré  que  je  viens  de  l'enfcigner, 
fans  être  obligé  pour  guérir  cette  forte  de 
fiftuie  ,  d’employer  les  cauftiques ,  le  fer  , 
ni  le  feu  ,  pas  feulement  le  bandage  com- 
preflif. 

Si  ces  operations  ont  écé  capables  de 
produire  d’aufli  grands  effets  en  fi  peu  de 
teins  à  des  fillules  anciennes  ,  à  plus  forte 
raifon  en  produiront-elles  de  femblables 
à  des  fillules  naiffantes  i  &  fi  nous  trou¬ 
vons  un  moyen  fi  affûté  pour  guérir  ces 
fortes  de  maladies  dans  leur  commence- 
menr,&  que  nous  le  mettions  en  ufage,nous 
ne  ferons  point  contraints  d’en  venir  aux 
violentes  operations  auxquelles  le  progrès 
de  cette  maladie  nous  obligeoit  d’avoir  re¬ 
cours  j  lefquelles  ne  font  pas  coujours  fuf- 
fi Ointes  pour  guérir  radicalement  cette  ma¬ 
ladie  :  puifqu’après  les  avoir  pratiquées 
nous  avons  vu  fi  fouyenc  des  fiftules  lacry¬ 
males  refter  incurables.  Nous  avons  crû 
devoir  copier  cette  relation  mot  à  mot , 
l'importance  de  la  matière  ,  la.  délicateffe 
des  opérations  le  demandoir. 

Janvier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  14  J 

Mr.  l’Abbé  Ficfchi  fut  entièrement  gué¬ 
ri ,  &  la  guerifoîi  de  l’illuilre  malade  fie 
du  bruit,  elle  fut  fuivie  de  plufieurs  autres  t 
&  le  fuccès  qu’eue  Mr.  Anel  en  traitant 
Madame  Royale  ,  mere  du  Roi  de  Sicile 
&  bilayeule  de  nôtre  Roi  ,  d’une  fiflule 
lacrymale  ,  donna  à  la  nouvelle  méthode 
de  guérir  ce  mal  un  éclat  qui  excita  con¬ 
tre  l’Auteur  la  jaloufie  de  M.  Signorotci  : 
il, a  mis  tout  en  ufage  pour  décrier  la  nou¬ 
velle  méthode  &  l’inventeur.  L’ouvrag- 
dont  nous  parlons  contient  le  déraü  de 
cette  querelle  ,  nous  n’y  entrerons  pas  : 
nous  dirons,  feulement  que  pour  en  juger 
fainement  il  ne  faut  que  jetter  les  yeux 
fu  r  une  table  qui  commence  à  la  page  2.6  8, 
on  y  verra  les  noms  des  approbateurs  de  la 
nouvelle  méthode  ,  qui  difpolez  félon  l’or¬ 
dre  alphabétique  ,  remplifient  quatre  pa* 
gcs.  L’Academie  Royale  des  Sciences  de 
Paris  cft  à  la  tête  ,  on  y  voit  les  plus  ha¬ 
biles  Médecins  ,  les  Chirurgiens  les  plus 
fameux  de  l’Italie  ,  &  quelques  François 
aufiî  célébrés.  Meilleurs  Lancifi  ,  Giorgi  , 
fanconi,  Blanchi  ,  Terraneo  ,  Molincrti  , 
Vaiifnery  ,  Morgagni  ,  Sandri  ,  Zamboc- 
cari  ,  Bellorte  ,  Manger  ,  Mery  ;  tous 
noms  par  des  ouvrages  chers  à  la  Répu¬ 
blique  des  Lercres.  T  rois  ou  quatre  de  ces 
approbateurs ,  Mr.  Bianchi  ,  Mr.  Fantoni , 
Mr.  Bcllofte  ,  Mr.  Ferraneo ,  ont  pris  ou¬ 
vertement  la  defenfe  de  Mr.  Anel  contre 
fon  ad  ver  faire.  Lcsjettrcs  de  cous  ccs  Mcf- 
Janvier  1716.  G  ij 


144  Mémoires  pour  l'Hifloire 
fieurs  font  imprimées  dans  ce  volume  i  les 
écries  queMr.  Anel  mele  a  ces  lettres  ju  - 
tiHent  les  éloges  qu’elles  lui  donnent  .  a 
la  fin  de  la  table  dont  nous  avons  parle, 
on  voit  la  lifte  des  Cenfcurs  de  la  nouvcUc 
méthode,  elle  eft  auflï  courte  que  la  liltc 
des  Approbateurs  eft  longue.  M.  Signorot- 
ti  n’cft  foutenu  que  par  deux  Anonymes  , 
dont  l’un  s’eft  retradé  ,  ou  expliqué.  On 
n’attend  pas  de  nous  l’extrait  de  toutçs 
ces.  lettres,  celles  que  Mr.  de  Fontenclle  a 
écrites  au  nom  de  l’Academie  Royale  des 
Sciences  fuffiroient  pour  ôter  toute  inquié¬ 
tude  l'ur  les  avantages  de  la  nouvelle  de- 
couverte  ;  nous  les  omettons  neanmoins  , 
pour  referver  de  la  place  à  la  defeription 
du  conduit  lacrymal  ,  à  la  defeription  de 
la  maladie  appellécfiftuîe  lacrymale  ,  &  a 
l’expofition  des  caufes  de  cette  maladie  &l 
des  moyens  de  la  guérir.  Ces  trois  endroits 
du  livre,  curieux  &  importan$îpar  eux 
mêmes  ,  plairont  encor  plus  quand  nous 
les  aurons  réiinis  dans  cet  extrait ,  ils  foncl 
trop  feparez  dans  le  livre.  La  defeription 
du  conduit  lacrymal  eft  exa&e  &  nou-j 
velle. 

[Defeription  du  conduit  lacrymal . 

L’on  voit  fur  le  bord  de  chaque  paupiè¬ 
re,  alTez  près  du  grand  cantus  de  l’œil,  une 
petite  éminence  blanchâtre  percée  dans  for 
centre  d’un  petit  trou  affez  apparent,  qu< 
Janvier  171&'. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  14^ 
l’on  nomme  poinc  lacrymal  ;  quoique  quel¬ 
ques-uns  prétendent  qu’il  foie  impercepti¬ 
ble,  d'  autres  croyent  qu’il  y  a  dans  la  cir¬ 
conférence  de  cet  orifice  un  fphinérer ,  que 
ce  trou  fe  dilate  &  fe  refierre  allez  facile¬ 
ment  par  le  moyen  de  ce  fphinéler  ;  mais 
ce  que/l’on  prétend  être  un  fphinéler,  n’elfc 
autre  chôfe  qu’un  petit  anneau  cartilagi¬ 
neux  ,  très-mince  &  très-délié  ,  qui  tient; 
l’orifice  de  ce  trou  dilaté,  &  qui  empêche 
qu’il  ne  s’affailfe  :  ce  qui  procure  une  libre 
entrée  aux  larmes  des  yeux  dans  le  conduit 
lacrymal.  La  fonétion  de  ce  petit  anneau 
cartilagineux  effc  à  peu  près  femblable  à  cel¬ 
le  des  anneaux  cartilagineux  de  la  trachée 
artère.  Ceux  là  tiennent  la  rrachée  artere- 
dilatée,  pour  faciliter  l’entrée  &  la  fortie 
de  l’air  dans  la  fubflancc  du  poumon  ,  & 
celui-ci  tient  cet  orifice  dilaté ,  pour  faci¬ 
liter  l’imroduélion  des  larmes.  Immédia- 
ment  après  chaque  point  lacrymal  ,  l’on 
découvre  la  continuation  d’un  conduit  qui 
refiemble  allez  bien  par  fa  figure  à  la  corne 
d’un  petit  limaçon.  Le  poinc  lacrymal  fu- 
périeur,  aufii  bien  que  l’inférieur,  donnent 
l'origine  chacun  à  un  conduit  femblable. 
Ces  deux  conduits  fout  ficuez  fur  les  taries, 
'&  recouverts  de  la  peau  qui  couvre  le  bord 
des  paupières  :  ils  fe  réunifient  à  un  leul 
conduit  poftérieuremcnr  à  la  jonétion  des 
deux  paupières  :  après  cette  réunion  ce  con¬ 
duit  devient  fort  ample  ,  &  forme  la  figu¬ 
re  d’un  entonnoir,  puifqu’il  cft  allez  large 
Janvier  1716,  G  iij 


146  Mémoires  pour  l'Hifïcire 
dans  ce  lieu  là  du  coté  d’enhaur ,  &  qu’il 
devient  infenliblement  plus  étroit  du  côté 
d’enbas  ,  fur  tout  dans  fon  extrémité  infé¬ 
rieure,  la  où  il  fe  réduit  en  un  petit  tuyau  , 
qui  fe  termine  en  s’ouvrant  dans  le  nez  par 
cet  orifice  nommé  le  point  excrecoire  du 
conduit  lacrymal. 

Ce  petit  ruyau  ,  ou  extrémité  inferieure 
du  conduit  lacrymal  ,  perce  la  membrane 
qui  tapilîe  intérieurement  le  nez  ;  &  c’effc 
par  ce  trou  là  que  la  matière  des  larmes  fc 
mêle  &  fe  confond  bien  fouvent  avec  la 
morve.  L’ouvciture  de  ce  conduit  fe  ren¬ 
contre  dans  le  nez  latéralement  à  ce  grand 
grand  conduit  qui  va  du  nez  dans  la  bou¬ 
che  ,  dans  une  folle  formée  par  une  extré¬ 
mité  cartilagineufe  ,  récouverte  d’une  peau 
charnue  qui  couvre  ce  cartilage  ,  rencontre 
à  la  partie  moyenne  &  latérale  du  maxil¬ 
laire  fupérieur,  quoique  ce  conduit  ne  foit 
qu’  une  continuation  du  meme  conduit  de¬ 
puis  les  paupières  jufque  dans  le  nez  ,  de 
même  que  le  canal  urinaire  n’cft  qu’un  feul 
conduit  depuis  les  reins  jufqu’à  l’extrcmi-. 
té  de  l’urette.  Celui-ci  aulfi  bien  que  l’au- 
rre  ne  laide  pas  de  recevoir  differens  noms, 
par  raport  à  fa  figure  ,  à  fa  firuation  ,  ou  à 
ion  ufage.  Ces  orifices  du  côté  des  paupic- 
*res  ,  font  appeliez  points  lacrymaux.  L’Au¬ 
teur  appelle  les  conduits  qui  partent  de  ces 
points  lacrymaux,  &  qui  forment  la  four¬ 
che,  K  s  cornes  du  limaçon.  La  partie  la 
plus  dilatée  de  ce  conduit  qui  vient  après 
janvier  17 1 6, 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  14  7 
cette  réunion  ,  qui  ert  appellée  Tac  lacry¬ 
mal,  l’Auteur  l’appelle  entonnoir  du  con¬ 
duit  lacrymal.  Il  nommoit  fa  partie  la  plus 
inférieure  le  petit  tuyau  de  l’entonnoir,  & 
fon  ouverture,  point  excrétoire  du  conduit 
lacrymal. 

La  fituarion  de  ces  deux  cornes  ou  bran¬ 
ches  de  fa  bifurcation  eft  entre  le  cartilage 
appelle  tarfe  ,  8c  la  peau  qui  couvre  le  bord 
des  paupières.  Celle  de  l’entonnoir  eft  re¬ 
couverte  dans  ce  petit  cfpace  qui  fe  ren¬ 
contre  entre  la  commiflure  des  paupières  & 
le  nez  par  les  tegumens ,  par  quelque  ex* 
pan  lion  des  fibres  charnues  ,  des  mulcles 
des  paupières ,  8c  par  un  peu  de  graille  du 
côté  du  globe  de  l’oeil  par  la  jonétion  des 
deux  paupières  ,  8c  enluite  par  la  caroncule 
lacrymale ,  8c  un  peu  plus  bas  par  la  graille 
de  ce  même  globe.  Le  refte  de  cet  enton¬ 
noir  eft  ficué  8c  contenu  dans  un  canal  ol- 
feux ,  que  l’on  appelle  canal  nazal ,  lequel 
eft  formé  en  pairie  dans  l’os  unguis  ,  mais 
principalement  dans  l’angle  fupérieur  8c 
dans  la  parrie  moyenne  du  maxillaire  fupé- 
rieur  qui  environne  cet  entonnoir  dans  la 
partie  moyenne  8c  prefque  inférieure.  Sa 
partie  la  plus  inférieure,  que  l’Auteur  ap¬ 
pelle  le  petit  tuyau  de  l’entonnoir ,  eft  re¬ 
couverte  d'un  côté  de  la  membrane  qui  ta- 
pifie  intérieurement  le  nez  ,  8c  de  l’autre 
par  l’extrémité  du  canal  nazal  creufé  dans 
l’os  maxillaire  fiipéricur  ;  mais  dans  ce  lieu 
là  ce  n’eft:  plus  dans  fou  angle  ,  c’eft  dans 
fa  partie  moyenne.  G  iY 


148  Mémoires  pour  l'Hiftoire 

De  lu fiflule  lacrymale. 

La  fiftulc  lacrymale  a  fon  fié ge  au  lac 
lacrymal.  Le  fac  lacrymal  ell  un  conduit 
qui  fe  continue  depuis  les  paupières  jufque 
dans  le  nez  :  il  a  deux  orifices  fupéricurs  , 
nommez  points  lacrymaux,  &  un  inférieur, 
que  l’Auteur  appelle  le  point  excretoite  du 
fac  lacrymal  :  fes  trois  orifices  font  fort 
étroits,  &  fon  milieu  appelle  fac  ,  &  allez 
ample  rcfpcdivcment  à  les  orifices,  ce  qui 
fait  comprendre  que  ce  fac  fert  en  même 
tems  de  refervoir  &  de  conduit  de  refervoir, 
parce  que  les  ferolicez  qui  fe  filtrent  des 
glandes  qui  fe  rencontrent  à  fa  membrane, 
celles  qui  lui  viennent  des  yeux  par  les 
points  lacrymaux,  &  celles  qui  lui  viennent 
du  cerveau  par  les  parties  fpongieufes  du 
nez,  fuivanc  Diemerbrocx  ,  fe  mêlent  en- 
fcmble ,  &  fejournent  quelque  tems  dans 
la  capacité  ,  &  du  conduit ,  puifqu’après 
avoir  reçu  les  ferofitez  des  yeux  par  les 
points  lacrymaux ,  il  les  Iai/Fe  palier  en- 
Icmbie  avec  celles  des  autres  fources  par 
Ion  point  excrétoire  ,  de  fa  capacité  dans 
celle  du  nez. 

Mais  lorfque  par  la  joye  ,  ou  par  la  tri  T— 
telle,  Sec.  ces  marieres  lereufcs  lont  por¬ 
tées  en  abondance  dans  fa  cavité  ,  elles  s’en 
echapenr  egalement,  &  par  les  points  la¬ 
crymaux  ,  &  par  le  point  excrétoire  du  fac 
lacrymal  ;  c  eft  la  l’ufagc  du  fac  lacrymal  , 
Janvier  171 6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  14^ 

&  de  Tes  orifices  dans  Ton  érac  nature]  ; 
mais  quand  le  point  excrétoire  du  fac  lacry¬ 
mal  vienc  à  s’obftruer ,  &  à  (e  boucher  in¬ 
térieurement,  les  feroficez  ne  pouvant  plus 
palier  du  lac  lacrymal  dans  le  nez,  féjour- 
nanc  dans  ce. fac  qui  s’en  trouve  bientôt 
rempli  en  co'nfcquence  des  filtrations  con¬ 
tinuelles,  &  fuivànt  que  ces  ferofitez  lont 
plus  ou  moins  acres  &  corrofives  ,  elles 
produifcnc  des  effets  différens  :  elles  le  di¬ 
latent,  ou  le  corrodant,  ou  formenc  des 
callofitez;&  même  après  l’avoir  rongé  dans 
quelque  endroit,  elles  agiffent  fur  les  os 
qui  contiennent  le  fac  lacrymal.  Ces  effets 
ne  fçauroient  fe  produire  fans  que  ces  fero¬ 
fitez  ouvrent  plufieurs  vailjeaux  fanguins , 
donc  les  matières  qui  s’en  (f’chapenc  par  les 
ulcérations  qu’elles  font  ,  mêlées  avec  el¬ 
les  ,  forment  le  pus  ,  îcquel  l’on  voit  for- 
tir  des  filiales  lacrymales,  par  un  petit  ul¬ 
céré  produit  par  la  corrofion  du  pus  dans  le 
grand  cantus  de  l’oeil  ,  ou  bien  dans  la  ca¬ 
roncule  lacrymale  :  mais  lorfquc  ces  ma¬ 
tières  (oit  fereufes  ,  ou  purulentes,  font 
bénignes  ,  étant  moins  acres  &  moins  cor¬ 
rofives  ,  elles  s’évacuent  pour  lors  par  les 
points  lacrymaux,  fans  fe  ptaticflier  un  paf- 
fage  ,  ni  par  le  grand  cantus  ,  ni  par  la  ca¬ 
roncule  lacrymale. 

Des  caufes  de  la  fifîulc  lacrymale . 

La  membrane  du  conduit  lacrymal  n’eft 

Janvier  1710.  G  y 


I  50  Mémoires  pour  l '  Hifloire 

pas  moins  fufceptiblc  aux  infiltrations  des 
matières  vifqucufes  (  qui  formenc  des  obf- 
trudions  dans  les  poioficez  de  fa  propre 
fubftance  aux  dépôts  des  humeurs  ,  ou  aux 
inflammations &c.  )  que  le  font  toutes  les 
autres  membranes  du  corps  humain.  Elle 
i’efl  fans  doute  de  même  ,  &  peut  l’être  da¬ 
vantage  par  rapporr  à  la  fituation  &  aux 
fondions  du  conduit  lacrymal. 

De  la  même  maniéré  o,uc  les  autres 
membranes  s’enflamment  ,  s’épaiflrflcnt  > 
fe  dilatent.  fe  contradent ,  ou  s’uicerenc 
quelquefois  ;  de  même  celle-ci  s’enflam¬ 
me  ,  fe  dilate  ,  fe  contrade,  s’épaiflic ,  ou 
s’ulccre  aufli  quelquefois. 

Il  n’tft  pas  difficile  de  comprendre  com¬ 
ment  l’orifice  inférieur  du  conduit  lacrymal 
peut  s’obflrucr ,  Iorfque  par  un  dépôt  de 
quelqu’une  des  humeurs  qui  compofent  la 
mafle  du  fang  ,  les  membranes  qui  cour 
pofent  ce  conduit  viennent  à  fe  rencontrer 
dans  un  état  contre  nature. 

Si  ces  membranes  font  gonflées  par  l’in¬ 
filtration  des  humeurs  ,  ou  par  quelque  in¬ 
flammation  ,  le  petit  diamètre  de  fon  ori¬ 
fice  inférieur  deviendra  encore  plus  petit  ; 
ou  bien  i\  ces  membranes  fc  ronflent  da- 

-  t  O 

vancage,  ces  parois  s’approchant  l’un  con¬ 
tre  l’aurre  ,  il  fe  bouchera  entièrement  ; 
même  ces  parois  s'uniront  enfembie  pat 
adhérence  ,  &  les  liqueurs  auxquelles  il 
doit  donner  pafîagé  feront  arrêtées  dans  ce 
lieu  là  :  le  conduit  lacrymal  s’en  remplira 
Janvier  1716» 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  131 
fucceflivement ,  &  ne  pourra  s  en  déchar¬ 
ger  que  par  la  rétrogradation  de  ces  me^ 
mes  liqueurs  par  les  points  lacrymaux, d  011 
il  s’enfuivra  un  larmoyemenc,  enfuice  1  é- 
piphora  ,  &  fucceflivement  la  filtule  la¬ 
crymale.  , 

Si  ce  conduit  n’cft  pas  débouche^par 
quelque  opération  de  la  nature  ,  ou  de  1  air, 
&  fi  les  mêmes  matières  qui  ont  occafione 
l’enflure  du  conduit  lacrymal  ,  ne  fe  reiol- 
vent  point  en  fe  diflipant  enluite,  en  tranf- 
piranc  à  travers  des  porohtez  ,  ou  en  letro- 
gradant  en  partie  dans  la  malle  uu  fan  g  ,  ou 
ces  matières  fe  fixeront  ,  ou  elles  le  fer¬ 
menteront  i  fi  elles  le  fixent ,  1  epai  fit  dé¬ 
ment  fubfiftera ,  &  par  conféquent  I  oof- 
truélion  du  conduit  lacrymal  :  fi  elles  fe 
fermentent,  il  fe  fera  une  fuppurarion  ,  Sc 
conféquemment  ruption  &  ulcération  dans 
le  conduit  lacrymal  ,  ou  tout  au  moins 
quelque  excoriation  :  à  quoi  aura  beaucoup 
contribué  encore  le  féjour  de  la  matière 
des  larmes  par  leur  acrimonie. 

L’obftruétion  de  ce  conduit ,  fes  exco¬ 
riations  ,  &  fes  ulcérations  ,  jointes  à  la  fu- 
puration  des  matières  par  les  points  lacry¬ 
maux  ,  formeront  enfemble  ce  que  nous 
appelions  fiflule  lacrymale  borgne  ,  qui  ne 
fera  pas  encore  accompagnée  de  callofité. 

On  l’appellera  borgne ,  parccqu’elle  n’au¬ 
ra  point  d’ouverture  dans  le  grand  cantus 
de  l’œil  ,  ni  dans  l’endroit  de  la  caroncule 
Janvier  iji6 ,  G  vj 


i  Mémoires  pour  l'Hifloire 

lacrymale  ,  ni  ailleurs ,  que  par  les  orifices 
fuperieurs  du  conciuic  même. 

On  l’appellera  fiflule  ,  pareeque  ce  qui 
fait  l’dFence  de  la  filiale  fie-  rencontrera 
dans  cerce  efipece  de  maladie.  L’orifice  de 
cet  ulcère  fera  écroic ,  &  Ton  fond  fera  pro¬ 
fond  &  large. 

Suivant" que  la  matière  des  larmes  ,  & 
celle  du  pus,  fera  plus  ou  moins  bénigne, 
ou  maligne  j  c’eft-à-dire,  plus  ou  moins 
corrofive  ,  ou  rongeante  ,  cette  fillule  refi¬ 
lera  dans  le  même  état ,  ou  bien  elle  aug¬ 
mentera  ,  ou  elle  déclinera ,  fuivant  la  nou¬ 
velle  dépofition  des  matières  qui  l’entre¬ 
tiendront. 

Si  ces  matières  finit  corrofives  &  ron¬ 
geantes  ,  elles  pourront  en  peu  de  tems  dé¬ 
truire  entièrement  la  tifîure  de  la  membra¬ 
ne  qui  compofe  le  conduit  lacrymal ,  &  en- 
fuite  carier  l’os  ,  à  caufic  du  voifinage  qui 
fie  rencontre  entre  ccs  pairies.  Elles  pour» 
ront  aufil  ,  tant  par  leur  abondance  que  par 
leur  acrimonie,  fie  faire  un  palTage  dans  le 
grand  cantus  de  l’ceil ,  ou  bien  dans  l’en¬ 
droit  de  la  caroncule  lacrymale  ,  &  pour 
lors  elles  formeront  une  fiftulc  lacrymale 
complété  ,  accompagnée  de  carie  d’os  , 
cette  fécondé  cfpece  de  fiftule  même  peur 
n’êrre  pas  accompagnée  de  cailofité. 

La  cailofité  ne  fe  forme  dans  les  fiftules 
que  parce  que  les  parties  les  plus  malfives , 
les  plus  grofiieres  ,  les  plus  pelantes  des 
tourneurs  jointes  aux  acides  les  plus  maffifs 

Janvier  1716,  i 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  153 
&  coagulans  ,  qui  fe  rencontrent  dans  les 
parties  ulcérées  ,  foit  qu’ils  leur  foicnt 
communiquez  par  la  malle  du  fang,  ou 
par  les  mauvaifes  impreffions  de  l’air  s’in¬ 
filtrent  ,  s’embarraftent ,  &  s’endurcilTent 
enfuite  dans  les  porofitez  des  membranes, 
ou  des  chairs  ulcérées  ,  auxquelles  il  fc 
joint  encore  une  crifpation  dans  l’extrcmi- 
té  des  libres  ,  le  rout  formant  enfemble  de 
cette  façon  les  callofitez  que  nous  connoif- 
fons  ,  &  que  nous  obfcrvons  dans  la  plupart 
des  fiftules  :  mais  ce  s  mêmes  callofirez  ne 
font  pas  i’efTence  des  fiftules ,  quoiqu’elles 
fc  rencontrent  fouventavcc  les  fiftules  ,  el¬ 
les  ne  font  qu’augmenter  le  nombre  des 
accidens  qui  les  accompagnent,  &  rendre 
la  cure  plus  difficile  ;  puifque  nous  voyons 
afTczfouvent  des  fiftules  ,  fur  tout  des  filia¬ 
les  lacrymales,  fans  qu’elles  foienracccm- 
pagnées  de  calloffié  ,  &  que  l’eiîênce  des 
fiftules  cor.fifte  dans  la  figure  de  la  cavité 
de  l’ulcere  qui  forme  la  fiftulc  ,  Si  non  pas 
dans  la  complication  des  accidens  qui  les 
accompagnenr.  Les  ieules  caufcs  de  l’ori¬ 
gine  des  fiftules  lacrymales  ne  font  pas  tou¬ 
jours  celles  que  je  viens  de  rapporter , 
quoiqu’elles  s’engendrent  de  même  le  plus 
Couvent  ;  il  s’en  peut  trouver  encore  d’au¬ 
tres  qui  peuvent  produire  leur  génération, 
aulli  bien  que  celles  ci ,  la  matière  des  lar¬ 
mes  par  fon  abondance  Si  fon  acrimonie  en 
peut  être  dans  certains  cas  l’unique  caufe. 
Cette  matière  des  larmes  devenue  par  quel* 
Janvier  1716, 


ï  J4  Mémoires  pour  l'H ftoire 

que  difpofition  univerfelle  de  U  ma  (Te  du 
lang  ,  acre  ,  corrofive  &  rongeante  ,  en 
partant  continuellemenc  par  le  conduit  la¬ 
crymal  des  yeux  dans  le  nez  ,  peut  exco¬ 
rier  la  furface  intérieure  de  ce  conduit ,  8c 
fuccertivemcnt  caul'er  des  ulcérations  ,  des 
dilatations,  meme  une  efpece  d’hernie  & 
de  ruption  en  ce  conduit  &  aux  parties  qui 
l’environnent  ,  des  obllruélions  dans  la 
partie  du  tuyau  qui  relie  inferieure  à  l’en¬ 
tonnoir ,  ou  dans  le  point  excretojre  ,  ou 
orifice  inférieur  du  conduit  lacrymal  ;  elle 
peut  aurti  former  des  excroifcences  de  chairs 
baveufes ,  des  callolitez  ,  &  même  après 
avoir  rongé  &  détruit  le  conduit  lacrymal 
en  quelque  endroit  ,  elle  peut  encore  ca¬ 
rier  les  os  voilins ,  fe  faire  un  palfage  dans 
le  grand  cantus  de  l’œil,  ou  dans  l'endroit 
de  la  caroncule  lacrymale  ,  &c. 

Les  fiflules  lacrymales  peuvent  en  cer¬ 
tains  cas  moins  ordinaires  avoir  d’autres 
caufes  j  elles  peuvent  s’engendrer  en  con- 
féqucnce  d’un  lîmple  erefipelejOU  œdéma¬ 
teux, ou  phlegmoncux  fupuré,ou  même  fans 
qu’il  foit  fupuré  ,  lors  que  la  matière  de 
quelqu’un  de  ces  erefipeles  ,  n’aura  pas 
bien  tranfpiré ,  qu’elle  ne  fc  fera  pas  bien 
dillîpéc  ,  &  qu’il  en  reliera  encore  une  por¬ 
tion  infiltrée  dans  la  membrane  de  ce  con¬ 
duit  ,&  qu’elle  produira  enfuite  fur  cette 
même  membrane  quelqu'un  des  mauvais 
effets  dont  on  a  parlé. 

Janvier  1716» 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  i  5  ^ 

Les  tumeurs  naturelles  ,  ou  contre  natu’ 
re  ,  qui  peuvent  avoir  leur  liège  indiffé¬ 
remment  dans  toutes  les  parties  du  corps, 
par  conféquent  peuvent  aufli  l’avoir  dans  le 
grand  cantus  de  l’œil,  &  s’y  former  tantôt 
dans  les  parties  les  plus  extérieures  ,  tantôt 
dans  les  intérieures  ,  &  produire  des  effets 
femblables  à  ceux  que  l’on  vient  d’expli¬ 
quer  ,  &  conféquemment  donner  origine  à 
des  fiftules  lacrymales.  Les  tumeurs  fero- 
fuleufes  joiient  quelquefois  de  ces  mauvais 
tours ,  mais  ces  derniers  cas  font  fort  rares  , 
&  allez  extraordinaires-,  au  lieu  que  les  pre¬ 
miers, c’eff  à  dire,  le  dépôt  des  humeurs  qui 
fefont  dans  la  membrane  du  conduit  lacry¬ 
mal  meme  ,  ou  les  ravages  de  l’humeur  la¬ 
crymale  dépravée ,  font  des  cas  fort  ordi¬ 
naires  &  fort  fréquens. 

Voilà  toutes  les  caufes  auxquelles  ora 
peut  attribuer  l’origine  de  la  fîftule  lacry¬ 
male^  moins  qu’on  n’y  ajouteencore  celles 
qui  peuvent  dépendre  d’une  caufe  externe  ; 
comme  ,  par  exemple  ,  les  contulions  &  les 
blelfures  du  grand  cantus  de  l’œil ,  &  celles 
qui  peuvent  dépendre  d’un  rhume  occafio- 
né  pat  les  injures  du  tems  ;  mais  de  quelle 
manière  qu’elles  foient  occafionnées  ,  & 
qu’elles  fe  produifent ,  l’explication  des  ac- 
cidcns  qui  les  accompagnent,  &  le  chan¬ 
gement  contre  nature  qui  fe  paffe  dans  le 
conduit  lacrymal ,  feront  toujours,  les  mê¬ 
mes  ,  ou  à  peu  près. 

Pour  étendre  un  peu  plus  loin  cette  ex- 
Janvier  1716» 


t  j 6  Mémoires  pour  t H ijioire 

plicarion  ,  il  faut  avec  l’Auteur  pourfuivrû 
l’examen  de  ce  qui  peut  fe  palfer  dans  le 
conduit  lacrymal  ,  en  difFerens  cas  des  fil- 
iules  lacrymales. 

Lorfque  les  mêmes  matières  qui  les  cau- 
fenc  fonc  moins  rongeantes  &  moins  cor- 
rofives  ,  les  excoriations  &  les  ulcérations 
du  conduit  lacrymal  font  plus  fupcrficiclles, 
&  par  conféqucnt  ce  conduit  relisant  aux 
foiblcs  impreflions  de  ces  mêmes  matiè¬ 
res  ,  défend  toutes  les  parties  qui  lui  lonc 
voifines  de  leurs  mauvaifes  impreflions  ,  de 
forte  que  les  matières  n’ayant  point  aiïtz 
d’aéfivité  pour  détruire  le  conduic  lacrymal 
en  le  rongeant  davantage  ,  les  os  qui  lui 
font  voifins  relient  dans  leur  état  naturel  , 
aulfi  bien  que  le  grand  cantus  de  l’œil  ,  & 
la  caroncule  lacrymale,  tandis  qu’il  n’y  a 
que  le  conduit  lacrymal  qui  fe  relient  lui 
feul  des  mauvaifes  impreflions  des  matiè¬ 
res  qu’il  contient  dans  fa  capacité  ,  &  qui 
inondent  toute  la  furface  intérieure  jufqu’au 
point  de  rejaillir  par  elles-mêmes  ,  ou  par 
l’effet  de  la  moindre  comprcllion  par  les 
points  lacrymaux ,  ou  qu’elles  font  capa¬ 
bles  de  rompre  la  digue  qui  les  tient  arrê¬ 
tées  ,  ou  qu’en  fe  fail'ant  un  paflage  dans  la 
partie  la  plus  declive  de  ce  conduit,ellesfonc 
capables  d’en  ôter  l’obftruélion  en  le  dé¬ 
bouchant  ,  s’évacuant  enfuite  par  cette  mê¬ 
me  iflue  dans  l’intérieur  du  nez  :  ce  qui  ar¬ 
rive  quelquefois  ,  mais  fort  raremenr. 

Lorfque  ce  conduite!!:  débouché, il n’efl 
Janvier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  i  ç  7 

plus  queftion  d’avoir  recours  à  l’opération 
de  la  fonde  ;  pour  lors  il  faut  avoir  recours 
aux  remedes  internes  ,  pour  ôrcr  la  caufe 
univcrfelle  &  antécédente,  &  aux  injections 
avec  les  petirs  tuyaux  ,  &  les  petites  ferin- 
gues;  par  leur  effet  on  ôte  la  caufe  qui  en¬ 
tretient  le  mal. 

Les  caufes  qui  bouchent,  qui  oblfruenr, 
ou  qui  forment  une  digue  qui  s’oppofe  au 
palîage  de  la  matière  des  larmes  du  conduit 
lacrymal  dans  le  nez  ,  ou  bien  à  celui  du 
pus  après  l’ulcération  de  ce  conduit  ,  font 
celles  que  l’on  a  rapportées  en  differens  en¬ 
droits  de  ce  difeours ,  elles  ont  leur  fiege  au 
point  excrétoire  du  conduit  lacrymal,  ou 
un  peu  plus  haut  dans  l’exrrcmité  inferieu¬ 
re  de  l’entonnoir ,  ou  bien  à  cette  membra- 
ne  qui  tapiffe  intérieurement  le  nez  ,  dans 
laquelle  s’ouvre  ce  même  conduit ,  là  où  il 
peut  encore  fc  former  des  excroifcences 
charneufcs  ou  polipeufes  qui  peuvent  aufîi 
boucher  le  conduit  lacrymal ,  &  s’oppofer 
au  pairage  des  larmes  ,  ou  à  celui  de  la  ma¬ 
tière. 

U  s’agir  à  prefent  de  fçavoir  dans  quel 
ca^Topération  de  la  fonde  a  lieu  ,  &  de 
quelle  maniéré  c! le  peut  déboucher  l’orifice 
inférieur  du  conduit  lacrymal  obftrué.  Si  le 
conduit  lacrymal  eft  bouché  par  quelques 
excroifcences  ou  encroûccmcns  conlîdcra- 
bles  dans  l’intérieur  du  nez,  il  faudra  en 
premier  lieu  extirper  ,  ou  confommer  ces 
excroifcences  par  les  yoyes  ordinaires  , tant 
Janvier  1 7 1 6. 


158  Mémoires  pour  L'HiJioire 
dans  l’intention  de  déboucher  le  nez  ,  c]UC 
dans  celle  de  déboucher  le  conduit  lacry¬ 
mal.  Si  après  qu’on  aura  extirpé  ou  confom- 
mé  ce  corps  étiange  ,  l’on  s  apperçoie  que 
le  conduit  lacrymal  n’cft  pas  débouché,  1  on 
introduira  une  peute  fonde  par  le  point  la¬ 
crymal  lupérieur  ,  &  l’on  fera  en  lorte  de  la 
faire  pénétrer  avec  dextérité  Je  !a  manière 
que  l’Auteur  l’a  enfeigné  dans  ia  relation 
de  la  gucrifon  de  Mr.  Fiefchi  ,  jufqu  au  pe¬ 
tit  tuyau  de  l’entonnoir  ,  &  de  là  jufqu  à 
l’orifice  intérieur  du  conduit  lacrymal.  L  on 
pouffera  pluficurs  fois  à  pluucu.s  reprifes, 
&  en  différons  tems ,  l’extrémité  de  cette 
fonde  ,  lai  fane  même  à  la  fin  un  petit  effort 
au  casque  l’on  n’eût  pas  reiiffi  par  les  pre¬ 
mières  tentatives.  Si  les  paiois  de  ce  con¬ 
duit  ne  font  pas  fore  adhérentes  cnfemble, 
on  les  écartera  de  cette  façon  ,  &  le  conduit 
refiera  libre  ,  s’il  y  a  des  forces  adhérentes  , 
ou  des  chairs  fongueufes  ,  même  quelques 
fimples  caUofitez,  les  petits  efforts  réité¬ 
rez  avec  la  fonde  ,  feront  Lfnians  pour  fe 
parer  ou  pour  rompre -'les  fibres  confufé- 
ment  r  unies  de  ce  conduit ,  &  quand  bien 
même  la  fonde  dans  le  cas  d’une  forc^ad- 
hércnce  ne  feroitpas  fuffifante  pour  furmon- 
ter  la  caufe  de  l’obftruébon  de  ce  conduit 
fans  un  grand  effort  ,  il  faudroit  s’abfteniu 
de  le  faire  ,  &  fe  conter  ter  de  porter  fou- 
vent  l’extrémité  de  la  fonde  dans  le  fond  de 
ce  même  conduit ,  pour  y  occafionner  quel¬ 
que  petite  ruprion  de  ces  fibres  ,  &  quelque 
Janvier  1716» 


des  Sciences  &  des  h  eaux  Arts.  1^9 

irritation  :  ce  qui  ne  manquera  pas  avec  le 
iecours  des  matières  ,  d'être  fuffiîant  pour 
en  procurer  l’ifluë  dans  l’intérieur  du  nez  , 
puifque  nous  voyons  quelquefois  que  les 
matières  d’elies-mêmes  s’ouvrent  le  paca¬ 
ge  dans  ce  lieu  là  ,  à  plus  force  raifon  le 
pourront-elles  faire  après  les  irritations  & 
les  pecites  irruptions  que  la  fonde  aura  pro¬ 
duites  :  ce  qui  a  rcüili  piufieurs  fois  à  l’Au¬ 
teur. 

Il  n’eft  pas  neceflaire  ,  comme  l’a  préten¬ 
du  Mr.  Signorotti ,  que  le  petit  bouton  de 
la  fonde  fou  irrégulier ,  tranchant,  ou  poi¬ 
gnant  ,  quoique  bien  poli  &  uni  ,  quand  la 
fonde  etl  maniée  de  la  manière  que  1  Auteur 
l’enfeigne  ,  puifque  après  avoir  introduit 
quelquefois  cette  fonde  dans  le  conduit  la¬ 
crymal, &  même  bien  fouvenc  dès  la  fécondé 
ou  troifiéme  fois,ce conduit  s’eft  trouve  dé¬ 
bouché  ,  comme  il  a  paru  par  le  paffage  des 
'  matières ,  &  par  celui  des  injections  &c. 

L’opération  de  la  fonde  eft  generale 
dans  tous  les  cas  des  fiftules  lacrymales  > 
&  à  moins  qu’il  ne  fe  rencontre  quelque 
callofîté  très- confidérable  dans  le  petit  con¬ 
duit  de  l’entonnoir  même  ,  ou  dans  l  orifi¬ 
ce  intérieur  du  conduit  lacrymal ,  elle  aura 
toujours  fon  effet,  foie  que  la  fonde  foin 
introduire  par  le  point  lacrymal  ,  dans  les 
cas  des  filluies  borgnes,  ou  bien  dans  le  cas 
des  fifluics  compleres  par  l’ouverture  exter¬ 
ne  de  cette  fiftule.  Elle  ne  peut  jamais  pro¬ 
duire  aucun  mauvais  effet.  Elle  ne  peur 
Janvier  1716. 


iGo  Mémoires  pour  l'Hifloire 
qu’ouvrir,  ouoccafîoncr  l'ouverture  de  l’a* 
rifice  inferieur  du  conduit  lacrymal. On  peut 
même  la  mettre  en  ufage  dans  le  cas  des 
fiftules  accompagnées  de  carie  d’os  ;  mais 
dans  le  cas  où  les  fi  feules  lacrymales  {ont 
ouvertes  d’elles  mêmes  dans  l’intérieur  du 
nez,  il  n’cft  pas  necefïairc  d’avoir  recours 
à  l’opération  de  la  fonde.  Dans  ce  cas  il 
fufHc  des  injections  ,  mais  dans  tous  les  au¬ 
tres  cas  des  fiftules  ,  il  faut  avoir  recours  k 
l’une  &  à  l'autre  de  ces  deux  nouvelles  opé¬ 
rations  ,  hors  dans  ces  extraordinaires  où 
la  carie  8c  les  callofitez  font  vieilles  &  in¬ 
vétérées,  quoique  dans  ce  dernier  cas  elles 
ont  lieu  comme  cure  palliative. 

Enfin  ,  la  première  intention  doit  erra 
toujours  en  toute  forte  de  fiftules  lacryma-: 
les  ,  de  quelque  nature  &  de  quelque  efpece 
qu’elles  puifTenr  être,  de  defemplir  le  fac  la¬ 
crymal  ,  d’empêcher  que  la  matière  puru¬ 
lente  &  celle  des  larmes  n’y  féjournent  pas 
plus  long-  tems,  pour  empêcher  qu’elles  n’y 
produifenc  de  nouveaux  défordics  &  des 
nouveaux  ravages. 

Il  fane  vuider  cette  matière  le  plus  promp¬ 
tement  qu’il  eft  pofhble  ,  &  la  vuider  par  la 
partie  la  plus  déclive  de:  ce  conduit.  . 

Il  faut  donc  déboucher  Je  conduit  lacry¬ 
mal  pat  fon  orifice  inférieur  >  8c  l’on  ne 
fçauroit  trouver  un  moyen  plus  prompt , 
plirs^afTjré ,  ni  moins  violent  ,  que  l’intro- 
duétion  d’une  perire  fonde  :  mais  comme 
le  trou  naturel  ,  ou  point  excrétoire  de  CjC 

Janvier  1716 . 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  i<<r 

même  conduit ,  eft  naturellement  fort  pecic 
&  fort  étroit ,  &  que  la  tére  des  petites  fon¬ 
des  l’cft  aurti  i  l’ouverture  que  l’on  fait  avec 
cette  fonde  ne  fçauroit  d’abord  donner  part¬ 
age  qu’à  une  matière  liquide,  teileàpeu 
près  que  celle  à  laquelle  ce  conduit  eft  ac¬ 
coutumé  de  donner  naturellement  partage  : 
ce  qui  fufïiroic  s’il  ne  s’agiffoit  que  de  la 
matière  des  larmes  \  mais  comme  il  s'agit 
bien  fouvent  d’évacuer  une  matière  crade  , 
vifqueufe  ,  &  gluante  (  car  infailliblement 
ce  qu’il  y  a  de  plus  épais  &  de  plus  grof- 
der  parmi  les  matières  purulentes  fe  préci¬ 
pite  dans  le  fond  du  conduit  lacrymal  )  il 
faut  avoir  recours  de  necelfité  à  une  autre 
opération,  pour  liquéfier  ces  matières  :  c’eft 
ce  qui  fc  fait  par  le  moyen  de  la  féconde 
operation,  qui  eft  celle  de  l’injeCtion.  Ces 
matières  étant  dilayées  &  dilfoutes  ,  elles 
s’évacuent  en  partie  par  le  point  excreroire 
du  conduit  lacrymal  ,  &  en  partie  par  les 
points  lacrymaux.  En  réitérant  les  lotions  , 
par  le  moyen  des  injections  réitérées ,  non 
feulement  les  matières  amairées  s’évacuent, 
mais  encore  celles  qui  fe  produifent  de  nou¬ 
veau  font  moins  vifqueufes  &  moins  gluan¬ 
tes  ;  &  comme  elles  rencontrent  le  partage 
naturel  ouverr,  elles  partent  fuccertivemenc 
du  conduit  lacrymal  dans  le  nez.  Ce  n’cft 
pas  là  le  feul  effet  que  les  injeétions  produi- 
lenc.  Elles  détergent  encore  les  ulcérés  du 
conduit  lacrymal.  Elles  déüechcne  &  fon- 
Jmvier  1716,. 


j(Çt  Mémoires  pour  V'Hijloire 
dent  les  chairs  mollalTes  ,  &  refol  vent  les 
callofitez  ,  en  abforbant  aulfi  les  mauvais 
fermens  qui  le  rencontrent  aux  ulcérations» 
de  maniéré  que  toutes  les  caufes  étant 
ôtées  ,  înlënftblement  &  peu  à  peu  le  con¬ 
duit  lacrymal  fe  rétablit  dans  Ion  prémier 
état. 

L’Auteur  prouve  enfuice  contre  fon  cen- 
feur  qu’il  y  a  des  filtules  fans  callohtez  , 
&  qu'il” -y  a  des  callofitez  furvenuës  à  la 
fïltuie  qu’on  peur  réloudre  par  des  reine- 
des  fondans,  émolliens  ,  fans  y  employée 
le  fer  &  le  feu. 

On  peut  dire  fans  flaterie  que  la  victoi¬ 
re  de  Mr.  Anel  fur  Ion  adverfaireeft  com¬ 
plété  ,  &  que  fa  nouvelle  méthode  eft 
hors  d’atteinte.  J’ai  moi  même  éprouvé 
par  curiofité  les  inltrumens  dont  cet  habile 
Chirurgien  fe  fert  ,  &  il  m'a  fondé  le  con¬ 
duit  lacrymal,  &  l’a  fonde  à  d’autres  en  ma 
préfence  ,  fans  leur  faire  aucune  douleur. 

Les  reproches  mal  fondez  de  M.'Signo- 
iotti  l’ont  engagé  à  faire  paroître  ici  les 
relations  de  deux  cures  furprenantes  attef- 
lées  de  la  maniéré  la  plus  lolemnelle  :  celle 
de  Mr.  le  Comte  de  Kinigfecq  ,  Lieute¬ 
nant  general  des  armées  de  l’Empereur  , 
ion  Plénipotentiaire  à  Anvers,  &  nommé 
à  l'AmbafTade  de  France  ,*  guéri  d’une 
playe  invétérée  &  fiituleufe  à  la  cuifTc  près 
de  f  artère  crurale  &  jugée  incurable  ,  des 
plus  habites  dans  Part,  qui  mettoit  l’iiluftrc 

Janvier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  i 

bîefle  dans  un  danger  continuel  de  mort  : 
la  balle  raboteufe  qu’on  avoit  taillée  dans 
la  playe  ,  pouvant  à  tout  moment  dé¬ 
chirer  les  tuniques  de  l’artcre.  Mr.  Anel 
la  tira  fans  intetefler  l’artere,  après  avoir 
confumé  un  kifte  qui  l’envelopoit  ,  &  il 
remarque  à  cette  occalion  combien  il 
cft  périlleux  de  lailTer  les  balles  dans  les 
playes. 

L’autre  cure  eft  celle  d’un  aneurifme 
achevée  heureufement  à  Rome  ,  dans  la 
perfonne  du  P.  Bernardin  de  Bolfene  ,  Mi¬ 
neur  Obfervantin.  Nous  en  allons  faire  un 
nouvel  article. 

Article  XI  f. 

GV  ERISO  N  D'VN  ANEV  R1SME 
Jingulier  par  Mr.  Anel. 

L 'Hémorragie  qui  arriva  longtems  avant 
l’opération  ,  n’eft  furvenuë  que  le 
quinziéme  jour  après  la  faignée  ,  pareeque 
la  lancette  ne  divifa  que  les  tuniques  exter¬ 
nes  de  l’arterc,  tandis  que  les  internes  rel¬ 
ièrent  dans  leur  entier  ,  ne  fe  trouvant  plus 
•foutenuës  de  1a  force  des  tuniques  exter¬ 
nes  ,  clics  ne  furent  pas  capables  elles  feu¬ 
les  de  réflfter  aux  impulfions  réitérées  du 
fang  :  de  forte  qu’en  cedant  à  ta  violente 
rapidiré  de  ce  fluide  ,  elles  fe  dilatèrent  peu 
a  peu  &  lucceflivcment  ,  aufli  longtems 
que  leur  élafticité  leur  permit  de  s’éteadie, 
Janvier  1716. 


164  Mémoires  pour  l'Hifloire 
&  de  fe  dilater, 'mais  lorfque  ce  point  de  di¬ 
latation  fuc  venu  à  fon  extrémité  ,  ces  tuni“ 
ques  ne  pouvant  pas  fe  dilater  davantage» 
ni  réfilter  aux  violentes  impulfions  du  fan  g 
artériel  ,  cedant  à  Tes  efforts  fc  rompirent* 
Ce  fut  dans  cet  inflant  que  cet  aneurifme 
dégénéra  d’aneurifme  vrai  en  aneurifme 
faux  ,  &  pour  lors  la  prpmicrehemorragie 
futvint.  Il  s’agit  à  préfent  d’expliquer  com¬ 
ment  ce  dernier  aneurifme  a  dégénéré  de 
nouveau  d’aneurifme  faux  en  aneurifme 
vrai. 

Lorfque  l’hemorragie  celTa  par  l’efFet  des 
aftringens  &  de  la  compreflion  du  bandage, 
la  peau  &  les  tegumens  qui  étoient  diviiei 
dans  le  licudcH'aneuriftnepar  où  ie  fangs’é- 
toitéchapé  dans  le  rems  de  l’hemorragie  , 
commencèrent  pour  lors  à  ie  réunir. La  réu¬ 
nion  de  ces  parties  avec  la  compreflion  du 
bandage  firent  que  les  tuniques  externes 
trouvèrent  aurant  dcdifpofùiontpour  ie  réu¬ 
nir, que  les  internes  en  avoient  trouvé  pour 
fedivifer,  lorfque  l’aneurifme  n’écoit  pas 
encore  foutenu  d’une  compreflion  fuffifan- 
re  pour  réiiftcr  aux  impulfions  du  fang,  de 
forte  que  depuis  le  jour  de  la  iaignée  jui- 
qu’aujour  de  l’opération  ,  il  efl:  arrivé  trois 
-fortes  d’aneurifmes  ci  l’arceredu  même  bras* 
Le  premier  ,  qui  fut  celui  qui  fucccda  im¬ 
médiatement  après  la  Iaignée  ,  étoic  un 
aneurifme  vrai  ,  dans  lequel  les  tuniques 
externes  de  l’artere  étoient  divifées  ,  &  les 
internes  feulement  dilatées.  Le  fécond,, 
Janvier  1716.1  qui 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts  16% 

qui  arriva  lors  de  l'hemorragie  écoic  un 
aneurifme  faux  ,  dépendant  de  la  ruption 
des  tuniques  de  l’artere  ,  tant  internes 
qu’externes.  Le  croifîeme  &  dernier  étoic 
un  aneurifme  vrai  ,  aufli  bien  que  le  pre¬ 
mier,  avec  cette  différence  feulement ,  que 
dans  celui  ci  tout  au  contraire  de  ce  qui 
fc  pafîa  dans  le  premier  ,  les  tuniques 
"internes  refterent  divifées  ,  tandis  que  les 
externes  s’écant  réiinies  de  nouveau  for- 
moient  le  fac  aneurifmal  par  leur  dilata¬ 
tion. 

La  première  efpece  pouvoir  être  guérie 
par  la  comprellion  &  par  l’effet  des  aftrin- 
gens  i  pourvû  que  néanmoins  l’on  s’en  fut 
apperçû  de  bonne  heure-  La  fécondé  efpe¬ 
ce  étoit  très- difficile  à  guérir  ,  pour  ne  pas 
dire  impolîîbie  ,  quelques  moyens  que  l’on 
eut  pu  employer ,  à  moins  que  d’en  venir  à 
l’opération. 

Quant  à  la  troifîéme  efpece  ,  dans  le 
mauvais  état  auquel  Mr.  Anel  le  rencon¬ 
tra  ,  il  e'coit  du  tout  impofîible  de  le  gué¬ 
rir  fans  l’operation  de  l’aueurifmc  ,  qu’il 
fit  dans  cette  intention  ,  fit  Jonc  le  fuccès 
fut  auffi  heureux  qu’on  le  puilfe  jamais  fou- 
haicer.  Ecoutons  Mr.  Anel  raconter  cette 
cure  furprenante  ,  il  procéda  d’une  maniéré 
un  peu  differenre  de  celle  que  les  Auteurs 
nous  décrivent  ,  qu’il  avoit  vu  pratiquer 
aux  maîtres  ,  8c  qu’il  avoir  déjà  pratiquée 
lui  même  plufleurs  fois  :  car  au  lieu  que 
l’on  a  accoutumé  de  faire  la  ligature  en 
janvier  1716,  H 


i  66  Mémoires  pour  l'Htftoire 

hauc  &  en  bas  de  l'aneurifme ,  je  ne  la  fis , 
dit-il  ,  que  du  côté  du  hauc  :  d’ailleuis  on 
ouvre  le  fac  aneurifmal  ,  8c  je  ne  l’ai  point 
touché  du  tout ,  ne  doutant  pas  que  le  fang 
contenu  dans  ce  fac  ne  fe  difTipac ,  ayant  la 
liberté  de  fe  porter  du  côté  de  l’excrémité  , 
&  que  ce  fac  écanc  une  fois  vuide  ,  ne  fe 
icmpliroit  plus  de  nouveau  ,  que  les  tuni¬ 
ques1  des  membranes  qui  le  formoienc  ne 
manqueroient  pas  de  s’affaiiïer  ,  &  qu’ainfi 
la  tumeur  devoir  difparoîcre  :  ce  qui  n  a 
pas  manqué  d'arriver  de  même  que  je  la- 
vois  penfé. 

De  cette  maniéré  l’opération  a  été  moins 
Jaborieufe,&  de  beaucoup  moins  doulou- 
reufe.  D’ailleurs  ,  je  fis  une  incifion  de  la 
moitié  moins  écenduë,  &  par  confequent  il 
en  réfulta  une  moindre  cicatrice.  Si  j’avois 
ouvert  le  fac  aneurifmal ,  8c  lié  l'anere  du 
côté  d’en  bas, la  cicatrice  fe  feroic  juftement 
rencontrée  dans  le  pli  du  bras  ;  elle  auroic 
pû  empêcher  que  l’extenfion  ne  fe  fut  fai¬ 
te  parfaitement  •:  ce  que  j’ai  vu  arriver  à 
plufieurs  autres  qui  font  reftez  eftropiez 
après  cette  opération  ,  par  rapport  à  la  fi- 
tuation  &  à  fécenduë  de  la  cicacrice. 

On  trouve  à  la  page  308.  du  livre  de 
Mr.  Ancl  l’obfervation  fuivante  :  elle  eft 
trop  curieufe  pour  l’omettre. 


Janvier  1716* 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  \6j 

Article  XIII. 

OBSERVATION  DE  Mr.  A  N  E  Z 
fur  deux  accouchement  e xtraordinalres. 

MA  curiofité,  écric  Mr.  Ane!  à  un  amî, 
m’a  porté  d'aller  voir  ce  matin  la 
femme  de  Mr.  Blanchi,  fameux  Marchand 
de  cette  ville.  Vous  aurez  entendu  dire 
qu’elle  a  accouché  il  y  a  cinq  ou  fix  jours 
fore  heureufcmcnc  de  crois  enfans  ,  deux 
mâles  8c  une  femelle.  Elle  les  a  mis  tous 
les  crois  au  monde  en  trois  quarts  d’heure. 
J’ai  vu  la  tncre  dans  fon  lit  ,  fe  portanc 
aulli  bien  qu’une  accouchée  fe  peut  porter. 
C’eft  une  viande  femme  bien  faite,  qui  a 
beaucoup  d’embonpointjâgée  de  3  j  ans  feu¬ 
lement.  Elle  a  déjà  fait  feize  enfans. Lorfgue 
.ces  trois  (ont  venus  enfemble  au  monde,ellc 
en  avoir  encore  neuf  autres  en  vie.Ces  trois 
ont  accompli  le  nombre  de  douze  ,  &  on  a 
accordé  au  pere  le  privilège  de  la  franchife  > 
fuivant  la  loi  &  l’ufage  du  pais ,  lequel  elt 
trës-conf  derable  pour  un  homme  qui  a  du 
bien  comme  lui ,  mais  moins  avantageux 
pour  les  pauvres  gens.  J’ai  vû  auih  les  crois 
enfans  dans  un  même  berceau, ils  fe  re/ïem, 
blent  ,  pour  m’exprimer  fuivant  le  prover¬ 
be  ,  comme  trois  gouttes  d’eau.  Jufqu’â 
préfent,  ils  font  allaicez  d’une  feule  nourri¬ 
ce.  S’ils  vivent  ,  comme  il  y  a  grande  ap¬ 
parence  >  on  donnera  à  chacun  la  fienne. 
Janvier  17 16.  H  ij 


ï<£8  Mémoires  four  l'Hiftolre 

La  petite  fille  efl:  née  la  première  ,  &  les 
deux  garçons  enfiuite.  La  mere  croie,  £c 
j’oferois  croire  qu’elle  a  raifon,  que  la  peti¬ 
te  fille  étant  venue  la  première  ,  elle  étoic 
fituée  dans  la  matrice  entre  les  deux  gar¬ 
çons  :  fur  cette  opinion  on  obferve  le  même 
ordre  à  les  ranger  dans  le  berceau.  Le  pere 
a  fait  aufîî  fa  remarque.  II  raifonne  à  pré- 
fent  comme  un  habile  accoucheur.  L’expe- 
rience  l’a  rendu  fçavant.  Il  dit  avoir  recon¬ 
nu  &  pronoftiqué  que  fa  femme  étoit  en¬ 
ceinte  de  trois  enfans.  Ce  qui  lui  donna  lieu 
de  tirer  cette  conféquencc,  c’efl:  qu’il  obfer- 
va  plufieurs  fois  en  difFerens  endroits  de 
l’abdomen  des  mouvemens  bien  diftinéts 
qui  fe  produifoient  tout  à  la  fois.  L’un  de 
ces  enfans  manifeftoit  fon  mouvement  à 
la  région  épigaftrique  ,  le  fécond  à  l’hipo- 
condre  droit ,  &  le  troifiéme  à  l’hipocondre 
gauche.  Il  l’avoit  raconté  de  même  aupara¬ 
vant  l’accouchement  de  fa  femme  à  quel¬ 
qu’un  de  fes  amis. 

L’opinion  commune  eft  que  les  enfans 
jumeaux  ne  vivent  pas  îongeems  ;  cepen¬ 
dant  ceux-ci  ont  bonne  mine  tous  les  trois, 
&  je  me  fouviens  d’avoir  vû  en  Allemagne 
deux  enfans  mâles  jumeaux  âgez  d’environ 
dix  ans  ,  joints  enfemble  par  la  partie  pof- 
terieure  de  la  tete  ,  qui  n’avoient  rien  de 
monftrueux  que  cette  jonélion  ,  en  laquel- 
!c  ,  je  crois  ,  il  fe  rencontroit  une  cloilbn 
olTeufe,  lefquels  éroienc  gros  &  gras,  joüif- 
Janvier  1716, 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  169 

fans  d’une  parfaite  fancé  ,  n’ayant  même 
jamais  été  malades.  Ils  avoient  la  phifio- 
nomie  différente  ,  au  contraire  des  trois 
cnfans  dont  je  viens  de  parler  :  ils  ne  dif- 
feroient  pas  moins  par  les  mœurs,  car  l’un 
étoit  fort  féricux  ,  fort  taciturne  ,  &  l’au¬ 
tre  au  contraire  étoit  fort  éveillé  &  fort  en¬ 
joué.  Et  quoi  qu’ils  fiiffent  freres  jumeaux, 
&  attachez  enfemble  ,  &  même  par  force 
iïîféparable  ,  ils  ne  s’étoient  pourtant  ja¬ 
mais  vus  ,  &  n’étoient  pas  trop  bons  amis. 
Ils  s’étudioient  au  contraire  à  fc  joiier  quel¬ 
que  mauvais  tour.  Il  fembloit  que  ces 
deux  enfans  n’avoicnt  rien  de  commun 
entre  eux  que  leur  naiffance ,  &  la  cioifon 
offeufe  ,  qui  fans  doute  féparoit  une  tête 
de  l’autre.  Ils  avoient  une  h  forte  averlion 
l’un  pour  l’autre ,  que  lî  on  les  avoir  aban¬ 
donnez  ils  fe  feroient  détruits  entre  eux  , 
car  ils  fe  ruoient  toujours  quelques^coups , 

&  on  avoir  affcz  affaire  à  les  appaifer.  Ce¬ 
pendant  l’un  des  deux  paroiffoit  affez  joli 
garçon  ;  il  étoit  fort  poli  ,  il  étoit  beau  , 
&  il  avoir  beaucoup  d’efprit  :  mais  il  fe 
fcntoit  fort  embarraffé  d’avoir  fur  fes  épau¬ 
les  un  fauvage  des  plus  brutaux.  Son  fore 
étoit  fore  à  plaindre  ,  pareeque  d’ailleurs 
on  n’avoit  pas  grand  foin  de  fon  éduca¬ 
tion.  Le  pere  &  la  mere  qui  conduiraient 
ces  enfans  ,  n’ayant  que  des  vûes  interef- 
fées  j  ne  penfoient  qu’à  les  faire  voir  pour 
de  l’argent  dans  une  mifcrable  loge  ,  au 
milieu  d’une  place  publique.  On  avoir  feii- 
JanvierijiC .  H  üÿ 


17°  Mémoires  pour  l'Hifloire 
lement  appris  au  plus  éveillé  à  faire  des 
{juge  ri  es  ,  &  au  plus  ruftique  à  contrefaire 
difiérens  animaux  ,  en  quoi  il  réüffifToic 
fort  bien.  Il  n’y  a  pas  longtems  qu'on  m’en, 
a  donné  des  nouvelles  :  s’ils  font  encore 
en  vie  ,  ils  feront  âgez  d’environ  quinze 
ans. 

Ces  deux  enfans  avoient  été  aflurément 
engendrez  d’un  même  pere&  d’une  même 
mere,&  dans  le  même  rems  ,  &  cependant 
ils  étoient  d’un  caraéterc  fi  different  ,  que 
non  feulement  ils  nefe  reffembloient  pas  en¬ 
tre  eux,  mais  qu’ils  ne  reffembloient  pas 
non  plus  au  pere  ni  à  la  mere,ni  parle  corps, 
ni  par  l’efprit;  ce  qui  donnoit  occafîon  à 
pluficurs  Sçavans  de  philofopher  là  deflus  y 
d’aurant  plus  qu’ordinairement  la  plupart 
des  enfans  jumeaux  fe  reflemblent  fort. 
L’Auteur  nous  prie  d’inviter  les  Sçavans 
&  les  curieux  ,  les  Médecins  &  Chirur¬ 
giens  ,  d’aller  voir  fes  expériences.  Il  de¬ 
meure  à  prefent  rue  du  four  ,  près  S.  Euf- 
tachc  ,  vis  à  vis  de  l’avance  de  l’hôtel  de 
Soi4jpns  ,  en  porte  cochere  ,  au  fécond 
étage  fur  le  devanr.  On  le  trouve  tous  les 
jours ,  le  matin  jufqu’à  huit  heures  ,&  Ta¬ 
pies  midi  depuis  une  heure  jufqu  a  eiuq. 

*  .  ’  »  '  -  «  .  *  ».  ji  *  I .  .  ' 


Janvier  1 7 1 6, 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  1 71 
Article  XIV. 

HOVVELLES  LJTERA1R  ES, 

D’ÀLEMAGNE,  DE  GUSTROU. 

MOnfieur  Stieber  a  publié  une  Hifioi- 
re  Ecclefiaftique  du  Duché  de  Mekle- 
bourgen  Aleman.lii'a  commencée  par  des 
recherches  fur  l’origine  des  anciens  ha- 
bicans  de  ce  Duché  defcendus  des  Vene- 
des  ,  nation  Efclavone.  Il  décrie  leurs  con¬ 
versons  inconftances  à  la  Religion  Chré¬ 
tienne  ,  qui  ne  s’y  établit  folidcinenc  qu’a- 
près  qu’Henry  le  Lion  eut  chalfe  les  payens 
des  villes,  &  mis  en  leur  place  des  Chré¬ 
tiens  Alcmans. 

DE  STENDEL. 

La  fécondé  édition  des  controverfes  de 
Mr.  Jean  Fabricius ,  ne  contient  que  cel¬ 
les  qu’ont  les  Luthériens  avec  les  Catho¬ 
liques  d’une  part  ,  &  les  Calviniltes  de 
l’autre.  L’Auteur  ,  qui  eft  habile  &  modé¬ 
ré  ,  les  a  revues  foigneufement  ;  il  n  efl 
pas  du  nombre  de  ces  Théologiens  con¬ 
tentieux  ,  qui  multiplient  les  dilputes.  Ce 
qu’il  dit  de  la  fameufe  deliberationd’Helm- 
ftad  prouve  qu  elle  n’eft  point  fuppolée  > 
il  prétend  feulement  qu’on  a  tort  de  lui 
avoir  imputé  le  changement  de  Religion 
de  l’ Augufte  PrincdTe  pour  qui  cet  Ecrit 
fut  composé.  Il  protefte  que  quand  on  1e 
Janvier  1716.  H  hij 


1 71  Mémoires  pour  l  Hi foire 

confulra,  lui  &  les.  autres  Théologiens 
qui  ont  cû  parc  à  cec  Ecrit,  la  Princeffe 
avoir  refolu  d’embralfer  la  Religion  Ca¬ 
tholique. 

Joannis  Fabricii  facra  Theologia  Doftoris 
&  Profefforis  emeriti  confderatio  controver~ 
fiarum  que.  Evangrlicos  inter  &  Romano* 
Catholicos  Reformatofque  agitantur  ,  editio 
fecunda  auciior  &  emendatior.  StendelU  & 
Gardelegis. ,  apud  Erneflum  Henricum  Cam¬ 
pe  1715.  in  40. 

DE  VOLFEMBUTEL. 

Mr.  jean  Lezner  a  donné  en  Aleman 
une  description  hifiorique  de  V Abbaye  dû 
Lutter  ,  avec  les  Mémoires  de  Henri  Met - 
bomius  fur  la  Commanderie  de  Supplem - 
bourg. 

Mr.  Leukfeld  a  donné  en  même  tems 
Les  antiquités  d' Halberfad  en  Aleman  , 
Il  eft  célébré  par  beaucoup  d’ouvrages 
femblables. 

DE  GOSLAR. 

L'Hifioire  facrée  de  la  Bajfe  Saxe  ,  donc 
Mr.  Gafpard  Calvoer  cil  Auteur  ,  remonte 
jufqu’à  l’origine  des  Saxons.  L’ouvrage 
cil  fçavanc ,  &  il  eft  fâcheux  qu’il  foie  écric 
dans  une  Langue  que  les  gens  de  Lettres 
ignorent  prefque  tous  ,  hors  de  l’Alema- 
gne.  C’eft  un  in  folio  imprimé  ici  chez 
Kocnig.  L’Auteur  rapporce  avec  foin  les 
diverfes  conjectures  des  Doétes  fur  l’o¬ 
rigine  des  Saxons  ,  &  l’érymologie  de  leur 
nom  ;  il  croie  qu’ils  defeendent  des  Tec- 
tofages ,  peuple  Gaulois  établi  dans  l’Ak- 

Janvier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  175 

magne  j  mais  une  autre  opinion  qu’il  pro- 
pofe ,  fans  lafoivre,  ni  la  réfuter  ,  paroic 
plus  vraifemblablc  ,  que  les  Saxons  fonc 
les  mêmes  que  les  Chauces.  En  effet  , 
les  Brcrons  chalfez  de  la  Grande-Bre¬ 
tagne  par  les  Saxons  Anglois  ,  les  ap¬ 
pellent  encore  Saufons ,  nom  peu  différent 
de  Chauces.  Il  eft  certain  d’ailleurs  que  les 
Saxons  habitent  le  pars  que  les  Chauces 
ont  habité  ,  que  les  Saxons  viennent  des 
Tectofages ,  ou  des  Chauces.  Iis  auront 
toujours  la  même  origine  que  les  Fran¬ 
çois  ,  &  il  ne  doit  pas  être  indifférent  à  cet¬ 
te  dernière  nation  de  parrager  la  gloire 
des  Saxons  ,  &  des  peuples  dont  l’origine 
cflSaxone  ,  des  Vandales,  des  Herules  7 
des  Anglois. 

D’IEN  A. 

Mr.  Jean- Mathias  Gefner  a  entrepris 
d'Acer  a  Lucien  le  Dialogue  intitulé  Thl- 
lopatris  -,  quelques  Critiques  le  jugeoient 
plus  ancien  ,  il  foutient  qu’il  cft  beaucoup 
plus  récent  y  il  croit  qu’il  n’a  paru  que  fous 
Julien  l’Apoltar.  Les  co-njeélures  de  Mr* 
Gefuer  ne  font  pas  d’une  force  invincible  , 
&  il  a  mieux  réiiifi  dans  fes  notes  fur  le 
Dialogue  ,  que  dans  fes  recherches  fur 
l’Auteur. 

Vhiloputris  dialogus  Lucluneus,  difputa- 
tionsm  de  illlus  Mute  &  authore  pr  ami  fit 
verfionem  ac  notas  ad'je  ci  t  M.  Jeanne  s  Mat¬ 
thias  Gefnerus.  Icnz ,  apud  Bielkhsm  17 1  S» 
Jn  8°. 

Janvier  1 7 1&> 


H  v 


174  Mémoires  pour  rHifioire 
DE  LIPSIC. 

L’hiftoire  des  Loix  Germaniques  a  pa¬ 
ru  à  Mr.  Hofman  mériter  Tes  foins.  Il  n’a 
rien  omis  pour  la  rendre  complété.  Son 
livre  contient  des  recherches  curieufes  fur 
Ja  loi  Salique  ,  fur  les  loix  des  Ripuaires  > 
des  Alemans ,  des  Bavarois  ,  des  Bourgui¬ 
gnons  ,  des  Frifons  ,  fur  les  loix  commu¬ 
nes  aux  Anglois  &  aux  Vérins  ,  ou  Var- 
nes  ,  fur  les  loix  des  Saxons  ,  des  Goths  , 
des  Vifigoths ,  des  Oftrogoths ,  des  Lom¬ 
bards  y  fur  les  loix  des  Anglois  établis  dans 
la  grande  Bretagne  ,  fur  les  Capitulaires 
des  Empereurs  François,  fur  les  loix  des 
Empereurs  Alemans  ,  fur  le  Code  qu’on 
nomme  le  miner  du  Droit  Saxon ,  &  fur  ce» 
lui  qu’on  appelle  le  miroir  du  Droit  des 
Sueves.  Il  defeend  aux  loix  &  aux  Coutu¬ 
mes  particulières  des  provinces  ,  des  vil¬ 
les  :  il  parle  de  l’introdudtion  du  Droit 
Romain  &  du  Droit  Canonique  ,  en  Ale- 
magne  ;  &  i!  conclut  que  le  deflein  qu’onc 
quelques  Jurifconfultesl  Alemans  , de  fai¬ 
re  rétablir  les  anciennes  loix  ,  feroit  con¬ 
traire  au  bien  public  ,  &  qu’il  eft  plus  à 
propos  d’abroger  quelques  anciennes  cou¬ 
tumes  qui  blellent  l’équité. 

Specimen  conjeciurarum  pcliticarum  de 
origine  &  natura  legum  Germanicarum ,  pri- 
•vatarum  ,  antiquarum  ,  earumque  ad  fia- 
tum  pr&fentem  prouinciarum  Germanie,  im - 
primis  ad  terras  Protefiantium  habita  3  i » 
qulbus  tam  brevifer  legum  German  'u arum 
,  Janvier  1716. 


des  Sciences  &  dfS  beaux  Arts .  1 7  f 

btfloria  exhibetur ,  ^#*0*  potiffimumin  ea- 
rum  naturam  ex  Acquit  ati  s  &  prudent! a  le- 
giflât ori &  principiis  inquiritur  ,  &  commu¬ 
nia  qu&dam  circa  banc  docïrznam  prAjudicia 
difcutiuntur  ,  à  Al.  Cbrifiiano  Godofredo 
Hofmanno.  A  Lipfic  chez  les  héritiers  de 
Lanckifius. /»4°.  171 5. 

Le  Catalogue  des  manufcrics  de  la  Bi¬ 
bliothèque  de  Gotha  ,  que  M.  Erneft  Salo¬ 
mon  Cyprien  a  rendu  public  ,  met  les  Sça- 
vans  en  état  d’en  tirerde  grands  fecours,fur 
tout  pour  l’hirtoire  d’Aiemagne.  Il  feroic 
plus  utile  h  l’Auteur  avoir  foin  de  marquer 
l’âge  &  la  correction  des  manulcrus  d  Au¬ 
teurs  anciens.  M.  Cyprien  a  joint  au  cata¬ 
logue  une  difTertation  de  M.  Schlegelius 
fur  un  manuferit  de  S  Augurtin  ,  qu  on 
croit  avoir  appartenu  à  Viügife  Archevê¬ 
que  de  Mayence,  &  cent  dixhuit  lettres  des 
premiers  Théologiens  Proteftans. 

Catalogus  Codicum  Manufriptorum  Bi- 
bliothecA  GotbanA  ,  autbore  Ernefto  Salo - 
mone  Cypriano  ,  Clarorum  uirorum  epiflcla 
CXVlll.  e  bibliotbecA  GotbanA  Autogra- 
pbis  cum  prAfatione  Ernefii  Salomorùs  Cy - 
priant. 

DEVIENNE. 

L’hirtoire  de  la  perte  qui  a  ravage  la 
Thrace  ,  la  Mofcovie  ,  la  Pologne  ,  la  Si- 
lefic  ,  le  Dannemarck  ,  la  Suède  ,  la  Saxe  y 
l’Autriche,  &  d’autres  contrées  del’Ale- 
magne ,  depuis  l’an  1708.  jufquà  la  fin 
de  l’an  17  v  3.  cft  un  bon  livre  ,  &  on  de- 
Janvier  171 6,  H  vj 


\*}G  Mémoires  pour  T Htftolre 

vroit  engager  les  Médecins  des  lieux  oiî 
les  maladies  épidémiques  fe  font  fentir  , 
d’en  remarquer  l’origine  ,  le  progrès  ,  les 
différences  ;  d'obferver  les  rcmedes  qui 
ont  réüfli  :  rien  ne  perfe&ionneioic  tanc 
la  mcdecine  que  de  fembfables  ouvrages  , 
celui  de  Mr.de  Penna  peut  leur  fervir  de 
modèle  ;  il  recherche  les  caufes  ,  il  marque 
exactement  les  fymprômes  ,  il  traite  avec 
un  grand  détail  des  rcmedes  de  la  pefte 
qu’il  décrir.  Il  ne  croit  pas  que  l’air  con¬ 
tribué  beaucoup  à  ces  maladies  ;  félon  lui> 
la  corruption  des  alimens  ,  &  la  mauvaife 
conffirution  des  corps  ,  en  font  les  caufes* 

Hifloru i  Conftltutionîs  pefiilentis  annh 
1708,  170?,  1710,  1711,  i7l~>  &  1 7*3* 
per  Tbraciam  >  Sarmatiam ,  Poloniam  ,  Si- 
lefiarn ,  Daciarn  ,  Suetiam  ,  Saxonîam  in¬ 
fer  tore  m  ,  xîufiriam  ,  variante  loca  facri 
Romani  lmperii  graffata  per  f .  1.  V.  De 
Penna  liber  um  Baronem  de  B  oint  orna  facrA. 
Cef  areu  Majefatis  AJed.  &  Confiliariam 
lüegni  Hangar  ici  Archiatrnm. 

DE  LUCERNE. 

La  pe'le  dont  les  bœufs  ont  été  attaquez 
depuis  1711.  jufqu’en  1714.  a  fait  naître 
heaucou  p  de  traitez  en  Italie  &  en  Alle¬ 
magne.  Mr.Charles  Nicolas  Langius  en  a 
donné  en  Allemand  L'hifioire complété. C’eft 
un  in  40.  divife  en  trois  livres,  le  premier 
recherche  les  caufes  de  cette  maladie  ,  le 
fécond  en  indique  les  remedes  ,  &  le  troi¬ 
sième  en  marque  les  préfervatifs  ;  il  attri¬ 
bué  l'origine  des  maladies  pcftilcncielies  à 


-  des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  ijy 

lin  Tel  volatil  arfénical  répandu  dans  l’air  s 
qui  agir  plus  ou  moins  ,  félon  la  difpofirion 
des  corps  &  la  complexion  des  humeurs. 

DE  FRANCFORT. 

On  imprime  ici  in  40.  pour  Veimand 
Libraire  de  Lipfic  une  traduction  Alleman¬ 
de  du  voyage  du  Pere  Zuchelli ,  Capucin  3 
an  Congo  \  l’original  elt  Italien. 

On  imprime  aufïi  pour  le  même  Libraire 
les  Mémoires  Judaïques  de  Mr.  Jean  Jac¬ 
ques  Schudt  y  où  ce  doébe  Allemand  ,  qui  a 
fort  étudié  ce  qui  regarde  les  Juifs  ,expofe 
leur  état  prefent  dans  toutes  les  parties  du 
monde  ,  leurs  mœurs  ,  leurs  coutumes  5 
leurs  dogmes  *  le  livre  eft  écrit  en  Alle¬ 
mand  :  les  uoétes  de  ce  païs  ont  depuis  peu 
le  goût  d  écrire  dans  leur  langue  ,  ils  ne 
s’apperçoivenc  pas  que  c’efl  enterrer  leurs 
ouvrages.  Les  sens  de  lettres  des  autres 
.  pais  ont  trop  de  langues  fçavantes  a  ap¬ 
prendre,  pour  qu’il  leur  relie  le  tems  d’ap¬ 
prendre  une  langue  auili  difficile  que  l’Al¬ 
lemand. 

D’ITALIE,  DE  M  E  S  S  I  N  E. 

On  a  imprimé  ici  les  mémoires  hifiorique3 
du  Pere  Diego  Calcagni  ,  Jéfuiie  y  touchant 
la  ville  de  Recanatifa  patrie. Memorie  htfte* 
riche  (Je.  Infoglio . 

DE'  NAPLES. 

Le  Marquis  Paul  Marie  Doria  a  donné  an 
public  une  nouvelle  méthode  géométrique 
pour  trouver  entre  deux  lignes  droites  don¬ 
nées  une  infinité  de  lignes  moyennes  continues 
&  proportionnelles  y  in  40.  JS iuovo  méthode 


17  8  Mémoires  pour  l' H ifloire 

&c.  II  y  a  dans  cet  ouvrage  ,  écrit  avec  une 
grande  clarcé  ,  beaucoup  de  découvertes. 
DE  ROME. 

L’Abbé  Virgile  Griannocti  a  publié  deux 
difeours  fur  le  Compur  Ecclefialtique,  qu’il 
avoic  récitez  dans  l’Academie  des  Rires. 
Computus  Ecclefîxflicus  duobus  difeurfibus 
breviter  explanatus  >  chez  Chracas  ,  in  40. 
Il  y  traite  Ion  Lu  jet  avec  beaucoup  d’ordre  ÔC 
de  netteté. 

Gonzague  a  imprimé  in  folio  un  trai¬ 
té  de  la  génération  des  champignons ,  par 
Mr.  le  Comte  de  Maviîgli  ,  &  des  remar¬ 
ques  de  Mr.  Lancih  ,  premier  Médecin  du 
Pape  ,  fur  les  ruines  de  la  maifon  de  cam¬ 
pagne  de  Pline  ,  &  les  accroilïemens  du  ri¬ 
vage  d’Oltie.  La  beauté  de  l'imprelîion 
répond  au  mérité  des  deux  Auteurs. 

Ludovici  Ferdinand i  Marfiii  dijjertatio  de 
generatione  fungoritm  ad  llluflrijjîmum  & 
Reverendtffimum  Pr&fulern  J-oannem  Ma* 
riam  Lancijiurn  Clementis  XI.  Pontifich 
cptirn.  Maxim.  Archiaîrum  &  Cubicula - 
rium  intimum ,  çui  accedit  ejufïem  refponfio  , 
un  à  cum  difertatione  eh  P  lini  fine.  ville,  ru- 
deribus  &  Il  t  or  i  s  Ojtienfis  incrément  0. 

D’ANGLETERRE  ,  DE  LONDRES. 

On  imprime  ici  la  vie  &  le  caraétere  de 
l’Archevêque  Tillotfon.  The  life  and  cha - 
rafterof  Arch.  BujbopTillotfon.  Cette  vie  fut 
commencée  par  feu  Mr.  Young  ,  Doyen 
de  Salisbery  ,  une  des  meilleures  plumes 
d’Angleterre  ,  y  vient  de  mettre  la  dernierc 
,  main.  On  trouvera  à  la  fin  de  ce  livre  l’a* 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  1 75 
poîogie  compofée  par  Mr.  Le  Clerc  en  fa¬ 
veur  des  Ecrits  de  Mr.'  Tillorfon  ,  cette 
apologie  fut  entreprife  pour  combattre 
quelques  écrits  de  Meilleurs  Ldlie&  Hichs, 
qui  avoient  aceufé  l’Archevêque  de  pan- 
cher  vers  le  Socinianifme. 

J.  Roberts  imprime  la  •vie  du  fameux 
Médecin  Rodelijfe. Cec  ouvrage  fera  fort  cu¬ 
rieux. 

Voici  un  nouveau  Rebaprizant ,  The  in - 
validity  ofl’aybatifme  of  difjenting  minifters 
&c.  L’Auteur  ,  qui  fe  nomme  Cantrell  , 
prétend  prouver  que  le  baptême  conféré 
par  des  Miniftes  non-conformiftes  elt  invali¬ 
de  &  nul ,  &  que  les  Minières  de  l’Eglife 
Anglicane  ne  doivent  pas  dire  les  prières 
ordinaires  à  l’enterrement  des  perlonncs 
ainfi  baptifées.  Ce  livre  fait  beaucoup  de 
bruit.  On  avoir  crû  que  Mr.  Shavv ,  Minif- 
tre  Presbytérien  ,  y  répondroit  >  mais  c’elt 
Mr.  Bingham  >  qui  fit  imprimer  il  y  a  quel¬ 
que  tems  l’hifioire  du  Baptême  Laie  ,  qui 
s’eft  chargé  de  réfuter  le  nouveau  dogma¬ 
tise. 

La  Traduction  nouvelle  de  Quinte- Cures 
qui  fe  vend  chez,  Llntolt ,  elt  de  Mr.  Digby. 
On  eltime  fort  la  pureté  &  l’élcgance  de 
cette  traduction. Lefort  de^Quintc-Curceeli: 
d’être  traduit  par  d’excellens  Ecrivains. 
On  égale  ici  la  traduction  Angloife  de  Mr. 
Digby  à  la  traduction  françoife  de  Vauge- 
las. 

Le  livre  intitulé  True  chri/liamty ,  ou  le 
▼rai  Chriftianifmc  5  n’eft  que  la  traduction 


t8o  Mémoires  pour  V Hiftoire 

d’un  livre  Allemand.  L’Auteur ,  qui  fc  nom- 
moit  Jean  Arndc ,  fut  autrefois  Surinten¬ 
dant  general  de  l’Eglifc  de  Lunebourg  >  6c 
un  des  premiers  Auteurs  de  la  fcétc  des  Pie- 
liftes. 

La  neuvième  édition  du  Paradis  perdu  de 
Milton  yParadiJje  loft  ,  cft  prefque  toute  en¬ 
levée.  Tonfon  doit  réimprimer  ce  Poème 
in  4°.  avec  des  figures.  Vous  fçavez  que 
Milton  a  fait  deux  poèmes,  le  paradis  perdu 
&  le  paradis  retrouvé  s  ce  dernier  ouvrage 
eft  fort  inferieur  au  premier  ,  &  a  fait  dire 
en  plaifantant  que  Milton  s’entendoit  mieux 
à  perdre  le  paradis  qu’à  ie  retrouver.  Vous 
devinez  aifément  que  le  péché  du  premier 
homme  dt  le  fujet  du  paradis  perdu  ,  & 
que  la  rédemption  des  hommes  cft  la  ma¬ 
tière  du  paradis  retrouvé. 

D’OXF  OR  D. 

J’ai  préparé  ,  dit ,  Mr.  Wall,  pourl’im- 
prdlîon,  Lnétance  &  Martin  us  Cape  lia  con¬ 
féré  avec  de  bons  manufcrics.  Je  travaille  à 
préfenc  à  la  demonfiration  '&  à  la  prépara¬ 
tion  Evangélique  d’Eufebc  pour  foa hifioire 
Ecrlejiajlique  ,  elle  fc  réimprime  ,  avec  les 
autres  Auteurs  de  l’hiftoirc  Ecclefiaflique , 
à  Cambridge.  Dans  le  même  endroit  on 
réimprime  / hifioire  Eccléfiajlique  de  Beda 
en  Saxon  &  en  Latin.  L’Editeur  eftMr.  le 
Doéteur  Smith  de  Durham.  J’ai  écrit  de¬ 
puis  peu  quelques  Traitez  Théologiques 
donc  vous  aurez  des  nouvelles  en  peu  de 
lems.Pour  Diodore  de  S/W/^auquel  j'ai  tra- 
Janvier  1716* 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  i  Si 

vaille  depuis  plufieurs  années  ,  commc 
vous  fçavez  ,  rien  ne  lui  manque  que  des 
collections  des  manuferits  ?  &c’eft  la  feule 
chofe  qui  en  retarde  14mpreflion.  Je  vous 
prie  donc  de  me  faire  fçavoir  s’il  y  en  a 
quelques  manuferits  à  Paris  ,  comme  aufii 
d’Eufcbe  &  de  Laétance. 

Mr.  Derbam  a  publié  nouvellement  en 
Anglois  quelques  découvertes  Agronomi¬ 
ques  qui  font  approuvées. 

Mr.  Hudfon  a  achevé  plus  des  deux  tiers 
de  fon  Jofeph.  Il  ajoutera  au  Texte  du  mê¬ 
me  Auteur  plus  de  mille  lignes  tirées  des 
manuferits. Mr.Whifton  a  entrepris  de  dé¬ 
fendre  les  oracles  des  Sybilles  contre  Mr. 
Blondel. Il  dédiera  fon  livre  à  Mr.Bentiey. 

Mr.  Davis  réimprime  QuAftiones  TufcuL 
de  Cic.  Il  ajoutera  à  cette  édition  curas  fe - 
cundaSyde  nouvelles  notes  de  M.  BentleyMï . 
Davis  a  delfein  de  publier  de  la  même  ma-* 
uicre  toutes  les  œuvres  phîlofophi^ues  de  Ci¬ 
céron.  Mr.Needham  travaille  à  une  nouvel¬ 
le  édition  d'Efchyle.  Il  a  les  papiers  de  feu 
Mr. Stanley. 

Mr.  Sloane  ne  travaille  plus  aux  tranfac - 
fions  philosophiques.  Meilleurs  Halley  &c 
Valler  en  font  chargez  ,  &  continuent  de 
les  publier. 

DE  HOLLANDE  ,  DE  LA  HAYE. 

L’édition  de  Virgile  ,  avec  les  commen¬ 
taires  de  Servius  &  les  notes  de  Pierius  Vale - 
rianus ,  à  la  quelle  Moafieur  Mefyika  pré¬ 
sidé  ,  va  paroîcre. 


I$t  Mémoires  four  l'H'tftoire 

D  UT  RE  C  HT. 

Mr.  Reland  fait,  imprimer  un  ouvrage 
curieux  de  Mr.  Ton  frere,  ce  font  des  faites 
Confulaires  ,  utiles  pour  bien  entendre  le 
Code  de  Juftiuien  &  le  CodeThéodolicn. 

F  a  fil  Confulares  ad  illufirationem  Codicis 
Jufiinianeï  ac  Theodofiani  fecun  him  ratioues 
temporum  digefli ,  &  authoritate  feriptorum 
4tc  lapidurn  veterum  confirmati.  In  8°. 

Nous  avons  du  même  Auteur  une  Carte 
du  Japon  plus  détaillée  &  plus  exaéte  que 
toutes  les  précédentes. 

D’ AMSTERDAM. 

On  a  commencé  un  nouveau  Journal  H ol- 
landois  ,  qui  s’imprime  chez  Onder  de  Lin¬ 
den  ,  &  qui  paroît  rous  les  mois  ,  fous  le 
titre  de  Maende  liike  Vittrsckfeli  of  de  boch - 
%aal  dergeleer  vereld- Le  premier  a  paru  au 
mois  de  Juillet  1 71  y. 

DE  PARIS. 

Mr.  l’Abbé  de  Cordemoi  continue  d’é¬ 
claircir  les  matières  controverfées  entre  les 
Catholiques  &  les  Proreftans.  Nous  avions 
de  cet  habile  homme  un  traité  de  l'invoca¬ 
tion  des  Saints  ,  il  a  depuis  peu  fait  impri¬ 
mer  chez  Babuty  un  traité  des  faintes  Ima¬ 
ges  ,  &  il  promet  un  traité  de  l'honneur  dû 
aux  Reliques  des  Saints .  Le  traité  des  fain¬ 
tes  images  qui  paroît  eft  accompagné  de 
trois  opufcules  ,  le  premier  contient  des  re¬ 
flexions  importantes  fur  la  réponfe  des  Doc¬ 
teurs  d'Hclmjlad  à  la  quefiion fi  l'on  peut  fe 
fauver  dans  la  Religion  Catholique t  Le  fé¬ 
cond  eft  la  Conférence  de  Luther  avec  le 
Viable  y  en  Allemand ,  en  Latin  y  &  Fr  an- 


des  Sciences  <&  des  beaux  Arts.  1 83 
fols,  avec  de  nouvelles  reflexions.  La  rroi He¬ 
ine  ,  une  differtation  fur  les  mariages  desnou- 
veaux  réunis.  On  reconnoîtroit  Mr.  i’Abbé 
de  Cordemoi  dans  ces  ouvrages ,  à  la  pure¬ 
té  ,  à  la  clarté  du  ftile,  quand  Ton  nom  n’y 
feroit  pas. 

La  traduction  de  l' Imitation  de  Jefus- 
Chrifi  que  CSfton  a  imprimée  en  Lorraine , 
&  qui  fe  vend  à  Paris  fous  le  nom  du  feu 
JPere  de  Gonnelieu  Jéfuite  ,  n’eft  pas  de  lui  > 
il  n’eft:  Auteur  que  des  réflexions  &  des  priè¬ 
res  ,  on  peut  afturer  qu’il  n’a  aucune  part  à 
la  traduction  imprimée  il  y  a  long  rems  , 
&  que  peut-être  il  ne  l’a  pas  vue  ,&  on  ne 
po  urroic  fans  injuftice  lui  imputer  les  fau* 
tes  confiderablcs  &  les  erreurs  de  cette  tra¬ 
duction. 

Ribou  &  Saugrin  ont  imprimé  deux  li¬ 
vres  fur  le  même  fujet ,  fur  ce  qui  doit  atti¬ 
rer  la  curiolîté  dans  Paris  &  aux  environs 
de  Paris. 

Le  voyageur  fidelle  ,  ou  le  guide  des  étran¬ 
gers  ,  cheXj  Ribou. 

Les  curicjitez,  de  Paris ,  de  Verfailles  &  de 
Marly ,  chm  Saugrain. 

La  defcription  de  Paris  ,  par  Mr.  JBriee ,  eft 
plus  ample  &  plus  exaéte  ,  pour  ce  qu’il  y 
a  de  curieux  dans  cette  grande  Ville;  mais 
il  ne  parle  point  de  Verfailles,  ni  de  Marly. 
Nous  avons  une  defcription  de  Verfailles 
par  M.  Piganiol  ,  qui  elteftimée. 

Parmi  tant  d’abregez  de  l'hifloire  Romai¬ 
ne  ,  rant  de  méthodes  pour  l’apprendre, 
nous  n’en  avons  point  de  ft  complété ,  de  ü 


i?4  Mémoires  pour  l' H ifioire 
judicieufc  ,  de  fi  claire  ,  de  Ci  purement  e'eri* 
re ,  que  celle  que  Mr.  I  Abbé  de  Bellegarde 
vient  de  dédier  à  Monfcigneur  ic  Duc  de 
Chartres ,  elle  eft  imprimée  chez*  Kobufiel • 

Avis. 

Plufieurs  perfonnes  qui  aiment  les  Let¬ 
tres  ,  &  dont  quelques-unes  font  dans  un 
rang  élevé,  nous  preftent  depuis  a(Tcz  long- 
tems  de  propofer  dans  nos  Mémoires  des 
queftions  propres  à  exercer  les  fçavans ,  & 
d’y  donner  des  defteins  de  livres.  Nous 
avons  conçu  l’utilité  de  ce  qu  on  deman- 
doic  de  nous,&  nous  avons  attendu  la  nou^ 
vclle  année  pour  commencer  à  rendre  ce 
fervicc  au  public. 

.  Nous  propoferons  chaque  mois  deux 
queftions  ,  une  fur  l’Ecriture  ,  l’autre  fut 
1  Hiftôire  ,  la  Littérature ,  la  Phyfique  ,  ou 
les  Mathématiques  ;  nous  inférerons  dans 
nos  Mémoires  ies  differtations  auxquelles 
ces  queftions  auront  donné  lieu  ,  pourvu 
qu’elles  n’excedent  pas  une  feuille  d  im- 
prelïion  ,  &  qu’elles  donnent  un  nouveau 
jour  à  la  difficulté.  Il  faudra  nous  les  faire 
tenir  porc  payé. 

Pourles  defteins,nous  en  uiuftjuerons  cha¬ 
que  mois  trois ,  ou  quatre ,  dans  tout  gen¬ 
re  de  literature  ,  &  nous  aurons  foin  de 
n’en  point  propofer  que  de  conformes  au 
goût  du  public  &  des  Libraires.  Peutêcrc 
exciterons  nous  nar  là  au  travail  d’excellcns 
Janvier  171^. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  i  £  y 

«fprics  qui  languillent  dans  i’oiliveté.N'ous 
apprendrons  du  moins  à  ceux  qui  ne  haïf- 
fcnc  pas  le  cravail  ,  à  travailler  utilement  : 
trouver  un  beau  delîcin  effc  fouvent  ce  qui 
coûte  le  plus  ,  quand  on  veut  devenir  Au¬ 
teur. 

Cui  le  Ü a  pot  enter  erît  res 

Nec  facundia  deferet  hune  nec  lue i dus 
or  do. 

Quefiions  propofées. 

Sur  l’Ecriture  :  Que  doit-on  penfer  de  la 
lumière  que  Dieu  créa  le  premier  jour? 
Et  qui  faifoit  le  jour  &  la  nuit  avant  que 
le  folcil  fut  créé? 

Sur  la  Littérature.  Quelle  étoit  la  forme 
des  anciennes  galeres  ,  faut- il  fuivre  l’an¬ 
cien  fylteme  expliqué  par  Baif ,  ou  le  nou¬ 
veau,  dont  Jofeph  Scaliger  cft  l’Inventeur  ? 
Le  faltueux  Meibonius  a-t-il  jetté  quelque 
nouvelle  lumière  fur  un  fujet  fi  obfcur  ? 

Deffeins  de  Livres. 

On  a  rraduit  depuis  quelques  années  pla¬ 
ceurs  ouvrages  de  Cicéron  ;  les  deux  li¬ 
vres  de  la  nature  des  Dieux  ,  meriteroienr 
qu’on  les  traduifift  ,  il  faut  un  Traducteur 
habile. 

Meilleurs  Pcrizonius  ,  Kuhnius  &  Le- 
derlin  ,  ont  travaillé  beaucoup  &  très- 
utilement  fur  l'hifiolre  diverfe  d' Elien\  per- 
fonnel  ne  travai liera- t’il  fur  l'hifioire  des 
animaux  du  meme  Auteur  ,  préférable  à 
fon  hiftoire  diyerfe. 


1 8  6  Mémoires  pour  l'Hiftoîre 

Mr.  de  Grimareft  a  lai Hc  imparfaite  l'tiüf- 
toire  du  Roi  de  Suede  ,  il  faudroit  la  conti¬ 
nuer,  ou  plutôt  en  compofcr  une  nouvelle. 

Nous  n’avons  point  d'bifioire  complété 
des  Turcs  ,  qui  foit  bien  écrite. 

Quelqu’un  n’entreprendra-t-il  pas  la 
traduftion  fidelle  d-s  ouvrages  polémiques 
de  Saint  Auguflin  ,  avec  des  analyfes  exac¬ 
tes  &  des  remarques  y  où  fans  prendre  au¬ 
cun  parti ,  on  cherchât  fincerement  &  ju- 
dicieufemcnt  à  mettre  dans  tout  leur  jour 
les  véritables  fentimens  de  ce  grand  Doc¬ 
teur  ? 

Les  Aîemans  &  les  Anglois  ont  dans 
leur  langue  cent  livres  qui  manquent  â 
ceux  qui  n’entendent  ni  l’Aieman  ,  ni 
l’Anglois.  Ce  feroir  s’occuper  utilement 
pour  le  public  ,  que  de  déterrer  ce  s  tréfors* 
Nous  n’en  indiquons  prefenrem,ent  que 
deux. 

Le  theatre  des  prétentions  des  Princes  de 
l'Europe  ,  imprimé  en  Aleman  il  y  a  en¬ 
viron  deux  ans. 

La  fuite  du  Spectateur .  On  en  a  imprimé 
en  Hoilande  un  tome,  traduit  de  i’Anglois 
en  François.  Ce  qui  refte  à  traduire  vaut 
mieux  que  ce  qu’on  a  traduit. 


ï  I  N. 


TABLE 

Des  Mémoires  pour  THiftoire  des 
Sciences  &  des  beaux  Arts.  Mois 
de  Janvier  1716. 

Art.  1/^.  G.  L.  De  origine  Francorum 
Dilcjuifitio.  Recherche  de  l' o- 
rigine  de  François  par  Godefroy  Guillau¬ 
me  ,  Baron  de  Leibnits.  Page  i 

Art.  II.  Reflexions  du  P.  Tournemine  ,  fé- 
fuite  y  fur  la  diflertation  de  Mr.  de  Leib¬ 
nits-,  touchant  l  origine  des  François,  p.io 
Art.  III.  Bibiiotheca  Coifliniana  ,  olim 
Segueriana  &rc.  La  Bibliothèque  de  Coif- 
lin  ,  auparavant  de  Seguier  ,  ou  la  def- 
cnption  de  tous  les  manuferits  Grecs  qui 
s  y  trouvent.  Par  le  Pere  de  Montfaucon 
Bénédictin.  p.  it 

Art.  IV.  Remarques  fur  un  manuferit  de  la 
bibliothèque  Seguier  ,  que  le  P.  de  Mont- 
faucon  a  imprimé  comme  une  lettre  du  fé¬ 
cond  Concile  de  Nlcée  à  l'Eglife  d  A,- 
lexandrie.  p.  40 

Art.  V.  Atlas  hiflorique  ,  ou  nouvelle  in¬ 
troduction  a  l'hifloire  ,  à  la  Chronologie  , 
if  a  la  Géographie  ancienne  &  moderne  , 
Par  Mr .  C  . . .  avec  des  dijfertatïons  de 
Mr.  Gueudeville.  P-4Ç 

Art.  VI.  Reflexions  morales ,  avec  des  notes 
fur  les  Aides  de  Apôtres  ffc.  p.  97 

Art.  VII.  AAKKDrONOS  Prrûç©-  WUù- 
.  Lettres  du  Rhéteur  Alciphron}  avec 


TABLE. 

Sine  traduction  des  corrections  &  des  no* 
tes  d  Etienne  Bergler.  p.  103 

Art.  VIII.  Hiftoire  Chronologique  du  der¬ 
nier  fié;  le,  p.  109 

Art.  IX.  Obfervations  &  maximes  fur  les 
matières  criminelles .  p.  110 

Art.X.  Nouveau  traité  d' éducation.^.  113 
Art.  XL  Nouvelle  méthode  ce  guérir  les 
fifiules  lacrymales  ,  ç&c.  par  Air.  Anel 


Docteur  en  Chirurgie.  p.  117 

Art.  XII.  Gu -ri fond  un  Aneurifme  fingu- 
lier  par  le  meme  Air.  Anel.  p.  16$ 

Art.  XIII.  Nouvelles  Literaires. 

D' Allemagne  ,  de  Gufirou.  p.  17 1 

De  Stendel.  ibid. 

D e  Volfe mbutel.  p.  172. 

De  Gofiar.  ibid. 

■  D'iena.  n  p.  173 

De  Lipfic.  P*I74 

De  Vienne.  p.  175 

De  Lucerne.  p.  176 

De  Francfort.  p.  1 7  7 

D' Italie  ,  cte  Meffine .  ibid. 

De  Naples.  idib. 

De  Rome.  p.  178 

D' Angleterre ,  de  Londres.  ibid. 

D'Oxford.  p.  180 

D'Vtrecht.  p.  182, 

D*  Am  fier  dam.  ibid. 

De  Farts,  ibid. 


Fin  de  la  Table. 


MEMOIRES 

POUR 

L’HISTOIRE 

DES  SCIENCES 

E  T 

.  des  beaux  arts. 

Février  1716, 


/ 


CES  MEMOIRES  ONT 
commencé  au  Mois  de  Janvier 
1 70 1 .  8c  fe  vendent  15  T.  le  mois 
en  blanc,  &  broché  1 6  f. 


Année 

1701. 

9.  vol. 

— . — 

1701. 

I  Z.  V. 

— 

1703. 

II.  V. 

■■■  —  ..... 

13.  V. 

1705. 

II.  V. 

— 

1706. 

1 1.  V. 

— — . 

1707. 

II.  Y. 

— 

1708. 

II.  V. 

. - 

1702. 

II.  V. 

1710. 

II.  Y. 

■■■-  ... 

1711. 

i  t.  v. 

- - 

1711. 

II.  V. 

— 

1713* 

II.  V. 

— 

1714- 

II.  V. 

— — 

1715. 

II.  V. 

1716. 

.1  V. 

On  trouve  à  Paris  chez,  E.  Ganeau  les 
Journaux  de  Verdun  depuis  leur  commence - 
ment  jufyuà  prefent  ,  &  tous  Us  mois  il 
débité  les  nouveaux . 


MEMOIRES 

POUR 

L’HISTOIRE 

Des  Sciences  &  des  beaux  Arts. 

Recueillis  par  l'Ordre  de  Son  Alte/fe 
Serenijfime  Monfeigneur  Prince 
Souverain  de  Bombes . 

Février  1716. 


A  TREVOUX, 

Chez  Etienne  G  a  ne  au, 
Libraire  de  Paris,  &  Directeur  de 
l’Imprimerie  de  S.  A.  Sereniüime 
Monfeigneur  Prince  Souverain  de 
Dombes. 

*  M.  D  C  C  X  V  I. 

Avec  Privilège  &  Approbation* 


. 


. 


MEMOIRES 


POUR  V  HISTOIRE 

des  Sciences  &  des  beaux  Arts. 

Février  1716. 


Article  XIV. 

COMMENTATIO  HISTORICA 
decoronis,  tam  antiquis  ,  qtiam 
moderms,  iifque  Regiis  &c.  C'efl 
à  dire  ,  Recherches hijloriques  de  ce 
qui  concerne  les  couronnes  ,  tant  an - 
tiennes  que  modernes ,  &  celles  des 
Rois ,  &  en  particulier  la  facrée ,  An¬ 
gélique  &  Apoftolique  couronne  de 
Hongrie  ,  avec  des  planches  en  taille 
douce .  Par  Martin  Schmeiz,el  de  la 
Couronne  ou  de  Cronftat  en  Tranfil- 
xanie .  A  Iene  ,  chez  Jean  Mar¬ 
tin  Gollner  ,  1713.  In  quarto  pa¬ 
ges  237.  Et  un  traité  des  ornement 
Février  17 16.  1  üj 


î88  Mémoires  pour  l'tii flotte 

Royaux  de  Hongrie  en  quarante  pa- 
g*s- 


E  fouvenirde  la  patrie  a 
déterminé  l’Auteur  dans 
le  choix  de  Ton  fujet  :  né 
à  la  Couronne, que  les  Ale- 
mans  nomment  Cronftat  en  Tran- 
lilvanie ,  il  s'eil  appliqué  à  la  recher* 
che  de  ce  qui  concerne  les  Couron¬ 
nes.  Il  a  été  prévenu  dans  ce  defTein 
par  Pafchafius ,  qu’il  reconnoît  lui 
avoir  été  d’un  grand  fecours ,  &  par 
plufieurs  autres  qui  en  ont  traité  in¬ 
cidemment. 

Il  commence  par  l'étymologie  du 
nom  de  Corona  ,  Couronne  ,  &  il  la 
trouve  dans  le  Grec  Hoçœvn ,  x.of«vk, 
qui  lignifie  le  fommet  d’une  chofe, 
ou  ce  qui  eft  ajouté  à  l’extremité  & 
au  haut  de  quelque  chofe.  Cette 
étymologie  cft  fans  doute  plus  na¬ 
turelle  que  celle  qu’Apion  &  Feftus 
tirent  de  &  %oph mv  >  danfe  & 

danfer  ;  parce  ,  dilent-ils  5  que  ceux 
quidanfoient  fe  mettoient  des  cou¬ 
ronnes  fur  la  tête.  Il  remarque  que 
le  mot  Latin  Corona  a  diverfes  ligni¬ 
fications  ,  car  outre  la  commune .  & 
Février  1716. 

J 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  1 85? 
qui  eft  la  feule  dont  il  s’agit  ici  ,  co- 
rona  fignifie  une  aflemblée  de  per- 
fonnes,  ou  pour  écouter  un  Orateur, 
ou  pour  affifter  au  fpeélacle. 

Fut-  ce  ou  Saturne ,  ou  Jupiter ,  ou 
Janus  ,  ou  Bacchus,  qui  les  premiers 
fe  donnèrent  des  couronnes  ;ou  fi  les 
Grâces  en  ornèrent  la  tête  de  Pan¬ 
dore  <  Quoi  qu'il  en  foit  delà  Fable, 
il  eft  certain  quefufage  en  eft  très 
ancien.  L’Auteur  après  Pafchalius , 
en  attribue  l’origine  à  l’intempé¬ 
rance  &à  lyvrognerie.  Les  gens, 
dit-il  ,  déterminez  à  bien  boire  ,  fe 
faifoient  un  bandeau  de  ce  qu'ils 
trouvoient  fous  leurs  mains ,  afin  de 
fe  fortifier  la  tête  contre  les  vapeurs 
du  vin.  Delà  vient  ,  continue  t- il-, 
qu’entre  les  appareils  d’un  feftin  il 
eft  toujours  fait  mention  d’eflence 
&  de  couronnes  a : 

1,  pete  unguentum ,  puer  ;  &  coron  as , 
Et  Cadum  Marfi  memorem  duelit , 

On  aime  mieux  en  croire  Pline  b, 
qui  dit  qu’anciennement  les  cou¬ 
ronnes  n  étoient  que  pour  les  Dieux  : 
Homere  ne  les  met  que  dans  le  ciel , 
a  Horatius  /,3.  Od.  14. 

Février  1716,  I  iiij 


Ï90  Mémoires  pour  iHifloire 

&  ne  les  donne  qu'à  l'armée  vi&o- 
rieufe  ,  &  jamais  à  nul  combattant. 
On  dit  que  Bicchus  fut  le  premier 
qui  s'en  mit  une  de  lierre  fur  la  tête. 
Enfuite  les  Sacrificateurs  pour  ho¬ 
norer  les  Dieux  prirent  des  couron¬ 
nes,  &  couronnèrent  les  vi&tmes. 
Enfin  ,  les  vainqueurs  dans  les  jeu# 
facrez  reçurent  une  couronne ,  &  de 
là  vicntque  ceux  qui  triomphenten 
portoient  une  qu’ils  conlacroient 
dans  les  Temples. 

Après  cette  efpece  de  préface  fur 
le  nom  &  i’origine  des  couronnes, 
l’Auteur  partage  fon  ouvrage  en 
quatre  ferions  ,  dont  la  première 
eft  de  l’ufage  des  couronnes  dans 
l’antiquité:  les  unes  étoient  pour  la 
paix  ,  &  les  autres  pour  la  guerre. 

Entres  les  couronnes  depaix,pour 
parler  comme  l’Auteur,  celles  des 
feflins  tiennent  avec  raîfon  le  pre¬ 
mier  lieu  ,  puifque  félon  lui  elles 
font  les  plus  anciennes.  Le  bandeau 
qui  fervoitdabord  à  lier  la  tête  ,  fur 
changé  en  branches  d'arbres  les  plus 
pliables,  le  lierre  fut  préféré  aux  au¬ 
tres  ,  parcequ’il  a  la  vertu  de  modé¬ 
rer  le  feu  que  le  vin  porte  à  la  tête,& 
février  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  îpf 

Bacchus  en  fit  des  couronnes  à  Tes 
Bacchantes.  C’eft  pourquoi, au  juge¬ 
ment  de  Plutarque ,  il  mérité  d’être 
eftimé  l’inventeur  de  la  Médecine, 
non  feulement  pour  avoir  trouvé 
le  vin  quiefl  un  fi  excellent  médica¬ 
ment  y  mais  pour  avoir  appris  à  re¬ 
médier  par  des  couronnes  de  lierre 
au  mal  que  caufe  l’excès  du  vin. 

Aux  branches  d’arbres  fuccede- 
rent  bientôr  les  fleurs  ,  &  la  rofie  eut 
aufli  la  préférence  ,  comme  étant 
le  fymbole  du  filence  ,  &  un  aver- 
tiflement  aux  beuveurs  de  ne  pas 
fe  laiffer  échapper  leurs  fecrets.  Le 
luxe  allant  toujours  en  croiflant, 
au  défaut  des  fleurs  naturelles ,  qui 
manquoient  pendant  l’hyver  ,  on 
eut  recours  à  des  fleurs  artificielles, 
on  y  employa  l’or  &  l’argent  :  Ta¬ 
cite  a  &  Athenée  b  parlent  de  ces  ri¬ 
ches  couronnes.  Enfin,  tout  fut  cou¬ 
ronné  ,  les  valets  qui  fervoient  à  ta¬ 
ble  ,  les  plats ,  les  coupes. 

Une  coutume  qui  ne  tendoit  qu  a 
ladiflolution&  àla  débauche, ne  con- 
venoient  pas  aux  mœurs  des  Chré¬ 
tiens  :  Tertullien  ,  Minutius  Félix,  - 
a  L.  i.  ann.  r.57.  b  L.a.  c.p. 

Février  1716.  I  v 


T  9z  Mémoires  four  l'Hi jloire 

&  Clement  d’Alexandrie  ,  ont  écrit 
contre  l’ufage  des  couronnes ,  &  les 
Empereurs  Arcadius  &  Honorius 
le  défendirent  par  une  loi  expreffe^ 
C’étoit  principalement  aux  no¬ 
ces  qu’on  fe  couronnoit  ;  l’époux  & 
l’époufe  portoient  des  couronnes  or¬ 
dinairement  de  myrte  ,  quelque¬ 
fois  de  fleurs  ,  &  quelquefois  aufli 
enrichies  de  pierres  précieufes  :  cel¬ 
le  de  l’époux  étoit  mêlée  de  balfa- 
mine  ou  de  creflon  ,  avec  le  myrte. 
Toutes  lesperfonnes  invitées  à  la  fe- 
te  &  tous  les  domeftiques  avoient 
des  couronnes,  la  porte  du  logis  en 
étoit  ornée.  Les  Juifs  convenoient 
en  cela  avec  les  autres  peuples  :  &  il 
eft  fait  mention  de  couronnes  nup¬ 
tiales  dans  les  cantiques  ch.  3.  v.  it. 
dans  lfaïech.6i.v.io.Si  lesChrétiens 
dans  les  premiers  tems  rejetterent 
ces  couronnes ,  ils  les  reprirent  bien¬ 
tôt  :  S.JeanChryfoftome*  en  parle, 
&  le  Rituel  des  Grecs  marque  des 
oraifons  pour  les  bénir. 

Dans  les  fêtes  &  les  réjouïfïances 
publiques  tout  le  peuple  prenoit  des 
couronnes  de  fleurs.  Les  Athéniens 

*  H om.9.  in  1.  Timotb. 
févriei:  1716. 


des  Sciences  ô  des  beaux  Arts.  19$ 

honorèrent  ainfi  le  retour  de  Pho- 
cion  ,  &  les  Romains  témoignèrent 
ainfi  leur  joye  de  fe  voir  délivrez  de 
Néron. 

L’ufage  des  couronnes  pafla  juf- 
qu’aux  morts ,  aux  funérailles  &  aux 
tombeaux  ,  qui  furent  ornez  de  cou¬ 
ronnes.  Scipion  l’Africain  a  été  le 
premier  à  qui  les  Romains  ayent  dé¬ 
féré  cette  forte  d'honneur.  Hannibal 
l’avoit  fait  vingt  trois  ou  vingtqua- 
tre  ans  auparavant  à  Marcus  Marcel- 
lus  ,  qui  combattant  vaillamment 
avoit  été  défait  &  tué  ;  car  il  fit  por¬ 
ter  fon  corps  au  bûcher  avec  une 
couronne  de  laurier  fur  la  tête,  & 
envoya  fes  cendres  à  fa  famille  dans 
une  urne  couverte  d’une  couronne 
d’or. 

On  n’a  encore  vû  les  couronnes  em¬ 
ployées  qu’en  des  a&ions  ou  des  oc¬ 
currences  communesà  tous  les  hom¬ 
mes  :  elles  le  furent  aufli  dans  le  cul¬ 
te  rendu  aux  Dieux  ,  comme  une 
parure  pour  leurs  fïatuës ,  pour  les 
Sacrificateurs ,  les  viétimes ,  les  au¬ 
tels  ,  les  portes  des  temples. 

Enfuite  l’Auteur  diftingue  des 
couronnes  d’honneur  ,  &  des  cou- 
Fevrier  1^1 6*  I  vj 


i<>4  Mémoires  pour  l'Rifioiie 
ronnes  de  vertu.  Les  premières  font 
un  témoignage  d’eftime  :  ainfi  les 
Carthaginois4,  envoyant  des  Am- 
baffadeurs  féliciter  le  peuple  Ro¬ 
main  de  fa  victoire  fur  les  Samnites , 
lui  firent  prefenter  une  couronne 
d’or  du  poids  de  vingt  cinq  livres  , 
ou  d’environ  feize  marcs  &  fix  on¬ 
ces  :  ainfi  Alexandre  b  après  fa  vic¬ 
toire  fur  Darius  ,  reçut  de  toutes 
parts  tant  de  couronnes  que  le  poids 
en  monta  à  2500  talens  :  &  l’Auteur 
fait  mention  des  deux  couronnes 
d’or  que  Louïs  XIII.  après  la  naif» 
fance  du  Dauphin,  afin  d’en  mar¬ 
quer  fa  reconnoiflance  à  la  Mere  de 
Dieu  y  envoya  à  Lorette  ,  l’une  pour 
être  mife  fur  la  têre  de  la  Sainte 
Vierge  ,  &  l’autre  fur  celle  du  petit 
Jésus. 

Au  contraire  ce  fut  un  terrible 
fupplice  à  George  Szekeli ,  chefdes 
païlans  révoltez  de  T ranfilvanie  ,  & 
à  un  autre  chef  des  révoltez  en  Si. 
cile,  d’avoir  la  tête  grillée  par  une 
couronne  de  fer  rouge  :  on  a  mis 
par  dérifion  des  couronnes  de  pa¬ 
pier  fur  la  tête  des  rebelles,  en  les 
conduifant  au  fupplice.  Ces  cou- 

?  Tit.  liv.  I.7.  c,  2.7.  b  Ath «  /.  1 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  i  pj 
ronnes  infâmes  donnent  occafion  à 
l’Auteur  de  parler  de  la  couronne 
d'épine  dont  les  foldats  couronnè¬ 
rent  nôtre  Sauveur  Jesus.Christ  : 
&  il  approuve  le  fentiment  de  We- 
delius  ,  qu’elle  fur  faite  débranchés 
de  rofier  ,  qu'ils  trouvèrent  bien¬ 
tôt,  n’étant  pas  vraifemblable  qu’ils 
ayent  couru  dans  les  champs  cher¬ 
cher  des  épines. 

Sans  doute  la  vertu  mérité  d'être 
couronnée  :  &  elle  l'a  été  en  la  per- 
fonne  deThemiftocle,à  qui  les  Lacé¬ 
démoniens  firent  prefent  d’une  cou¬ 
ronne  pour  avoir  par  fa  fagefle  fauve 
la  Grèce  >  de  Démofthene  ,  que  les 
Athéniens  honorèrent  d’une  couron¬ 
ne  en  reconnoiflance  de  ce  qu'à  fes 
propres  frais  il  avoit  fait  réparer  les 
murs  de  leur  ville.  L’Auteur  met  au 
nombre  de  ces  couronnes  de  vertu 
celles  des  Poètes.  Il  leur  étoit  permis 
dans  les  premiers  tems  de  fe  ceindre 
eux  mêmes  la  tête  delierre,de  myr¬ 
te,  de  fleurs,  de  laurier  :  mais  l’Em¬ 
pereur  Domitien  ayant  inftitué  les 
jeux  Capitolins  à  Rome  ,  la  couron¬ 
ne  de  poëfie  devint  un  prix  qu  ’il  fal¬ 
lut  difputer ,  &  attendre  des  Juges 

Février  1716, 


I  cf6  Mémoires  pour  r  Ht  [loin 
nommez  par  l’Empereur.  On  fçait 
quel  honneur  fe  fit  Pétrarque  d’a¬ 
voir  été  couronné  Poëte  à  Rome  Tan 
1341. par  l’ordre  de  Robert  Roi  de 
Sicile  &  du  Sénat  Romain.  Frideric 
III.  renouvella  cette  ^ancienne  cou¬ 
tume  :  il  couronna  Poëte  Enée  Syl- 
vius,  &  en  1478.  Conrad  Celtes  "fut 
le  premier  des  Allemans  qui  ayenc 
reçu  cet  honneur.  Fridericfit  plus  , 
car  il  ordonna  que  dans  l’Univerfité 
de  Vienne  la  Poëfie  fift  une  cinquiè¬ 
me  Faculté ,  qui  donneroit  des  cou¬ 
ronnes  de  laurier  à  ceux  qu'elle  en 
jugeroit  dignes  ;  de  là  viennent  ces 
Laure  ati  PoetœCœfarei. 

Des  couronnes  furent  aufli  le  prix 
de  l’agilité  &  de  la  force  du  corps 
dans  les  Jeux  de  la  Grèce  :  les  vain¬ 
queurs  étoient  couronnez  d'olivier 
fàuvage  aux  Jeux  Olympiens ,  de 
laurier  aux  Pythiens,  de  perfil  aux 
Néméens,  de  pin  auxlfthmiens. 

De  ces  combats  qui  fe  faifoient  au 
milieu  de  la  paix  &  pour  le  plaifir 
des  fpe&ateurs ,  l’Auteur  pafTe  aux 
couronnes  militaires.  Aulugelle  * 
en  compte  de  fept  fortes  >  Triu?vpba- 

L%  y  •  c •  6 • 

Février  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  1 97 
lem ,  Ovalern  ,  Obfidtonalem ,  civïcam , 
Muraient ,  Ca(henfemy  Navalem. 

i°.  Un  Général  des  armées  Ro¬ 
maines  ,  qui  par  une  conquête  ou 
par  une  vi&oire  lignalée ,  avoit  mé¬ 
rité  l’honneur  du  triomphe ,  y  pa- 
roifloit  avec  une  couronne  fur  latête 
de  deux  branches  de  laurier  noüées 
d’un  ruban  blanc  par  derrière  ,  &  il 
fe  faifoit  porter  au  dellus  de  la  tê¬ 
te  une  couronne  d’or  ordinairement 
fortpefante  :  celle-ci  étoit  propre¬ 
ment  la  couronne  triomphale ,  qu’il 
confacroit  à  Jupiter  dans  le  temple 
du  Capitole.  Dans  la  pompe  du 
triomphe  il  faifoit  aufli  porter  les 
couronnes  dont  les  Rois  étrangers  , 
les  peuples,  les  villes, lui  avoient  fait 
préfent  pour  4e  féliciter  :  on  en 
compta  deux  cens  douze  au  triom¬ 
phe  de  Cneius  Manlius  ,  &  282.2. 
quand  Céfar  triompha. 

2°.  L’Ovation  étoit ,  pour  ainfi  di¬ 
re  ,  un  demi  triomphe  celui  qui 
l’avoit  obtenu  portoit  une  couronne 
de  myrte,  &  quelquefois  de  laurier. 

30.  Avoir  dans  le  combat  fauvé  la 
vie  à  un  citoyen  ,  c’étoit  mériter  une 
couronne  nommée  civique  ,  civica  3 
lévrier  1716. 


1 9  S  Me  moires  pour  ï  Hi  fîoire 

&  qui  étoic  d’une  branche  de  chê¬ 
ne  :  elle  étoic  prefentée  &  mife  fur 
la  tête  par  celui  qui  écoit  redevable 
de  la  vie. 

4°.  On  donnoit  des  couronnes  d’or 
pour  récompenfer  la  valeur  de  ceux 
qui  les  premiers  penetroient  dans  le 
camp  des  ennemis ,  ou  montoient  les 
premiers  fur  le  mur  d’une  ville  affié- 
gée  :  elles  fe  nommoient  vallares ,  & 
murales. 

5°.  Dans  les  combats  fur  mer  ,  ce¬ 
lui  qui  à  l’abordage  fautoit  le  pre¬ 
mier  dans  le  vaiffeau  ennemi  ,  rem- 
portoit  aufli  une  couronne  d’or,  qui 
ctoit  appellée  navalis .  Dion  &  Vel- 
leius  Paterculus  rapportent  comme 
une  chôfe  finguliére  ,  qui  n’avoic 
point  eû  d’exemple  auparavant ,  & 
qui  ne  fut  point  fuivie  dans  la  fuite, 
qu’Augufle  après  la  victoire  navale 
d’Actium  donna  une  couronne  d’or, 
clajficam ,  à  Agrippa,  qui  avoit  com¬ 
mandé  fa  flotte  :  toutefois  Pline  *  dit 
que  Pompée  en  avoit  donné  une  à 
Marc  Varron  dans  la  guerre  contre 
les  Pirates. 

6°.  Quand  on  avoit  forcé  les  en- 

^  L»  y*  c»  30.  &  L%  ç% 

Février  1716, 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  i  €>p 
nemis  à  lever  le  fiége  d'une  ville, 
on  porcoit  une  couronne  faite  d'her¬ 
bes  :  les  Romains  en  donnèrent  une 
à  Fabius  Maximus,  comme  au  Libe- 
raceur  de  Rome  même. 

%  Toutes  les  couronnes  dont  jufqu'i- 
ci  1  Auteur  a  traité  dans  la  première 
feéb'on  ,  n'étoient  que  pour  des  par¬ 
ticuliers,  &  en  certaines  occalions  : 
il  le  propofe  un  fujet  plus  relevé  dans 
la  fécondé  ,  &  c'ell  la  couronne  des 
Rois.  Dans  PAlie  les  Rois  des  Par- 
thes,  des  Perfes,  de  Syrie ,  de  Phry- 
gie,  de  Pont,  &  les  autres,  ceux 
d'Egypte ,  ceux  de  Macedoine,  fe 
ceignoient  le  front  &  la  tête  d'un 
bandeau  qui  faifoit  plulieurs  plis, 
&  fe  nommoit  diadème  ;  en  force 
que  ce  qui  leur  couvroit  la  tête  ne 
différoit  guéreduTurban  desTurcs, 
Enon  que  le  bandeau  étoit  noiié  der¬ 
rière  la  tête.  Il  eft  vraifemblable  par 
le  livre  2.  des  Rois  ch.  1.  v.  io. 
que  Saiil  fe  donna  un  femblable  dia- 
deme  :  mais  il  eft  écrit  au  même  li¬ 
vre  ch.  12.  v.  30.  que  David  fe  mit 
fur  la  tête  une  couronne  d'or  du 
poids  d’un  talent,  &  ornée  de  pier¬ 
reries  ,  laquelle  il  trouva  entre  les 
Février  1716. 


ioo  Memotres  pour  ÏHiJloire 

dépouilles  du  Roi  des  Ammonites 
qu'il  avoir  vaincu.  Le  poids  énorme 
d’un  talent,  qui  revient  à  environ 
quatre  vingt  dix  de  nos  livres  ,  fait 
de  la  peine  aux  Interprètes ,  &  les 
porte  à  conje&urer  que  cette  cou¬ 
ronne  fut  feulement  fufpenduë  au 
Trône  de  David,  comme  elle  rétoit 
auparavant  à  celui  du  Roi  des  Am- 
monites  ;  ou  qu’elle  fervoit  feule¬ 
ment  en  des  jours  de  cérémonies  , 
étant  foutenue  par  quelque  Officier. 

L’Auteur  dit  que  le  Grand  Conf- 
tantin  fut  le  premier  des  Empereurs 
Romains  qui  prit  le  Diadème,  & 
Juftin  II.  fut  le  premier  à  fe  faire 
couronner  par  les  mains  du  Patriar¬ 
che  de  Conffantinople  &  avec  des 
cérémonies  Eccléliaftiques.  Il  expo- 
fe  enfuite  dans  des  planches  la  figure 
des  couronnes  de  l’Empereur,  &  de 
celles  de  tous  les  Rois  de  l'Euro¬ 
pe  ,  allez  femblables  entre  elles  ,  fi 
non  que  celle  de  France  fe  diftingue 
par  fes  fleurs  de  lis. 

Il  ajoute  dans  laSe&ion  $e  celles 
du  Czar,  de  l’Archiduc  d’Autriche, 
des  Eleéleurs ,  du  Grand  Duc  de 

Février  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  lot 

Tofcane,  des  Doges  de  Venife  &  de 
Gennes. 

Dans  la  4e  Section  il  reprefente  U 
Tiare  du  Pape ,  le  Chapeau  des  Car¬ 
dinaux,  la  Mitre  des  Prélats. 

Il  s’ed  réfervé  à  traiter  plus  au 
long  fur  la  fin  de  Ton  ouvrage  ,  de  la 
Sainte  ,  Angélique  ,  &  Apodolique 
couronne  d’Hongrie  ,  appelles  Sain¬ 
te,  parceque  le  contour  &  les  deux 
demi  cercles  qui  la  ferment  font  or¬ 
nez  des  images  des  Apôtres  &  de 
quelques  Martyrs ,  &  parce  qu’elle 
a  été  envoyée  par  le  Pape  à  un  Saint 
Roi  ,  à  Saint  Étienne  ,  premier  Roi 
Chrétien  de  Hongrie  :  Angélique, 
parce  qu’étant  dedinée  pour  la  Po- 
Jogne  ,  un  Ange  avertit  le  Pape  de 
l’envoyer  à  S.  Etienne:  Apodolique, 
parceque  le  Pape  dit  qu’il  l’envoyoic 
à  un  Roi  qui  étoit  un  Apôtre.  Les 
Hifioriens  ne  conviennent  pas  qui 
ed  ce  Pape  ;  mais  comme  S.  Etienne 
reçut  de  Rome  cette  couronne  en¬ 
viron  l'an  1000.  ce  fut  Silvedre  II. 
qui  lui  en  fit  prefent.  A  en  croire  le 
Comte  de  Rewa  ,  Hidorien  Hon¬ 
grois  ,  Condantin  en  avoir  fait  pre¬ 
fent  au  Pape  S.  Silvedre  ,  qui  l’avoit 

Février  1  716. 


xoi  Mémoires  pour  ÏHi^oirt 
mi fe  dans  le  tréfor  de  PEgÜfe  Ro¬ 
maine  ,  d’où  Silveftre  II.  la  cira.  Si 
c'eft  encore  la  même  qui  vint  alors 
de  Rome  ,  les  Rois  de  Hongrie  ont 
porté  la  couronne  fermée  plufieurs 
fiécles  avant  tous  les  autres  Rois. 

Un  tréfor  fi  précieux  ,  fur  tout  les 
Hongrois  étant  perfuadeZ  que  la  def- 
tinée  de  leur  Etat  en  dépend  ,  a  dû 
être  confervé  avec  beaucoup  de 
foins  ;  c’étoit  autrefois  à  Vifïegrad 
fur  le  Danube  ,  à  trois  ou  quatre 
lieues  au  deflus  de  Bude  ;  &  enfuite 
les  guerres  contre  les  Turcs  ont  obli¬ 
gé  de  tranfporter  la  couronne  à  Pref* 
bourg ,  où  elle  eft  commife  à  la  gar¬ 
de  de  deux  perfonnes  de  la  principa¬ 
le  Noblefle  qui  ont  à  vie  cet  hono¬ 
rable  emploi ,  &  qui  pour  fe  payer 
de  leur  vigilance  lèvent  feptanre 
cinq  deniers  fur  chaque  porte  dans 
tout  le  Royaume. 

Quelque  attention  que  les  Hon¬ 
grois  ayent  à  la  confervation  d’iin 
tel  dépôt ,  il  leur  a  été  fouvent  en¬ 
levé.  Jean  Roi  de  Bohême,  lorfqifil 
alla  retirer  de  Hongrie  fon  fils  Ven- 
ceflas ,  que  les  Hongrois  a  voient  ap- 
pellé  &  couronné,  emporta  la  Sainte 

Février  iyi6 . 


des  Sciences  à  des  beaux  Arts .  io| 
Couronne.  La  Reine  Elizabeth  s’en 
aifit  fubtilement  en  1438.  8c  la  tint 
:achée  jufqu’au  couronnement  de 
^adisflas  Ton  fils  en  1440.  &  puis  s’en 
tant  encore  faifie ,  elle  la^  porta  à 
^euftad  en  Auftriche ,  d’où  le  Roi 
Matthias  Corvin  la  retira  vingtqua- 
re  ans  après,  en  payant  foixante  mil- 
e  écus  d’or  à  l’Empereur  Fride- 
•ic  III. 

Depuis  la  malheureufe  journée  de 
Vlohacs ,  où  périt  Lotiis  Roi  de  Hon¬ 
grie  ,  ce  Royaume  a  été  prefque  con- 
inueliement  expofé  à  la  guerre  con- 
re  les  Turcs ,  ou  agité  de  guerres 
riviles.  En  celle  qui  s’excita  auflitôt 
mtre  l’Empereur  Ferdinand  I.  8c 
[ean  Zapolha ,  la  Sainte  Couronne 
)a(Ta  plufieurs  fois  dun  parti  à  l’au- 
re  ,  8c  jufqu’entre  les  mains  des 
rurcs.  Mais  Ferdinand  ayant  enfin 
>révalu  ,  fit  dépofer  la  Sainte  Cou- 
onne  à  Prague ,  comme  un  gage  de 
a  fidelité  des  Hongrois  :  elle  y  de- 
neura  environ  foixahte  dix  ans,  juf- 
|u’à  ce  que  Rodolphe ,  devenu  Roi 
le  Hongrie  par  la  cefiion  de  l’Empe-» 
eur  Matthias  fon  frere ,  la  remit  ^ 
♦refbourg  l’an  i6o8%BçthlenGaboç 
lévrier  1 716. 


204  Mémoires  youv  l'H  'tftoire 
l'enleva  en  1 643.  &  fous  l’Empire  de 
Léopold  la  crainte  des  Turcs  la  fit 
tranfporter  à  Vienne,  &  de  Vienne 
àLinz  &  à  Paflau. 

Un  accident  qui  penfa  la  faire  per¬ 
dre  eft  mémorable.  Les  Hongrois 
abandonnez  par  Venceflas ,  appelle- 
rent  Otton  de  Bavière,  &  le  cou¬ 
ronnèrent  Roi  en  13 06.  Il  n'etoit  pas 
néanmoins  reconnu  de  tous ,  &  une 
partie  du  Royaume  s’étoit  déclaré 
pour  Charles  d'Anjou  fils  de  Char¬ 
les  le  Boiteux  Roi  de  Naples,  qui 
enfiii  l'emporta  fur  fon  concurrent. 
Otton  mettoit  fa  grande  confiance 
en  la  Sainte  Couronne  ,  qu’il  portoit 
par  tout  avec  lui.  Dans  un  voyage 
qu’il  fit  en  Tranfylvanie,  pour  s'ai- 
furer  de  cette  Province,  il  la  cacha 
dans  un  pot  de  terre  qu’il  confia  a 
quelqu’un  de  fa  fuite  ,  &  que  celui- 
ci  attacha  à  la  Telle  de  fon  cheval  :  en 
marchant  le  pot  caffa  ,  &  la  Sainte 
Couronnetomba  fansque  leCavalier 
s'enapperçût.La  defolationfut  gran¬ 
de  :  Otton  retourna  fur  fes  pas,.& 
trouva  la  Couronne  dans  le  chemin  : 
il  ne  la  garda  pas  longtems,  car  il  tut 
février  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  20  f 

défait  &  pris  par  Ladiflas  Gouver¬ 
neur  de  Tranfylvanie. 

Quant  aux  ornemens  Royaux  de 
Hongrie ,  dont  l'Auteur  fait  un  T  rai- 
té  particulier,  ils  conhftent  en  la  cou¬ 
ronne  ,  le  manteau  &  l'épée  de  Saint 
Etienne,  premier  Roi  Chrétien  ,  en 
des gands  blancs ,  des  fouüers  dorez, 
le  fceptre  en  forme  de  maffuë,  ou 
terminé  en  haut  par  un  globe  ,  la 
pomme  ou  le  globe  furmonté  par 
une  croix  double  ou  Patriarcale.  Ou¬ 
tre  ces  ornemens ,  il  y  en  avoit  au¬ 
trefois  deux  autres  envoyez  aufli  de 
Rome  à  S.  Etienne  ;  &  qui  mainte¬ 
nant  font  perdus  ;  fçavoir,  une  croix 
femblable  à  celle  que  les  Patriarches 
font  porter  devant  eux  ,  &  un 
étendart. 

L’Auteur  a  cela  de  commode  qu’il 
indique  les  autres  Auteurs  qui  ont 
traité  à  fond  ce  qu’il  ne  touche 
qu'incidemment  &  à  Toccahon  de 
fon  principal  fujet  5  comme  font 
les  feftins,  les  funérailles ,  la  ma¬ 
niéré  ancienne  de  fe  vêtir  ,  de  fs 
chauffer, 

Février  1716, 


10  6  Mémoire  spour  THiJloire 

Article  XV. 

GEOGRAPHIE  P  R  ATI  QjV  E  , 
contenant ,  outre  les  inflru  fiions  fuffi- 
fantes  a  rendre  une  perfonne  affez,  ha¬ 
bile  pour  dre jfer  lui  mente  des  Cartes , 
le  moyen  de  trouver  la  longitude  ,  en 
quelque  endroit  du  monde  qu  il  puijfe 
être ,  foit  fur  la  terre ,  ou  fur  la  mer , 
&  de  jour  ou  de  nuit .  Par  iV.  che- 
mereau.  A  Amfterdam  ,  pour  la 
Compagnie,  1715.  In  quarto ,  pa - 
ges  144. 

CEt  ouvrage  eft  divifé  en  deux 
parties  ,  des  principes  de  la 
Géographie  ,  &  des  Observations 
Géographiques-  Il  paroit  n’avoir  été 
eompofé  que  par  rapporta  un  moyen 
que  propofe  l’Auteur  de  trouver  les 
longitudes  :  tout  le  refte  eft  trivial  & 
négligé.  Mais  enfin  avoir  appris  à 
trouver  dans  le  Ciel  de  quoi  s’aflurer 
des  longitudes ,  c'eft  avoir  fait  un 
excellent  livre. 

Voici ,  autant  qu*on  fa  pû  com¬ 
prendre,  la  penfée  de  M.  Cheme- 
reau- 

Févr'w  1716# 


i°.Oa 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  ioj 

i°.  On  peut  pour  tous  les  tems 
connoître  le  véritable  lieu  ,  c'eft-à- 
dire,  la  longitude  &  la  latitude  du 
foleil  &  de  la  lune  :  on  peut  en  faire 
des  tables  exaéles ,  en  fuivant  leur 
mouvement  vrai. 

2°.  Comme  le  foleil  &  la  lune  par 
leur  mouvement  propre  changent 
continuellement  de  dittance  en  cer¬ 
taine  proportion,  on  peut ,  en  comp¬ 
tant  les  méridiens  qui  fe  trouvent 
entre  deux,  connoître  le  tems  qui 
s’eft  écoulé  depuis  leur  conjonélion, 
ou  leur  oppolition.  Sur  cette  con- 
noiflanceon  peutauflî  conflruire  une 
table  qui  marque  leur  éloignement 
du  méridien  ,  où  la  conjonction  s’eft 
.faite &  a  étéobfervée  ;  par  exemple, 
du  méridien  de  l'Obfervatoire  de 
Paris. 

}°.  Suppofonsdoncque quelqu’un, 
le  premier  jour  de  Janvier,  précifé- 
ment  à  midi , ait obfervé  la  conjonc¬ 
tion  du  foleil  &  de  la  lune  au  méri¬ 
dien  de  l’Obfervatoire  deParis,  qu’il 
prend  pour  le  prémier  méridien  ; 
après  quoi  s’e'tant  mis  en  voyage  ,  il 
veut  connoître  la  longitude  du  lieu 
où  il  eft  arrivé.  11  n’a  alors  qu’à  ob* 
f érrier  1 716,  K  - 


îo  8  Mémoires  four  T Hiftoire 

ferver  le  vérirable  lieu  du  foleil  &  de 
Ja  lune  ,  qu  a  compter  les  méridiens 
qui  les  féparent  :  il  a  le  tems  qui  s’eft 
écoulé  depuis  la  conjonction ,  &  par 
conféquent  la  différence  de  tems  & 
d’heures  entre  l’Obfervatoire  de  Pa¬ 
ris  &  le  lieu  où  il  eff  arrivé,  il  a 
donc  trouvé  la  longitude  qu’il  cher- 
choit. 

4°.  Tout  ceci  n’eff:  encore  que  fpé- 
culation  ,  pour  faciliter  la  pratique 
M.Chemereau  met  deux  tables  des 
longitudes  du  foleil  &  de  la  lune  ,  la 
première  depuis  la  conjonction  juf- 
qu’à  loppofition  ,  la  fécondé  depuis 
l’oppofition  jufqu’à  la  conjonction. 
Ces  tables,  comme  il  l'avoue  ,  ne 
font  encore  qu'un  effai ,  &  il  en  fau- 
droit  d'autres  travaillées  avec  plus  de 
précifïon. 

5°.  On  pourroit  de  même,  &  peut- 
être  plus  facilement  &  plus  Pure¬ 
ment  ,  fe  fervir  d’une  étoile  fixe  au 
lieu  de  la  lune. 

On  renvoyé  à  l’Auteur  :  &  on  re-- 
marque  feulement  que  les  inégal itez 
du  mouvement  du  foleil ,  &  fur  tout 
de  celui  de  la  lune  ,  cauferoient  bien 
du  dérangement,  &  rendraient  ce 
moyen  impraticable. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  209 


Article  XVI. 

SALOMONIS  VAN  -  TIL 
Commentarius  de  Tabernaculo 
Mo(is,&  Zoologiafacra  &c.  C’eft 
adiré.  Commentaire  fur  le  Taber¬ 
nacle  de  Mo'ife ,  &  unTraite'  des  ani¬ 
maux  dont  il  eft  parlé  dans  L'Ecritu¬ 
re  ,  compofez,  par  Salomon  Van  Td 
Dotteur  &  Profeffeur  de  Théologie  en 
VUniverfité  de  Leide ,  &  imprimez,  par 
les  foins  de  Hermann  VandeWaf  qui 
a  ajouté  une  difijrtation  touchant  le 
bonnet  ou  la  tiare  des  Prêtres  desJHe - 
breux .  A  Dordrecht ,  chez  Théo¬ 
dore  &Galpar-Jean  Goris ,  &à 
Amfterdamchezjean  Boom,  1714. 

-  In  40.  pages  127.  &  88*  pour  ce  qui 
cfl  de  Van  Ttl ,  80  pour  ce  qui  eft  de 
Van  de  WaL 


UN  long  éloge  de  Van-Til  tient 
lieu  de  préface  en  ce  volume. 
Il  naquit  à  W efop  proche  d’ Amfter- 
dam  l’an  1643.  &  s’appliqua  à  l’étu¬ 
de  de  l’Ecriture  fainte  dans  le  def- 
feîn  de  parvenir  à]  être  Miniftre.  A 
quoi  il  trouva  d’abord  deux  grands 
obftacles  :  le  premier  fut  qu’il  avoir 
février  1716,  K  ij 


1 1 0  Mémoires  four  l'Hiftoire 
la  langue  empêchée  ,  &  ne  pouvoir 
prononcer  certains  mots  :1e  fécond 
qu’il  avoit  pris  les  opinions  de  Coc- 
ceïus  ,  fi  fort  décriées ,  que  les  Mi¬ 
nières  qui  en  étoient  foupçonnez 
étoient  menacez  d  une  dépohtion. 
AinbVan  Til,au  cas  qu’il  neréüflifè 
pas  de  ce  côté  là  ?  fe  prépara  une  ref- 
fource  en  étudiant  la  Medecine. 
Mais  enfin  il  corrigea  le  défaut  de 
fa  langue  par  l’exercice ,  &  en  fe  fa|' 
fane  un  èyle  particulier  ,  ou  il  évi- 
toit  les  mots  qui  lui  faifoient  delà 
peine  :  &  d’ailleurs  les  fentimenS  de 
Cocceïus  cefferent  d’être  il  odieux. 
11  obtint  donc  d’être  Minière,  &  ce 
fut  premièrement  en  deux  villages 
vis  à-vis  le  Texel  :  enfuite  ilmonta 
par  degrez  jufqu’à  Dordrecht  ,  où 
il  fe  Ht  eèimer  par  fes  prêches  &  par 
des  leçons  de  Théologie.  Son  méri¬ 
té  ,  dit  l’Auteur  de  fon  éloge  ,  fut 
couronné  par  une  chaire  de  Théo¬ 
logie  à  Leide  où  il  fut  appellé  en 
1702.  &  où  il  mourut  d’apoplexie 
en  1713. 

Van-Til  a  composé  un  grand 
nombre  d’ouvrages,  partie  en  Latin, 
partie  en  Flamand ,  ou  en  Hollan- 
Février  17 16. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  ut 
dois  ,  dont  le  premier  &  1  un  des 

plus  confiderables  a  pour  titre  Sa- 

lems  Vreede ,  c’eft  à- dire  >  la  paix 
de  Salem  ,  à  l’occafion  des  troubles 
qu’excitoit  en  Hollande  la  doctrine 
de  Cocceïus.  Aurefte  le  nombre  de 
fes  livres  ne  doit  pas  étonner ,  s  ils 
font  tous  femblables  à  celui-ci ,  qui 
eft  un  Commentaire  littéral  &  fore 
léger  fur  le  chapitre  25e.  &  les  cinq 
chapitres  fuivans  de  l’Exode,  avec 
des  rapports  allégoriques  à  Jésus- 
C  h  r  t  s  t  &  à  l’Eglife.  On  n  y  a  pas 
même  trouvé  de  quoi  fe  payer  par 
quelques  remarques  du  tems  qu’on 
a  mis  à  le  lire. 

Toutefois  Moïfe  dans  cet  endroit 
de  l’Exode  décrit  la  ftrucêure  du 
'  Tabernacle ,  de  l’Arche,  de  là  table 
pour  les  pains  de  propofition ,  du 
chandelier  à  fept  branches, de  l’autel 
pour  les  facrifices  &  de  l’autel  des 
parfums,  l’habillement  &  la . consé¬ 
cration  des  Prêtres  j  fujets  difficiles 
&  d’une  grande  dilcufïion,  mais  en 
laquelle  l’Auteur  ne  s’engage  pas. 

On  a  feulement  été  arrête  au  ver- 
fet  quatrième  du  ch-  27e.  Dieu  com¬ 
mande  à  Moife  de  taire  une  grille , 

Février  17 1 6,  K  nj 


1 1 1  Mémoires  pour  l'H'i  jîoire 

qui  félon  l’opinion  commune  devoir 
être  placée  &  arrêtée  au  dedans  de 
l’autel  par  quatre  anneaux  ,  pour 
foutenirle  bois  &  les  charbons  ,  & 
pour  laifTer  couler  les  cendres  ;  ce 
qui  eft  d’autant  plus  évident,  qu’il 
eft  ordonné  de  préparer  des  badins 
pour  recevoir  les  cendres.  Néan¬ 
moins  ,  au  fentiment  de  l’Auteur  , 
cette  grille  étoit  au  dehors  de  l’au- 
tel,&  il  femble  dire  qu’elle  l’envi- 
ronnoir.  Comme  l’autel  devoieêtre 
portatif ,  de  même  que  le  Taberna¬ 
cle  ,  il  ne  confiftoit  proprement 
qu'en  fes  quatre  cotez,  faits  de  bois 
de  Sétim&  couverts  entièrement  de 
plaques  de  cuivre  :  lorfqu’il  falloir 
s’en  fervir  ,  on  le  rempliffoit  ,  dit 
l’Auteur,  ou  de  gazons,  ou  de  pier¬ 
res  brutes  &  non  taillées  ,  comme 
elles  Ce  trouvoient  dans  le  lieu  où 
campoient  les  Ifraëlites. 

Le  traité  des  animaux  dont  il  eft 
fait  mentiondans  l’Ecriture  ne  com¬ 
prend  que  ceux  qui  marchent  à  qua¬ 
tre  pieds,  &  il  eft  partagé  en  deux 
fedions  ;  la  première  des  animaux 
apprivoifez  &  domeftiques  ;  la  fé¬ 
condé  ,  des  animaux  fauvages.  L'Au- 
Fevrïer  1716. 


des  Sciences  £r  des  beaux  Arts.  213 
teur marque  le  nom  Hebreu  de  cha¬ 
cun  ,  avec  le  fentiment  de  Bochart 
&  de  Maïus  touchant  la  racine  ou 
l'étymologie  du  nom  :  enfuite  il 
rapporte  les  bonnes&  les  mauvaifes 
qualitez  attribuées  à  ces  animaux, 
d’où  il  tire  des  rapports  allégoriques. 

|Par  exemple  ,  c’efl:  principale¬ 
ment  dans  les  Caravanes  que  les  cha¬ 
meaux  font  d’ufage  ;  ils  défignent 
donc  les  Arabes ,  les  Perfans ,  &  gé¬ 
néralement  les  Mahométans.  Les 
chameaux  s’apprivoifent ,  &  les  Ma¬ 
hométans  ne  font  pas  des  peuples 
fauvages.Les  chameaux ruminentjôc 
remâchent  la  nourriture  qu’ils  ont 
prife  :  &  les  Mahométans  ruminant 
&ra  Tonnent  métaphyfiquement  fur 
la  nature  &  les  attributs  de  Dieu. 
Les  chameaux  font  employez  à  voi- 
turerl’or,  l’encens  &  les  aromates:  & 
un  tems  viendra  que  les  Mahomé¬ 
tans  ,  convertis  à  la  religion  Chré¬ 
tienne  ,  apporteront  dans  1’JBglife 
l’or  de  la  charité  &  les  aromates  du 
bon  exemple.  Nos  Lecteurs  ne  fe 
plaindront  pas  qu’on  dérobe  à  leur 
curiofité  des  applications  fi  ingé¬ 
niera  fes. 

Février  17 16.  K  iiij 


1 1 4  Mémoires  pour  l’tii Jfoire 
ArTI  CLE  XVI L 

HISTORIA  ET  MONUMENT  A 
Joannis  Hus  &  Hieronymi  Pra- 
genfis  &c.  C’eft  à  dire  ,  L’Hiftoire 
&  les  œuvres  de  Jean  Hus  &  de  Jé¬ 
rôme  de  Prague ,  dont  une  parue  avoït 
déjà  été  publiée  fépare'ment ,  &  font 
maintenant  ramajfées  en  deux  tomes , 
avec  plufieurs  autres  qui  n  av oient 
pas  encore  paru.  17 1 5.  In  folio.  Le  pre - 
niier  tome  de  617  pages ,  le  fécond 
de  542. 

ON  a  retranché  du  titre  qu'on 
vient  de  rapporter  le  glorieux 
nom  de  Confelfeur  dejEsu s-Christ 
qu'il  a  plû  à  l’Editeur  de  donnera 
ces  deux  Hérétiques.  Il  avertit  que 
pour  les  pièces  qui  avoient  déjà 
paru  ,  cette  édition  eft  entièrement 
conforme  à  celle  qui  en  fut  faite  à 
Nuremberg  en  1558,  &  qui  sft  de¬ 
venue  très-rare  ;  &  il  en  a  ajouté 
d’autres. 

Tome  I. 

Le  premier  tome  commence  par 
Février  17 16. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  215 
l’hifloire  du  voyage  ,  du  procès  Ôc 
du  fupplice  de  Jean  Hus  à  Confian¬ 
ce  en  1414.  Quoi  qu'elle  Soit  écri¬ 
te  par  un  de  Tes  partifans  ,  qui  s'ef¬ 
force  de  montrer  qu’il  ne  fuccom- 
ba  qu’à  l’injuflice  &  à  la  violence, 
elle  mérité  néanmoins  d’être  lue 
pourles  accufations  &  les  interroga¬ 
toires  ,  où  l’on  voit  Hus  nier  cons¬ 
tamment  d’avoir  Soutenu  l’erreur  de 
Wicleff  touchant  l’Euchariflie ,  & 
d’avoir  jamais  dit  que  le  pain  &  le 
vin  demeurent  après  la  confécration. 

Après  cette  hifloire  viennent  qua¬ 
rante  deux  traitez  de  Hus,  les  uns 
affez  étendus ,  les  autres  fort  courts. 
Autant  que  la  matière  le  permet,  il 
Suit  cette  méthode  dialeàique  qui 
étoit  en  ufage  de  Son  tems  ;  &  pour 
le  flyle  ,  il  n’efl  que  médiocrement 
barbare.  Il  accumule  Sans  discerne¬ 
ment  les  paflages  de  l’Ecriture,&  en 
ajoute  des  Peres  ,  principalement 
ceux  qui  Sont  citez  dans  le  Decret 
de  Gratien  ;  les  livres  de  S.  Bernard 
de  la  Confidération  lui  en  fournif- 
fent  beaucoup ,  &  il  en  tire  par  où  il 
peut  de  S.  Auguftin.Ce  qui  Surprend 
dans  un  ennemi  déclaré  de  l'EgliSe 
lévrier  17  iG,  K  y 


1 1 6  Mémoires  pour  ï Ht poire 
Romaine  ,  &  révolté  contre  l'au¬ 
torité  du  S.  Siège  ,  c'eft  qu'il  cite  les 
anciennes  &  les  nouvelles  Décréta¬ 
is  des  Papes;  &  cela  feul  pourroit 
fuffire  à  faire  juger  du  peu  dejuftefle 
de  fonefprit. 

Outre  ces  traitez  polémiques ,  ou 
dogmatiques ,  il  y  a  foîxante  huit 
lettres  ,  partie  de  Hus ,  qui  ne  s'y 
propofe  que  d’entretenir  l'opiniâtre¬ 
té  de  ceux  qu'il  avoit  féduits  ;  partie 
de  fes  adhérents  ,  entre  lefquels 
étoient  plufieurs  Seigneurs  de  Bo¬ 
hême  &  Rokifana  Archevêque  de 
Prague  :  un  autre  recueil  de  lettres 
de  Hus,  du  tems  que  la  prédica¬ 
tion  lui  fut  interdite  par  Sbynko  Ar¬ 
chevêque  de  Prague ,  &  par  le  Pape 
Alexandre  V. 

On  croit  qu'en  s'arrêtant  à  deux 
ou  trois  des  principaux  trairez  de 
Hus,  on  fera  mieux  connoître  quel 
fut  fon  génie  3  &  à  quel  efprit  il  fe 
Jaifla  conduire  ,  que  fi  l'on  entre- 
prenoit  de  les  toucher  tous,ce  qu'on 
ne  pourroit  faire  que  fuperficielle- 
ment.  Celui  de  TEglife  paroît  être 
Je  plus  travaillé  :  là  l'hérétique  fe 
dépeint  mieux  qu  ailleurs  ,  6c  décla- 

&mer  lyi 6. 


des  Sctences  &  des  beaux  Arts.  îîf 
re  plus  ouvertement  fes  erreurs  ;  il 
le  lut  publiquement  à  Prague  en 

X4X  3» 

Hus  divife  ce  Traité  en  23  cha¬ 
pitres.  Dans  le  premier  ,  après  di- 
verfes  notions  de  ce  terme  Eglife^ 
qui  fe  prend  pour  la  maifon  de  Dieu, 
pour  les  Minières  qui  la  fervent , 
pour  les  perfonnes  qui  s'y  aOem- 
blent ,  pour  une  affemblée  ou  une 
Eglife  particulière,  comme  celle  de 
Corinthe  ,  il  dit  qu'il  n'y  a  qu'une 
Egüfe  fainte.  Catholique  &  Univer- 
felle  ;  laquelle  eft  compoféede  tous 
les  Prédeftinez ,  tant  d’entre  les  An¬ 
ges  ,  que  d'entre  les  hommes ,  de¬ 
puis  le  commencement  jufqu'à  la  fin 
du  monde ,  félon  la  prédéfinition  de 
Dieu.  C'eft  cette  Eglife  qui  eft  l’E- 
poufe  de  J  e  su  s-C  H  R 1  s  t  ,  &  fon 
corps  myftique.  Toute  fa  preuve 
eft  prife  de  quelques  paflages  de  S. 
Auguftin  ,  qu'il  entend  à  fa  maniéré. 

L’Eglife  ,  continue-t  il  a  au  ch.  2, 
eft  diftinguèe  en  trois  parties  j  cfcnt  • 
la  première  combat  fur  la  terre  ,  la 
fécondé  fatisfait  à  Dieu  dans  le  Pur¬ 
gatoire  ,  la  troifiéme  triomphe  dans 
le  Ciel.  Elles  nous  fontreprefentées 

Février  1716.  K  vj 


2 1 8  Mémoires  four  ÏHiftoire 
dans  PEuchariftie  :  la  Triomphante 
e£t  plongée  dans  PefTence  divine, 
&  les  deux  autres  font  délignées  par 
PHoftie  rompue  en  deux.  C’eft  pour 
celle  ci  qu’à  Yu4gnusDei  nous  implo¬ 
rons  la  mifericorde  ,  Miserere  nobis , 
&  qu’enfuite  nous  demandons  la 
paix  dont  jouît  la  partie  triomphan¬ 
te  ,  Doua  nobis  pacem,  L’Eglife  eft 
auffi  nommée  Apoftolique  ,  les  Apô¬ 
tres  l’ayant  plantée  félon  la  do&rine 
de  Jésus  Christ  ,  &  aux  dé¬ 
pens  de  leur  fang ,  &  la  gouvernant 
par  la  doctrine  &  Pautorité  de  fon 


Vicaire,  ,  comme  dit  S.  Leon.  u  Le 
privilège  de  Pierre  eftftable,  quand 
3,  le  jugement  eft  porté  avec  la  mê- 
,3  me  équité.  Manet  Pétri  frivilegium  , 
ubicumque  ex  tpftus  œquitate  fertur  j ti* 
dicium.  >,  Or  PUnité  de  PEglife , 
„  ajoute  Hus ,  coniifte  en  Punité  de 
„  la  prédeftination,  tous  fes  membres 
„  étant  un  par  la  prédeftination  ;  & 
dans  Punité  de  la  béatitude  ,  lorf- 
„  que  tous  fes  enfans  feront  unis  fi- 
.»  nalement  dans  la  béatitude. 

Comme  il  fe  rencontre  dans  PE- 
criture  diverfes  comparaifons  qui 
donnent  à  entendre  que  PEglife n*"0, 
février}?  16, 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  1 1 ^ 
pas  compofée  des  feuls  Prédes¬ 
tinez  \  puifqu*elle  eft  comme  un 
champ  où  Tyvraye  eft  mêlée  avec 
le  bon  froment  ,  comme  une  aire  , 
où  la  paille  eft  enfemble  avec  Je 
grain  $  Hus  répond  dans  le  ch.  ;c, 
que  ceux  qui  ne  font  pas  prédefti- 
nez  à  la  gloire  ,  font  dans  TEglife 
fans  être  de  TEglife  ,  de  même  que 
les  excrémens  font  dans  le  corps ,  & 
ne  font  pas  partie  du  corps.  “  De  là  , 
„  dit-il,  il  eft  probable  que  ,  comme 
„  Saint  Paul  tut  enfemble  un  blaf- 
„  phonateur  ,  eû  égard  à  Tétât  pré¬ 
sent  d'injuftice,  &  néanmoins  de 
„  la  fainte  Mere  Eglife,  fidelle  ,  & 
„dans  la  grâce  félon  la  prédeftina- 
„  tion ,  ainfi  Judas  fut  en  grâce  félon 
„  Tétat  préfent  de  Juftice  ,  &  ne  fut 
„  jamais  de  la  fainte  Mere  Eglife  fe- 
„lon  la  prédeftination  à  la  vie  éter- 
„  nelle.Judasfutélû  Apôtre, ou  Eve- 
„  que  ,  ce  qui  eft  un  nom  dofHce , 
„  par  Jésus- Christ  ;  toutefois  il  ne 
„  fut  jamais  partie  de  la  fainte  Egli- 
»  fe  Univerfelle.  Et  S.  Paul  ,  quoi- 
„  qu’il  fift  des  avions  femblables 
„aux  avions  de  TEglife  des  mé- 
„  chans ,  ne  fut  jamais  membre 
u  Diable. 


Ho  Mémoires  four  ÏHijioire 

Il  s’enfuit,  pourfuit  il  au  ch.  4e,  , 
que  Jésus  Chris Tfeul eft  le  Chef 
de  l’Eglife  :  &  ce  feroit  un  monftre , 
dit-il  ,  en  abufant  d’un  paffage  de 
Boniface  VIII. qu’un  corps  eût  deux 
Chefs.  Enfuite  il  retourne  à  ce  qu’il 
avoit  avancé  de  l’alliage  de  1  état  de 
grâce  &  de  l’état  de  péché. 

Dans  le  chapitre  luivant  il  tâche 
encore  de  répondre  aux  comparai- 
fons  de  l’Ecriture,  touchant  le  mé¬ 
lange  des  bons  &  des  méchans  dans 
l’Eglife  ;  &  il  fe  fait  cette  obje&ion. 
T out  Clerc  député  par  l’Eglife  au  fa- 
créminiftereeftdel’Eglifej&leCler- 
gé  eft  par  préférence  appellé Eglife: 
en  effet ,  f\  les  Pafleurs  n’étoient  pas 
de  l’Eglife  ,  il  s’enfuivroit  que  nous 
ne  connoîtrions  pas  nôtre  Mere  ,  & 
que  nous  ne  ferions  pas  obligez  de 
fournir  à  la  fubliftance  de  ceux  qui 
la  fervent  ,  de  payer  les  dixmes  & 
.de  faire  des  offrandes.  Il  répond  fans 
façon  ,  “  Que  le  Fidelle  bien  loin  de 
w  murmurer,  doit  le  féliciter  de  la 
jj  vérité  ,  de  ce  que  la  fainte  Mere 
jj  Eglife  lui  eft  abfolument  inconnue 
„  en  cette  vie  ;  puifque  c’eft  fur  cela 
,j  même  qu’eft  fondé  le  mérité  de  la 
février t 1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  m 

m  foi  Chrétienne.  Mais  le  Fidelle , 
pourfuit-il  ,  n’eft  nullement  obligé 
de  croire  que  Ton  Pafteur  eft  de  l’E- 
glife  :  il  s’expoferoit  ,  fans  une  ré¬ 
vélation  particulière  qu’il  n’a  pas, 
à  croire  faux.  Cependant  comme  les 
Palpeurs  font  au  moins  de  nom  dans 
l’Eglife,  il  ne  faut  pas  leur  refufer 
le  néceffaire. 

Plus  il  avance,  plus  il  fe  perd  dans 
fes  mauvais  raifonnemens  &  s’en¬ 
fonce  dans  l’erreur.  Forcé  dans  le 
chap.  7e.  de  reconnoître  que  l’E- 
glife  Romaine  eft  nommée  la  vraye 
Eglife,  l’Eglife  Catholique  &  Uni- 
verfelle  ,  exempte  d’erreurs,  il  a  re¬ 
cours  à  un  faux  fuyant  pitoyable: 
&  en  renverfant  la  propofition  il  dit , 
que  le  nom  d’Eglife  Romaine  a  été 
donné  nuncupativè  à  l’Eglife  Catho¬ 
lique  &  Univerfeile  ,  dont  Jesus- 
Chïust  feul  eft  le  chef,  &  non  pas 
le  Pape.  Car ,  dit- il  ,  ce  feroit  fans 
raifon  exalter  l’Eglife  Romaine,  à 
caufe  du  fafte  &  de  la  complaifan- 
ce  de  Conftantin  à  l’enrichir  &  à  ac¬ 
corder  au  Pape  les  ornemens  Im¬ 
périaux,  à  caufe  de  la  vanité  du  Pa¬ 
pe  ,  qui  affeéèe  la  pompe  d’un  Em- 

ïéyrïer  1716. 


lu  Mémoires  pour  l'Hiftoire 

pereur,en  fe  prévalant  de  fa  primau¬ 
té ,  ou  de  Ton  domaine.  Propter  ex - 
tollentiam  Papa  pompantïs  de  parte  im - 
pérît  ex  fuo  primatu ,  five  dominïo . 

D’abord  ce  fut  l’Eglife  de  Jéru- 
falem  qui  tint  le  premier  lieu  ,  & 
puis  celle  d’Antioche ,  enfmcelle  de 
Rome.  Au  refte,  la  pierre  fur  la¬ 
quelle  l’Eglife  eft  fondée ,  n’eft  point 
autre  que  Jésus  - Christ:  ce 
n’eft  ni  Saint  Pierre,  ni  le  Pape,  té¬ 
moin  la  Papefle  Jeanne.  Cette  fot- 
te  fable  de  la  Papeffe  Jeanne  lui  eft 
un  argument  à  quoi  il  revient  fou- 
vent  dans  la  fuite. 

Il  employé  les  deux  chapitres  fui- 
vans  à  prouver  que  c'eft  Jésus- 
Christ  qui  eft  la  pierre  fur  la¬ 
quelle  TEglife  eft  fondée.  Quanta 
S.  Pierre  ,  il  n’eft  ni  la  pierre  ,  ni  le 
fondement  de  l’Eglife  ,  mais  il  fut  le 
Capitaine  des  Apôtres  par fes  vertus: 
&  fi  fes  fucceffeurs  manquent  des  mê¬ 
mes  vertus  ,  ils  ne  font  rien  ,  ou  plû- 
tôt  ils  font  les  avantcoureurs  de  PAn- 
techrift  ,  oppofez  à  S.  Pierre  &  à 
Jésus- Chris t.  < 

Dans  le  ch.  10e  iPraifonne  fufla 
puiffance  de  lier  &  de  délier  accor: 

Février  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  iif 
dée  premièrement  à  S.  Pierre  ,  &  en- 
fuite  à  tous  les  Apôtres  :  &  il  la  ref- 
treint  à  impofer  feulement  la  fatif- 
faclion.  Sur  tout  il  avertit  les  Fidel- 
les  de  fe  garder  de  la  tromperie  de 
l’Antechrift,  qui  crie,  Que  ce  que 
le  Vicaire  de  Jesus-Christ  lie 
ou  délie  fur  la  terre,  eft  lié  ou  délié 
dans  le  Ciel  ;  car  en  effet ,  dit- il  , 
Jesus-Christ  leul  lie  ou  délie  fé¬ 
lon  la  difpofition  des  hommes  dans 
le  bien  ou  dans  le  mal. 

C'eff  donc  ,  pourfuit-il  au  ch.  10% 
par  un  abus  manifefte  que  le  Clergé 
fait  tant  valoir  la  puiflance  des  Clefs, 
&  la  change  en  domination.  Ils  adop¬ 
tent  volontiers  tout  ce  qui  peut  leur 
devenir  un  prétexte  de  contenter 
leur  avarice  &  leur  ambition,  tandis 
qu’ils  rejettent  tout  ce  qui  leur  pref- 
crit  la  pauvreté  &  l'humilité. 

Jesus-Christ,  ditHusauch. 
11e,  eft  le  vrai  Pontife  Romain ,  en 
tant  qu'il  eft  le  Chef  de  l’Eglife  Uni- 
verfelle  ,  appellée  l'Eglife  Romaine. 
Pures  bagatelles,  pourfuit  il  auxtrois 
chapitres  fuiv3ns  ,  quand  la  Cour  de 
Rome  veut  nous  faire  peur  du  pou¬ 
voir  &  de  l'autorité  du  Pape  :  un 

Février  1 7 1 6. 

1  » 


124  Mémoires  pour  l'Hiftoire 
Conftantin  II.  fut  dépofé  pour  fon 
incapacité,  un  Libérius  a  été  Héré¬ 
tique  ,  une  femme  a  été  placée  fur  le 
liège  de  Rome.  La  Primauté  vient 
originairement  de  la  conceftion  de 
l'Empereur  Conftantin  ,  confirmée 
par  l’Empereur  Phocas.  D’ailleurs, 
il  ne  fçauroit  être  le  Chef  de  l’Eglife 
qu’il  ne  foit  un  de  fes  membres; 
c’eft  à-dire,  qu’il  ne  foit  prédeftiné: 
or  il  faudroit  une  révélation  parti¬ 
culière  pour  croire  qu’il  eft  prcdef- 
tiné,  &  il  n’en  eft:  aucune.  C’eft  la 
même  chofedes  Cardinaux  :  n’ayant 
point  de  révélation  de  leur  prédef- 
tination  ,  nous  ignorons  s’ils  font 
membres  de  l’Eglife  ,  ou  s’ils  ne  le 
font  pas. 

Selon  Hus  au  ch.  içc,  l’Eglife  peut 
bien  fe  palier  d’un  Pape,  &c  de  fait 
elle  s’en  eft  paflee  pendant  trois  cens 
ans  :  les  Evêques  poflederent  un 
pouvoir  égal ,  jufqu’à  ce  que  Conf¬ 
tantin  éleva  celui  de  Rome  fur  tous 
les  autres.  Quand  l’Empire  pafla  aux 
François ,  le  Pape  craignant  pour  fa 
prééminence  ,  en  obtint  la  confirma¬ 
tion  de  Loiiis  le  Débonnaire.  Une 
objection  preflanteà  l’égard  de  Hus, 

Février  i  y  16. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  12? 
eft  que  le  Pape  Anaclete  die  pofiti- 
vement,que  la  Primauté  de  la  Sain¬ 
te  &  Apoftolique  Eglife  Romaine 
vient  immédiatement  de  Jésus- 
Christ:  auflj  y  répond-iJ  pitoya- 
b  ement.  Il  dit  i°.  Que  cela  ne  re¬ 
garde  que  S.  Pierre  &  S.  Paul ,  &  les 
autres  Saints  qui  ont  habité  à  Ro¬ 
me  :  il  dit  2°.  Que  cette  Primauté  eft 
une  puifïance  fpirituelle  pour  fervir 
le  peuple ,  &  non  pas  une  puiiTance 
temporelle  &  mondaine  pour  l’affer- 
vir.  Il  eft  moins  embarrafle  de  ce 
qu’enfeignent  les  Doéteurs,  que  la 
Primauté  du  Pape  eft  de  droit  divin  : 
ce  font ,  leur  reproche-t-il,  des  adu¬ 
lateurs  &  des  difeurs  de  menfonge, 
qui  ne  fçauroient  produire  de  l'Ecri¬ 
ture  aucune  preuve.  Au  relie,  il  ne 
ménage  pas  plus  les  Evêques  que  le 
Pape  :  fur  ce  que  leur  predeftination 
eft  un  fecret  impénétrable  ;  nous 
ignorons  ,  s'ils  font  ou  ne  font  pas 
de  TEglife,  s’ils  font  des  Payeurs, 
ou  des  voleurs. 

Il  foutient  dans  le  ch.  16e ,  que  la 
Loi  de  Dieu ,  c’ell  à-dire  l’Ecriture, 
doit  être  l’unique  régie  des  jugemens 

Février  1  j  16. 


Mémoires  pour  t Ht ftoire 

Ecclefiaftiques  ;  &  puis  i!  s’emporte 
avec  fureur  contre  le  S.  Sicge. 

Après  avoir  difcouru  dans  le  ch. 
17e  fur  l’obéïffance ,  il  dit  dans  le 
fuivant  qu'elle  n'eft  dûë  au  Siège 
Apoftolique  qu’autant  qu’il  s’accor¬ 
de  en  fes  enfeignemens  avec  la  doc¬ 
trine  de  Jésus  Christ,  &  des 
Apôtres ,  de  laquelle  s’il  s’écarte  ,  ce 
n’eft  plus  le  Siège  Apoftolique,  mais 
un  Siège  Apoftatique  ,  ou  d’Apoftat. 

Ainfi  Hus ,  comme  il  le  raconte, 
ne  craignit  point  de  s’oppofer  à  une 
Bulle  d'Alexandre  V.  qui  lui  défen- 
doit  la  prédication  ,  &  à  une  autre 
de  Jean  XXIII.  qui  publioit  une 
Croifade  contre  Ladiflas  Roi  de  Na¬ 
ples.  Cette  obéïffance  dûë  au  Pape 
efi,  dit-il,  le  langage  des  adulateurs 
qui  afpirent  aux  bénéfices  :  le  Pape 
avec  fes  Cardinaux  auroit  allez  à  fai¬ 
re  de  fe  bien  conduire  lui-même, 
fans  fe  mêler  des  autres.  11  continue 
le  même  fujet  dans  les  deux  chapi¬ 
tres  fuivans  ;  &  il  veut  que  chaque 
particulier  examine  le  commande¬ 
ment  de  fes  Supérieurs  ,  n’y  déférant 
qu’autant  qu’il  le  voit  conforme  à  la 
Loi  de  Dieu,  fans  fe  croire  obligé, 
lévrier.]  y  16 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  ny 

non  feulement  à  des  avions  qui  d’el¬ 
les  mêmes  ne  font  ni  bonnes  ni  mau- 
vaifes,  mais  encore  aux  bonnes,  com¬ 
me  feroit  de  jeûner,  b  Dieu  ne  les 
commande  pas.  D’où  il  s’enfuit , 
ajoute  t  il,  qu’un  Prêtre  ,  obligé  par 
fon  propre  état  de  prêcher  la  parole 
de  Dieu  ,  ne  doit  point  obéïr  au  Pa¬ 
pe  ,  ni  à  fon  Evêque,  qui  lui  inter- 
difent  la  prédication.  Pour  lui ,  il  fe 
félicite  dans  le  ch.  21e,  d’avoir  à  ce 
fujet  méprifé  l'excommunication. 

„  Par  leurs  procès  &  leurs  dénon- 
»,  dations,  dit-il  au  ch.  22e,  ils  me 
»,  déclarent  exclus  de  tout  commerce 
„  avec  les  autres  hommes,  mais  Dieu 
»,  foit  béni  ,  qui  n’a  pas  donné  à  cet- 
„  te  excommunication  la  force  d  oter 
„  à  un  homme  jufte  la  vertu  &  la  juf- 
«  tice  ,  pendant  qu’il  fouffre  avec 
„  humilité  ,  &  n’a  point  de  péché  à 
„  s’imputer.  Souffrant  avec  patience, 
„  il  n’en  devient  que  plus  pur ,  com- 
»,  me  le  fer  fous  la  lime ,  &  l’or  dans 
„  le  feu  :  il  participe  plus  amplement 
„  à  la  béatitude  promife  par  Jésus- 
„  C  h  r  1  s  t  en  S.  Luc  ch.  6e.  Vous  fe - 
„  rez,  heureux,  quand  a  caufe  du  Fils  de 
„  l’homme  vous  ferez,  h  ai  des  hommes  $ 
Février  1716, 


az8  Mémoires  pour  l'Hïfloire 
„  qu'ils  vous  retrancheront  de  leur  com - 
»  pagriie ,  quils  vous  chargeront  d'oppro - 
„  bres ,  dr  quils  rejetteront  votre  nom 
„  comme  un  nom  infâme. 

Dans  le  ch.  23e,  il  parle  dans  les 
mêmes  termes  de  la  fufpenfe  &  de 
l’interdit.  Il  dit  que  depuis  le  Pape 
j u (qu’au  dernier  Clerc,  ils  doivent 
bien  plus  craindre  la  fufpenfe  portée 
par  Jesus-Christ,  eux  qui  vi¬ 
vent  fi  mal ,  &  s’acquittent  fi  mal  de 
leurs  devoirs.  Preuve,  conclut-il, 
que  les  cenfures  font  une  production 
de  l’Antechrift ,  c’eft  qu’elles  font 
fulminées  contre  ceux  qui  prêchent 
la  Loi  de  J  E  s  u  s  C  h  r  1  s  t  ,  &  re¬ 
prennent  les  défordres  des  Ecclefiaf- 
tiques ,  &  plûtôt  contre  ceux  qui  re- 
fufent  de  leur  obcïr,  que  contre  ceux 
qui  défobéïïfent  à  Dieu. 

Voilà  en  fubftance  ce  que  contient 
fon  traité  de  l’Eglife.  Déterminé  par 
fon  génie  fuperbe  à  fe  révolter  con¬ 
tre  route  puiflance  Ecclefiaftique ,  il 
fe  forma  une  idée  fanatique  de  l’E- 
glife  ,  où  il  anéantit  toute  fuperiori- 
ré  &  toute  fubordination,  biffant  à 
chaque  particulier  l’Ecriture  pour 
la  feule  réglé  de  fa  conduite.  C’eft 
Février  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  119 
dans  cet  efprit  d’indépendance,  qu  a 
Confiance  il  compofa  un  traité  pour 
prouver  que  la  Loi  de  Jesus-Christ 
Tuffit  feule  pour  gouverner  l'Eglife. 

Deux  Doéteurs  de  Prague,  Etien¬ 
ne  Paletz  &  StanifiasZnoyma,  Payant 
attaqué  fur  fon  énorme  Syfiême 
de  l’Eglife,  il  répondit  féparément 
à  l'un  &  à  l'autre  j  &  fes  répon- 
fes  peuvent  être  regardées  comme 
une  fuite  de  fon  Traité.  Dans  la 
première  il  s’exprime  ainfi.  „  Qu'il 
«  apprenne  l'impertinent  accufateur, 
» groffus  fittor  ,  que  de  telles  gens, 
»j  manquant  actuellement  de  la  juf- 
jjtice,  ne  font  pas  véritablement  * 
jj  mais  feulement  d'une  maniéré 
jj  équivoque,  Papes,  Evêques,  ou 
j.  Prélats.  Selon  l'Evangile  de  vérité 
«  ils  font  des  voleurs  &  des  larrons, 
j,  de  faux  Prophètes  fous  les  vête- 
„mens  de  brebis,  &  au  dedans  des 
jj  loups  raviffans.Nous avouons  qu'uu 
>j  méchant  Pape ,  un  méchant  Evê- 
„  que  ,  ou  un  méchant  Prêtre,  efi  un 
jj  indigne  Minifire  des  Sacrenxns , 
jj  par  lequel  Dieu  baptife  &  confa- 
jjcre,  &  opéré  pour  la  perfection 
»  de  fon  EgÜfe.  Pour  cet  indigne  5c 
Février  1716* 


250  Mémoires  four  rHiJIoire 
«  peftilent  miniftre ,  il  ne  baptife  pas, 
„  ilneconfacre  pas  dignement*  mais 
„  il  exerce  indignement  &  à  fa  dam- 
nation  le  miniftere  de  Jesus- 
»  Christ.  C’eft  ainfi  que  nôtre 
„  Parti ,  Pars  nojira ,  a  avoué  &  avoiie 
«  conformément  à  l'Ecriture  ,  que 
«  Judas  ,  Caïphe  ,  Anne  ,  &  leurs 
«  femblables ,  ont  été  Evêques  d  une 
«maniéré  équivoque,  &  veritable- 
«  ment  des  voleurs  &  des  larrons. 

Hus  au  Concile  de  Confiance  re¬ 
connut  que  ce  Traité  de  i'Eglife 
étoit  de  lui  ;  &  interrogé  fur  16  pro- 
pofitions  qui  en  avoient  été  extrai¬ 
tes  ,  &  fur  fept  autres  de  fa  réponfe 
à  Paletz,  il  ne  fe  relâcha  fur  aucune  ; 
fes  réponfes ,  au  fentiment  du  Car¬ 
dinal  de  Cambrai  ,  furent  encore 
plus  dures  que  fes  propositions. 

Un  autre  Traité  de  Hus,  dont  on 
auroit  à  parler  fi  l’on  ne  craignoic 
d'être  trop  long ,  efl  celui  qu'il  corn- 
pofa  &  prononça  dans  l'Univerfité 
de  Prague  fan  1411.  pour  la  défenfe 
de  quelques  proportions  de  Wicleff. 
Quarante  cinq  propofitions  de  Wi¬ 
cleff  avoient  été  condamnées  par  le 
S.  Siège,  &  la  Bulle  qui  les  condam- 
FévmnjiG.  noie 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  1 3 1 
noit  avoit  été  envoyée  à  Prague,  afin 
que  la  Faculté  de  Théologie  l’enre- 
giftrât  &  s’y  conformât. Le  plus  grand 
nombre  des  Do&eurs  l'accepta  alors 
avec  foumiflion  ;  mais  Hus  avec 
quelques  autres  s’y  oppofa,  fur  le 
prétexte,  que  quelques  unes  de  ces 
propofïtions  ne  meritoient  point  de 
condamnation  j  &  ils  s'attachèrent  à 
défendre  les  propofitions  fui  vantes. 

»  La  14e.  Ceux  qui  défilent  de 
9,  prêcher,  ou  d’entendre  la  parole 
99  de  Dieu  à  caufe  de  l’excommuni- 
»  cation  des  hommes ,  font  excom- 
»  muniez ,  &  au  jour  du  Jugement 
»  ils  feront  traitez  de  traitresà  Jésus- 
„  Christ. 

„  La  15e.  Un  Diacre  &  un  Prêtre 
„  peut  ,  fans  l’agrément  du  Siège 
'  «  Apoftolique,  ou  d’un  Evêque  Ca¬ 
tholique  ,  prêcher  la  parole  de 
»  Dieu. 

„  La  17e.  Les  Seigneurs  tempo- 
„  rels  peuvent  à  leur  gré  ôter  les 
„  biens  temporels  aux  Ecclefiafli- 
»,  ques  qui  font  a&uellement  dans  le 
„  défordre. 

Au  refie  ,  Hus  ne  donna  point 
dans  les  erreurs  de  Wicleff  touchant 

Février  1716.  L  /. 


2$i  Mémoires  pour  YHifloire 
l’Euchariflie  ,  il  tint  toujours  pour 
la  réalité  du  c$£ps  &  du  fang  de 
JesusChrist  dans  l’Augulle  Sa¬ 
crement,  &  pour  la  Tranfubflantia- 
tion,  Il  s'en  explique  nettement  dans 
les  traitez  de  la  Cén  du  Seigneur  & 
du  corps  de  J  E  s  u  s  Jh ri  st.  Dans 
fa  Réponfe  à  Znoyma  il  fait  un  re¬ 
proche  à  ce  Dodteur  d'avoir  varié 
fur  cet  article  :  &  enfin  à  Confiance 
dans  fon  interrogatoire  il  protefla, 
que  lui  imputer  un  fentiment  con¬ 
traire  ,  c'étoit  une  faufTeté  &  une  ca¬ 
lomnie. 

En  tant  de  traitez  qu'il  compofa, 
à  Prague ,  on  ne  voit  rien  de  la  Com¬ 
munion  fous  les  deux  efpéces ,  pour 
laquelle  les  Huflit^es  dans  la  fuite  li¬ 
vrèrent  tant  de  combats.  Ce  fut  feu¬ 
lement  à  Confiance  &  en  prifon  qu’il 
fit  un  petit  écrit  fur  ce  fujet,  qui  ap¬ 
paremment  demeura  caché  ,  car  il 
n  en  eft  fait  nulle  mention  dans  fon 
procès. 

Ce  premier  Tome  finit  par  dix 
traitez  touchant  l’Antechrift.  Celui 
qui  a  pour  titre  Y  Anatomie  de  V  Ante - 
ebrift ,  efl  une  pièce  des  plus  extra¬ 
vagantes.  Hus  décrit  la  chevelure  * 
février  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Ans .  2  3  3 

le  front  ,  les  yei^,  les  oreilles  ,  le 
nez  ,  le  menton ,  le  col,  la  poitrine  , 
le  ventre  ,  le  cœur  ,  le  foye  ,  la  rat- 
te,  les  pieds  ,  les  mains  de  l’Ante- 
chrift  ,  avec  des  applications  qui 
conviennent  à  un  tel  portrait. 

Tome  IL 

Le  fécond  tome  fournit  moins 
de  remarques  à  faire  :  il  feroit  inu¬ 
tile  de  redire  ce  qu'on  a  expofé  de  la 
doctrine  de  Hus ,  &  ennuyeux  de 
s’arrêter  à  des  difcours  vagues.  On 
appelle  difcours  vagues  ,  ÿes  Com¬ 
mentaires  fur  la  vie  &  la  Pallion  de 
Nôtre  Seigneur,  fur  les  fept  pre¬ 
miers  chapitres  de  la  première  Epi- 
tre  de  S.  Paul  aux  Corinthiens ,  fur 
les  fept  Epîtres  Canoniques ,  fur  le 
Pfeaume  109e.  &  les  neuf  fuivans  ; 
ce  n’eft  pas  qu’ils  ne  foient  allez 
ferrez  ,  mais  parce  qu’ils  ne  contri¬ 
buent  rien  à  l'intelligence  de  ces  li¬ 
vres  facrez  ,  &  qu’ils  font  encore 
plus  dénuez  d’onôtion.  Hus  à  fon 
ordinaire  y  accumule  fans  choix 
des  pacages  de  l’Ecriture  &  des  Pe- 
res ,  &  fait  des  excurfions  fur  les 
Eccléfiaftiques. 
f*V.  1716.  L  ij 


234  Mémoires  pour  CHijfoire 
C’efl  principalement  dans;  Tes  fer¬ 
mons  qu’il  regarde  tout  le  Cierge 
comme  un  païs  ennemi  qu’il  ravage 
fans  mifericorde  :  ils  font  au  nom¬ 
bre  de  vingt-huit ,  &  font  autant  de 
violentes  inventives.  Charmé  de  fa 
belle  idée  de  l’Anatomie  de  l’Ante- 
chrift ,  il  en  répété  une  grande  par¬ 
tie.  Son  huitième  fermon  eft  fait 
pour  juftifier  le  Roi  Venceflas  d’a¬ 
voir  arrêté  les  revenus  Eccléfiafti- 
ques.  Quand  le  Clergé,  dit-il,  s’ac¬ 
quitte  mai  de  fon  devoir,  le  Prin¬ 
ce  temporel  n’eft  pas  feulement  en 
droit  ,  mais  dans  l’obligation  de  le 
priver  de  fes  biens.  Dans  le  neuviè¬ 
me  il  déclame  fortement  contre  la 
pompe  des  enterremens.  Et  quoi¬ 
qu’il  ne  paroifTe  pas  s’éloigner  de  Ja 
créance  Catholiquetouchant  le  Pur¬ 
gatoire  ,  toutefois  ü  s’exprime  mal 
fur  les  fuffrages  pour  les  Morts, 
qu’il  dit  n’être  point  fondez  fur 
l’autorité  de  l’Ecriture  ,  les  livres 
des  Maccabées  n’étant  pas  Cano¬ 
niques. 

Deux  petits  écrits  terminent  les 
Ouvrages  de  Hus ,  qui  dans  le  pre¬ 
mier  ioutient  ,  contre  quelque* 
Février  1716* 


des  Sciences  &  de  s,  beaux  Arts .  235 
Théologiens  de  Ton  tems  ,  que  la 
Tranfubftantiation  n’eft  pas  une 
une  création  :  &  dans  le  fécond  ,  que 
le  culte  rendu  aux  images  n’eft  pas 
l’adoration. 

Il  refte  à  parler  de  Jérome  de 
Prague;  &  ce  fera  bientôt  fait ,  car 
comme  il  n’y  aucun  ouvrage  de  lui , 
tout  le  réduit  à  deux  relations  de  la 
condamnation  &  du  fupplice  qu’il 
alla  chercher  à  Confiance.  Il  pro- 
tefta  ,  de  même  que  Hus  ,  dans  fon 
interrogatoire,  qu’il  avoit  toujours 
crû  la  Tranfubftantiation.  Poggius, 
qui  y  fut  prefent  ,  écrit  à  Aretin, 
qu’il  ne  vit  jamais  un  homme  plus 
éloquent  &  plus  prefent  à  lui  même, 
s’exprimant  en'  bons  termes  &  de 
bonne  grâce  ,  avec  une  belle  voix  ; 
accommodant  fes  réponfes  ,  tantôt 
pour  émouvoir  la  compaffion  ,  tan¬ 
tôt  pour  marquer  fon  indignation  y 
faifant  taire  fes  accu fateurs ,  les  uns 
par  des  railleries ,  les  autres  par  la 
vivacité  de  fes  réponfes. 

m-  - 


L  Hj 


Février  171 6* 


i$6  Mémoires  four  tHifîoire 

Article  XVIII. 

JOACHIMI  LANGII  SACRÆ 
Theologiæ  in  Rc  gia  Fridericiana 
Prof.  Ord.  Excgefis  Epiftolarum 
Apoftoli  Pétri  &c.  C'eftàdire, 
Explication  des  Epures  de  S .  Pierre  , 
dans  laquelle ,  outre  la  liaifon  &  l'a- 
nalyfe  de  toutes  les  parues ,  on  dé - 
couvre  le  fin:  rentable  de  chaque  en¬ 
droit  ,  la  fignification  propre  de  cha¬ 
que  mot ,  ce  quilj/  a  d* emphatique,  & 
les  rapports  a  d  autres  pafiages  de 
V Ecriture ,  félon  l'original  Grec,  avec 
des  réflcxonsde  pratique  Chrétienne. 
Par  Joachim  Lange  ,  Profeffeur  de 
Théologie  dans  l’Vniverfité  de  Berlin • 
A  Haiie  en  Saxe  ,  de  l'Imprime¬ 
rie  &  aux  frais  de  l'Hôpital  des 
Orphelins,  1712.  40.  pag.  914. 

Joachimi  Langii  Exegefis  Epiftola- 
rum  S.  Joannis  &c.  Explication  des 
Epi  très  de  S .  Jean  17 13.  J  n  4°.p4- 
ges  901.  ..  • 

DAns  les  conteftations  où  il  s’a¬ 
git  d’un  grand  intérêt  jamais 
les  hommes  ne  fe  rendent  plus  im- 
Fe'vrier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  237 
portuns,  &  ne  fatiguent  plus  le  mon¬ 
de  de  leurs  raifons,  que  quand  ils 
les  Tentent  foibles ,  &  qu’intérieu- 
rement  ils  s’en  défient  eux  mêmes  5 
c’efi:  un  effet  de  Tinquietude  qui  ac¬ 
compagne  toujours  Terreur  ,  &qui 
fe  fait  voir  à  découvert  dans  les 
Proteftans.  Ils  ne  fçauroient  faire  un 
livre,  que  dans  les  endroits  même 
où  Ton  s’y  attendoit  le  moins  on  n’y 
trouve  des  traits  contre  TEglifeRo- 
maine  ,  traits  qui  en  effet  ne  partent 
que  du  fecret  reproche  qu’ils  font 
forcez  de  fe  faire  de  leur  réparation 
&  de  leur  fchifme.  ôre z  ce  défaut 
à  TAuteur  de  ces  Expofitions  de  S. 
Pierre  &  de  S.  Jean  ,  Ton  ouvrage 
paroit  fort  bon.  Les  volumes  font 
grands  ,  &  le  premier  en  le  lifant 
n'a  pas  paru  long;  il  n’en  a  pas  été 
tout  à  fait  de  même  du  fécond  ,  à 
caufe  des  fréquentes  redites.  M. 
Lange  déclare  qu’il  a  travaillé  de  gé¬ 
nie  ,  &  qu'il  ne  doit  rien  qu'à  lés 
propres  méditations.  Après  avoir  fi¬ 
ni,  dit-il,  il  Ternit  à  confuîter  les 
commentaires  ,  afin  de  fe  faire  hon¬ 
neur  d’avoir  de  l’érudition  ,  par  des 
citations  :  mais  comme  il  vit  que 
Février  1716,  L  iüj 


j.  3  S  Mémoires  foui  VHifloire 

les  uns  avoient  eû  à  peu  près  les  mê¬ 
mes  vues ,  &  que  c'eût  été  de  rem¬ 
barras  &  des  longueurs  inutiles  de 
rapporter  les  fentimens  des  autres,  il 
les  a  tous  laiflez. 

Ï1  commence  par  l’analyfe  d'une 
Epitre  entière  ;  enfuite  prenant  les 
verfets ,  ou  féparément,  ou  deux  à 
deux  ,  ou  trois  à  trois,  il  montre  la 
Jiaifon  de  ceux  qui  fuivent  avecceux 
qui  précédent.  i°.  Il  faitune  analyfe 
particulière  des  mêmes  verfets.  30. 
11  les  explique,  s'attachant  particu¬ 
lièrement  à  remarquer  les  dirions 
emphatiques.  40. 11  les  compare  avec 
d'autres  endroits  de  l'Ecriture.  50. 
11  en  tire  des  concluions  &  des  ré¬ 
flexions  morales.  Son  premier  ob¬ 
jet  eû  le  texte  Grec  ,  dont  il  donne 
une  tradu&ion  Latine  plus  littérale 
&  moins  nette  que  la  Vulgate. 

.  Un  exemple  fera  mieux  connoî- 
tre  la  méthode  de  l'Auteur;  &  on 
Je  prend  prefque  fans  choix ,  du  ch, 
premier  v.  18e.  &  19e. 

Les  paroles  de  S.Pierre, félon  la  tra¬ 
duction  de  M.Lan ge ,fcientes  quod  non 
corruptibilibus  argento  &  auro  liber ati 
efeisex  varia  refera  conyeifatione}àPatrh 

Février  17  16. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  239 

bus  tradita  y  fed  petiofo  fanguine ,  tan - 
quam  agni  immaculati  &  incontaminaù 
C hrifti.  “Sçachant  que  ce  n'a  pas  été 
«avec  de  l'argent  &  de  l'or  fujets  a 
«  la  corruption  ,  que  vous  avez  été 
«  délivrez  de  la  vaine  conduite  que 
«vous  aviez  apprife  de  vos  peres  ; 
«  mais  avec  le  précieux  fang  de 
«Jésus -Christ,  comme  dun 
«agneau  fans  défaut  &  fans  tache. 

La  liaifon  avec  ce  qui  a  précédé* 
S.  Pierre  avoit  exhorté  les  nouveaux 
Chrétiens  à  vivre  faintement  :  il  les 
prefTe  par  la  con  fi  dérat  ion  du  prix 
ae  leurrédemption. 

L'analyfe.  Il  parle  à  des  perfonr\es 
converties, à  des  perfonnes  délivrées 
&  rachetées ,  non  pas  avec  de  l’acf 
gent  &  de  l’or,  mais  avecle  précieux 
fang  de  Jesus-Christ  >  délivrées  de 
la  vanité  qui  leur  étoit  comme  hé¬ 
réditaire  ,  &  à  cet  égard  mifes en  li¬ 
berté  pour  vivre  faintement. 

L'expofition.  i°.  L'Apôtre  ap¬ 
puyé  fur  la  connoiflance  qu’avoient 
les  Chrétiens ,  de  ce  qu'il  leur  écri- 
voit,  h^oriç  y  fçachant  ;  connoiflance» 
qui  n'étoit  pas  feulement  de  l'efppC 
&  hifiorique  y  mais  du  coeur  &  af- 
J/v.1716.  L  v 


240  Mémoires  pour  ? Hifioire 
feétueufe  :  car  outre  que  dans  le  lan¬ 
gage  de  l’Ecriture  le  terme  de  con- 
noiffance  renferme  l’afFeâion  du 
Cœur,  il  adrefle  la  parole  à  des  per- 
Tonnes  régénérées  &  fancfifiées  par 
le  S.  Efprit.  De  plus  ,  le  participe 
uMtss y  [cachant ,  a  en  cet  endroit  la 
force  d'une  proportion  caufale , 
comme  s’il  leur  difoir  ,  Puifque  vous 
fçavez 

2°.  11  y  a  une  emphafeparticuliére 
dans  le  terme  itoTpcûàtne  ,  dont  Te 
fert  S.  Pierre  pour  lignifier  ,  vous 
êtes  delivre rachetez, ,  car  il  y  a  cet¬ 
te  différence  entre  les  verbes  kvuv  & 
jKVTçâziv,  que  le  premier  fignifielim- 
pl^hhent  délivrer  ,  en  quelque  manié¬ 
ré  que  cela  fe  fafle  ,  Toit  par  la  fuite 
de  celui  qui  étoit  arrêté ,  ou  par  for¬ 
ce  &  par  violence  ;  mais  le  fécond 
fignifie  délivrer  en  fatïsfaifant  ,  en 
■payant  la  rançon .  Et  c’eft  ce  que  J  e- 
sus-Christ  a  fait  pour  nous  :  il 
n’a  pas  voulu  ufer  de  fa  puiffance  in¬ 
finie  ponr  nous  tirer  de  Pefclavage 
du  péché  &  du  Démon,  il  a  fatisfait 
&  payé  félon  la  rigueur  de  la  jufti- 
ce.  Il  continue  toujours  de  nous  dé¬ 
livrer  par  fa  grâce  ,  &  c’eft  hbrK  y 
Février 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  1 41 
mais  il  ne  nous  a  rachetez  ,  .&  n'a 
fatisfait  qu’une  fois  par  fa  mort ,  & 
c’eft  At  parts, 

3°.  Lor ,  l’argent ,  &  tout  ce  que 
le  monde  eftime,  font  chofes  trop 
viles  pour  être  le  prix  de  notre  ré¬ 
demption  :  il  s’agiffoit  de  nous  ré¬ 
tablir  dans  la 'grâce  de  Dieu,  dans 
l’adoption  divine  ,  dans  le  droit  d’af* 
pirer  à  la  vie  éternelle.  Quelle  pro¬ 
portion  y  a-t-il  ,  entre  les  richeffes 
de  la  terre  ,  &  des  biens  fi  élevez  ? 

40.  Le  prix  donc  auquel  nous 
avons  été  rachetez  ,  eft  le  farfg  de 
Je  sus-Christ,  celui  qu’il  a  ver- 
féen  fa  paflion  ,  fur  la  croix  ,  en  la 
flagellation  ,  au  jardin  de  Gethfe- 
manni:  &  parceque  verfer  fon  fang 
c’eft  mourir,  nous  avons  été  rache¬ 
tez  au  prix  de  fa  mort  :  obéifîance 
paflive  en  lui ,  en  ce  qu’il  a  fouffert 
l’effufion  de  fon  fang  &  la  mort  : 
obéïffance  atftive  &  méritoire  9  en 
ce  qu’il  l’a  offerte  à  la  juftice  de  fon 
pere  pour  le  prix  de  nôtre  rédemp¬ 
tion.  Son  fang  eft  appellé  précieux; 
premièrement  par  rapport  à  fa  per- 
fonne  divine  :  il  eft  fils  de  Dieu  ,  & 
Dieu  :  ainfi  il  eft  dit  aux  A  êtes  des 
février  1716»  L  vj 


242  Mémoires  pour  rHiftoire 

Apôtres  ch.2oc.v.i8e.  que  Dieu  a  ac+ 
quïs  ÏEglife  au  prix  de  fon  propre  fang  , 
S'tcc  Txîiflx  «ly.atl®-  :  fecondement  par 
rapport  à  fa  valeur  ,  qui  a  été  de  fa- 
tisfaire  à  la  juftice  de  Dieu  :  troifié- 
mement  par  rapport  à  fon  effet ,  qui 
a  été  de  nous  mériter  la  grâce  de 
Dieu  &  le  falut  éternel. 

5°.  S.Pierredit  dejEStis-CHRiST, 
qu’il  a  été  comme  un  agneau ,  «r  cty. j/a, 
marquant  par  là  le  type  &  la  figure 
de  l’agneau  pafcal.  Il  ajoute ,  comme 
un  agneau  fans  defaut  &  fans  tache  : 
l’agneau  pafcal  devoit  être  fans  dé¬ 
faut  dans  tous  fes membres,  mais  il 
pouvoit  avoir  des  taches  :  J  e  s  u  s- 
Christ  n’en  a  eû  aucune ,  &  il 
a  été  d’une  fainteté  &  d’une  inno., 
cence  infiniment  parfaite.  Il  ne  s’eft 
pas  feulement  laide  immoler  ,  com¬ 
me  l’agneau, par  une  obéïffance  paf- 
five  :  il  s’eft  immolé  lui  même  par 
fon  obéï flan  ce  a&ive. 

6°.  Enfin  ,  l’Apôtre  fait  fouvenir 
les  nouveaux  Chrétiens  de  l’état  où 
ils  étoient  auparavant  ,  &  dont  Jls 
ont  été  délivrez  3  fous  la  domination 
du  péché  ,  dans  lequel  naifïent  tous 
les  hommes.  Et  ce  qui  regarde  pars 
Février  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  24$ 
ticuliérement  les  Juifs  auxquels  il 
écrit,  ilsétoient  délivrez  d'une  loi , 
qui  étoit  abolie  par  la  mort  de  J  e- 
s  us-Christ,  &  devenue  vaine,  - 

L'Auteur  pafle  au  parallélifme  ; 
c’eft  à  dire  ,  qu’il  marque  les  autres 
endroits  de  l'Ecriture  qui  ont  du 
rapport  aux  deux  verfets  qu’il  a  ex- 
pliq  uez.  Il  finit  par  plufieurs  ré¬ 
flexions  morales ,  &  qui  tendent  àla 
pratique  d’une  vie  Chrétienne. 

On  vient  à  quelques  remarques 
fur  la  première  Epitre.  L’opinion  de 
IV1.  Lange  efl:  conforme  à  celle  des 
Anciens ,  que  le  Fils  ,  le  Verbe  de 
Dieu  ,  a  apparu  &  s’eft  montré  en 
forme  humaine  dans  les  premiers 
tems.  C’eft  lui ,  dit  il ,  qui  en  l’Exo¬ 
de  ch.  3e.  parlant  à  Moïfe,  lui  dé¬ 
clara  qu’il  feroit  celui  qui  feroit ,  ero 
Qji  i  ero  ,  c’cft  à  dire  ,  qu’il  feroit 
le  Libérateur  de  fon  peuple  ,  en  le 
tirant  de  lafervitude  où  il  gemiiïoit 
fous  Pharaon,  en  type  &  en  figure 
de  ce  qu’un  jour  il  delivreroit  les 
hommes  de  la  fervitude  du  péché  & 
du  Démon.  Ainfi  il  dit  par  Ifaïech. 
43e.  v.  11e.  fefuisfEHOVA  le  Sei¬ 
gneur  y  &  Un  y  a  point  d'autre  JE  SV  S 
Sauyeur  que  moi. 


244  Mémoires  pour  l'Hiftoïre 
De  là  l'Auteur  tire  une  explica¬ 
tion  qu’il  croit  vraifemblable  ,  d'un 
paflage  difficile  &  embarraffantpour 
Jes  Commentateurs.  S.  Pierre  dit 
eh.  3e.  v.-8c.  que  Jefus Chnft  e/i  mort 
en  fa  chair  &  a  été  vivifié  par  l’Efpr'tt  j 
&  ajoute  au  verfet  fuivant  ,  Par  le¬ 
quel  il  alla  prêcher  aux  efpnts  quiétoient 
retenus  enpnfon.  Comme  cette  oppo- 
fition  de  la  chair  &  de  l’efprit  Terri¬ 
ble  donner  lieu  d’entendre  ,  par 
celle-là  la  nature  humaine  ,  &  par 
celui-ci  la  nature  divine.  M.  Lange 
conjedfcureque Jésus  CHRiSTautems 
de  Noé  prêcha  la  pénitence  ,  ou  par 
le  miniftere  de  Noé,  ou  par  lui  mê¬ 
me.  Mais  comme  d’ailleurs  il  eftviff- 
bleque  la  prédication  faite  aux  ef- 
prits  eft  poftérieure  à  la  mort  de 
Jésus-Christ  ,  il  n’ofe s'oppo¬ 
ser  à  ceux  qui  le  penfent  ainff.  Tout 
Luthérien  qu’il  eft  il  ne  peut  s’em¬ 
pêcher  de  blâmer  Luther  de  s’être 
exprimé  en  termes  indignes  fur  le 
verfet  dont  il  s’agit,  &  fur  le  6e. du 
ch.  4e.  Hac  tam  honibili  diluvii  pœna 
VetrusApofiolus  quoque  motus  vtdetur , 
ut  non  aliter  ,  quam  fanaticus ,  loqua - 
tur  talia  verba ,  quœ  ncc  hodie  quidem 
Février  17 1 6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  245 

ù  nobis  intelligi  pofiunt..,.  Mirabile 
profefto  ]udicium ,  & yoxpene  fanatica  , 
quant  Âpoftolo  horrïbtle  hoc  fpettaculum 
exprejjijfe  videtur . 

Il  tient  pour  les  dogmes ,  de  la 
volonté  fincere  en  Dieu  de  fauver 
tous  les  hommes,  de  la  mort  du  Sau¬ 
veur  pour  tous ,  de  la  grâce  univer- 
felle&  offerte  à  tous,  du  libre  arbi-. 
tre.  Les  Luthériens  ont  eû  honte  de 
fuivre  Luther  dans  les  fentimens 
contraires  :  &  ils  ont  en  horreur  les 
Calviniftes ,  qui  reftreignent  la  vo¬ 
lonté  de  Dieu  &  la  mort  de  Jesus- 
Christ  ,  à  fauver  un  petit  nombre 
d'Elus  &  tirez  de  la  mafle  de  perdi¬ 
tion.  Il  s’en  explique  dès  le  premier 
V.  du  ch.  premier. 

Il  remarque  fur  le  v.  21e.  du  ch. 
premier,  que  s’il'eft  dit  que  le  Pere  a 
reflufcité  fonFils,  cen’eft  pas  par  ex- 
clufion  duFils  ,  qui  déclare  pofitive- 
ment ,  qu’il  fe  reflufcitera  ,  qu’il  en 
ale  pouvoir,  qu’il  eft  la  téfurre&ion 
&  la  vie  ,  &  qu’il  fera  entendre  fa 
voix  à  ceux  qui  feront  dans  le  tom¬ 
beau.  C’eft  ,  comme  il  eft  dit  du 
Pere,  qu’il  a  livré  fon  Fils  à  la  mort, 
&  pareillement  du  Fils,  qu’il  s’eft  li- 

Février  1716, 


i^6  Mémoires  four  l'Hi floire 

vré  lui  même.  Ces  fortes  d'expref- 
(ions  ne  font  que  pour  nous  faire  en¬ 
tendre  l’œconomie  des  myfleres  $ 
qui  d'ailleurs  étant ,  comme  on  par¬ 
le  ,  des  a&ions  au  dehors ,  font  opé¬ 
rez  par  les  trois  perfonnes  delà  Tri¬ 
nité. 

Sur  le  verfet  fuivant ,  où  S.  Pierre 
dit  que  nous  fommes  fanéfcifiez  par 
l'Efprit ,  il  remarque  que  cela  doit 
s'entendre  du  S.  Efprit,  à  qui  nôtre 
fan&ification  eft  aufli  attribuée  par 
ceconomie.il  eft  nommé Efprit,  non 
feulement  félon  la  notion  efTentielle 
que  Dieu  eft  efprit  ;  mais  félon  fa 
notion  perfonnelie  ,  parcequ'il  pro¬ 
cède  du  Pere  &  du  Fils  par  fpiration. 

En  trois  endroits ,  fçavoir ,  fur  le 
verfet  5 e.  &  Je  9e.  du  fécond  chapi¬ 
tre,  &  fur  le  1.  v.du  ch.  5e,  il  dit  que 
c'eft  des  Chrétiens  en  général  &  par 
métaphore  que  S.  Pierre  prononce, 
qu'ils  font  un  facerdoce  faint  &C 
Royal ,  mais  que  nulle  part  l'Ecri¬ 
ture  n'attribue  particuliérement  le 
facerdoce  aux  Evêques  ,  ou  aux  Prê¬ 
tres.  Quoique  fon  intention  dans 
cette  réflexion  maligne  foit  de  faire 
entendre  ,  qu'il  n'y  a  ni  véritable  fa- 

lévrier  17 16. 


des  Sciences  &  des  beaux  Ans .  247 

:erdoce  ,  ni  véritable  facrifice  dans 
FEglife  ,  on  en  peut  pourtant  ti¬ 
rer  un  argument  contre  Luther,  qui 
a  prétendu  conclure  de  ces  paiïages 
Je  Saint  Pierre  ,  &  qui  Ta  infinué 
dans  fa  tradu&ion  Alemande,  que 
:out  Chrétien  efl  véritablement  Prê- 
:re  ,  &  a  le  pouvoir  de  confacrer 
l’Euchariftie. 

Sur  le  verfet  fixiéme  du  fécond 
th.  il  diftingue  deux  effets  de  la  foi , 
mais  de  la  foi  afFeclueufe  &  animée 
par  la  charité  ,  Tun  de  pouffer  d’ar- 
dens  défirs  vers  Jesùs-Christ,  Tau- 
rre  de  fe  repofer  avec  confiance  en 
Jésus-Christ:  &  c’eft ,  dit.il,  à 
quoi  fe  rapportent  ces  deux  expref- 

fions,  '7TIÇIVUV  US  Xpiç'ov  ,  TTlTiVilV  Wt 

Tw  Xf/ra.  Comme  quidiroit,  s’éle- 
lever  par  la  foi  vers  J.  C.  s’appuyer 
par  la  foi  fur  J.  C. 

Comme  c’eft  la  même  méthode 
dans  fexpofïtion  de  la  fécondé  Epî- 
tre  de  S.  Pierre,  il  n’eft  pas  neceffai- 
re  de  s’y  arrêter ,  &  on  fe  réduira 
à  quelques  remarques.  A  confulter 
les  bons  Auteurs  profanes,  il  n’ya 
pas  d’autre  mot  Latin  que  fervator 
pour  fïgnifier  fauveur  :  mais  les  Au- 

Février  1716. 


248  Mémoires  four  rHiftoirc 
tjeurs  Eccléfiaftiques  ,  ceux  même 
qui  ont  cû  plus  de  connoifTance  de 
la  langue  Latine,  ont  employé  le  mot 
falvator.  M.  Lange  au  chap.  1.  V.  i. 
trouve  celui-ci  plus  cxpreflif&  plus 
emphatique  ,  parceque  fervator  eft: 
proprement  celui  qui  conferve  une 
chofe  en  fon  bon  état  ,  &  l’empê¬ 
che  de  périr  ;  au  lieu  que  J.  C..  a 
fait  plus,  il  nous  a  affranchis  du  pé¬ 
ché  &  de  la  mort ,  qui  nous  tenoicnt 
fous  leur  empire  ,  &  nous  a  procuré 
une  vie  bien  heureufe  &  éternelle. 
11  revient  à  la  rédemption  &  à  la  grâ¬ 
ce  univerfelle,  &  fur  le  ch.  1.  v.  3. 
il  reprend  le  même  fujet. 

La  conflrucfion  du  troifiéme  ver- 
fet  paroit  embarraflee  :  &  navrcc 
ûy.î’v  w  Sèicte  S'vv<x(AiedÇ  ccvt*  t  ce  -rpo? 
ÇowKcii  IvniCîiAV  S'èfcoyÂvM.  Ce  par¬ 
ticipe  ,  qui  a  une  term;naifon  paffi- 
ve  ,  doit,  félon  M.  Linge  ,  être  pris 
en  une  lignification  active;  enforte 
que  le  fens  foit  ,  Comme  fa  puijfance 
divine  nous  a  donné  toutes  les  chofes  né - 
cejfaires  à  la  vie  &  à  la  pieté.  Il  voit  de 
l’emphafe  dans  le  verbe  S'apiapcu x 
en  ce  qu'il  fignifie  donner  gratuite¬ 
ment  ,  &  que  le  verbe  fignifie 
Amplement  donner. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  249 

S.  Pierre  ch.  2.  v.  i^.  dit  que  Us 
xux  Dotteurs  promettent  la  liberté,  tan- 
is  quils  font  eux  mêmes  enclaves  de  la 
irruption.  M.  Lange  prend  de  là  oc- 
afion  de  difputer  au  long  &  vive- 
lent  contre  les  adverfaires  de  Spe- 
er,  &  les  liens ,  qui  les  traitoient 
le  Piétiftes  :  ces  gens ,  dit-il,  fous  le 
«rétexte  de  la  liberté  Chrétienne  , 
le  croyent  permis  de  prendre  tous 
es  plaifirs  ,  pourvu  qu'ils  évitent 
excès. 

On  s’étoit  accoutumé  dans  la  lec- 
ure  d’un  fi  long  ouvrage  à  voir  un 
\uteur  aflez  judicieux  :  &  on  a  été 
:tonné  de  fon  commentaire  fur  ces 
paroles ,  ch.  3.  v.  8.  Vous  ne  devez,  pas 
gnorer  ,  mes  très  chers,  qu'un  jour  devant 
e  Seigneur  efl  comme  mille  ans ,  &  que 
mile  ans  font  comme  un  jour.  Il  dit  que 
a  création  eft  le  type  &  la  figure 
de  ce  qui  devoit  arriver  dans  la  fui¬ 
te  ;  que  chaque  jour  de  la  création 
marque  mille  ans  de  la  durée  du^ 
monde  ,  qu’après  fix  mille  ans  le 
mondedoit  finir. Ce  n’efi  pas  qu’il  fi- 
nilTe  abfolument  :  mais  il  paflera  à  un 
état  plustranquille  &  plus  heureux  3 
exempt  du  trouble  Ôc  de  la  mifére 
Février  17 16, 


ijo  Mémoires  pour  rHifloire 

que  nous  y  voyons  &  que  nous  y 
fouflfrons  :  cette  nouvelle  face  du 
inonde  eft  figurée  par  le  7e.  jour  que 
Dieu  fe  repofa  ,  après  avoir  achevé 
l’ouvragede  la  création  :alors  les  juf- 
tes  habiteront  la  terre  pendant  mille 
ans.  En  un  mot ,  il  renouvelle  Ter¬ 
reur  des  Millénaires. 

Sur  ce  que  S.  Pierre  v.  7e.  avertit 
que  dans  lesEoîtresde  S.  Paul  il j 
a  quelques  endroits  difficiles  à  entendre , 
que  des  hommes  ignorans  &  légers  dé' 
tournent  en  de  mauvais  fens  a  leur  per¬ 
te ;  il  dit  que  cette  obfcurité  vient 
de  la  fublimité  des  chofes  dont  traite 
Saint  Paul ,  &  non  pas  de  la  manière 
dont  il  en  a  écrit  ,  laquelle  devient 
intelligible  à  tous  ceux  qui  s'y  appli¬ 
quent.  Il  ne  pouvoir  pas  s'expliquer 
autrement  en  Proteftant. 

Dans  Texpofition  des  Epîtres  de 
S.  Jean  on  retrouve  M.  Lange  tout 
fembîable  à  lui  même  ,  &  tel  qu'on 
i'avoit  vû  dans  celles  des  Epîtres  de 
S.  Pierre.  On  s’attend  bien  qu'un 
Auteur  gardera  fon  ftyle  &  fa  mé¬ 
thode  dans  un  fécond  ouvrage;  mais 
on  n'aime  pas  qu’il  revienne  préfen- 
ter  des  penfées  ,  dont  on  eft  ,  pour 

Février  1716' 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  2?r 
ainfi  dire  ,  déjà  faifi.  Ce  n’efl  pas 
feulement  par  Tes  redites  qu'il  fe  rend 
ennuyeux  ,  mais  auflî  par  fes  lon¬ 
gueurs  ,  arrêtant  autant  fc$  lecteurs 
fur  les  endroits  qui  n'ont  pas  befoin 
d'explication  ,  que  fur  ceux  qui  en 
demandent.  On  croit  qu’il  fuffic  de 
rapporter  quelques-uns  des  plus  re¬ 
marquables. 

Saint  Jean  commençefa  première 
Epître  comme  Ton  Evangile,  par  l’é¬ 
ternité  du  Verbe  ,  O hccir  a ,  Ce 
qui  étoït  des  le  commencement  \  c’eft  à 
dire,  dès  le  commencement  de  tou¬ 
tes  chofes ,  dès  la  création  du  mon¬ 
de.  S.  Matthieu  ch.  19.  v.4  &  8.  ufe 
de  la  même  expreflion  ,  kir  kç’xyt* 
pour  fignifier  la  création ,  &  au  ch. 

Z4.  V.  21.  il  dit  ,  CC7T  <*p%ÎK  Ttf  MTp*  , 

Saint  Marc.  ch.  10.  v.  6.  &  ch.  1 3 .  v. 
19  ,  &  Saint  Pierre  en  fa  fécondé 
Epître  ch.  3 .  v.  4  air  ar ieioe  , 

depuis  le  commencement  du  monde  &  de 
la  création.  Enfin  ,  les  premières  pa¬ 
roles  de  S.  Jean  en  fon  Evangile  af- 
furent  cette  lignification  ;  puifqu’a- 
près  avoir  dit  que  leVerbe  e'toit  au  corn • 
menctment ,  Ivotç'/jj,  il  vient  enfuite 
à  la  création.  Ici  la  prépofition  r«> 

Février  1716. 


2  5  2.  Mémoires  pour  rHiJloïre 
dès  y  vaut  autant  que  rpo ,  avant;  ca 
fi  le  fujet  dont  parle  S.  Jean  étoit  dè 
le  commencement  du  monde  ,  cer 
tainement  il  étoit  avant  le  monde 
Ainh  cctto  KctletCoértf  Kor/j.*  doit  s’en 
tendre ,  avant  U  création  du  monde  ;er 
S.  Matthieu  ch.  25.  v.  24,  en  l’Apo- 
calypfe  ch.  13.  v.  8.  &  ch.  17.  v.  8 
ailleurs  il  y  a  rrço  kcltclComs  Kocryx 
comme  en  S.  Jean  ch.  17.  v.24,er. 
l’Epître  aux  Ephéfiensch.  1.  v.4.  E) 
ce  qui  mérité  attention  ,  c’eft  queS 
Paul  parlant  de  l’éle&ion  3  écrit  dan: 
le  même  fens  aux  Ephéliens ,  qu'elle 
eft  ,xfo  acij ccCqk»  s  &  aux  i  hef 

faloniciens  dans  fa  fécondé  Epître 
ch.  2.  v.13.  cer  ocpxyç.  De  plus  ,  les 
Septante  au  ch.  42.  d’Ifaïe  v.  1 3.  où 
il  s’agit  de  l’éternité,  ont  mi sanay 
yj\s.  Quant  au  verbe  m  ,  étoit,  pris 
feul ,  il  lignifie  une  choie  exiftante 
&  fubfiftante  en  fon  propre  être. 

Au  ch,  5.  v.  6.  S.  Jean  dit  ,  que 
Je  fus  Chrijl  eflvenu  non  feulement  avec 
l'eau  y  maïs  avec  l'eau  &  avec  le  fang  : 
&  il  ajoute  que  c’eft  l’Efprit  qui  en 
rend  témoignage.  K cù  ri  mvyce  Içt 

to  yctf  Tupvp  y  on  t 0  TrVivyociçiv  hothnQîia,, 

M.  Lange  a  raifon  d’entendre  ce  paf- 

Ffyrier  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  2  j  $ 

fage  du  S.  Efpric  :  &  le  fens  eft  que 
le  cémoignage  que  rend  le  î>.  Efprit 
eft  véritable,  puifque  le  S.  Efpric  eft 
la  vérité.  La  Valgate  en  cet  endroit 
différé  du  Grec. 

Sur  le  verfet  fuivant ,  des  trois  qui 
rendent  témoignage  dans  le  ciel,  il  ne  dit 
rien  que  de  très-commun  ;  non  plus 
que  fur  le  16e.  verfet  ,  dupe'cbéqui 
va  à  la  mort.  C’eft  celui,  dit  il,  qui 
ailleurs  eft  nommé  péché  contre  le 
5.  E [prit ,  c'eft  s’obftiner  à  combattre 
la  vérité  reconnue  ,  comme  firent 
les  Scribes  &  lesPharifitns,  &  com¬ 
me  font  aujourd'hui  fes  accufateurs 
de  Piétifmç,  dont  il  fe  plaint  très- 
amerement. 

Le  verfet  20e.  eft  ainfi  conçu  mot 
à  mot.  Nous  fçavons  que  le  Fils  de 
Dieu  eft  venu ,  &  qu  il  nous  a  donné 
l'intelligence  >  afin  que  nous  connoijfions 
celui  qui  eft  le  véritable  ,  en  Jefus  G hnft 

fon  fils  ,  iVfit  yiV07)C(<){AZV  70V  awSlVOV  y 
xcd  l<r[AZV  iv  7ùû  CCKhQjvZ  ,  iV  TU)  VtCù  #t/T< 

XP/r<£*  M.  Lange  Tinterprete  ain¬ 
fi  :  Afin  que  nous  connoiffions  le 
Pere ,  vrai  Dieu  ;  &  nous  fommesen 
J.C.  fon  fils  ,  vrai  Dieu.  En  effet, 
dans  le  premier  membre  de  la  prg-; 
Février  1-716, 


if4  Mémoire:  fout  VHiftoire 
pofition  le  mot  awSivot  lignifie  vrai 
Dieu  ÿ  &  tous  en  conviennent  unani¬ 
mement  :  or  par  quelle  raifon  lui 
changer  fa  lignification  dans  le  fé¬ 
cond  membre  *  Il  lignifie  donc  enco¬ 
re  vrai  Dieu.  De  plus,  S.Jean  nedit 
pas  \v  rôî  ocmSivu)  via>  foti  vrai filst 

mais  repétanc  la  prépofition  sp,  il  dit 
que  nous  fommes  en  celui  qui  eft  le 
vrai ,  en  fon  fils  J.C.  &  par  cette  ma¬ 
nière  de  s’exprimer  il  fait  clairement 
entendre ,  que  J.  C.  danslequel  nous 
fommes ,  eft  vrai  Dieu  &  le  fils  de 
Dieu. 

M.  Lange  a  fait  une  addition  en 
forme  d’apologie ,  pour  fe  juftifier 
de  n’artribuer  aucune  efficace  à  l’ab- 
folution  que  donnent  les  Miniftres 
de  l’Eglife,  aux  Pénitens  qui  confef. 
fent  leurs  pechez. 

Il  crie  à  la  calomnie ,  &  cite  fes 
propres  paroles.  «  J’accorde  fans 
»  peine, ou  plutôt  j’inlifte,  quecet- 
”te  déclaration  de  la  remillion  des 
»>  pechez ,  faite  par  l'organe  des  Minif 
»  très  de  iEghfe  ,  fi  elle  eft  fubordon- 
«née  à  la  volonté  de  Dieu  &  félon 
M  qu’il  la  prefcrit ,  n’eft  pas  nue  & 
fimplement  humaine,  mais  effica- 
Février  1716.  ce 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  25*5 

MCe  &  divine  en  quelque  forre  ,  & 
«que  Dieu  opéré  par  elle.  Toute¬ 
fois  M.  Lange,  qui  parle  ainfi  ,  ne 
craint  point  d'aflùrer  par  une  con¬ 
tradiction  évidente  ,  que  la  Con- 
feffion  de  l’abfolution  ne  font  point 
fondées  fur  l'Ecriture,  qu'elles  ont 
été  inconnues  dans  les  premiers  fié- 
cles  de  l’Eglife,  &  ne  font  que  d'u¬ 
ne  inftitution  nouvelle  6c  Eccléflaf- 
tique.  D'où  fçait-il  donc  que  l'ab- 
folution  eft  efficace  ,  &  que  Dieu 
opéré  par  elle  ,  fi  l'Ecriture,  (i  l’u- 
fage  de  l’Eglife  ne  le  lui  apprennent 
pas?  Au  contraire  ,  fon  accufateur, 
Schelwigius  ,  avec  les  Théologiens 
Luthériens  de  Wurtemberg  ,  fou- 
tient  ,  «  Que  le  Miniftre  ne  fait  pas 
«.feulement  entendre  à  l'oreille  ce 
„  qu’il  faut  croire  ,  mais  qu’il  péné- 
,3  tre  jufque  dans  le  cœur  même ,  en 
>*  enflammant  la  foi,  &  produifant 
„  des.opérations  fpirituelles.  Suppo- 
fé  cette  efficace  de  l'abCblution  6c 
cette  opération  divine  ,  eft-il  poffi- 
ble  ,  fans  une  contradiction  auffi 
évidente  que  celle  où  s’engage  Mr. 
Lahge  ,  de  nier  que  la  Pénitence, 
léyrifr  17 1 6.  .  M 


25 6  Mémoires  pour  fHifloire 
comme  elle  s ’adminiftre  en  l’Egli- 
fe ,  elt  un  véritable  facrement  ? 

Article  XIX. 

JOH.  JACOBI  WEPFERI  HISTORIA, 
cicutæ  aquaticæ&c.  C’eflàdire, 
Hijloirede  la  ciguë  aquatiquejaquelle 
ne  contient  pas  feulement  une  exatte 
defcrtptïon  de  cette  plante  ,  avec  fes 
effets  &  fa  manière  d’operer ,  maïs 
s’étend  auffi  a  plufieurs  autres  potfons. 
Tar  fean-facques  Wepfer ,  premier 
Médecin  de  plufieurs  Princes  de  L'Em¬ 
pire  &  de  la  République  de  Scbafoufe . 
A  Baie  de  l’Imprimerie  d’Epifco- 
pius ,  1716.  jh  40  .pages  336.  A  la 
fin  font  ajoutées  des  differtations  fur 
le  Thé  de  Suiffe  ,  &  fur  l'herbe  nom¬ 
mée  Cymbalaria. 

ON  doit  à  la  reconnoiflance  de 
M.  Zuinger  ,  Premier  Méde¬ 
cin  de  Bâle,  l'édition  de  cet  ouvra¬ 
ge  après  la  mort  de  l'Auteur  ,  qu'il 
regardoit ,  dit-il ,  depuis  trenteans 
comme  fon  maître  &  fon  patron. 
Avant  que  de  toucher  à  cç  que  Mr«, 
F éviter  17 16. 


des  Sciences  à1  des  beaux  Arts.  157 
Wepfer  s’eftpropofé  pour  Ton  prin¬ 
cipal  objet  ,  on  rapportera  la  def- 
cription  qu'il  fait  du  païs  où  le  Da¬ 
nube  prend  fon  origine  ;  fans  s'ar¬ 
rêter  avec  lui  à  relever  les  fautes  des 
Anciens  à  cet  égard,  comme  d’He- 
rodote,  qui  fait  venir  des  Pyrénées 
ce  grand  fleuve. 

Au  piéd  des  montagnes  noires  dans 
le  Landgraviat  de  Baar ,  qui  dépend 
des  Comtes  de  Furftemberg  ,  s'é¬ 
tend  une  vafte  plaine*  abondante 
en  belles  fources  d'eau ,  arrofée  de 
deux  rivières ,  la  Erige  &  la  Brege, 
qui  s’uniflant  enfemble  prennent  le 
nom  du  Danube ,  fertile  en  pâtura¬ 
ges,  avec  plufteurs  bourgs  &  villa¬ 
ges  ,  dont  le  principal  eft  Efchin- 
gen.  Sur  le  bord  de  la  Brige  eft  le 
château  de  Donefchingen,  auprès 
duquel  il  y  a  une  fontaine  qui  eft  re¬ 
gardée  comme  la  fource  du  Danu¬ 
be  :  &  environ  à  une  demie  lieue, 
&  proche  du  bourg  d'Almanforf, 
eft  encore  une  groffe  fource ,  qui  va 
fè  décharger  dans  la  Brige.  Le  ter¬ 
roir  au  delà  de  cette  riviere  eft  ma¬ 
récageux  &  bourbeux. 

La  plus  haute  des  montagnes  noi- 
fev»  1716#  M  ij 


2  5  S  Mémoires  pour  ÏHiJloire 

res  efl  celle  de  Feldberg,  qui  four¬ 
nit  des  eaux  à  6  ou  7  rivières  ,  dont 
Ja  principale  e£t  le  Necre  :  les  unes 
fe  jettent  dans  le  Danube,  les  autres 
dans  le  Rhin  ;  celles-là  coulant  par 
une  pente  douce  ,  celles-ci  fe  préci¬ 
pitant  dans  de  profondes  vallées  & 
au  travers  des  rochers.  Il  en  eft  quel¬ 
ques-unes  que  les  habitans  du  païs 
détournent  (elon  leurs  befoins  ,  Ôc 
avec  peu  de  travail,  ou  du  Danube 
au  Rhin  ,  ou  du  Rhin  au  Danube  : 
toutes  font  poiflonneufes,  &  fur  tout 
abondantes  en  truites.  Il  s'y  voit 
auili  quantité  de  lacs ,  &  même  en 
des  lieux  fort  élevez.  Quoique  la 
terre,  qui  en  ces  montagnes  eft  rou¬ 
geâtre  ,  foit  fabloneulé  &  incapa¬ 
ble  detre  liée  ,  elle  n’eft  pas  pour¬ 
tant  ilérile  ;  car  outre  les  grandes  fo¬ 
rêts  ,  dans  les  endroits  découverts 
elle  porte  du  feigîe ,  de  l’avoine ,  de 
bons  pâturages  ;&  dans  les  endroits 
plus  bas  ,  du  froment ,  des  vignes  , 
des  arbres  fruitiers  de  toutes  fortes. 
Et  en  Automne  M.  Wepfer  a  vû  fer- 
vir  pouç  deflert  en  l’Abbaye  de  S. 
Blaife  ad  piéd  du  mont  Feldberg, 
du  raifin ,  des  pommes ,  des  poires , 
février  1716, 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  i 

des  cerifes ,  &  des  fruits  en  parfaite 
maturité.  A  cela  il  faut  ajouter  des 
mines  de  fer  ,  de  plomb,  de  cuivre, 
d’argent ,  d’anumoine  ;  8c  autrefois 
il  y  en  avoitaulli  dor  dans  la  vallée 
de  Todtnow  :  il  s’y  trouve  des  ame; 
thyfles  ,  du  cryfhl  à  fix  facettes, 
des  ardoifes.  Énforte  que  lapreté 
des  montagnes  noires  ert  recompen-* 
fée  par  des  avantages  confidérables. 

C’eft  le  long  des  rui{Teaux.&  des 
eaux  les  plus  claires  que  nait  la  ci¬ 
guë,  cette  plante  venimeufe.  Sa  ra¬ 
cine  s’arrondit  en  forme  d'oignon  , 
ou  de  mafîuë  ,  &  pouffe  en  bas  des 
filamens  ,  dont  une  partie  trempe 
dans  l’eau.  Cette  racine  ed  blanche 
en  dehors  8c  en  dedans ,  &  contient 
dansde  petites  cellules  féparées  une 
liqueur  qui  d’abord  effc  douceâtre 
au  goût  ,  &  puis  piquante.  L’Au¬ 
teur  pouffe  plus  loin  la  defcription  j 
mais  ce  qu’on  a  dit  paroît  fufhfanc 
pour  entendre  ce  qui  fuit. 

Sur  la  fin  de  Mars  1700.  des  trou¬ 
peaux  du  village  d’Almanshori  al¬ 
lant  boire  ,  découvrirent  avec  les 
pieds  des  racines  de  ciguës  ;  &  auf- 
fitôt  fix  en  fa  ns  qui  les  fuivoient. 

Février  1-716.  .  M  iij 


2 6o  Mémoires  peur  rHifloire 

deux  garçons  &  quatre  filles ,  fe  jet- 
terent  delfus ,  en  mangèrent ,  &  re¬ 
tournèrent  au  logis  fe  conjouiflant 
comme  d'un  bon  repas  :  mais  bien¬ 
tôt  le  poifon  Te  déclara  par  de  terri¬ 
bles  fymptômes  ,  dans  les  uns  plu¬ 
tôt  ,  dans  les  autres  un  peu  plustard, 
à  proportion  de  leurs  forces,  &  de  ce 
qu’ils  avoient  mangé.  Ce  furent  des 
refïerremens  violens  de  l’eftomac, 
des convullions  terribles,  des  accès 
épileptiques ,  avec  une  abondance 
d'écume  qui  couloit  de  la  bouche  ; 
ies  deux  garçons  en  moururent ,  les 
quatre  filles  furent  guéries  avec  le 
fecoursde  la  thériaque  dilaycedans 
du  vinaigre,  ou  d’une  infufion  de 
tabac  ,  qui  les  fie  vomir.  Deux  au¬ 
tres  filles  ont  dit  à  M.  Wepfer,  qu’el¬ 
les  en  avoient  auffi  mangé  ,  fans  en 
avoir  repenti  aucun  mal  confidé- 
rable. 

Le  funefte  accident  arrivé  à  ces 
enfans  a  été  l’occafionde  compofer 
cet  ouvrage  ,  qui  ,  bien  qu’il  foit 
long  &  divifé  en  vingt  trois  chapi¬ 
tres  fur  un  trifte  fujet ,  n’eft  nulle¬ 
ment  ennuyeux  ;  l'Auteur  l’ayant 
diverfifiépar  quantité  d’hiftoires.On 

Février  1 7 16. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  i  6î 

fc  contentera  de  marquer  en  fubftan- 
ce  ce  qu’il  contient. 

I.  Il  rapporte  ce  que  divers  Au¬ 
teurs  ont  dit  des  fâcheux  effets  de  la 
ciguë  ,  foit  qu’elle  ait  été  prife  dans 
fes  feuilles  pour  du  perfil ,  ou  en  fes 
racines,  pour  du  pourpier.  Enplu- 
fïeurs  perfonnes  elle  a  caufé  une  dé¬ 
mence  qui  quelquefois  n’a  fini  qu’a¬ 
vec  la  vie.  Ainfi  deux  Religieux  en 
ayant  mangé  avec  de  la  viande,  per¬ 
dirent  la  raifon  ,  l’un  alla  fe  jetter 
dans  un  lac  d’où  il  fut  retiré  ;  l’au¬ 
tre  s’étant  mis  nud  ,  cherchoit  auffi 
de  l'eau  ,  &  crioit  qu’il  étoit  ca¬ 
nard  :  &  quoiqu’à  force  de  remè¬ 
des  ils  fuffent  revenus  à  eux  mêmes, 
ils  ne  firent  plus  que  languir  &  que 
fbuffrir  ,  &  n’allerent  pas  plus  loin 
de  trois  ans.  Un  Gouverneur  deFri- 
derifboug  ne  recouvra  point  la  rai¬ 
fon.  D’autres  ont  été  tranfportez  de 
phrenefie  violente  ,  ou  font  comme 
tombez  en  yvreffe ,  dans  un  pro¬ 
fond  affoupiffement ,  avec  les  extré- 
mitez  froides  :  fymptomes ,  comme 
Te  remarque  Mr.  Wepfer,  &  comme 
il  le  prouve  par  quelques  exemples  , 
Fév.  1716.  M  iiij 


z6i  Mémoires  pour  T  Ri ftoire 

qui  viennent  aufli  du  vin,  bû  âvtfc 
excès ,  &  de  l'eau  de  vie. 

Toutefois  la  ciguë  eft  employée 
à  de  bons  ufages  :  elle  entre  dans  des 
emp  âcres  contre  les  tumeurs ,  con¬ 
tre  les  durerez  de  la  ratte  ,  les  her¬ 
nies  j  les  éréfipeles ,  pour  arrêter  le 
lait  :  maisM.Wepfer  aimeroit  mieux 
qu'on  eût  recours  à  d’autres  remè¬ 
des.  Une  femme  fatiguée  de  lon¬ 
gues  infomnies  n’en  trouva  pas  un 
meilleur  ,  que  de  mêler  un  peu  de 
ciguë  dans  des  falades  :  &  on  en  ufe 
ainfi  à  Gennes ,  dit  Jule  Scaliger, 
pour  exciter  &  pouffer  les  urines. 

Iï.  Diofcoridea'prononcé ,  que  la 
ciguë  eft  froide  ,  &  qu’elle  tuë  en 
figeant  &  coagulant  le  fang  y  Galien 
l’a  fuivi  en  cela  ,  comme  en  bien 
d’autres  chofes  :  &  fur  leur  témoi¬ 
gnage  les  Médecins ,  &  les  Botanif- 
tes  ,  en  ont  été  pleinement  perfua- 
dez.  Mr.  Wepfer  au  contraire  ne 
craint  pas  d’affûrer  qu’elle  eft  chau¬ 
de.  Ht  il  le  prouve.  i°.  Par  l’odeur 
puante  qu’elleexhale,&  qui  ne  fçau- 
îoit  provenir  que  d’un  fel  volatil  & 
d’un  foufre  impur.  20.  Par  le  goût 
picquant  &  amer  qu’elle  laifTe  dan-s^ 

Février  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  263 

la  bouche.  $°.  Par  l’ardeur  qu’elle 
excire  dans  i’eftomac.  40.  Par  les 
fymptômes  de  fureur  &  de  phrene-* 
lie  qu’elle  excite. 

Il  n’eft  pas  vrai  non  plus ,  qu’elle 
fige  &  coagule  le  fang.  Pour  s’en 
éclaircir,  il  a  fait  un  très-grand  nom¬ 
bre  d’expériences  fur  des  chiens  ÔC 
fur  deux  loups,  qui  après  avoir  man¬ 
gé  de  la  ciguë  ,  ou  avalé  du  fuc  de 
ciguë,  ayant  été  éventrez  ,  ou  dans 
le  tems  qu’ils  en  fouffroient  les  per¬ 
nicieux  effets ,  ou  auflitôt  après  leur 
mort,  fe  font  trouvez  avoir  le  fang 
aufli  coulant  qu’à  l’ordinaire.  Ilne 
paroifî'oiten  eux  aucun  changement, 
finon  qu’ils  avoient  l’eftomac  gonflé 
&  tendvu  ,  avec  des  marques  fort 
rouges  en  dedans. 

Delà  il  conclut  que  la  ciguë, agit 
par  des  particules  dures  &  pointues  , 
qui  s’enfoncent  dans  la  membrane 
nerveufe  de  l’eftornac  ,  &  principa¬ 
lement  vers.le  pylore, où  cette  mem¬ 
brane  eft  plus  découverte  &  plus 
expofée  à  ces  fâcheufes  impreffions, 

.  ÏII.  Maisfij’aélion  immédiate  de 
îa  ciguë  s’arrête  dans  l’eftomac,  d’où, 
-•viennent  ces  violentes-  convulfions 


Février  17  16. 


M  v 


34  Mémoires  pour  IHiJioïre 

dans  tout  le  corps,  ces  aliénations 
d’efprit,ces  accès  épileptiques  ?  C’eft 
ce  qu'il  n'efl  pas  aifé  d’expliquer 
d’une  manière  qui  fatisfafle.  L'Au¬ 
teur  admet  je  ne  fçai  quel  Prince 
des  nerfs,  qui  ne  différé  ou  différé 
peu  de  l'archée  de  Van  Helman;  ce 
Prince  entretient  la  correfpondance 
entre  les  nerfs,  &  les  oblige  de  com¬ 
patir  les  uns  aux  autres.  Ce  fenti- 
ment  compaflif,  pourfuit-il,  eft  évi¬ 
dent  dans  le  cœur,  dont  le  mouve¬ 
ment  s’altere  ,  dès  que  quelque  au¬ 
tre  membre  fouffre.  Cette  explica¬ 
tion  a  paru  bien  plus  naturelle  & 
plus  belle  à  Mr.  V/epfer,  que  d’a¬ 
voir  recours  avec  d’anciens  Phyfi- 
ciens  à  desqualitezoccultes.  Au  ref- 
te  ,  il  attribue ,  tout  le  mouvement , 
&  ppur  ainfi  dire  ,  le  jeu  des  nerfs  ÿ 
4  ce  Prince  :  &  il  ne  veut  pas  croire 
qu’ils  foient  comme  des  canaux  par 
eù  les  efprits  coulent  dans  les  muf- 
«les.  Car,  dit-il,  à  l’inftant  que  nous 
voulons  que  le  pied  fe  remue  ,  il  fe 
remue  ,  au  lieu  qu’il  faudroit  du 
temspour  porter  du  cerveau  les  efi 
pries  jufquelà. 

ÏV.  Nul  de  ceux  qui  ont  penfé  qu§, 

Février  17 16. 


tes  Sciences  &  des  beaux  Arts .  26$ 
la  ciguë  par  fa  qualité  froide  fige  6c 
coagule  le  fang  ,  n’a  manqué  d’ap¬ 
porter  pour  exemple  &  pour  preu¬ 
ve  Ja  mort  de  Socrate,  de  la  maniè¬ 
re  que  Platon  la  raconte.  Socrate 
ayant  bû  la  coupe  empoifonnée ,  fes 
pieds  &  fes  jambes  fe  refroidirent  ; 
&  le  froid  montant  toûjours  lui  ôta 
enfin  la  vie. 

La  réponfe  de  l'Auteur  à  cette  ob¬ 
jection  fe  divife  en  plufieurs  chefs. 
i°.  Platon  &  dans  le  Phédon  &  dans 
l’apologie  de  Socrate  n’ufe  que  du 
terme  général  depoifon  ;  il  n'eft  pas 
donc  certain  que  ce  fût  de  la  ciguë. 
2°.  En  favoüant  par  refpeét  pour 
Pline  &  Diogene  de  Laërce  ,  qui 
faillirent ,  il  eft  encore  permis  de 
croire  que  ce  n  etoit  pas  de  fimple 
ciguë,  mais  un  compofé  où  elle  en¬ 
troit  :  tel  étoit  le  poifon  gardé  à  Mar-  / 
feille  pour  ceux  qui  avoient  prouvé 
devant  les  Magiftrats  qu’ils  avoient 
raifon  de  haïr  la  vie  :  tel  étoit  celui 
dont  parle  Theophrafte  ,  inventé 
par  un  nommé  Thrafias  ,  qui  tuoit 
fans  délai ,  fans  douleur ,  fans  remè¬ 
de.  5°.  A  bien  confidércr  le  récit  que 
fait  Platon  de  la  mort  de  Socrate , 

Février  J71 6,  M  vj 


Mémoires  pour  l'Hiftoire 

on  fent  qu’il  l’a  compofé  en  Ora¬ 
teur,  pour  émouvoir  à  compaffion  , 
&  non  pas  en  Phyficien  ,  pour  en  ex¬ 
pliquer  les  fymptômes  :  &  bien  loin 
de  donner  lieu  de  s’imaginer  un  poi- 
fon  froid  ,  il  donne  à  entendre  que 
c’étoit  un  poifon  de  qualité  chaude; 
car  Socrate  ne  fe  plaignit  point  d’un 
grand  froid  dans  l’eftomac ,  ni  de 
tranchées  dans  les  inteftins  ;  il  lui  ar¬ 
riva  ce  qui  arrive  dans  les  maux  ai¬ 
gus  &  caufez  par  la  chaleur  ;  que  le 
mouvement  du  cœur  s'affoibliffant , 
les  parties  éloignées  deviennent  froi¬ 
des.  4°. Platon  marque  exprefTément, 
que  Socrate  avant  la  mort  fit  quel¬ 
que  mouvement  ;  c’eft-à-dire  ,  qu'il 
eut  des  convulfions  :  en  effet ,  il  n'eft 
pas  pofîible  qu'un  homme  de  bonne 
lanté  Sc  vigoureux  fuccombe,  fans 
que  la  nature  fafTe,  ou  plutôt  fans 
qu'elle  foufïre  de  violens  efforts. 

V.  De  tout  ce  qui  a  été  dit  juf- 
qu'ici ,  &  de  ce  que  le  remede  le  plus 
efficace  contre  la  ciguë  eff  de  la  re- 
jetter  par  le  vomifîëment ,  il  reful- 
te  que  fa  première  &  fa  principale 
aétion  fe  tourne  contre  l’effomac, 
d'où  elle  fe  communique  au  genre 
Février  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  267 
nerveux  :  du  moins  il  efl  confiant 
qu’elle  ne  fige  point  &  ne  coagule 
point  le  fang.  C’eft  ce  que  M.  Wep- 
fer  a  encore  obfervé  de  l’aélion  d’au- 
très  poifons  qu’il  a  plufieurs  fois 
éprouvez  fur  des  chiens ,  de  l’aconit 
ou  du  taure,  des  coques  d’Inde  ,  des 
noix  vomiques ,  de  l’arfenic  ,  du  fu- 
blimé,  de  la  jufquiene  &  d’autres. 

Il  ajoute  que  le  fang  &  les  chairs 
n’en  contrarient  aucune  mauvaife 
qualité,  &  que  les  animaux  morts 
du  poifon  peuvent  fe  manger  fans 
nul  danger,  comme  Rhedrfa  fou- 
vent  expérimenté  en  des  poules  & 
des  pigeons  que  la  morfure  des  vi¬ 
pères  avoit  fait  mourir.  Cela  ne  fur- 
prend  pas  des  vipères ,  qui  font  el¬ 
les  mêmes  un  contrepoifon  efficace  , 
étant  mangées ,  fans  en  excepter  le 
•fuc  venimeux  qu’elles  répandent 
dans  la  playe  qu’elles  font  avec  les 
dents  :  mais  M.  de  Thou  raconte  que 
dans  les  vallées  des  Alpes  les  chaf- 
feurs  empoifonnent  leurs  armes  avec 
du  tore,  ou  de  l’aconit  ;  &  ce  qui 
l’étonna  davantage,  c’efl  que  dans 
les  hôtelleries  on  empoifonnoit  de 
même  les  couteaux  pour  tuer  lesvo- 
février  17 16.  ~  • 


i£8  Mémoires  pour  l’ H i faire 

lailles  &  les  pigeons ,  afin  de  les  ren¬ 
dre  plus  tendres ,  &  de  leur  donner 
Un  meilleur  goût. 

VI.  Quant  aux  remèdes  contre  2a 
ciguë,  le  premier  de  tous  eft  de  la 
faire  rejetter  par  des  vomitoires,  en- 
fuite  de  reparer  le  defordre  qu'elle  a 
caufé  dans  l’eftomac  &  d’y  éteindre 
l’inflammation  ;en  troifiéme  lieu,  de 
reparer  aufli  la  perte  des  efprirs  qui 
fe  font  diflipez  par  la  violence  des 
fymptômes.  L'Auteur  avertit  qu’en 
ce  cas  il  n’eft  pas  befoin  de  puiflans 
vomitoires ,  qu’il  fuflit  de  prefenter 
du  bouillon  gras, une  decocfcion  d’or¬ 
ge  ,  ou  de  l'eau  chaude ,  ou  du  lait 
avec  de  l’huile  ,  ou  avec  du  beurre. 
Il  avertit  fur  tout  de  fe  donner  de 
garde  d’ufer  descontrepoifons  avant 
le  vomiflement,  &  tandis  queJa  ci¬ 
guë  demeure  dans  l'eftomac  ;  ce  fe- 
roit  s'expofer  à  augmenter  fon  acti¬ 
vité  ,  &  un  homme  pour  avoir  aufli- 
tôt  pris  du  vin  d’abfynthe  ,  s’en 
trouva  plus  mal.  Pline  &  Galien  ont 
dit ,  que  la  ciguë  prife  avec  du  vin 
eft  plus  dangereufe. 

Les  deux  diflertations  ajoutées  à 
la  fin  de^ce  volume  font  d’un  autre 

Février  17 1 6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  x6c> 
Auteur,  qui  dans  la  première  pré¬ 
tend  que  diverfes  herbes  qui  naif- 
fent  dans  les  Alpes  &  par  tout  ailleurs 
peuvent  avoir  des  effets  femblables 
à  ceux  du  Thé. 

Dans  la  fécondé  il  examine  les 
qualitez  de  l'herbe  nommée  Cymba - 
laria ,  &  qui  croit  contre  les  vieilles 
murailles  dans  Tentredeux  des  pier* 
res.  Cette  herbe  mife  à  toutes  les 
épreuves  de  Ja  Chymie  ne  fournit  ni 
fel  volatil ,  ni  efprit  ;  mais  feulement 
un  peu  de  fel  lixivial  &  poreux. 

Article  XX. 

VINDICÎÆ  VET  ER  U  M 
Codicum  confirmatæ,  &c.  C'eft- 
à-dire  ,  L’ Apologie  des  anciens  ma - 
-  nufcrits ,  fortifiée  de  nouvelles  preu¬ 
ves  ,  ou  plu  fleurs  endroits  des  P  très  & 
des  Conciles  font  ê clairets ,  la  tradi¬ 
tion  de  lEgltfe  fur  l’exprejfion  Trina 
Deïtas  efl  établie ,  1 Xatramn  &  Go - 
thefcalc  font  juftifiez,  ,  &  quelques 
nouvelles  femences  de  Pyrrbontfme 
font  découvertes  &  arrachées .  Par 
f)om  Pierre  Confiant ,  Prêtre  &  Moi¬ 
ne  de  l’Ordre  de  S.  Benoit  de  la  Ççn- 
Fevrier  1716. 


’yjo  Mémoires  pour  rniftoire 

gregation  de  S.  Maur.  A  Paris,  chez 
Jean- Baptifle  Coignard ,  premier 
Imprimeur  du  Roi,  rue  S.  Jac¬ 
ques  à  la  Bible  d’or,  1715*  in  8°* 
pages  710. 

LA  fçavante  difpute  que  le  R.  P. 

Couftant  continue  ici  ,  com¬ 
mença  en  1706.  par  une  addition 
que  fit  le  P.  Germon  à  fa  fécondé 
difiertation  touchant  les  anciens  Di¬ 
plômes  de  nos  Rois.  Comme  il  y 
marqua  les  raifons  qu’il  croyoitavoir 
den’être  pas  entièrement  convaincu 
de  la  fidelité  des  manufcrits  de  Cor- 
bie  ,  le  P.  Coufiant  lui  répondit  dès 
la  même  année  par  un  livre  intitulé'. 
Apologie  des  manufcrits,  Vindicte  ma¬ 
nu  fcnptonm  Codicum  ;  &  en  1713.  le 
P.  Gei  mon  répliqua  par  un  autre  li¬ 
vre  ,  Des  anciens  hérétiques  qui  ont 
faififié  des  manufcrits  de-l’Ecriture 
&  des  Peres,  Deveteribus  h&reticis  Ec- 
clèfiafiicorum  Codicum  corruptoribus.  On 
a  parlé  de  ces  deux  ouvrages  dans  nos 
Mémoires,  au  mois  de  Juillet  1707 ♦ 
&  au  mois  de  Mai  1713. 

Prétendre  generalement  que  les 
hérétiques  n'ont  pas  porté  leurs 
février  1716.  1  . 


des  Sciences  fy  des  beaux  Arts .  271 

mains  facriléges  fur  les  livres  facrez 
&  fur  les  écrits  des  Peres ,  poirr  les 
falfifier,  fe  faire  leur  Apologifte  fur 

!e  point  ,  ce  feroit  contredire  les 
’eres  qui  font  les  accufateurs.  Dire 
[ue  les  Peres  en  réitérant,  comme 
Is  font ,  cette  acculation  contre  les 
hérétiques ,  ont  jetté  des  femences 
de  Pyrronifme,  6c  donné  lieu  de 
douter  de  la  fincerité  de  tous  les  li¬ 
vres,  ce  ne  feroit  pas  feulement  leur 
faire  injuftice  &  les  calomnier,  mais 
pour  trancher  le  mot ,  ce  feroit  avan¬ 
cer  une  étrange  illuhon.  C'eft  ne- 
.ceflité  que  le  R.  P.  Gouttant  pafTe  ces 
deux  points  au  P.  Germon.  Et  à 
proprement  parler  la  queftion  donc 
il  s'agit  entre  eux  ett  de  fçavoir  ,  (i 
-l’accufation  intentée  par  Alcuin  ,  8c 
renouvellée  par  Hincmar  contre  Fé¬ 
lix  d’Urgel,  d'avoir  falfihé  un  en¬ 
droit  de  S.  Hilaire ,  ett  loutenable  ; 
fi  celle  d'Hincmar  contre  un  endroit 
du  livre  des  cinq  hérehes  attribué 
à  S.  Auguftin  ,  8c  produit  en  faveur 
de  Ratramn  &  de  Gothefcalc ,  n’eft 
pas  feulement  foutenable,  mais  en¬ 
core  capable  de  fonder  un  foupçon  , 
6c  de  faire  craindre  que  les  manuf- 
Fe'vrier  1716. 


47  *  M moins  pour  l’Hifloire 

crits  de  Corbie  ,  où  Ratramn  avoït 
un  grand  crédit,  ne  foient  pas  fi  fûr$ 
qu  il  feroit  à  fouhaiter  ?  Mais  comme 
il  arrive  ordinairement  dans  les  con- 
teftations ,  les  preuves  de  part  &  d'au¬ 
tre  font  naître  de  nouvelles  quef 
tions  &  de  gros  volumes. 

Celui  ci  tft  divifé  en  fix  parties', 
Bc  chacune  fous-divifée  en  plufieurs 
chapitres.  Toute  la  première  eft  défi» 
tinée  â  dire,  que  l'addition  dont  on 
a  parlé  mene  à  décrier  généralement 
tous  les  manufcrits.  Comme  fi  crain¬ 
dre  de  quelques-uns  &  de  peu  ,  qu’ils 
ne  foient  pas  afTt  z  fidèles ,  c’étoit  re¬ 
noncer  à  tous,  &  conclure  à  parti- 
tulari  ad  unimfale ,  a  paucis  ad  uni - 
Verfos. 

Dom  Couftant  au  ch.  fait  deux 
remarques  utiles  fur  les  citations. 
a°.  Il  dit  «  qu  il  n'eft  pas  rare  que  les 
PeAres  lorfqu’ils  citent,  expriment 
»  plutôt  le  fens  que  les  paroles  ; 
>j  qu’au  moins  pour  abroger  ils  paf- 
jj  fent  celles  qu'ils  ne  jugent  pas  ne- 
jj  cefTaires  au  lu  jet  qu  ils  traitent,  ou 
j>  qu  afin  de  fe  rendre  plus  intelligi- 
jj  blés,  ils  en  changent  ,  ou  en  ajou¬ 
tent.  z°.  Il  condamne  la  liberté 
^mier  ip  1 6. 


des  Sciences  &  des  le  aux  Arts .  273 

que  fe  donnent  quelques  Editeurs  -, 
de  changer  les  citations  qui  fe  ren¬ 
contrent  dans  les  manufcrits,  &  de 
rapporter  ces  citations,  non  pas  com¬ 
me  elles  y  font,  mais  félon  les  Au¬ 
teurs  originaux  dont  elles  font  tirées. 
C’eff ,  dit- il ,  ce  qu'a  fait  le  P.  Sir- 
mond  à  l'égard  d’Hincmar. 

La  fécondé  partie  eff  une  Apologie 
pour  Donat ,  les  Ariens ,  Neftorius  -, 
Macaire  d’Antioche  ,  qu’il  décharge 
du  crime  d’avoir  attenté  contre  le 
texte  de  l’Ecriture  :  &  il  s’étend  fur 
tout  à  prouver  que  Saint  Ambroife 
n’a  pas  eu  raifon  de  l’imputer  aux 
Ariens. 

Dans  la  3e,  il  s’agit  du  paflage  de 
S. Hilaire  1.  2.  de  la  Trinité,  ou  ce 
faint  Doéleur  dit  de  Jesus-Christ 
dans  la  crèche,  lta  poteftatis  dtgnïtas 
non  amittitur  ,  cum  carnis  humilitas 
étdoptatur j  félon  l’édition  du  P.  Couf- 
tant,  ou  adoratur ,  félon  d’autres  édi¬ 
tions  ;  c’eft-à  dire  ,  que  la  grandeur 
delà  puilTance  n’eft  point  avilie,  vu 
que  la  baffelTe  de  la  chair  eft  adorée, 
ou  adoptée  :  non  pas  que  le  Pere  ait 
adopté  la  nature  humaine  en  J esus- 
C  h  ri  st  pour  fon  fils,  ce  qui  étoic 

Février  1 716. 


174  Mémoires  pour  F  H  ïjtoire 

1  hérefie  de  Félix  dUrgel  &  d’Eli* 
pand  de  Tolede,  mais  parçeque  le 
Fils  de  Dieu  ,  la  fécondé  pèrfonne  de 
la  Trinité  ,  a  adopté  &  s’ed  uni  la 
nature  humaine. 

Or  Alcuin  ,  &  après  lui  Hincmar, 
ont  fouttnu  que  les  anciens  exem¬ 
plaires  avoient  adoratur  ;  &  que  Félix 
par  unefalbfication  donc  félon  Hinc¬ 
mar  il  fut  convaincu  ,  fubditua 
adoptatur<  Mais  le  P.  Coudant  prend 
fa  défenfe  lur  ce  point,  &  la  fonde 
fur  ce  que  d'es  manufcrits  d’un  tems 
encore  plus  reculé  ont  le  terme  adop- 
tatur  ;  fçavoir ,  un  de  la  Bibliothèque 
de  M.  Colbert,  un  autre  de  Char¬ 
tres,^’  un  troiliéme  de  la  Bibliothè¬ 
que  du  Vatican.  Dans  celui  ci,  com¬ 
me  font  attefté  dix  fçavans  de  Ro¬ 
me,  les  deux  lettres  P  T  ont  été  grat¬ 
tées  &  enlevées,  &  la  lettre  R  a  été 
mife  à  leur  place  pour  faire  lire  ado¬ 
ratur  ,  au  lieu  d' adoptât ur ,  qui  étoic 
de  la  première  main  :  du  nombre  de 
ces  fçavans  qui  examinèrent  le  ma- 
nufcrit ,  étoient  les  Cardinaux  Goz- 
zadini  &  Thomali.  D’ailleurs ,  le  P. 
Coudant  trouve  l'expreffion  adopta - 
tur  plus  convenable  à  ce  qui  précédé 
Fe'nier  iyi6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  275 

en  cet  endroit  de  S.  Hilaire  ,  &  le  P. 
Petau  en  a  jugé  de  la  même  maniéré. 
Alcimus  Avitus  a  dit  pareillement, 
In  quo  adoptata  illufirabatur  humilitas . 
»,  En  lui  la  baflefle  étoit  relevée  par 
„  l'adoption.  “  Et  Agobard  ne  voit 
rien  à  craindre,  ni  de  humilitas  adop ** 
tatur3  ni  de  adoptata  humilitas ,  com¬ 
me  ces  exprellions  font  placées  dans 
S.  Hilaire  &  dans  Avitus. 

Il  en  eft  de  même  de  ce  que  dit 
S.  Hilaire  fur  le  Pfeaume  1 27.  Doce- 
7iiur  eum  ejfe  ,  qui  promijfus  fit  genti - 
bus ,  cuique  a  Patte  Ecclefia  hareditas 
per  adoptionem  corporis  ,  quod  de  Virgtne 
prafiimpturus  effet ,  defponfa  fit.»  Ap- 
„  prenons  que  c’eft  lui  qui  étoit  pro- 
>,  mis  aux  nations ,  &  à  qui  par  l’a- 
„  doption  du  corps  qu’il  devoir  preiy 
„  dre  d’une  Vierge  ,  Ton  Pere  s  étoit 
,,  engagé  de  donner  l’Eglife  pour  fon 
,,  héritage.  “  A  la  vérité  toutes  les 
éditions  précédentes  ont  adeptionem 
corporis;  mais  tous  les  manufcrits  qu  a 
vû  le  P.  Couftant  ,  ou  qu’il  a  fait 
confulter ,  ont  adoptionem  ;  il  en  noim 
me  un  de  Rheims ,  un  de  Tours  ,ut\ 
de  S.  Benoît  fur  Loire,  un  de  la  Bi- 
Février  17 1 6. 


tjG  Mémoires  pour  F  Hiftoire 
bliothéque  du  Roi,  &  deux  de  celle 
du  Vatican. 

La  4e  partie  eft  employée  à  jufti- 
fier  Gothefcalc  &  Tes  partifans  du 
crime  d'avoir  falfifié  un  exemplaire 
du  livre  attribué  à  S.  Auguftin  contre 
cinq  fortes  d’ennemis ,  ou  de  cinq  hère - 
fies ,  &  d'y  avoir  fait  couler  ces  mots  : 
Grattas  ttbi  Deus ,  grattas  tibi  ver  a  & 
ma  Trtnitas  ,  ma  &  trina  Veritas , 
trina  &  un  a  Vnitas.  Il  y  entre  quel¬ 
ques  queftions  incidentes  ,  du  tems 
que  ce  livre  a  été  compofé ,  fi  Hinc- 
* mara  compofé  celui  De  non  trina Dei - 
tate  avant  ou  après  fon  fécond  ou¬ 
vrage  de  la  Prédeflination  ,  de  la 
datte  du  Concile  de  Soiflons  auquel 
Hincmar  défera  l'exemplaire  qu'il 
difoit  être  falfifié. 

Dom  Couftant  dans  fa  5e  partie  fe 
propofe  de  prouver  qu’il  n’y  a  aucu¬ 
ne  raifon  de  foupçonner  les  manuf- 
crits  de  Corbie  d'avoir  été  falfifiez  , 
&que  c’eft  faire  injure  à  Ratramn  , 
d'infinuer  qu’il  a  été  capable  de  fai¬ 
re  par  lui-même ,  ou  de  faire  faire 
par  d'autres  des  changemens  dans  les 
liv  res  qui  s'y  décrivoient  ;  lui ,  à  qui 
cette  mauvaife  foi  n’a  jamais  été  ob- 

tcvùer  1716, 


des  Sciences  ér  des  beaux  Arts.  277 
jeôtée.  Cir  fi  Hincmar  lui  reproche 
d’avoir  tronqué  les  paflages  de  S.  Hi¬ 
laire  &  de  S.  Auguftin  ,  &  de  les 
avoir  tournez  à  Ton  fens  ;  c’eft  dire 
feulement  queRatramn  avoit  dépla¬ 
cé  ces  pafîages ,  qu'il  les  avoit  rap¬ 
portez  fans  ce  qui  les  précédé  &  les 
fuit ,  afin  de  s’en  prévaloir.  Au  refte, 
cette  5e  partie  n’eft  gueres  qu'une  ré¬ 
pétition  de  la  précédente. 

Mais  au  ch.  9%  l’Auteur  parlant 
des  diverfes  leçons,  dit  que  le  plus 
grand  nombre  des  manuferits  n’eil 
pas  toujours  une  bonne  preuve  pour 
fe  déterminer  plutôt  à  l’une  qu’à 
l’autre  ,  &  une  marque  certaine  de 
Ja  véritable  ;  puifqu’il  fe  peut  faire 
qu’ils  foient  tous  copiez  d’après  un 
même  exemplaire  qui  aura  été  dé- 
fe&ueux ,  au  lieu  qu’il  s’en  rencon¬ 
trera  peut  être  un  feuî  ,  qui  étant 
plus  ancien  &  plus  correct ,  méritera 
la  préférence.  Il  en  rapporte  deux 
exemples. 

Le  premier  ,  dans  toutes  les  édi¬ 
tions  des  lettres  du  Pape  S.  Sirice  on 
liten  la  première  adrerfee  à  Himerius 
de  Tarragone,  ch.  10e*  d’un  Clerc 
qui  a  fervi  dans  les  premiçjs  Ordxes* 
Février  1716, 


178  Mémoires  pour  iHifioire 

Exinde  )am  acceffu  temporum  Presbyte - 
num  vel  Epifcopatum  ,  fi  eum  Clen  vel 
plebis  evocant  elettto  fortiatur.  »  Dans 
„  la  fuite  du  tems  il  montera  à  la  Prê- 
,,  trife,ouà  l'Epifcopat,  s'il  y  efi  ap- 
«  pellé  par  l’éledtion  du  Clergé  &  du 
«  peuple.  “  Une  infinité  de  manus¬ 
crits  ont  evocant  :  tous  ceux  de  la  col*» 
lésion  des  Canons  envoyée  par  le 
Pape  Hadrien  I.  à  Charlemagne, 
deux  d'une  autre  collection  qui  fe 
trouvent  dans  les  Bibliothèques  de 
Beauvais  ,  de  Laon  ,  &  de  Noyon  , 
tous  ceux  de  la  collection  de  Mer- 
cator,  les  manufcrits  plus  anciens  de 
la  collection  de  Denys  le  Petit  va¬ 
rient  ;  dans  un  de  la  Bibliothèque 
du  Roi  c'eft  exigent  ;  dans  un  autre 
de  la  bibliothèque  de  M.  Colbert , 
fuent ,  dans  la  collection  dès  Canons, 
à  la  fin  de  la  nouvelle  édition, de 
S.  Leon  ,  fequatur ,  dans  un  manuf- 
crit  de  Corbie,  cui  maneret. 

Quelle  e(t  donc  la  véritable  leçon  ? 
Aucune  de  celles-là.  Czi\  educuma - 
Ttiavent ,  qui  fe  lit  dans  deux  manuf¬ 
crits  ,  lJun  de  la  bibliothéqiie  de  M, 
Colbert ,  Ôc  l’autre  de  M.  Pithou. 
On  panche  bien  à  croire  que  le  choix 

Féyéier  1716.  des 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  279 
des  diverfes  leçons  dépend  fouvenc 
du  goût  &  de  l'inclination.  Sans  dou¬ 
te  le  verbe  evocarit  paroître  être  là 
en  fa  place  ,&  le  plus  propre  de  tous 
ceux  qui  pouvoient  être  ;  fon  droit 
pour  s  y  maintenir  eft  fondé  fur  un 
exemplaire  envoyé  par  le  Pape  à 
Charlemagne  :  toutefois  il  cédera 
ï  educumavtt ,  qui  fent  labarbare  an¬ 
tiquité  ,  8c  qui  donne  lieu  de  dire 
que  Symmaque  dans  fes  lettres  49e. 
&  çic.  du  liv.  fe  ferc  des  termes  de'- 
cumau  boneftatis ,  pour  lignifier  une 
honnêteté ou  une  probité  finguliére 
&  que  dans  ces  deux  endroits  de 
Symmaque  il  faut  corriger decumau 
en  ede  climat  a.  Ou  refte  ,  on  ne  voit 
nulle  part  ailleurs  ce  verbe  avec  la 
lignification  aétive. 

Le  fécond  exemple  efl  la  lettre  de 
Saint  f  eon  à  l’Empereur  Marcien  , 
laquelle  commence  par  ces  mots, 
Ouam  excellenti ,  &  n'a  encore  parti 
qu’avec  une  lacune.  Cette  lacune 
eft  remplie  dans  un  feul  manuferit 
de  S,  Remi  de  Rheims. 

Le  titre  de  la  fîxiéme  partie  fait 
attendre  de  voir  des  femences  de 

le'niei  1716 .  N 


z8o  Mémoires  pour  iHifioire 
Pyrrhonifme  jettées  par  le  P.  Ger¬ 
mon  :  &  bien  loin  qu’elles  parodient, 
Dom  Couftant  fur  la  fin  de  l’ouvra¬ 
ge  adopte  Tes  principes  :  &  s’il  fem- 
ble  mettre  des  modifications  à  quel¬ 
ques-uns,  le  P ere  Germon  ne  les 
avoit  pas  oubliées.  Ce  qu’il  y  a  de 
principal  en  cette  derniere  partie  , 
c’eft  la  défenfe  de  trois  endroits 
de  la  nouvelle  édition  de  Saint  Au- 
guftin. 

Ce  fera  l’Auteur  lui  même  qui 
s’expliquera  fur  la  manière  d’écrire, 
&  dans  fa  préface  il  le  fait  en  ces 
termes.  Simplicité  meafucum  ilium 
tiefcit ,  qui  ajfentationem  fapiat .  Ovip¬ 
are*  &  ab  iis  quibtts  fucatam  illam 
agendi  rationem  urbanitatis  nomme  do - 
tiare  placet  ,  inurbanus  forfitan  judi - 
cabor. 

Il  avertit  qu’il  travaille  préfente- 
ment  à  préparer  une  édition  des  let¬ 
tres  des  Papes  depuis  Saint  Clemenc 
jufqu’à  Pelage  II.  les  lettres  des  Pa¬ 
pes  fuivans  viendront  après.,  &  fe¬ 
ront  terminées  par  celles  de  Celef- 
tin  III.  Sa  capacité  reconnue  fait  at¬ 
tendre  qu’il  exécutera  ce  qu’il  pro¬ 
met  ,  de  les  donner  plus  correctes 

Février  1716. 


1 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  2  S 1 
qu’elles  n’ont  encore  paru  en  tant 
d’éditions.  Voie*  deux  exemples  des 
corrections  qu’on  y  verra.  Selon  l’é¬ 
dition  de  Rome  faite  fur  un  manuf- 
crit  du  Vatican  ,  le  Pape  Hormif- 
das ,  lettre  13e  ,  écrit  à  l'Empereur 
Anaftafe  ,  F ateor  me  fuijfe  mirât  uni , 
cur  tamdiu  legatio  promiffa  tardaverit , 
cum  facienda  jujfit ,  ut  régna  cœlorum 
rapiantur.  Les  éditions  fuivantes ,  afin 
de  faire  un  fens  où  il  n’en  paroît  pas , 
ont  inféré ,  cum  Dominus  facienda  juf- 
fit.  Dom  Couftant,  faifantattention 
que  les  anciens  manuferitsne  laiflcnt 
aucun  intervalle  entre  les  mots,  & 
ne  mettent  pas  de  points  fur  les  i  , 
divife  le  motj  ujfit  en  deux,  &  lit, 
cum  facienda  vis  fit  :  ce  qui  donne  un 
fens  complet.  Par  la  même  réglé  de 
critique  il  reétifie  un  endroit  de  la 
18e.  lettre  du  même  Pape  aux  Evê¬ 
ques  de  l’ancienne  Epire.  Tune  B. 
Eugenius  paroecia  veflra  obtinens  Prin - 
cipatum  ,fub  fub\etta  fiibi  fynodo  fantta 
z^elurn  quemdam  ,  quali  fine  effe  Deo 
commendavit  ofiendit.  En  divifant  effe 
en  deux,  &  en  joignant  la  première 
partie  au  mot  precedent,  le  fens  de- 
Tcvrierïji6.  N  ij 


2gi  Mémoires  pour  l'HiJIoire 

vient  clair  ,  Qualt  Finees  fe  Deo  com* 

mendavit. 

Article  XXI. 

COLLECTA  ARCHIVI 
&  Cancellariæ  jura  &c.  C’eftà  di¬ 
re,  "Recueil  des  Droits  d,Arclnve& 
de  la  chancellerie  ,  avec  des  traitez, 
touchant  les  Archi-chancelters  ,  les 
Chanceliers  &  les  Secrétaires.  Par 
les  foins  de  Jacques  W encker  de  Straf- 
bourg.  A  Straibourg  ,  aux  frais  de 
Jean-Reinhold  Dulefleker,  17 15. 
In  4°.  pages  821. 

CE  recueil  comprend  vingt-fept 
ouvrages  différens  fur  les  Ar¬ 
chives  &  les  Chancelleries.  Comb¬ 
ine  il  peut  être  de  quelque  utilité 
de  fçavoir  qui  font  les  Auteurs  qui 
ont  traité  de  cette  matière  ,  on  en 
rapportera  ici  le  catalogue. 

Balthafaris  Ronifacii  Venetï  liber  de 
Archtvis . 

fuftus  Tontanmi  loca  &  argumenta 
ex  antiquitate  Peina  de  Archivis  & 
Tabulants  Ecclefiarum  (J  Monaficrio - 
Février  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  ig  $ 

7um  ,  eorumque  dihgenti  cuftodia . 

Joannes  Mabillonius  de  eadem  ma - 
tenu  ,  fpeciatim  de  Archivo  Sandionj - 
fiano. 

Ahafueri  Vritfch'n  traïïatus  de  jure 
Arcbivi&CanccllarU .  , 

idem  de  ufu  utriufque  imguœ  , 
Teutomc&i  in  conficiendis  Tabulis 
publicis. 

Vranc.  Mich.  Neveu  de  Windfchelee 
dijfertatio  de  Archivis . 

fo.  cbriftopb.  Wagenfeilius  de  lmpe- 
rii  archivo  ,  Aurea  Bull  a  &  lipfanis  ltn - 
pérît. 

Nie  ol  au  s  Chrifîoph.  lynckerius  de  Ar : 
i hivo  Imperii. 

Jac.  Bernhardtis  Multz ,  de  jure  Can'~ 
telUriœ  &  Arcbivi. 

Idem  de  lmperatricis  Cancellaria  & 
Archivo. 

Hcnr .  Gantberus  Tbulemaiius  deAr - 
cbicancellariatu  Abbatis  Fuldenfis . 

Cbnftophort  Henrici  Bromcln  epijlola 
de  Archivo  Swart^burg'Cp. 

Henr.  Gantb.  Thulemarius  de  nomi - 
ne  ,  officio  &  digmtate  Cancellarii. 

Georg.  Adamus  Struvius  de  Cancella - 
rio  Pnncipis.' 

Février  1716.  N  iij 


2$4  Mémoires  pour  l’Hi ftoire 

Hem.  Meibromïi  Oratio  de  origine  > 
dignitate  &  officio  Cancellariorum  Aca¬ 
démie  or  uni. 

Jo  Sehilterus  de  décrétants. 

Bern.  a  Aiallinckrot  commentais  de 
Arcbt cancellants  S.  Bornant  imperti  ac 
Cancellants  împeriaits  Aula. 

Car.  du  Frefne  D.  ducange  fériés  Ar~ 
ihi-capellanorum  Valatit  Franûct . 

foan .  WemcVens  de  Eginardo  C4 - 
roli  Magni  cancellario. 

fo.  chnfioph.  Wagenfeilius  de  Vice - 
Cancellario  Imperït . 

Franc.  Lanovii  ex  ordine  Mmmorum 
de  Sanfîis  Francia  Cancellarïts. 

Jo  Mabillonius ,  Catalogus  CanceL 
lanoYum  Francia  ,  de  Referendartis  (y 
Cancellants  ac  Notants ,  eorumdetnque 
fubfcr.ptionibus  à1  officio  -,  de  Notants  & 
Cancellants  Bomanortm  Pontificum  , 
Fpifcoporum ,  Abbatum  atque  illuftrium 
perfonarum. 

chevi Hardi  Tabula  Cancellariorum 
G  allia  &  Cujlodum  Stgillt . 

En  général  ces  fortes  de  recueils 
font  très  utiles ,  en  ce  qu’ils  mettent 
fous  les  yeux  tout  ce  que  d’habiles 
gens  ont  penfé  fur  un  fujet  après  l’a- 
voir  étudié  ,  &  en  ce  qu’ils  épar- 
lévrier  1-716. 


des  Sciences  ér  des  le  aux  Arts.  iBÿ 
gnent  la  peine  de  chercher  des  ou¬ 
vrages  qui  fouvent  étant  aflez  courts, 
font  devenus  rares  &  femblentêcre 
difparus.  Au  rerte  il  ne  s'agit  point 
ici  de  matière  conteflée  j  &  tous 
les  Auteurs  qui  traitent  des  Archi¬ 
ves,  conviennent  entre  eux  de  leur 
ancienneté,  de  leur  utilité  ,  de  la 
foi  dûé  aux  pièces  qui  y  font  gar¬ 
dées  ,  aux  copies  &  aux  tranfumpts 
des  mêmes  pièces. 

Archive  vient  du  mot  Grec  ap- 
X^îov ,  qui  lignifie  proprement  un 
endroit  delliné  à  mettre  &  à  garder 
des  chofes  antiques.  Le  peuple  de 
Dieu,  les  Egyptiens, les Perfes  ,  les 
Grecs,  les  Romains  ,  ont  eû  leurs 
archives.  Sans  cela  que  deviennent 
les  loix  ,  les  ordonnances  ,  les  régie- 
mens ,  &  généralement  tout  ce  qui 
concerne  le  maintien  du  bon  ordre 
dans  un  Etat  ?  C’eft  ce  que  le  Lec¬ 
teur  trouvera  plus  étendu  &  répété 
dans  les  Auteurs  compris  en  ce  re¬ 
cueil  ,  &  qui  traitent  des  Archives. 

Toutefois  une  chofe  fi  nécefïaire 
a  été  îongtems  négligée  dans  l'Em¬ 
pire.  Et  Vagenfeiliusdit ,  que  ce  fut 
feulement  fous  l'Empire  de  Maxi- 
Fé\fter\ji6 .  N  iiij 


2$  6  Mémoires  pour  T Hiftoire 
milien I ,  quifucceda  à  Ton  PereFrî* 
deric  III. ou  IV. en  1493, que  les  Ar- 
ch  ives  de  l'Empire  commencerentà 
fe  former  &  à  être  confervées  avec 
foin.  L’Archevêque  de  Mayence,  en 
qualité  d’Archichancelier  ,  en  eft  le 
dépohtaire;&il  y  ena  d'autres  à  Vien¬ 
ne  commis  à  la  garde  du  Vice-chan¬ 
celier.  Mais  c’eft  à  Francfort  qu’eft 
confervé  l’original  de  la  Bulle  d’or 
de  l’Empereur  Charle  IV.  qui  réglé 
Je  rang  &  la  fondion  des  Electeurs. 
Cet  original  eft  en  48  feuillets  de 
parchemin,  &  ne  contient  que  21 
chapitres;  ce  qu’il  y  a  de  plus  dans 
les  autres  exemplaires  &  les  copies, 
aétéajouté  dans  la  fuite.  En  France 
nous  remontons  plus  haut  pour  des 
archives  publiques  ,  &  du  moins 
au  régné  de  Philippe  Augufte. 

Jufqu’à  l’Empire  de  Frideric  1 1  f. 
tous  les  Ades  en  Allemagne  s’écri- 
voient  en  Latin  :  fur  les  plaintes  qu’en 
firent  alors  les  Etats  de  l’Empire  ,  ii 
fut  ordonné  que  ce  feroit  déformais 
en  Alleman. 

Pour  les  Archichanceliers  &  les 
Vice-chanceliers  de  l’Empire,  on  ne 
voit  rien  dans  les  autres  Auteurs  de 
comparable  ^  ni  rien  d’ajouté  à  ce 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  z&j 
qu'en  a  écrit  Malinckroft,  ainfi  on 
renvoyé  à  J’extrait  qu’on  en  a  déjà 
donné  au  mois  d’Août  1715. 

Comme  il  eft  de  la  dernière  im¬ 
portance  pour  vérifier  les  anciennes 
chartes  ,  de  connoître  les  Chance¬ 
liers  qui  les  ont  foufcrites  ,  le  Pere 
Mabillcn  *  fi  verfé  en  ces  matiè¬ 
res ,  a  fait  un  catalogue  des  Chan¬ 
celiers  de  nos  Rois ,  à  commencer 
par  ceux  de  la  fécondé  race  ,  n’y 
ayant  rien  d’afiez  afluré  pour  ceux 
de  la  première.  A  la  vérité  Grégoire 
de  Tours  &  Fredegaire  nomment 
quelques-uns  de  leurs  Référendai¬ 
res  :  mais  il  eft  incertain  fi  un  d’en- 
.  treeuxétoit  fupérieur  aux  autres  &c 
revêtu  d’une  dignité  qui  réponde  à 
celle  de  Chancelier. 

Sous  le  Chancelier  étoient  des  Se¬ 
crétaires  >  nommez  N otar'u  ,  qui  en 
fon  abfence  ou  par  fon  ordre  fi¬ 
gnolent  les  Lettres  Royaux  :  &  le  P. 
Mabillon  juge  que  la  formule  j ujfus 
recognoxit  marque  un  de  ces  Secré¬ 
taires. 

Sous  le  régné  de  Henri  I.  la  coû- 
tume  s'introduit ,  que  les  Grands 

*L.i.  de  re  Diplom.c.H. 

Fev. 1716.  N  v 


z  38  Mémoires  pour  iHiftoire 

Officiers  de  la  Couronne  foufcrivif- 
fent  après  le  Chancelier  ;  &  elle 
continua  jufqu’à  la  mort  de  S.  Louis. 
M.  Du  Chefne  rapporte  un  Di¬ 
plôme  de  Henri  I.  de  l’an  1060  , 
où  lignent  ,  Balduinus  Cancellariusy 
Bamaldus  Camerarius  ,  uilbertus  Co - 
neftabuUriusy  Willelmus  Senefchalcus , 
Hugo  Buticularius  ,  Robertus  Cocus. 
En  quelques  Ades  fe  voit  auffi  la 
(ignaturedes  Prélats  &  des  Seigneurs 
qui  étoient  préfens. 

A  l'imitation  des  Empereurs  de 
Conftantinople  nos  Rois  de  la  pré- 
miére  race  eurent  des  Référendai¬ 
res  ,  dont  la  fondion  étoit  de  rece¬ 
voir  les  Requêtes ,  d'en  faire  le  rap¬ 
port  au  Prince, &  de  notifier  ce  qu'il 
avoit  ordonné.  Le  premier, ou  Grand 
Référendaire,  fummus  Referendums , 
avoit  en  garde  le  fceau  du  Roi  ,  fi- 
gnoit  &  fcelloit  les  Diplômes.  En 
forte  qu'il  étoit  ce  qu'eft  le  Chan¬ 
celier  ,  &  les  autres  Référendaires 
étoient  ce  que  font  les  maîtres  des 
Requêtes,  y  joignant  la  fondion  des 
Secrétaires  du  Roi  pour  les  affaires 
communes  &  ordinaires. 


lévrier  1716, 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  i8p 

9 

Art  i  c  l  e  XXII. 

S.  IRENÆI  EPISCOPI 
Lugdunenfis  fragmenta  anecdo- 
ta  &c.  C’eft  à  dire,  Nouveaux  frag- 
mens  de  S.  lrenée ,  tirez,  de  la  Biblio - 
théque  de  Turin  ,  traduits  en  Latin , 
éclaircis  par  des  Notes  ,  &  par  deux 
dijfert  ations  fur  lOblation  &  la  Con - 
fécration  de  lJEuchariJhe ,  avec  la  Li¬ 
turgie  Grecque  de  ^fean  Erneft  Grabe , 
&  une  dijfertation  fur  les  Pré)ugez, 
Théologiques.  Par  Chriftophle  Mat¬ 
thieu  Pfaffius.  A  la  Haye ,  aux  frais 
deHenri  Scheurler,  1715. 

MOnfieur  Pfaffius  donneau  pu¬ 
blic  4  fragmens  de  S.  Irénée  , 
qui  n’avoient  point  encore  paru.  ,11 
les  a  trouvez ,  dit-ii  ,  en  différées 
manuferits  de  laBibliothéqueRoya- 
le  de  Turin  ,  qui  contiennent  d^s 
compilations  de  paflages  des  Peres 
Grecs,  &  ce  qui  s’appelle  des  Chaî¬ 
nes.  Il  ne  doute  pas  que  ces  fragmens 
ne  foient  véritablement  de  S.  Irénée,, 
dont  ils  portent  le  nom  :  il  en  eft 
perfuadé,  &  par  l’ancienneté  des  ma- 
péyrier  1716.  N  v)  * 


2f)0  Mémoires  pour  l’Hiftoire 
nuferits  ,  &  principalement  par  la 
conformité  du  ftyle  ;  outre  qu'on  ne 
connoît  point  d'autre  Irenée  Ecri¬ 
vain  Eccléliailique  que  le  S.  Eve- 
que  de  Lyon  j  cet  Irénée  fait  Eve- 
quede  Tyr  par  le  parti  Neftorien  , 
&  enfuite  dépofé,  ne  mérité  pas  cer¬ 
tainement  d'être  cité  parmi  les  Pe- 
res.  Cependant  le  Marquis  Scipion 
Maffei  ayant  formé  là  deflfus  quel¬ 
ques  diflicultez  ,  M.  PfafHus  y  ré¬ 
pond  dans  fa  préface  avec  civilité: 
il  en  ufera  ,  dit-il  3  de  même  avec  le 
P.  Nourri  &  le  P.  Mafluet,  &  il  com¬ 
mence  par  l'éloge  de  ces  deux  Sça- 
vans  Bénédictins. 

Venons  aux  fragmens.Le  premier 
n’a  rien  debien  conliderable,S.Irénée 
dit  que  la  véritable  fcience  yvcùjÜs  nitM- 
$m,efi  de  fçavoir  Jefus-Gbrift,  quelle 
efi  aifée  cette  fcience  ,  &  nous  rend  fem - 
hlables  a  lui  f fi  nous  connoifions  ta  vertu 
de  fa  réfurreâion  &  la  participation  de 
fes  fouffrances }  que  ceft  la  /’ abbregé  de 
ladoéïnne  des  Apôtres  &  de  la  foi  fatnte 
qui  nous  a  été  donnée  ,  n  Iwihoyn  tm* 
A '7T0Ç0KIM\S  S'iS'ctCntÛCKtcLS  Ka)  TÎiV  ÛCyiOTK- 

KiÇiCùS  7 hfiïv  'TAÇaS'qÔUïÏIS. 

L’Editeur  ne  laifie  guere  pafler 

Février  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  191 

de  mots  fans  quelque  note  :  on  s’ar¬ 
rêtera  feulement  à  celles  où  il  y  a 
quelque  chofe  à  apprendre.  Sur  ce 
que  S.  Irénée  dit  de  la  doctrine  des 
Apôtres  ,  il  remarque  que  les  anciens 
Peres  Grecs  citent  fréquemment  la 
doétrine ,  les  enfeignemens ,  les  Or¬ 
donnances  ,  les  Conftitutions ,  les 
traditions  des  Apôtres:  ce  n’elt  pas 
néanmoins  les  huit  livres  des  Conlti- 
tutions  que  nous  ayons ,  qui  ne  fu¬ 
rent  compofez  qu'environ  lecom* 
mencement  du  cinquième  fiécle  ,  & 
aulTitôt  corrompus  par  les  Ariens, 
Dodwel  s’eft  figuré  que  les  Difci- 
ples  des  Apôtres  avoient  chacun 
.écrit  ce  qu’ils  avoient  appris  de  leurs 
maîtres  touchant  la  doctrine  &  la 
difcipline  ,  que  c’eft  ce  qui  eft  fi 
fouvent  cité  ,  &  ce  qui  a  fervi  de 
fond  ou  de  matière  au  compilateur 
des  huit  livres  des  Confirmions, 
Grabe  avoir  formé  fur  ce  plan  le  def- 
fein  d’un  ouvrage  que  la  mort  fa 
empêché  définir. Ces  lortes  de  con¬ 
jectures  font  bonnes  à  montrer  de 
l’érudition  ,  &  à  rien  plus.  Il  eft  évi¬ 
dent  que  Saint  Irénée  ,  qui  appelle 
fi  fouvent  les  hérétiques  à  la  doôtrir 
Février  171 6. 


Mémoires  pour  t' Ht  foire 

ne&  auxenfeignemens  des  Apôtres, 
entend  les  inftruélionsqu’ils  ont  laif- 
fées  à  l’Eglife  &  dans  leurs  écrits  & 
par  la  Tradition. 

Le  fécond  fragment  eft  impor¬ 
tant  :  car  il  s’y  agit  de  la  Tradition 
&  de  l’Euchariftie.  Ceux  qui  ont  con¬ 
nût  fiance  ,  dit  Saint  Irène e ,  de  ce  que  les 
-Apôtres  ont  ordonne  en  fécond  lieu  ,  rraç 
S'ivTipctis  Tœv  A'ttqçqkqv  S'icticcfyai  rrcLçmas- 
àtiKoTtf,  fçaventque  le  Seigneur  a  infli - 
tué  dans  le  Nouveau  Tejlament  une  nou¬ 
velle  Oblation  3  comme  Malachie  ï avoit 
propbetifé. 

Comme  M.  Pfaffius  n’ofe  défa- 
vouër  que  ces  fécondés  ou  ces  au¬ 
tres  Ordonnances  des  Apôtres  ,  al¬ 
léguées  ici  &  ailleurs  par  S.  Irénéej, 
lignifient  ce  qu’ils  avoient  réglé  de 
vive  voix  ,  &  ce  qui  fonde  la  Tra¬ 
dition  ,  fi  fe  retranche  à  dire  ,  que 
c  étoit  feulement  touchant  les  céré¬ 
monies  &  le  culte  extérieur.  Du 
moins  fi  lesProteftans  s'en  étoient  te¬ 
nus  là^ils  n'auroient  pas  aboli  la  Hier 
rarchie  Eccléfiaflique  ,  le  facrifice, 
le  célibat ,  &  femblables  pratiques 
de  Tradition  Apoftolique  :  &  s’ils 
ont  la  témérité  d  abandonner  Ja  dif- 
Féyrier  1716, 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  19$ 
cipline  établie  par  les  Apôtres,  c’ell 
un  puihant  préjugé  qu'ils  s’écartent 
aufli de  leur  doctrine.  Il  penfe  tirer 
avantage  contre  la  Tradition  de  ce 
que  S.  Irénée,  fur  le  témoignage  des 
anciens,  a  failli  en  quelques  points , 
en  l’âge  de  Jésus  Chr  ist  ,  la  na¬ 
ture  des  Anges  &  de  nos  âmes ,  le 
Royaume  de  mille  ans:  fur  la  terre  : 
&  il  ne  fait  pas*  attention  que  Saint 
Irénée  ne  rapporte  pas  ces  fortes  de 
fentimens  à  la  Tradition  Apoftoli- 
que,  qu'il  les  tient  de  Papias,  hom¬ 
me  fimple&  de  petit  génie. 

Sur  les  termes  de  nouvelle  Oblation, 
lanotede  M.PfafHuseft  fort  diffu- 
-  fe  :  il  les  rapproche  de  ce  que  Saint 
Irénée  dit  de  l’Euchariftie  au  liv.4. 
de  fon  ouvrage  contre  les  Héréti¬ 
ques  ch.  17.  &  18.  félon  l’édition  du 
P.Mafluet  ,  ou  ch.  32.  &  33.  félon 
celle  de  Feuardent.  Le  Seigneur  a 
fait  un  précepte  a  fes  Difciples  d'offrir  a 
Dieu  de  ce  qu’il  a  créé ,  non  qu’il  en  ait 
befoin ,  mais  afin  que  dans  l’ufage  qu’ils 
en  font  j  ils  ne  [oient  pas  des  ingrats.  Il 
prit  de  ce  qui  e(l  créé ,  du  pain  ,  &  rendit 
grâces ,  difant ,  ceci  efl  mon  Corps. 
Jltnfeigna  que  c’eft  la  la  nouvelle  Obla * 
Février  1716. 


5<?4  Mémoires  pour  l'Hi/to':re 

tion  du  Nouveau  Tefîament  :  &  ÏE > 
glife  injhuite  par  les  apôtres ,  offre  dans 
tout  le  monde  à  Dieu  qui  nous  donne  ces 
aliment  ,  les  prémices  de  ces  dons.  On 
eft  farpris  d'entendre  l’Editeur  s'ex¬ 
pliquer  ainfi.  “  Selon  Saint  Irenée, 
s,  J  e  s  u  s-C  h  ri  st  fait  un  précep¬ 
te  à  fes  difeipies  d'offrir  1  Eucha- 
„  riftie:  toutefoisl’Evangile  n’en  dit 
„  rien  expreffément ,  non  plus  que 
„  Saint  Paul  dans  la  première  Epî- 
„tre  aux  Corinthiens  ,  où  il  n'a  , 
„  comme  je  penfe,  rien  oublié  de  ce 
s,  que  le  Seigneur  avoit  ordonné, 
«  Cela  même  neparoît  pas  s’accor- 
5J  der  avec  ce  fragment  qui  ne  fait 
„  mention  que  des  fécondés  or^ 
„  donnances  ou  Conftitutions  des 
if  Apôtres. 

Certainement  il  conviendra  qu’il 
y  a  dans  l’Evangile  &  dans  S.  Paul 
un  précepte  bien  marqué  de  faire 
dans  1  Eglife  ce  que  Jésus  -  Christ 
fit  alors  :  il  doit  encore  convenir 
que  Saint  Iréne'e  fait  en  cela  confif- 
ter  l’Oblation  de  TEuchariftie  $ 
qui  par  conféquent  efl  de  précepte 
diyin. 

.  Il  traite  fort  au  long  des  prémi-' 

février  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts . 

Ces  que  les  Fidelles  offroient  de  leurs 
fruits  pour  la  fubfiftance  des  Clercs: 
érudition  hors  de  fa  place  ,  &  à  la¬ 
quelle  on  ne  s’arrêtera  pas.  Il  fait 
enfuite  de  grands  efforts  pour  ame¬ 
ner  Saint  Irénée  à  l’opinion  des  Lu¬ 
thériens  touchant  l’Euchariflie,  fans 
faire  difficulté  de  dire  ,  non  pas  une 
rois ,  mais  pluliêurs,  qu’il  raifonne 
mal  :  il  s  attache  principalement  à 
réfuter  la  manière  dont  le  P.  Maf- 
fuet  a  expofé  le  fentiment  de  Saint 
Irénée  pour  la  Tranfubftantiatiom 
Nous  offrons  à  Dieu  le  pain  &  le  calice 
de  Bénédiction ,  lui  rendant  grâces  d’a¬ 
voir  commande  a  la  terre  de  nous  pro¬ 
duire  ces  fruits  pour  notre  nourriture.  Et 
apres  cette  oblation  nous  invoquons  le 
S.  Efpnt ,  afin  qu  il  opéré  ce  facnfice  ,  & 
que  le  pam  foit  le  corps  de  chrifi ,  &  le 
calice  le  fang  de  Cbrifl  ,  ottg>ç  ctTroydvn 

TDV  Si metv  TVVTUV  }  KOCl  tIv  CiÇTQV  crfyj.ct 
T«  XplÇü  ,  Kctï  TO  TTOTtlplOV  TO  «J /Jet 

Xp<r  ».  Afin  que  ceux  qui  participent  à  ces 
anti  type  s  y  obtiennent  la  re'mijji  on  de  leurs 
pecbez.  &  la  vie  e'ternejÿf.  Selon  la  pen- 
fée  de  S.  Irénée,  le  pain  par  l’opé¬ 
ration  du  S.  Efpric  eff  fait  le  corps 
de  Je  sus  C  Haï  s  t  ,  &  le  vin  eft 
Février  17 1 6. 


296  Mémoires  pour  fHi flotte 
fait  fon  fang  :  ce  n’eft  plus  le  pain 
&  levin  qui  auparavant  ont  été  of¬ 
ferts  &  bénis  ,  ce  n’eft  point  l’obla¬ 
tion  précédente  du  pain  &  du  vin  , 
qui  répond  à  notre  Offertoire  ,  mais 


la  consécration  &  le  changement  du 


?ain  &  du  vin  au  corps  &  au  fang  de 
e  s  u  s  C  h  R  i  s  t  ,  qui  «ft  le  facri- 
fice.  Tout  cela  fe  trouve  en  mêmes 
ternies  dans  le  8e.  livre  ch.  11.  des 
Conftitutions  Apoftoliques. 

Mr.  Pftffius  ,  dans  fa  note  fur  le 
mot  de  facrifice ,  dit  que  ce  n’eft  pas 
proprement  un  facrifice,  &  que  S# 
Jean  Chryfoftomes’en  explique  ain- 
ii  dans  l’homelie  feptiéme  fur  l’E- 
pîtrt  aux  Hébreux.  Cefl  un  feul  fl¬ 
irt  fice  ,  nous  ne  fat  fins  pas  un  autre  fa¬ 
crifice  f  mais  toujours  le  même  ,  ou  plu¬ 
tôt  nous  faifins  mémoire  du  facrifice  de 
Jésus  Christ.  Iln’aeû  garde 
de  rapporter  le  paffage  entier.  Saint 
Jean  Chryfoftome  dit  qu’il  n’en  eft 
pas  de  nous  comme  des  Juifs  ,  obli¬ 
gez  de  réitérer  tous  les  jours  leurs 
facrifices.  ’N'offjyms  nous  pas  auffi  tous 
les  jours  ?  A  la  verit é  nous  offrons ,  mais 
en  mémoire  de  fa  mon  ;  ér  cefl  un  feul 
facrifice ,  non  pas  plu  fleurs ...  Car  c’efi 
Féy.  1716. 


des  Sciences  fades  beaux  Arts.  ï<>^ 

lui  même  que  nous  offrons ,  fa  nous  nen 
offrons  pas  un  autre  maintenant ,  c’eft 
toujours  lut  même  y  en  forte  que  ce  fl  un 
feul  facnfice.  Parce  qu’on  offre  en  tous 
lieux  ,  y  a  t  il  plufieurs  chrifts  ?  Nulle - 
ment ,  mais  Je  fus chrift  eft  un  en  tous 
lieux  y  ici  il  eft  entier ,  la  il  e fl  entier  ; 
c  eft  le  même  corps.  Puis  donc  quen  tous 
lieux  le  même  corps  eft  offert ,  &  que  plu¬ 
fieurs  corps  ne  font  pas  offerts  j  c  eft  le  mê¬ 
me  fa  unique  facnfice  ,  la  même  vitti - 
me.  M.  Pfaffius  prend  occafion  de 
rapporter  des  Liturgies  des  Grecs 
la  maniéré  dont  ils  coupent  le  pain 
pour  le  facrifice. 

Le  mot  à’ antitypes  eft  remarqua¬ 
ble  ,  &  le  Marquis  de  Maffei  ne  le 
croyant  pas  d’un  ufage  fi  ancien,  a 
douté  que  ces  fragmens  fûflent  vé¬ 
ritablement  de  S.  Irénée.  Ce  que  M. 
Pfaffius  obferve  fur  ce  mot  eft  fça- 
vant,  mais  connu  de  tous. 

Dans  le  f.  fragment  S.  Irénée  re¬ 
commande  de  ne  pas  rompre  la  paix 
&  l’unité  ,  fur  la  manière  différente 
dJobferver  les  fêtes  &  les  jeûnes.  Ce 
qui  fcmbîe  avoir  rapport  à  la  con- 
teftation  qui  arriva  de  fon  tems  tou¬ 
chant  la  célébration  de  la  fête  de 
Pâques. 


ip8  Mémoires  pour  l'Riftoire 

Dans  le  quatrième  Saint  Irénée  dit 
que  le  Fils  de  Dieu  elt  venu  nous 
purifier  de  nos  pechez  par  fa  mort , 
&  qu’il  viendra  mettre  fin  à  tout 

ce  qu’il  y  a  de  mal. 

,  » 

Première  Dissertation. 

Sur  l'Oblation  de  l’Euchariftie  dans  U 
pnmitive  Eglife. 

Le  deffeinde  M.  Pfaffius  dans  cet¬ 
te  difFertation  ,  qu’il  divife  en  qua¬ 
rante  trois  articles  ,  eft  de  montrer 
que  la  primitive  Eglife  ne  recon- 
noiffoit  point  d’autre  Oblation  dans 
la  célébration  de  FEuchariftie  ,  que 
celle  du  pain  &  du  vin  qui  étoient 
offerts  à  Dieu ,  &  qu’elle  ne  croyoic 
pas  que  ce  fût  un  facrifice. 

Jésus  Ch  ri  st  ,  dit-il ,  après 
Ligfoot  ,  dans  î’infiitütion  del’Eu- 
chanffie  fe  conforma  à  ce  que  pra* 
tiquoient  les  Juifs  en  leur  Cène  Paf- 
cale  :  le  pere  de  famille  prenoit  le 
pain  ,  le  rompoit,  le  béniffoit  &  le 
diftnbuoit  ,  ils  finiffoient  le  repas 
par  un  morceau  de  l’Agneau  de  la 
groffeur  d’une  olive  ,  fur  lequel  ils 
fe  retiroient,  afin  de  garder  le  goût 
de  l’Agneau. 


des  Sciences  ér  des  beaux .. Arts.  19$ 

C’eft  proprement  à  l’article  hui¬ 
tième  qu’il  entre  en  matière  par  la 
réfutation  de  M.  Nickes  ,  Théolo¬ 
gien  Anglican  ,  qui  reconnoit  3c 
prouve  par  .les  argumens  dont  fe 
fervent  les  Catholiques  ,  que  dans 
la  Liturgie  il  y  a  un  véritable  facri¬ 
hce  ;  mais  il  prétend  que  ce  vérita¬ 
ble  facrifïce  conhfte  dans  la  fimple 
oblation  du  pain  &  du  vin.  C’effc 
uniquement  fur  le  premier  point  où 
il  a  raifon  ,  que  M.  Pfafhus  l’atta¬ 
que.  La  démarche  des'  Anglicans  à 
reconnoître  un  véritable  facnfice en 
la  Liturgie  ,  doit  les  conduire  à  y 
croire  aulli  la  préfence  réelle  de  Jé¬ 
sus  -  Christ.  En  effet  3  c’eft  chofe 
trop  abfurde  de  s’imaginer  que  ja¬ 
mais  l’Eglife  ait  crû  faire  un  vérita¬ 
ble  facrihce  avec  du  pain  &  du  vin. 
Les  Peresnous  crient  qu’au  lieu  des 
facrifices  matériels  de  l’ancienne  loi, 
nous  en  avons  un  nouveau ,  où  nous 
Dftrons  à  Dieu  un  facrihce  fans  ta- 
:he,  fon  propre  Fils  ;  un  facrihce  qui 
ionne  de  la  frayeur,  &  devant» le¬ 
quel  les  Anges  fe  tiennent  en  ado- 
■ation. 

M.  Pfafhus  en  l'article  treiziéme 
Février  1716. 


-$oo  Mémoires  pour  ï Hl fioire 

paffe  à  an  autre  Auteur  Anglois, 
qui  fous  le  nom  de  Zephyrin  de  la 
Paix  a  fait  un  ouvrage  de  la  réconci¬ 
liation  des  Catholiques  &  des  Pro- 
teflans,  &  qui  eft  en  tout  favorable 
aux  premiers.  Il  ne  fçauroit  fouffrir 
que  cet  Auteur  dife  que  les  argu- 
mens  de  Bellarmin  pour  le  facrifice 
de  la  Méfié  font  invincibles  :  &  fe 
réduifant  à  un  feul ,  qui  eft  celui  de 
faction  de  Melchifedech  iorfqu’il 
alla  au  devant  d’Abraham  ,  il  ne 
trouve  rien  à  y  objecter ,  finon  que 
l’Ecriture  ne  dit  pas  que  Melchife¬ 
dech  fit  un  facrifice  de  pain  &  de 
vin.  Il  fe  plaint  de  ce  que  les  Peres 
ont  penfé  autrement  ;  &  il  marque 
fa  douleur  de  ce  que  cette  aétion  de 
Melchifedech  a  été  inférée  dans  leî 
Liturgies.  N’eft-ce  pas  un  aveu  for¬ 
mel  qu’il  s’éloigne  de  la  Foi  perpé 
tuelle  de  l’Eglife? 

A  l’article  dixfeptiéme,  il  fourni 
contre  M.BofTuet  Evêque  de  Meaux 
qui  met  l’effence  du  facrifice  de  1; 
Meffe  dans  la  Confécration  ,  par  la 
quelle  Je  su s-Ch ri  s  t  eft  mis  e: 
en  état  de  mort  &  de  viétime,  1 
diftinétion  des  deux  efpeces  repre  i 
Février  17  iC. 


des  Sciences  &  des  beaux  Ayîs .  30c 
Tentant  la  réparation  de  fon  corps  8c 
de^  fon  rang.  M.  Pfiaffius  fouffrira 
qu  on  dire  qu’il  n’oppofo  que  des 
chicanes;  &  qu?  les  rapporter ,  ce 
Teroit  perdre  le  rems.  On  remarque¬ 
ra  feulement  ,  que  fopporé  la  pré- 
fence  réelle  du  corps  &  du  rang  de 
Jésus-Christ  fous  les  erpeces 
du  pain  8c  du  vin  ,  il  eft  évident  que 
la  Meffe  eftune  repréfontation  réelle 
de  fon  racrifice  for  la  Croix  ,  qu’il  y 
eft  en  état  de  victime ,  que  c’efe  un 
meme  racrifice  ,  comme  le  croit  l’E- 
glife  Catholique. 

Il  vient  dans  l’art.  2>e.  à  établir 
Ton  Tentiment.  Il  prétend  que  Saint 
Paul  en  TEpître  aux  Hebreux  ch* 
51e.  &  10e.  renverfe  le  fyftême  Ca-- 
tholique  ;  qu’il  yenfoigne,  que  Jé¬ 
sus  Christ  ne  s’eft  fecrifié  &  ne 
nous  a  procuré  la  rédemption  qu’u¬ 
ne  fois  fur  la  Croix ,  que  fon  fiacri- 
fice  ne  Te  réitéré  pas ,  &  qu’après 
cette  unique  oblation ,  nous  n’avons 
pas  befoind’uneautre,  qu’il  nefiçau- 
roit  être  offert  &  lacrifié  qu’en  fouf- 
frant,  &  que  par  conféquent  il  n’y 
a  ni  oblation  ni  fiacrifice  dans  l’Eu- 
charifiie  :  conféquence  qui  ne  fuit 
février  1716. 


30i  Mémoires  pour  THifloire 
nullement  de  la  doctrine  de  Saint 
Paul  :  dans  l’Euchariftie  Jésus- 
Christ  ne  fouffre  pas  une  nou¬ 
velle  mort  ,  mais  celle  qu'il  a  fouf- 
ferte  une  fois  eff  repréfentée  réel¬ 
lement. 

Saint  Barnabé  ,  pourfuit  M.  Pfaf- 
fius  dans  les  articles  fuivans  ,  Saint 
Clement ,  Saint  Ignace  ,  ne  parlent 
point  d’oblation  dans  la  célébration 
de  l’Euchariftie  :  &  fi  l'on  rencon¬ 
tre  dans  leurs  écrits  les  mots 
oiçîiv  >  i7Tf>t)7çoçcc  )  c  eft  pour  lignifier 
l’offrande  que  faifoient  les  Fidelles 
du  pain  &  du  vin  pour  l’Eucharif- 
tie.  Toutefois  il  paroît  embarrafle 
de  deux  chofes.  i°.  De  ce  que  Saint 
Clement  &  Saint  Ignace  attribuent 
à  l'Evêque  feul  &  aux  Prêtres  le 
pouvoir  d’offrir  :  terme  qui  félon 
que  l'employent  ces  Peres ,  ligni¬ 
fient  coufacrer  l’Euchariftie.  2°.  De 
ce  que  Theodoret  lit  dans  l’Epître 
de  Saint  Ignace  à  ceux  de  Smvrne  . 

VjyjLÇlÇlclV  Ketl  '7TÇOT<poa<XÇ  U'TTi’/pVTAl  y 

Que  les  hérétiques  qui  fnioient  que 
Jesus-Christ  eût  un  véritable 
corps,  n’adrnettoient  point  l'Eucha» 
riftie  &  les  Oblations.  Quoique  S, 

Février  1716.  Jufiin 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts. 

Juftin  ait  fi  bien  parié  de  l’Eucha- 
riftie,  &  fi  conformément  à  Ja  créan¬ 
ce  de  l’Eglife  Catholique,  M.  Pfaf- 
fius  juge  qu’il  n'a  rien  dit.  Il  penfe 
de  même  de  Clément  d’Alexandrie  , 
d’Origene,  de  Tertullien ,  de  Saine 
Cyprien  ,  des  Conflitutions  Apofto- 
liques  ;  mais  en  vain  s’efforce.t-il 
de  détourner  le  fens  de  ces  paro¬ 
les  .  K ctl  0  (J.ZV  S'iS'OTCâ  THÿ 

<7rp'iT(poçocv  j  hiycdv  (TuiÀct  Xf/r«.  Que 
l’Evêque  donne  l  Oblation  ,  c'eft  à  dire  ,  - 
diftribuë  i’Eacharift  ie  aux  Fideiles, 
difant  :  le  corps  de  Cbrift.  Oue  le  Dia¬ 
cre  présentant  le  calice  &  le  donnant , 
dtfe  :  le  fang  de  Chn/l ,  le  calice  de  vie . 
-Et  de  ces  autres  b.  T rtv  clvtitutov  tk 
/ laLTiKti*  <rh(JLctT&  Xptçu ,  <JWntV  Ttvyjt- 
piçictv  7TÇ»Tdîfè ré.  Offrez,  l’ antitype  dit 
corps  de  fefus  thrift  nôtre  Roi ,  l  aima¬ 
ble  Eucharifiie.  Voilà  l’Euchariflie 
qui  efl  nommée  Oblation,  &  qui  eft 
offerte. 

a  Conft îtut.  Apoft.  /.  8 .  r.  i  $  «  b  L.£.c.$9, 


Février  iyi6. 


O 


304  Mémoires  pour  l’Hiftoire 
Seconde  Dissertation. 

SurlaConfe'cration  de  ï Euchariftie  dans 
ï  ancienne  Eghfe. 

Le  Cardinal  Bona  a  juftement  no¬ 
té  d’impieté  le  fouhait  d’Erafme  , 
Que  les  Ecrivains  facrez,  mus  eurent 
appris  de  quelles  paroles  ufa  Je  fus  Chnft 
pour  confacrer  l  Euchariftie  ,  &  de  quel¬ 
les  paroles  nous  devons  ufer.  M.  Baf- 
nage  a  renouvelle  ce  fouhait  impie 
&  il  déraifonnable.  Car  eft-il  poffi- 
ble  de  s’imaginer  ,  que  trois  Evan- 
gelifte$&  Saint  Paul,  rapportant  le 
commandement  exprès  de  Jesus- 
Christ,  de  faire  ce  qu’il  a  fait , 
nous  ayent  laifle  dans  fignorance 
de  ce  qu’il  a  fait  &  de  ce  que  nous 
devons  faire  ?  Le  fentiment  que  M. 
Pfaffius  expofe  en  cette  diflertation > 
eft  aulli  peu  foutenable  :  il  nie  que 
Ja  confécration  fe  fade  par  ces  divi- 
vines  paroles.  Ceci  eft  mon  corps ,  Ceci 
eft  mon  fang  ,  &  il  veut  que  ce  foit 
par  une  priere,  &  que  cette  priere 
foit  comme  il  plaira  à  l’Eglife  de  la 
déterminer.  Il  diroit  en  termes  feo- 
]aftiques,que  la  forme  du  facremçnt 
Février  1716,  < 


I 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  3  o  ç 
de  TEuchariftie  eft  une  priere  ,  que 
Je  sus-Christ  Ta  déterminée 
feulement  en  general,  &  a  laiffé  à 
l’Eglife  à  la  déterminer  en  efpéce.  II 
apporte  neanmoins  une  limitation, 
ajoutant  qu'il  eft  de  reffence  de  la 
confécration  de  reciter  les  paroles  de 
Jesus-Christ,  &  de  faire  ce 
qu’il  a  fait. 

Article  XXII L 

JO  ANNIS  -  B  APTISTÆ 
B I A  N  C  H I  Hiftoria  hepatica  p 
de  hepatis  ftrudturâ  ,  ufibus  & 
morbis.  C'eft-à  dire,  Hiftoire  de  ce 
qui  concerne  le  fojie ,  de  fa  ftructure  » 
de  [es  ufages  &  de  fes  maladies .  Par 
fean-Bapttfie  Blanchi.  A  Turin  ,  de 
l’imprimerie  de  Paul-Marie  Dutti, 
&  de  Jean  Jacques  Ghringhelli  , 
1710.  In  8°.  pages  256. 

AU  lieu  que  les  anciens  Ana- 
tomiftes  attribuoient  au  foye 
l'importante  fonétion  de  faire  le 
fang,  &  de  le  diftribuer  à  toutes 
les  parties  du  corps  ,  les  nouveaux 
l’ont  réduit  à  celle  d’un  fimple  filtre, 
Février  1716*  O  ij 


306  Mémoires  pour  L’Hiftoire 

ou  comme  d’un  tamis ,  où  le  fang  en 
paffant  fe  décharge  de  la  bile,  afin 
de  retourner  plus  pur  au  cœur  ,  & 
de  n’être  pas  expofé  à  une  efferves¬ 
cence  trop  violente.  M.  Bianchi  ne 
le  regarde  pas  autrement  dans  ce 
traité  qu'il  a  compofé  fur  une  infini¬ 
té  de  différions  qu’il  a  faites  ,  &  fur 
fes  propres  obfervations  ajoutées  à 
celles  des  plus  habiles  Anatomiftes 
qui  ont  travaillé  avant  lui  fur  le  mê¬ 
me  Sujet. 

Il  confidere  le  foye  ,  &  dans  Son 
état  naturel ,  &  dans  l’état  de  mala¬ 
die  ;  ce  qui  partage  naturellement 
cet  ouvrage  en  deux  parties,  dont 
la  première  contient  dix-huit  cha¬ 
pitres. 

Les  alimens ,  dit  l’Auteur  dans  les 
deux  premiers  chapitres  ,  ne  fçau- 
roient  fans  préparation  devenir  pro¬ 
pres  à  l’ufage  pour  lequel  nous  les 
prenons  \  c’eft-à  dire,  à  remplacer 
ce  qui  s  e-happe  continuellement  de 
nôtre  corps ,  Soit  par  la  tranfpiration. 
Soit  par  d’autres  voyes.  Il  eft  donc 
neceffaire  qu’il  y  ait  des  endroits 
deftinez  à  Séparer  ce  qui  efi:  utile  à 
cet  effet  ,  de  ce  qui  eft  inutile  OU 
Février  1716» 


des  Sciences  ir  des  beaux  Arts .  307 
nuifîble.  Et  comme  c’eft  le  fang  qui 
coulant  par  tout  le  corps  ,  fournit  à 
chaque  partie  ce  qui  convient  à  fon 
entretien  ,  c'eft  auffi  le  fang  qui  a 
befoin  d 'être  purifié.  Ce  qu'il  traîne 
de  trop  gros  pour  la  nutrition ,  s'é¬ 
coule  par  les  glandes  ,  comme  par 
autant  de  filtres  $  &  ce  qui  eff  de 
trop  délié  s’envole  par  la  tranfpira- 
tion  :  de  même  que  du  feu  il  refte 
des  cendres  dans  le  foyer,  &  il  s’é¬ 
lève  de  la  fumée. 

Dans  les  trois  chapitres  fuivans  il 
rapporte  &  réfute  les  opinions  com¬ 
munément  reçûés  touchant  la  filtra¬ 
tion  du  fan^  dans  les  "landes.  Il  ne 

O  O 

Veut  pas  que  dans  chaque  efpece  de 
-glandes  rélîde  un  ferment  particu¬ 
lier,  ou  un  difîolvant  propre  à  re¬ 
foudre  &  à  précipiter,  dans  les  unes 
la  bile ,  dans  les  autres  la  ferofité  ou 
l’urine ,  la  falive  :  car  ce  ferment 
étant  liquide  ,  feroit  bientôt  entraî¬ 
né  par  le  fang  &  difperfé  dans  tout  le 
corps.  Il  n’approuve  pas  non  plus, 
qu’on  dife  que  certaines  glandes 
donnent  pafTageà  certaines  humeurs, 
dont  elles  ont  été  premièrement  im¬ 
bibées  ,  comme  le  papier  trempé 
Février  1716.  O  iij 


3  o  8  M  emoires  pour  l'Bi ftoire 

d'huile  biffe  écouler  l'huile  &  re¬ 
tient  l’eau.  Il  rejette 'de  même  la 
conformité  des  pores  dans  les  corps 
glanduleux  avec  la  figure  des  hu¬ 
meurs  qui  y  paffent.  Car  ,  dit  -  il  ,  le 
fang  eft  un  liquide  qui  s’ajufte  à  tou¬ 
tes  les  figures ,  &  s’il  eft  aile  de  com¬ 
prendre  que  de  petits  ronds  entrent 
d'abord  dans  des  pores  ronds  ,  il 
n'en  eft  pas  ainfi  des  corps  d’une  au¬ 
tre  figure  ;  comment  un  corps  cubi¬ 
que  prefentera-t  il  auflitôt  fes  angles 
à  un  corps  quarré  ,  comment  un 
corps  en  forme  de  rameau  &  bran- 
chu  s’infinuera-t  il  ?  L'exemple  du 
crible  ,  continue- 1  il,  n'eft  bon  que 
pour  des  corps  folides  &  déjà  divifez 
entre  eux,  au  lieu  qu'il  s'agit  ici  d'u¬ 
ne  féparation  de  parties  liquides  & 
embarraffées  enfemble. 

Avant  que  d'expofer  fon  fenti- 
ment,  il  fait  la  defcription  du  foye. 
Comme  elle  fe  trouve  dans  tous  les' 
livres  d’anatomie  ,  &  plus  exacte¬ 
ment  dans  les  récens:  on  ne  s'y  arrê¬ 
tera  pas.  Ce  que  M.  Bianchi  a  de 
particulier,  c’eft  qu’il  aobfervéque 
les  conduits  lymphatiques  qui  fôr- 
tent  de  la  bafe  du  foye,  prennent 

Février  îyi 6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  3 09 

leur  origine  dans  la  fubftance  même 
du  foye  ,  &  non  pas  dans  les  glandes 
conglobées  &  lituées  à  l’entrée  de  la 
veine  porte  :  il  a  auffi  obfervé  que 
les  vaiffeaux  lymphatiques  de  la  par¬ 
tie  fuperieure  8c convexe naiflent  feu¬ 
lement  de  la  membrane  qui  envelop¬ 
pe  ce  vifcere. 

Le  parenchime  ,  c’eft-à-dire ,  la, 
fubftance  du  foye ,  n’eft  que  comme 
un  amas  de  petits  floccons  compo- 
fez  de  rameaux  très-déliez  de  la  vei¬ 
ne  porte  &  de  la  veine  cave  avec  des 
canaux  un  peu  moins  étroits  pour 
recevoir  la  bile  :  les  extremitez  des 
deux  veines  fe  joignent  en  un  angle 
droit  ,  ou  prefque  droit  ,  &  de  la 
pointe  de  l’angle  les  conduits  biliai¬ 
res  s’étendent ,  faifant  avec  les  ra¬ 
meaux  de  la  veine  porte  une  ligne 
continue  &  droite.  Qu’on  s’imagine 
donc  le  fang  venant  par  la  veine  por¬ 
te  ,  &  prefle  dans  les  rameaux  ferrez 
de  cette  veine  ,  fes  parties  les  plus 
groffieres  bilieufes  doivent  conti¬ 
nuer  leur  mouvement  en  ligne  droi¬ 
te  par  les  canaux  qui  leur  font  ou¬ 
verts  &  proportionnez  ,  tandis  que 
les  autres  font  contraintes  de  fe  dé- 

Féyrur  1716.  O  iiij 


2 1  o  Mémoires  four  rHiJfoire 
tourner,  &  font  pouflees  dans  les  ra¬ 
meaux  de  la  veine  cave.  Ainfï  fe  fait, 
dit  M.  Bianchi  aux  chapitres  <)c  & 
la  réparation  de  la  bile.  Mais  il* 
veut  de  plus  ,  que  le  fang  coulant 
plus  lentement  dans  la  veine  cave 
que  dans  les  autres  ,  donne  aux  par¬ 
ties  branchcës  &  rameufes  le  moyen 
de  sYmbarrafler  enfemble  ,  de  forte 
qu’elle  arrive  au  foye  déjà  défunie 
du  refte  de  la  mafTe  du  fang. 

Au  refte,  la  bile  féparée  du  fang 
n’eR  pas  un  pur  excrément,  &  elle  a 
encore  Ion  utilité  ,  qui  confite  en  ce 
que  par  fes  feîs  alkalins  &  favon- 
neux,  elle  nettoye  les  inteftins  d’u¬ 
ne  cralfe  ,  ou  d’une  croûte,  qu’y  for- 
meroient  les  alimens  en  s’y  attachant, 
laquelle  arrêteroit  leur  mouvement, 
&  boucheroit  au  chile  l’entrée  des 
veines  ladtées.  D’ailleurs  c’elt  à  la 
falive  que  l’Auteur  attribue  tout 
l’ouvrage  de  la  digeftion  ,  qu’elle 
commence  dans  la  bouche  ,  &  qu’el¬ 
le  avance  dans  l’eftomac  :  le  lue  pan¬ 
créatique  ,  félon  lui ,  ne  différé  point 
de  la  falive,  &  eft  un  nouveau  fe- 
cours  pour  achever  la  digeftion  dans 
les  inteftîns  ;  ce  fuc  rend  le  chile 

Février  1716, 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  3 1  f 
plus  coulant  &  plus  fluide ,  &  au  dé¬ 
faut  de  chile,  il  coule  par  les  veines 
laciées  &  par  le  conduit  thorachique, 
afin  de  les  humecter  &  de  les  entre¬ 
tenir  en  un  état  convenable.  L'Au¬ 
teur  rapporte  ce  que  Vefalius  a  ob- 
fervé  dans  un  homme  grand  man¬ 
geur  ,  que  la  bile  fe  déchargeoit  im¬ 
médiatement  dans  fon  eftomac-;  c’eft 
aufli  la  conflitution  naturelle  des 
Autruches  >  animaux  voraces  :  &  ces 
exemples  femblent  prouver  que  U 
bile  a  plus  de  part  à  la  digeftion , 
que  M.  Bianchi  ne  le  donne  à  en¬ 
tendre. 

Tous  les  petits  conduits  qui  reçoi¬ 
vent  la  bile  à  mefure  qu’elle  fe  fepa- 
re  du  fang ,  fe  réunifient  en  un  feul 
plus  grand ,  nommé  choltdoque ,  qui 
ïe  termine  par  un  mufcle  circulaire 
à  l’inteftin  nommé  duodénum .  Mais 
comme  en  chemin  elle  rencontre 
l’ouverture  de  la  veflie  du  fiel,  elle 
y  tombe  prefque  toute  ,  &  il  en  eft 
peu  qui  coule  continuellement  dans 
l’inteftin.  Là  elle  fe  fermente,  & 
contracte  une  amertume  plus  gran¬ 
de  &  plus  pénétrante  ;  &  par  confis¬ 
quent  elle  devient  plus  adtive.  La 

Février  1716.  O  v 


3 1  z  Mémoires  four  l'HiJtoire 

veiîie  du  fiel  a  encore  communica¬ 
tion  vers  le  foye  avec  les  premiers 
conduits  par  un  grand  nombre  de 
conduits  afTez  déliez  pour  n'avoir 
été  apperçus  que  par  les  nouveaux 
Anatomiftes  :  &  comme  M.  Bianchi 
a  remarqué  que  de  ceux  ci ,  les  uns 
ont  leur  tronc  dans  la  veflie  &  leurs 
branches  tournées  vers  le  foye  ,  & 
qu'au  contraire  les  autres  ont  leur 
tronc  vers  le  foye  &  leurs  branches 
inférées  dans  la  veflie  ;  il  juge  qu'ils 
ont  aufli  une  deftination  contraire  , 
les  premiers  pour  amener  la  bile  dans 
la  veflie  ;  les  féconds  pour  la  faire 
fortir  de  la  veflie,  &  lui  faire  repren¬ 
dre  le  chemin  du  canal  cholidoque. 
Enfin  ,  toute  la  fubftance  du  foye  eft 
enveloppée  de  trois  membranes  ;  & 
quoique  les  Anatomiftes  appellent 
celle  du  milieu  mufculeufe,  M.  Bian¬ 
chi  aiïûre  qu'elle  eft  fans  mouve¬ 
ment  ,  ou  qu'elle  n'en  a  qu'un  fort 
foible. 

Voici  comme  il  explique  au  ch. 
34*  &  15e  la  méchanique  de  cet  en¬ 
droit  de  nôtre  corps.  Quand  l'efto- 
mac  eft  chargé  de  vivres  &  enflé,  il 
prefle  le  foye  ,  &  comprimant  h 
février  iji6* 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  31$ 
velïie  du  fiel  ,  la  force  de  couler  par 
le  conduit  cholidoque  dans  les  intef- 
tins ,  pour  fervir  à  la  digeftion  qui 
s'y  doit  faire.  Et  quand  l’eftomacefl: 
vuide,  &  qu’il  n’y  a  point  de  digef- 
tion  ,  la  vefiie  du  fiel  fe  dilate,  reçoit 
la  bile  qui  coule  du  foye  &  la  pré¬ 
paré.  S’il  arrive  par  quelque  accident 
que  l’ouverture  de  la  velfie  foit  ou 
embarraffée,  ou  bouchée,  alors  la 
bile  peut  y  entrer, &  en  fortir  par  les 
autres  conduits. 

Il  examine  dans  le  chapitre  fui- 
vant  la  quantité  de  bile  qui  chaque 
jour  fe  fepare  de  la  maffe  du  fang  : 
&  il  la  fait  fort  petite.  Comme  la 
-  malle  du  fang  va  ordinairement  à 
environ  vingt  livres  >  la  livre  de  dou¬ 
ze  onces  ,  &  que  félon  Glifionius , 
la  bile  qui  y  eft  mêlée  n’en  eft  pas  la 
centième  partie  ;  il  s’enfuit  qu’elle  ne 
va  pas  à  deux  onces  &  demie,  &  c’eft 
tout  ce  qui  en  couleroit  dans  un  jour, 
quand  le  fang  s’en  déchargeroit  ab- 
folument  en  cet  efpace  de  tems;  ce 
qui  n’eft  pas  vrai  :  car  un  chien  mort 
de  faim  ,  après  avoir  été  retenu  hujc 
jours  fans  manger,  avoit  encore  de 
la  bile  dans  la  velfie  du  foye  i  il  n’en 

février  1716.  O  vj 


314  Mémoires  pour  V jfJifiotic 

faifoit  pas  neanmoins  de  nouvelle, 
manquant  de  nourriture  ;  &  ce  qu'il 
en  avoit  n’étoit  pas  tout  écoulé. D'ail¬ 
leurs  M.  Bianchi  a  trouvé  fax  onces 
de  bile  dans  un  homme  de  bonne 
fanté  &  qui  avoit  été  pendu  :  d  où  il 
conclut  que  le  mouvement  de  la  bi¬ 
le  eft  allez  lent ,  ce  qu'il  n’eft  pas  dif¬ 
ficile  de  comprendre ,  vû  qu'elle  eft 
épailTe  &  vifqueufe  ,  compofée  de 
parties  branchuës. 

Un  des  paradoxes  que  Borelli ,  à 
force  de  Géométrie  &  d’Arithmeti- 
que,  a  tâché  d’introduire  dans  la  Mé¬ 
decine ,  c’eB  que  le  mouvement  de 
la  bile  eft  très- rapide  ,  &  qu’elle  eft 
en  grande  quantité  dans  le  corps.  J 
Comme  il  a  trouvé ,  dit-il ,  que  le 
tronc  du  canal  choîidoque  eft  plus 
de  la  225e  partie  du  tronc  de  la  veine 
cave  ;  il  conclut  que  la  bile  eft  du 
moins  la  225*  partie  de  la  mafTe  du 
~  fang.  Or  mettant  vingt  livres,  ou 
240  onces  de  fang  ,  qui  par  la  circu¬ 
lation  pailent  feize  fois  par  heures  & 
384  fois  par  jour  dans  la  veine  cave; 
en  un  jour  il  y  pafte  7680  livres  de  ; 
fang  :&  fuivant  le  même  calcul  pour 
la  bile  ,  il  en  devra  pafler  34  ou  35 
février  1 716. 


des  Sciences  è  des  beaux  Arts.  3 1  y 

livres  par  jour  dans  le  canal  cholido- 
que.  Mais  comme  il  n'en  eft  pas  de 
la  bile  comme  du  fang,  que  celui- 
ci  circule  continuellement  dans  le 
corps ,  &  que  celle-là  en  eft  rejettée, 
il  eft  autant  manifefte  que  Borelli  fe 
trompe  en  Ton  calcul ,  qu'il  l’eft  que 
34  ou  35  livres  de  bile  ne  fortent  pas 
du  corps  tous  les  jours.  Afin  donc 
d’éviter  cet  inconvénient,  il  a  ima¬ 
giné  une  circulation  de  la  bile  par  les 
veines  méféraiques  &  par  la  veine 
porte. 

M.  Bianchi,  confidérant  la  gran¬ 
deur  du  foye  &  fa  fituation  proche 
de  l’eftomach  ,  ne  doute  pas  qu’il 
n’ait  un  fécond  ufage,  qui  eft  d’avan¬ 
cer  la  digeftion.  De  même,  dit  il, 
que  le  Bain-Marie  liquéfie  des  os 
renfermez  dans  un  pot  bien  bouché  , 
&  de  même  que  la  corne  de  cerf  fiuf- 
penduë  au  haut  de  l’alembic  s'a¬ 
mollit. 

Enfin,  un  troifieme  ufage  du  foye, 
comme  de  la  rate  ,  c’eft  de  fervir  de 
refervoir  dans  la  trop  grande  abon¬ 
dance  du  fang. 

Dans  la  fécondé  partie  divifée  en 
onze  chapitres ,  l’Auteur  fait  le  dé- 

Févrienyi6. 


5 16  Mémoires  four  Miftoire 

nombrement  des  maladies  qui  affec-  j 
tent  le  foye  ;  &  il  les  diftingue  par  ( 
rapport  à  fa  fubflance  folide  ôc  aux 
liqueurs  qiri  y  coulent.  . 

Ce  n*eft  pas  proprement  une  ma-  ( 
ladie ,  mais  un  vice  ,  ou  un  defaut , 
lorfque  le  foye  vient  à  une  grandeur 
démefurée  :  un  Médecin  ,  nomme 
Huldenreit ,  en  a  vû  un  pefant  ^li¬ 
vres,  &  Gemma  un  autre  de  40  li¬ 
vres,  en  forte  que  quelquefois  il  a 
ou  gêné  ,  ou  même  déplacé  fefto* 
mac.  Quelquefois  aufli  il  n’eft  pas 
dans  fa  fituation  ordinaire  ,  mais 
adhérant  au  diaphragme  ,^à  l’efto- 
mac ,  au  dos.  M.  Meri  fa  vu  au  cote 
gauche,  &  la  rate  au  côté  droit.  C’eft 
une  véritable  maladie ,  lorfque  per¬ 
dant  fa  confiftance  naturelle,  s  en- 
durciflant ,  ou  fe  relâchant  en  fe  fon¬ 
dant  ,  il  devient  inhabile  à  fes  fonc¬ 
tions.  Sur  tout  la  contraction  des 
nerfs  qui  y  font  répandus  ,  &  qui 
viennent  à  fe  roidir ,  caufe  de  vio¬ 
lentes  douleurs.  A  quoi  il  faut  ajou* 
-ter ,  que  la  bile  ,  ou  contractant  une 
trop  grande  acrimonie ,  ou  fe  jettant 
en  trop  grande  quantité  dans  la  ve£- 
Février  1716 . 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  317* 

|[ïe  du  fiel  ,ipeut  la  rompre,  &  ne 

1  tarde  pas  d'amener  la  mort. 

Quant  aux  maladies  qui  provien¬ 
nent  des  humeurs ,  le  foye  eft  fujet  à 
‘  toutes  celles  que  caufcnt  le  fang  &  la 
’  lymphe ,  foit  que  ces  humeurs  foient 
[  trop  abondantes ,  ou  ne  le  foient  pas 

2  iflez  ,  ou  peccantes  &  vitiées ,  ou  ar- 
’rêtées  dans  leur  cours,  ou  extrava- 
’  fées  :  il  eft  donc  fujet ,  de  même  que 
lte  font  les  autres  parties  du  corps, 

’  aux  inflammations ,  aux  abfcès ,  aux 
Tyatides  ,  aux  obftrudtions  &  aux 
’  tumeurs. Les  fquires  fi  fréquens  dans 
!le  foye  ,  s’y  forment  par  la  lymphe 
|  qui  s’y  épaiflit  &  s’y  endurcit.  Com  - 
me  le  fang  eft  en  plus  grande  quan¬ 
tité  ,  &  qu’il  va  plus  lentement  dans 
la  veine  porte  que  dans  les  autres , 
c’eft  une  fource  d’incommoditefc 
pour  le  foye  ,  auxquelles  la  rate  par¬ 
ticipe  aufîi  pour  la  même  raifon.  I! 
paroît  furprenant  qu’un  coup  reçû  à 
la  tête  caufe  une  obftruction  dans  le 
foye  ,  comme  M.  Bianchi  l’obferva 
dans  un  Capitaine  retourné  du  Siège 
de  Toulon  :  &  il  dit  qu’en  ce  cas  le 
fang  meurtri ,  emporté  par  la  circu¬ 
lation  &  venu  au  foye ,  y  eft  arrêté. 

février  1716, 


y  1 8  Mémoires  pour  fHiftoire 

Il  pafie  enfaite  aux  maladies  Cau- 
fées  par  la  bile  ,  &  qui  font  prefqut 
innombrables  :  &  il  en  parle  comme 
étant  perfuadé  quelle  ell  le  plus  puif 
fant  infirument  de  la  digeftion  ,  la-, 
quelle  ne  fe  fait  pas  bien,  (i  la  bile 
manque  ,  fi  elle  eft  détrempée  de 
pituite ,  fi  elle  dégénéré  en  un  fut 
douceâtre  &  mielleux  ,  ou  en  un  fuc 
acide. 

Quoique  le  foye  foit  principale- 
ment  defiiné  à  filtrer  &  à  feparer  la 
bile  ,  elle  ne  laifle  pas  quand  elle  efl 
en  plus  grande  abondance,  ou  que 
cette  voye  lui  eftfermée  parquelque 
obftru&ion,  de  s'échapper  par  d’au¬ 
tres  glandes ,  &  même  au  travers  des 
fibres  de  la  chair.  Ainfi  paflant  pai 
les  glandes  falivaires ,  elle  fait  fentil 
fon  amertume  à  la  bouche  &  teint 
la  fal  ive  ;  par  les  reins,  elle  commu-; 
nique  fa  couleur  à  l’urine  ;  par  les 
glandes  miliaires  de  la  peau  ,  elle 
donne  fon  odeur  &  fa  couleur  à  la 
fueur  ;  &  s’infinuant  au  travers  des 
chairs,  elle  caufe  la  jaunifle.  Enfin, 
&  dans  la  fubftance  du  foye ,  &  plus 
fouvent  dans  la  vefiie  du  fiel ,  la  bile 
fe  pétrifié.  Ces  fortes  de  pierres  font 
Février  1716, 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  3 1 9 

Tegeres  &  nagent  fur  l’eau,  &  mifes 
&iu  feu  elles  s’enflamment. 

Une  marque  évidence  que  M. 
-Bianchi  aime  &  cherche  la  vericé, 
T’efl:  qu’à  la  fin  de  fon  ouvrage  il  a 
Ajouté  une  Lettre  de  M.  Lancifi  pre¬ 
mier  Médecin  du  Pape,  qui  en  ter¬ 
mes  fort  honnêtes  &  civils  contredit 
•  es  deux  points  eflentiels  de  fon  fyf- 
ême.  Car  M.  Lancifi  dit  i°.  Que  les 
■•ameaux  de  la  veine  porte,  &  les 
Conduits  biliaires  étant  enveloppez 
imfembledans  une  même  rnembra- 
he,  comme  Gliffonius  l’a  obfcrvé, 

:  ls  font  un  angle  très  aigu  ,  &  font 
Touchez  l’un  fur  l’autre.  »*•  oe'fl 
i)  eft  pas  vrai  que  la  bile  avant  que 
1  i’être  feparée  du  fang  ,  foit  compo- 
ée  de  parties  plus  greffes  que  celles 
i  Ju  fang  ;  vu  qu’elle  s’infinuedans  des 
endroits  où  le  fang  ne  pénétré  pas, 
:omme  dans  les  membranes  de  l’œil, 
}ui  quelquefois  deviennent  teintes 
ies  couleurs  de  la  bile,  comme  dans 
es  reins  par  où  elle  paffe.  Si  les  con- 
luits  biliaires  étoient  plus  larges  que 
es  rameaux  capillaires  des  veines, 
e  fang  ne  manqueroit  pas  de  s’y 
etter. 

Février  1716. 


5  io  Mémoires  pur  VHiJtoïre 

M.  Lancifi  explique  ainfifapen 
fée  fur  la  filtration  &  la  féparatioi 
des  diverfes  humeurs  dans  les  glan 
des.  Le  fang  perdant  notablemen 
de  fa  viteiïe  dans  les  rameaux  étroit 

6  embarraffez  des  artères ,  ou  de 
veines  qui  s’inférent  dans  les  glan' 
des ,  ies  differentes  parties  dont  i 
eft  compofé  fe  joignent  &  s’uniffen 
ensemble  :  enfuite  les  plus  déliée 
s’écoulent  par  les  conduits  qui  leu 
font  proportionnez  ,  tandis  que  le 
autres  continuent  leur  cours  en  en 
trant  dans  forifice  des  veines.  Ct1 
n’eft  point  à  la  conformité  de  figur< 
entre  l’entrée  des  conduits  &  le 
parties  infenfibles  des  humeurs,  mai  I 
à  la  convenance  en  grandeur  ,  qu  i 
attribue  la  filtration.  Il  ajoute  ,  que 
par  un  artifice  admirable  ,  il  y  a  et 
chaque  glande  ou  une  efpece  d( 
rets ,  ou  une  membrane  mufeuieu 
fe  ,  ou  un  mufcle  ,  afin  de  remet¬ 
tre  le  fang  en  mouvement  &  de  le 

ianchi  répond.  i°.  Qu’il  efl 
permis  de  fuppofer  que  le  conduit 
biliaire  enfermé  avec  le  rameau  de 
la  veine  porte  fous  la  même  mem-| 

Février  17 16. 


preffer. 

M.  B 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts. 
^'.'ane  ,  n’eft  pas  celui  qui  a  reçu  la 
n  le  de  ce  rameau ,  mais  d'un  autre 

•  meau  oppofé  directement.  z°.  Que 
'  bile  eft  d  une  conhftence  plus 
‘paiffe  que  le  fang  où  elle  eft,  corn¬ 
ue  la  partie  butyreufe  dans  le  lait. 

Il  promet  une  anatomie  univer- 
:11e  ,  qui  fans  doute  fera  bien  re- 
saë,  venant  d’un  fi  habile  homme  : 
pais  on  croit  qu'il  feroit  plaifir  à 
ss  lecteurs  d’abaifter  un  peu  fon  fty- 
;  ,  afin  de  fe  faire  entendre  plus  ai- 
■ment. 

U 

;  Article  XXIV. 

S 

SECONDE  PARTIE  D’V N  MEMOIRE 
1  furies  taches  du  foleil ,  &  de  la  lune9 
:  ou  fur  les  volcans  celejles ,  ou  l’on 
i  confirme  le  fyfiême  établi  dans  lapre- 
:  rmere  Partie  ,  par  les  obfervations 

•  tirées  de  Ihifloire  de  f  Academie  des 

•  fciences  des  anne'es  170 6  ,  1707* 
1708,  1709 ,  &  1710  ;  &  par  cel¬ 
les  de  tous  les  autres  Auteurs  les  plus 
illufires  qui  en  ont  traité.  Par  M.  Pa¬ 
rent  D.  L.  R.  D.  S, 

CEs  dernieres  obfervations  ci¬ 
tées  ,  qui  avoient  échapé  à  mes 
février  1716. 


3*5,  Mémoires  four  THiftoirt 
recherches  ,  parce  quelles  ne  font 
pas  inférées  dans  les  mémoires  3 
mais  feulement  dans  l'hiftoire  de  l' A- 
cademie  ,  étant  tombées  depuis  en¬ 
tre  mes  mains,  j'y  aj  trouvé  quan¬ 
tité  de  nouvelles  preuves  du  fyftê- 
me  ,  par  lequel  j’explique  d'une  ma¬ 
nière  méchanique  &  Phyfique  tout 
ce  qui  regarde  les  taches  &  facules 
du  foleil  dans  le  mercure  de  Paris 
du  premier  Janvier  de  l'année  1716. 

1°.  On  remarque  par  exemple  au 
fujet  de  celle  du  fïxiéme  Avril  de 
l'année  1706.  qu'elle  contenoit  pîu- 
fieurs  petits  corps  noirs,  &  un  plus 
gros  dans  une  nebulofhé;  le  tout  en¬ 
vironné  d’une  grandefacule  ;  à  quoi 
l'on  ajoûte ,  ce  qui  marque  ordinaire¬ 
ment  que  les  taches  font  prêtes  a  fedijjî - 
fer  ^  aujfi  le  tout  difparut  il  le  10  du 
même  mois.  Cela  confirme  donc  ce 
que  j!  ai  avancé  dans  le  troifiéme  ar¬ 
ticle  du  premier  mémoire  ,  fçavoir, 
qu'il  cf}  très  vrai-femblable  que  ce 
font  les  facules  qui  détruifent  les  ta¬ 
ches  ,  parceque  les  facules  augmen¬ 
tent  à  l’entour  des  taches  à  mefure 
que  celles  ci  fe  diflipent  ,  &  que  les 
février  1716. 


des  Sciences  &des  beaux  J4rts,  32$ 
facules  fubfiflent  encore  en  la  place 
des  taches  pendant  quelques  jours; 
dont  j’apporte  pour  exemple  la  tache 
du  17.  Janv.  1704.  en  voici  encore 
une  autrepreuve.  On  rapporte  dans 
l'hiftoire  de  lyo  f ,  que  le  2.  de  Jan¬ 
vier  on  vit  au  milieu  d’une  facule 
fort  claire  une  tache  grifâtre  ,  8C 
fort  foible  ;  &  que  le  lendemain  le 
tout  avoitdifparu. 

Je  remarque  dans  l'article  4.  que 
les  taches  &  les  facules  croiÜ’ent  & 
fe  multiplient  en  peu  de  tems  ;  mais 
qu’elles  fe  détruifent  peu  à  peu  ,  8c 
j’en  apporte  pour  exemples  celle  de 
Décembre  1700,  &  du  2.  Juillet 
1703.  En  voici  plufieurs  confirma¬ 
tions  y  le  19.  de  Juin  1706.  il  parue 
tout  à  coup  un  amas  de  taches  pro¬ 
che  le  milieu  du  ioleil  ,  lequel  ne 
fe  ditîipa  que  le  13  enfuivant.  Le  10. 
Novembre  de  la  même  année  il  en 
parut  tout  à  coup  deux  afTezgrofTes  , 
mais  fort  foibles ,  qui  ne  furent  ce¬ 
pendant  diflipéesque  le  13. 

On  dit  dans  l’article  4.  que  1  ar¬ 
rangement ,  le  nombre,  &lafigure 
de  corps  noirs  qui  paroifTent  dans  les 
caches ,  leur  grandeur  &  leur  difj 

Ffyfter  iyi60 


324  Mémoires  four  rHiftoire 

tance  ,  font  changeantes  ;  ce  qu’o 
prouve  parles  taches  du  6.  Juilk 
1703. du  ic). Janvier  1704. &c.  Ile! 
dit  entre  autres  au  fujet  de  celle  d 
5.  Mai  1684,  que  les  parties  chan 
géantes  des  taches  ont ,  outre  leu 
mouvement  general  &  régulier  d’O 
rient  en  Occident  ,  du  côté  de  I 
terre  ,  autour  de  l’effieu  du  foleil 
dans  l'efpace  de  27  jours  12  heure 
49  minutes  en  apparence  ,  ou  réélit 
ment  de  25  jours  16  heures  55  mir 
d’autres  mouvemens irréguliers, prel 
que  comme  des  nues  pouffées  ai 
hazard  par  les  vents.  En  voici  d 
nouvelles  preuves  autentiques.  Il  el 
rapporté  dans  Thilloire  de  1708 
qu’on  apperçut  le  ite.  Août  uni 
longue  traînée  de  petites  taches  ter 
minées  par  deux  groflés,  ce  qui  pou 
voit  occuper  une  longueur  enviror 
de  10000  lieues  ;  les  deux  grolîe 
avoient  leurs  nebulofitez  à  l’ordi 
naire,  &  les  petites  changeoient  d< 
place  &  de  figure  d'heure  en  heure 
Le  célébré  Auteur  de  Thiftoire  d< 
l'Academie  ajoute  même  au  fujet  d< 
celle  du  7  e.  Décembre  1709.  QuelU 
peut  être  une  efpece  d’ecume  flot  ante  fui 
Févriéri7i6, 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  32  j 

la  furface  du  foleil  qui  s’eft  forme'e  far 
accident ,  &  qui  fe  dijfipe  ajfcz,  vite.  Ii 
n'y  a  donc  aucun  doute  fur  cet  arti¬ 
cle,  &  il  ne  reite  plus  que  d’expli¬ 
quer  la  caufe  de  cet  accident  ;  puif- 
qu’iLn’y  a  aucun  accident  dans  la 
nature  qui  n’ait  une  caufe  auffi  dé¬ 
terminée  que  le  lever  &  le  coucher 
du  foleil  ;  c’eft  ce  que  nous  avons 
entrepris  de  prouver. 

Nous  ajoutons  dans  le  même  mé¬ 
moire  ,  que  l’amas  de  taches  le  plus 
confiderable  qui  ait  été  obfervé  de¬ 
puis  une  trentaine  d’années ,  n  occu- 
;  poit  pas  plus  de  la  douzième  partie 
I  du  diamètre  du  foleil.  Mais  en  voi- 
-  ci  un  autre  obfervé  le  feptiéme  De- 
:  cembre  1706,  qui  furpaflé  cette  me- 
’  fure  de  bien  loin  ;  car  en  le  fuppo* 
‘  fant  raffemblé  dans  une  figure  ron- 
L  de  ,  fon  diamètre  étoit  de  celui 
i  du  foleil  ;  ainfi  fa  furface  conçue 

*  comme  plate  vaioit  3 6  fois  la  furface 
'  de  la  terre  entière. 

Nous  avons  encoreavancé  dans  le 
’  premier  article  que  la  plus  grande 

*  déclinaifon  des  taches  ne  va  gueres 
(  à  plus  de  treize  degrez  ,  &quede- 
1  puis  une  trentaine  a  années,  on  n  en 
;  'Février  1716 . 


! 


(y  Mémoires  pour  ï Hifimre 
trouve  prefqueque  du  côté  du  pôl 
méridional  du  Soleil.  Nous  appoi 
tons  pour  preuve  ce  qui  eft  dit  fu 
la  tache  du  mois  de  Mars  1704 
dans  les  Mémoires  citez  ;  &  ce  qu’o 
a  obfervé  depuis  le  confirme  encore 
Car  on  a  remarqué  en  1707.  le  2.3 
Février  trois  petits  amas,  dont  deu: 
avoient  chacun  une  tache  allez  gran 
de  &  allez  noire,  &  environnée  d'u 
nenebulofité,  le  tout  dans  l'hemif 
phére  méridional  ,  avec  une  decli 
naifon  de  6  à  7  degrez.  Le  20.  d 
Mars  on  vit  un  amas  de  taches ,  &  1< 
24.  un  autre  dont  le  premier  décli 
clinoit  au  midi  de  9  degrez  &  le  fe 
condde  6  à  7  du  même  côté.  Le  rj 
de  Mai  un  autre  amas  déclinant  ai 
midi  encor  de  6  à  7.  Le  28  Septem 
bre  une  tache  déclinante  toujour: 
du  même  côté  de  7  à  8  degrez.  Le 
14.  Novembre  un  autre  amas  décli¬ 
nant  de  12  à  13  degrez  au  midi  ,  & 
le  \G.  une  autre  tache  avec  une  dé- 
clinaifon  pareille  de  13.  degrez.  Le 
li.  Août  d'autres  taches  déclinantes 
de  même  de  6  à  7  degrez.  Celles 
qu’on  obferva  le  14.  de  Septembre 
de  la  même  année  pendant  réciipfe 
ffymt  1716,  -  du 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  3 27 
du  Soleil  déclinoient  au  midi  enco¬ 
re  de  moins.  Celles  qui  furent  obfer- 
vées  le  24Novembre  ne  déclinoient 
encore  au  midi  que  de  6  à  7  degrez. 
Enfin,  celle  qui  fut  obfervée  feule 
le  24.  Octobre  étoic  fort  grande  ,  & 
avoit  11  à  13  degrez  de  latitudeme- 
ridionale.  (  Où  il  faut  remarquer 
que  dans  toutes  cesobfervations  de 
latitude  ,  le  diamètre  du  foleii  eft 
fuppofé  divifé  en  180  parties  égales, 
comme  le  méridien  d’une  carte,  donc 
il  y  en  a  90  de  l’équateur  vers  cha¬ 
que  pôle.  )  De  forte  que  de  toutes 
les  taches  qu’on  a  obfervées  pen¬ 
dant  ces  cinq  années ,  au  nombre  de 
plus  de  30,  on  n’en  remarque  qu'u¬ 
ne  feule  du  16.  Novembre  1707. 
dont  la  déclinaifon  ait  été  au  Nord  , 
de  1 3  degrez  environ  ,  &  aucune  de 
ces  30  n’a  pafle  la  déclinaifon  de  15 
degrez. 

Nous  ajoutons  dans  le  premier 
article ,  que  les  taches  avec  leurs  fa¬ 
bules  font  comme  attachées  à  cer¬ 
tains  endroits  fixes  du  corps  dufo- 
sleil ,  ce  que  l’onconnoît  en  cequ’el- 
:  les  y  reparoiiïent  après  plufieurs  ré¬ 
solutions  de  cec  aftre  autour  de  lui— 
l  février  1716*  P 


3*8  Mémoires  jour  V Htjioire 

même,  îongtems  après  avoir  été  dif- 
(ipées.  En  voici  de  nouvelles  preu¬ 
ves  ,  tirées  des  obfervations  mar¬ 
quées  au  commencement  de  ce  mé¬ 
moire.  On  y  remarque  que  la  ta¬ 
che  obfervée  en  1705.  depuis  le  7, 
Avril  jufqu’au  17.  avoit  une  décli- 
naifon  de  1 3  degrez  au  nord  ,  c’eftà 
dire,  toute  pareille  à  celle  du  1 6. 
Septembre  1707.  ci  defius ,  &  com¬ 
me  il  fetrouve  35  révolutions  juftes 
de  17  jours  Rentre  les  partages  de 
ces  deux  taches  par  le  méridien  du 
foleil  ,  on  en  conclud  qu'elles  font 
la  même  tache.  Le  15.  Décembre 
en  1707.  on  en  vit  une  dont  la  dé- 
clinaifon  étoit  au  midi  de  15  de¬ 
grez,  ce  qui  fit  croire  qu’elle  étoit 
la  même  du  feize  Novembre  ci- 
defius  ,  à  caufe  qu’il  fe  trouve  une 
pareille  révolution  entre  leurs  paf- 
fages.  Celles  qu’on  vit  le  24.  NoV 
vembre  1708.  ont  été  jugéesêtreles 
mêmes  que  celles  du  mois  d’Août 
de  la  même  année  ,  à  caufe  que  les 
unes  &  les  autres  déclinoient  au  mi¬ 
di  de  6  à  7  degrez  ,  &  qu’il  s’eft 
pafie  trois  révolutions  entre  elles. 
Les  deux  de  Janvier  1709.  reparu* 
Février  17^  <  •  4 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  325* 

rent  le  26e.  du  même  mois  en  fui- 
vant. 

A  1  egard  du  tems  de  la  révolu¬ 
tion  des  taches  autour  du  foleil , 
nous  n’avons  rien  à  ajouter  à  celui 
que  nous  avons  cité  ci  devant  ;  par¬ 
ce  que  l’on  s’en  tient  dans  l’hif- 
toire  citée  à  la  révolution  de  27 
jours  *. 

1.  Ii  ne  me  refte  donc  maintenant 
que  de  rapporter  en  abrégé  l’hiftoi- 
re  de  la  découverte  des  taches  du 
foleil,  par  les  plus  habiles  d’entre 
les  Modernes  ,  entre  autres  le  Pere 
Scheiner,  Galilée  ,  Riccioli  ,  Blan- 
can  ,  Taquet  &c.  &  d’y  joindre  ce 
que  les  Anciens  nous  enontlaifle, 
comme  entre  autres  C  eomédes  % 
Plutarque ,  Zonaras,  Adelme,  Aver¬ 
roès  &c.  afin  qu'il  ne  refte  rien  à  dé¬ 
lirer  fur  ce  fujet. 

Il  y  a  apparence  que  les  Anciens 
Caldéens  avoient  quelque  connoif. 
fance  de  ces  taches ,  puifque  Job, 
Prince  Moabite  voifin  de  Babylone, 
difoit  autrefois  que  les  deux  n  étaient 
pas  exempts  de  taches  ;  ce  qui  eft  d’au- 
taot  plus  aifé  à  croire  que  l’on  ap- 
perçoit  des  taches  au  foleil  à  la  feu- 
frV.  1716*  P  ij  - 


Mémoires  pour  CHifloire 
le  vue  ,  aidée  d’un  (impie  verre  Co¬ 
loré  ,  &  qu’elles  fe  peignent  comme 
d’elles  mêmes  ,  lorfqu'un  rayon  du 
foleil  paflant  au  travers  une  petite 
ouverture  d’une  chambre  ,  va  tom¬ 
ber  fur  une  muraille  oppofée  diftan- 
te  de  vingt  ou  vingt  cinq  pieds  5 
principalement  fi  Ton  confidere  qu’il 
yaeûdes  taches  qui  ont  occupé  près 
de  la  8e.  partie  du  diamètre  du  fo¬ 
leil ,  comme  on4’a  vû  ci-devant.  A 
l’égard  de  celles  dont  le  diamètre 
n’eft  que  la  ue.  partie  du  diamètre 
du  foleil ,  il  eft  évident,  quecelui  de 
la  terre  n  étant  que  la  centième  par¬ 
tie  de  ce  dernier  ,  ce  diamètre  de  la 
terre  eft  à  celui  de  ces  taches  com¬ 
me  3  à  2y,  &  un  grand  cercle  de  la 
terre  à  la  bafe  de  ces  taches  fuppo- 
fée  ronde  ,  comme  9  à  615  ,  c’eftà 
dire  ,  environ  une  69e.  partie  ,  d’où 
Ton  peut  conclurreque  toute  la  fur- 
face  de  la  terre  n’eft  environ  qu’u- 
oe  dixfeptiéme  partie  de  celle  de  ces 
taches. 

Cleomedes ,  dans  le  livre  z.  de(a 
théorie  circulaire,  dit  que  le  foleil 
lui  a  fouvent  |>aru  couvert  de  taches, 
qui  formoient  au  tour  de  lui  diffe-, 

Février  iji6* 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  33  y 

Tentes  ceintures  nébuleufes  ,  qu'il 
croyoic  comme  fufpenduës  à  une 
diftance  confîderable  de  cet  aftre. 
Plutarque  rapporte  que  du  temsde 
Céfar  la  lumière  du  foleil  parut  com¬ 
me  éteinte  ;  cet  aftre  ayant  demeu¬ 
ré  pâle  ,  &  fans  prefque  aucune  cha¬ 
leur  ,  pendant  un  an  entier  :  ce  que 
même  le  Poëte  Virgile  chante  dans 
le  fécond  livre  de  fes  Georgiques 
en  ces  termes  : 

II  le  etiam  extinfto  miferatus  Cœfaç 
Bornant 

T  tan  caput  obfcura  mtidum  ftrrugme 
texït , 

Impiaque  aternam  timuerunt  fauta 
nottem. 

Irene  rapporte,  après  Zonaras, 
que  le  foleil  fut  autrefois  dixfept 
jours  confécutifs  fans  répandre  fa  lu¬ 
mière  ,  par  un  amas  de  nuages  fom- 
bres  qui  couvroit  fon  difque.  Et  du 
tems  de  l'Empereur  Juftinien  le  fo¬ 
leil  en  fut  .encore  obfcurci  pendant 
la  plus  grande  partie  de  l’année, quoi¬ 
que  d’ailleurs  le  Ciel  fut  fort  ferain; 
fa  lumière  égalant  alors  à  peine  celle 
de  la  lune  ,  au  raport  de  Patrice  li*« 
Février  1716.  P  iij 


3 1 2  Mémoires  four  l'H'ijloire 
9.  de  fa  Cofmographie  ,  &  de  Ma- 
jolus ,  traité  des  jours  caniculaires, 
Genebrard  raconte  quelque  chofe 
de  pareil  au  fujet  d’une  couleur  de 
fang  qui  parut  fur  le  foleil  dans  les 
années  1547  ,  1585  ,  i;5>2  &c.  & 
P.  de  Pite  dans  Tes  Annales  de  Fran¬ 
ce  rapporte  ,  après  Adeline  Bene- 
diétin  ,  que  pendant  le  régné  de 
Charlemagne,  l’an  807.  le  1 6.  des 
Kalendes  d'Avril ,  on  vit  une  petite 
tache  noire  fur  le  milieu  du  foleil , 
un  peu  au  deflus  de  fon  centre  pen¬ 
dant  Tefpace  de  cinq  jours  entiers, 
qui  certainement  ne  fçauroit  être 
attribuée  à  la  planette  de  Mercure, 
lequel  n’employe  pas  plus  de  fept 
heures  *,  &  quelquefois  même  plus 
de  quatre  à  parcourir  le  difque  du 
foleil.  Kepler  en  obferva  une  en’ 
1607.  le  28  de  Mai ,  laquelle  certai¬ 
nement  n  etoit  pas  non  plus  cette  pla¬ 
nette  de  Mercure,  comme  cet  Aftro- 
nome  Tavoit  cru  ,  puifque  la  latitu¬ 
de  de  Mercure  furpaffoit  ce  jour  là 
le  diamètre  entier  du  foleil.  Pic  de 
la  Mirandole  rapporte  que  Aven- 
Rodan  ,  ou  Averroës,obferva  deux 
taches  fur  le  foleil  en  difFérens  tems  3 
qu’il  croyoit  être  Mercure. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  333 

3.  Le  Pere  Scheiner  ,  Jefuite ,  a 
obfervé  &  reconnu  apparemment  le 
premier  les  taches  du  foleii  à  Ingolf- 
tat,  &  enfuite  à  Rome  ,  comme  il 
paroît  par  le  livre  qu’il  mit  au  jour 
en  16 11.  fous  le  titre  d’ Appelle  derriè¬ 
re  le  tableau  ,  &  par  un  grand  traité 
qu'il  en  a  publié  enfuite  ,  à  qui  il  a 
donné  le  nom  de  Reurfine  ,  où 
l’on  trouve  plus  de  1400  obferva- 
tions  de  taches  faites  depuis  1611. 
jufqu'en  1617.  Il  ne  parle  dans  ce 
dernier  ouvrage  que  de  tourbillons 
de  feu  &  de  fumées  qui  s'élèvent 
continuellement  du  centre  du  foleii 
à  fa  furface  ;  lefquelles  fumées  fe 
changent  enfuite  en  étincelles,  ou 
flammes,  qu’il  appelle  facules.  Def- 
cartes  &Hévélius  difent  qu’il  nefe 
peut  rien  ajouter  à  l'exactitude  de 
cet  Auteur  ;  c'eft  pourquoi  nous 
joindrons  encore  ici  quelque  chofe 
de  fes  obfervations ,  ce  qui  fervira 
à  confirmer  tout  ce  qu’on  a  dit  juf- 
qu’ici. 

Cet  Auteur  dit  entre  autres  cho- 
fes  qu’une  même  tache  s'augmente 
quelquefois  au  double  ,  ou  au  triple., 
fans  que  d'autres  s'y  joignent  j  que 

Février  1716.  P  iiij 


Mémoires  pour  rHiJloïre 
toutes  les  taches  ne  fe  changent  pas 
en  facules,  que  plufieurs  s’atténuent 
comme  une  ombre  qui  quelquefois 
devient  une  facule  ,  &  quelquefois 
suffi  difparoit  fans  facule.  Quelque¬ 
fois  elles  fe  divifent ,  félon  lui  ,  en 
points  noirs  qui  durent  pendant 
quelque  tems,  &  fe  changent  enfui- 
te  en  facules;  quelquefois  aprèss’ê- 
tre  ainfi  atténuées  en  ombres,  une 
partie  s’évanouit  ,  après  quoi  elles 
revivent  &  renaiffent  en  nouvelles 
taches  ,  qui  derechef  dégénèrent  en 
ombres,  ou  en  facules.  D’autres  fe 
trouvent  à  la  fin  enfevelies  par  une 
matière  plus  claire  qui  les  change 
enfin  en  facules.  Quelquefois  les  fa¬ 
cules  font  pures,  &  quelquefoisauffi 
elles  font  environnées  de  veftiges  né¬ 
buleux.  Toutes  les  taches  dégénè¬ 
rent  ou  en  facules,  ou  en  ombres ,  ou 
en  la  furface  ordinaire  du  foleil. 
Plufieurs  paroifTent  d'abord  dans  leur 
naiflance  comme  des  toiles  d’arai¬ 
gnées,  qui  s'épaiffi(Tent,&  s’augmen* 
tent  par  la  fuite.  Plufieurs  s’enflent, 
à  mefure  qu'elles  fe  forment  de  plus 
petites ,  qui  en  étoient  feparées ,  &c 
étant  ainfi  groflies  &  dilatées  ,  elles 
Février  17 16. 


des  Sciences  fades  beaux  Arts .  335 

ne  compofent  plus  qu’une  feule  ta¬ 
che  ;  plufieurs  aufïi  de  ces  facules 
jointes  avec  des  nuages  deviennent 
des  taches  parfaites.  Elles  font  tou¬ 
jours  au  commencement  moins  éten¬ 
dues,  &  moins  épaifles,  &  prennent 
enfuite  leur  accroiffement  pendant 
plufieurs  jours,  &  fouvent  pendant 
plufieurs  heures  feulement.  Les  fa¬ 
cules  font ,  dit*il ,  plus  inconftantes 
que  les  taches,  &  plus  difficiles  à  ob- 
ferver  ,  quoique  fouvent  plus  gran¬ 
des  que  les  taches  mêmes ,  qui  ont 
dégénéré  en  facules.  Il  établit  que 
les  périodes  des  taches  font  de  27, 
28,  ou 29  jours;  parce  qu’il  a  crû 
qu’elles  employoient  13  jours  1 ,  ou 
14  t,  à  tourner  du  bord  oriental  à 
l’occidental  du  foleil.  Il  ajoûte  que 
les  nebulofitez  des  taches  du  foleil 
font  plus  obfcures  que  les  taches  de 
la  lune,  &:  qu’en  général  les  taches 
du  Soleil  font  plus  noires  fur  les 
bords  de  cetaftre  que  vers  fon  mi¬ 
lieu.  Enfin  ,  les  plus  grandes  taches 
qu’il  a  obfervées  égaloient  la  dixié¬ 
me  partse  du  diamètre  du  foleil. 

4.  Galilée,  qui  a  obfervé  à  Pife  les 
taches  du  Soleil  avec  des  telcfcopes* 
FeV.1716.  P  V 


3 3  6  Mémoires  pour  mijloire  * 
prefque  en  même  tems  que  le  P. 
Scheiner,  dit  les  avoir  fait  voir  aux 
premiers  de  Rome  dès  l’année  161 1. 
comme  il  paroît  par  la  première  Epî- 
tre  à  Velfcr,  &  dans  fon  premier 
Dial  fur  le  fyftême  du  monde.  Il 
prétend  en  avoir  obfervé  d’auffi 
grandes  que  l’Afie,  &  dit  qu’elles 
font  leur  tour  environ  en  un  mois , 
mais  qu’outre  ce  mouvement  régu¬ 
lier  &  general,  elles  en  ont  encore 
d’autres  irréguliers  &  vagues  ,  qui 
les  font  changer  de  fituation  les 
unes  à  l’égard  des  autres  confusé¬ 
ment  &  fans  ordre  ;  qu’elles  chan¬ 
gent  fouvent  aufli  de  figure  ,  fe  re¬ 
vêtant  de  formes  extraordinaires  & 
admirables  ;  &  que  ces  differens 
mouvemens  altèrent  un  peu  le  tems 
de  leur  période  autour  du  Soleil, 
qu’il  croit  être  aufli  de  17 ,  2.8  ,  ou 
£9  jours.  Il  a  établi  le  premier  que 
le  mouvement  des  taches  eft  oblique 
à  l’écliptique  terreftre,  &  de  la  pro¬ 
portion  de  leur  mouvement  journa¬ 
lier,  il  a  conclu  ,  qu’elles  étoient  à 
Ja  furface  même  du  Soleil,  Il  fou- 
tient  contre  Scheiner ,  fous  le  nom 
cTApelle ,  que  la  fubftance  des  ta- 
Jèéyrter  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  3î7 
ches  eft  de  même  conliftance  que 
Jes  fumées ,  ou  que  lesnuës  d’ici  bas  ; 
qu'elles  font  adherentesau  Soleil,  & 
non  pas  éloignées  de  cet  aftre ,  à  peu 
près  comme  Mercure,  ainfi  que  ce 
Pere  le  croyoit  ;  parceque  Mercure 
n’employe  que  fix  heures  environ  à 
parcourir  le  difque  du  Soleil  ;  au  lieu 
que  les  taches  employent  plusieurs 
jours.  Il  ajoute  aufli  que  quelquefois 
pluheurs  taches  fe  joignent  en  une, 
&:  quelquefois  une  feule  fe  fepare  en 
plufieurs  ;  mais  qu'elles  ont  toutes 
un  mouvement  réglé  fur  des  cercles 
paraîelles  entre  eux.  Il  a  aulli  obfer- 
vé  qu’il  paroilfoit  de  fon  tems  des  ta¬ 
ches  dans  l’efpace  de  58  ,  ou  60  de~ 
grez  au  plus  ,  c'cft  à-dire  ,  félon  lui , 
dans  l’étendue  de  29  ou  30  degrez  de 
declinaifon  de  part  &  d’autre  de  l’E¬ 
quateur  du  Soleil.  Il  a  encore  remar¬ 
qué  que  plulieurs  reviennent  après 
une  révolution  entière,  par  un  mê¬ 
me  paralelle,  mais  il  prétend  qu’elles 
naiiïent  &  perilfent  tout  à  coup  ,  ce 
qui  n’eft  pas  vrai  en  general  ;  d’où  il 
conclud  que  la  fubÜance  du  Soleil 
eft  fluide  &  corruptible.  Il  nie  en* 
core  au  P.  Scheiner  que  les  tachc'S 
Février  1716.  P  vj 


3  3 8  Mémoires  pour  l'fJi(loire 

empioyent  d'autant  moins  de  tems  à 
circuler,  que  leur  paralelle  eft  plus 
petit ,  ou  plus  proche  des  pôles  du 
Soleil, &  foutient  qu'elles  empioyent 
toutes  au  contraire  un  tems  égal.  Il 
déduit  des  facules  quiaccompagnent 
les  taches ,  que  les  unes  &  les  autres 
font  attachées  au  difque  du  Soleil 
immédiatement  3  &  que  ce  ne  font 
pas  des  lacs ,  ou  des  cavernes  fur  la 
furface  de  cet  aftre,  comme  quel¬ 
ques  uns  le  croyent.  Il  prétend  en¬ 
core,  contre  lefentiment  de  cePere, 
que  les  taches  du  Soleil  font  plus 
claires  aux  bords  de  cet  aftre,  que 
proche  de  fon  milieu  ;  à  caufe  que 
leur  côté  qui  eft  toujours  éclairé  du 
Soleil  eft  alors  tourné  vers  nous.  Il  , 
ajoute  qu’il  faut  que  cette  partie  des 
taches  foit  plus  claire  que  l'atmof- 
phere  qui  environne  le  Soleil,  puis¬ 
qu'elles  le  voyent ,  &  que  cet  amof- 
pherc  ne  s’apperçoit  pas  alors ,  mais 
feulement  pendant  les  éclipfes  tota¬ 
les  de  cet  aftre.  Or  toutes  cet  objec¬ 
tions  contre  le  premier  ouvrage  de 
Scheiner  prouvent  évidemment,  que 
ce  dernier  en  eft  le  premier  obier-* 
vateur. 

Février  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  33  ? 

5.  Malaperte,  Mceftrius ,  &  A. de 
Reira  ont  crû  que  les  taches  du  So¬ 
leil  étoient  des  planettes,  ou  fatelli- 
tes  des  corps  opaques,  irréguliers,  8c 
perpétuels.  Galilée ,  Kepler,  Bouïl- 
iaud,  Scheiner,  &  enfin  Blancan  le 
nient ,  à  caufe  qu’elles  ne  font  ni 
rondes  ni  regulieres  ,  mais  fembla- 
blés  à  des  nues  très-inconftantes,  & 
peu  durables  ;  plufîeurs  naiffant  8c 
pendant  au  milieu  du  Soleil.  Ils  fou- 
tiennent  au  contraire,  qu'elles  s’en- 
gendrent  de  tems  en  tems ,  8c  qu'el¬ 
les  periflent  8c  renaident  comme  les 
chofes  d’ici  bas. 

6.  Le  P.  Ricciofi ,  qui  a  aufli  ob- 
fervé  à  Parme  les  taches  du  Soleil , 
dit  que  leur  couleur  eft  noire  ou 
bluâtre,  &  que  celle  de  leurs  nua¬ 
ges  tire  fur  le  noir  \  que  les  facules 
paroident  comme  des  endroits  plus 
clairs  de  la  furface  du  Soleil  ,  ou 
comme  des  flammes  forties  tout  à 
coup.  Il  ajoute  qu'aucune  tache  ne 
conferve  fa  figure  pendant  deux 
jours  entiers  ;  qu’on  en  voit  quelque¬ 
fois  30  ,  &  tantôt  50  en  même  tems  ; 
quelquefois  aufli  une  ou  deux  feule¬ 
ment,  ou  point  du  tout.  Il  dit  en 

février  1716* 


340  Mémoires  pour  l’Hiftotre 
en  avoir  vû,  dont  le  diamètre  éga- 
loic  aulïi  la  dixiéme  partie  de  celui 
du  Soleil.  Peu  de  taches ,  félon  lui , 
durent  l’efpace  de  40  jours  confécu- 
tifs.  Il  prétend  contre  Scheiner ,  que 
celles  qui  font  proche  de  l'Equateur 
du  Soleil  ont  plûtôtachevé  leur  tour 
d’Orient  en  Occident  autour  de  cet 
aftre  ,  que  celles  qui  en  font  plus 
éloignées ,  ce  que  les  obfervations 
qui  ont  été  faites  depuis  ont  démen¬ 
ti.  Il  ajoûte  qu’au  commencement 
des  mois  de  Décembre  &  de  Juin 
feulement  les  taches  du  Soleil  fem- 
blent  parcourir  des  lignes  droites  pa- 
ralelles  entre  elles.  Enfin ,  il  alfûre 
que  de  fon  tems  3  c’eft*  à -dire,  en 
1647.  tous  les  Agronomes  conve- 
noient  que  les  taches  du  Soleil 
étoient  du  moins  très- proches  de  fa 
fur  face. 

7.  Plufieurs  Agronomes,  comme 
Clairmont  &  Argolus  ,  rapportent 
qu’on  ne  vit  aucune  tache  pendant 
1  été  de  1631.  qui  fut  extrêmement 
fec.  Fortunius  Licet  raconte  la  même 
chofe ,  &  Ant.  Maria  ajoûte  qu'il  fit 
froid  jufqu’en  Juin  de  l'année  1 641.! 
caufe  d'une  grande  multitude  de  ta* 
février  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  341 

ch  es  qui  couvroient  alors  le  corps  du 
Soleil. 

8.  Blancan  dit  avoir  obfervé  une 
tach-e  qui  égaîoic  la  5e  partie  du  dia¬ 
mètre  du  Soleil  ;  ainfî  la  furface  de 
cette  tache  conçue  comme  ronde  3 
étoit  la  ije  partie  de  celle  d'un  grand 
cercle  du  Soleil ,  &  la  100e  partie  de 
la  furface  entière  de  cet  afire  ;  & 
comme  la  furface  de  la  terre  n’eft 
que  la  ioooon'e  partie  de  celle  du  So¬ 
leil  ,  il  s’enfuit  de  là  que  la  furface  de 
cette  tache*égaloit  100  fois  celle  de 
la  terre  entière.  Après  cela  doit  on 
être  furpris,  fi  l’on  voit  des  taches  au 
Soleil  avec  les  yeux  feuls  ,  &  de  ce 
que  nous  avons  dit  que  Job  pouvoir 
les  avoir  connues  ? 

9.  Enfin  ,  Taquet  ajoute  à  ce 
qu’on  a  dit  de  lui  dans  le  premier 
Mémoire,  que  les  taches  du  Soleil 
font  viles  en  même  tems ,  au  même 
lieu  du  Soleil  de  tous  les  païs  de  la 
terre  ;  ce  qu’on  appelle  n’avoir  point 
de  paralaxe  :  d’où  il  conclud  qu’elles 
font  à  la  furface  même  du  Soleil.  Il 
dit  de  plus,  que  fi  les  facules  n  é- 
toient  pas  fur  cette  furface  ,  elles  en 
paroîtroient  dehors ,  avant  d’y  en- 

ï évrier  1716. 


34*.  Mémoires  pour  T Hifloire 

trer  ,  ou  après  en  être  forties  i  puif- 
qu’elles  font  plus  claires  que  le  refte 
du  Soleil.  D’où  il  fuit  que  les  taches 
qui  accompagnent  les  facules  font 
fur  cette  furface.  Selon  lui  les  taches 
paroiflent  plus  noires  au  bord  du  So¬ 
leil  qu'au  milieu,  où  elles  .font  ce¬ 
pendant  encore  plus  fombres  que  les 
taches  que  l’on  voit  fur  la  lune.  Il 
prétend  que  le  tems  de  la  révolution 
des  taches  eft  de  27  jours,  &  qu’elles 
fe  voyent  dans  un  efpace  de  30  de- 
grez  de  part  &  d’autre  de  l’Equateur 
folaire.  Il  veut  encore  qu’on  n’ait  ja¬ 
mais  vû  aucune  tache  s’arrêter,  ou 
reculer,  ou  s ’accelerer ,  comme  il 
arrive  aux  Planettes ,  ce  qui  ne  doit 
pas  être  pris  à  la  rigueur;  étant  en 
quelque  façon  contraire  aux  articles 
precedens.  Enfin,  il  dit  que  les  plus 
grandes  taches  ne  vont  qu’à  un  dixié¬ 
me  du  diamètre  du  Soleil ,  &  qu’or- 
dinairement  leur  diamètre  égale  ce¬ 
lui  de  Venus ,  qui  eft  de  3  minutes, 
ce  qui  doit  s’entendre  de  celles  qu’il 
a  obfervées  feulement,  étant  contrai¬ 
re  à  l’art.  8.  ci-devant. 

10.  Comme  les  fept  derniers  arti¬ 
cles  ne  renferment  aucune  obferva- 

Février  1716, 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  34$. 
tion  contraire  à  celles  du  premier 
article  ,  ou  du  premier  Mémoire, 
qui  ne  foie  combattue  par  d'autres 
aulli  exactes  ;  &  que  d’ailleurs  les 
uns  &  les  autres  de  ces  fept  articles 
font  prefque  conformes  entre  eux 
en  tout ,  je  ne  crois  pas  qu'il  foit  ne- 
ceflaire  de  travailler  davantage  à  les 
accorder.  Je  ferai  feulement  une  re¬ 
marque,  fur  ce  qu’on nobferve  de¬ 
puis  près  de  50  années  des  taches 
prefque  que  du  côté  d’un  même  pô¬ 
le  du  Soleil ,  qui  eft  le  méridional,. 
&  au  plus  dans  l’étendue  de  13  de- 
grez  de  latitude  5  au  lieu  qu'avant  ce 
tems ,  on  en  a  remarqué  jufqu  a  près 
de  30  degrez  de  latitude  de  part  & 
d’autre  de  fon  Equateur.  Elles  s’ob- 
fervoient  aulli  beaucoup  plus  fré¬ 
quemment  dans  ces  tems-là  qu’à  pre- 
fent  ;d’où  je  conclus  que  les  volcans 
du  noyau  folaire  fe  font  bouchez  la 
plupart  du  côté  de  fon  pôle  fepten- 
trional ,  &  une  partie  même  de  ceux 
qui  font  du  côté  du  méridional.  Peut 
être  aufli  ces  volcans  font  ils  épuifez 
de  matière  propre  a  produire  des  ta¬ 
ches.  Dans  le  premier  cas  on  pour- 
roit  efperer  de  revoir  des  taches  des* 
Février  1716. 


544  Mémoire*  pour  rHiftoire 
deux  cotez  de  l’Equateur  ;  dans  le 
fécond  non  :  à  moins  que  le  feu  cen. 
tral  du  Soleil  n’ouvrît  des  volcans 
nouveaux,  ce  qui  ne  renferme  au¬ 
cune  difficulté. 

Enfin ,  futilité  que  l’on  a  tirée  de 
l’obfervation  des  taches  du  Soleil  a 
été  de  nous  faire  connoître  que  cet 
aftre  tourne  fur  lui  même  dans  fef- 
pace  de  25  jours  16  heures  58  rninu^ 
tes  environ  ;  que  fon  axe  eft  incliné 
à  l’écliptique  de  la  terre  de  fept  de- 
grez  t,  &  qu’il  regarde  d'un  coté  le 
8e  degré  des  Poiflons,  &  de  l’autre 
le  8e  degré  de  Virgo  ;  ce  qui  ne  peut 
manquer  d’être  très-utile  dans  l’Af- 
tronomie. 

A  l’égard  des  conjeétures  rappor¬ 
tées  dans  l’art.  7.  de  ce  Mémoire  au 
fujet  des  températures,  on  ne  voit 
pas  qu’il  y  ait  lieu  d’y  faire  aucun 
fond  ,  quoique  d’ailleurs  elles  foient 
allez  vraifemblables ,  en  ce  qu’on  n’a 
point  vu  de  grand  hyver  entre  les 
années  1695.  &  1700.  quoi  qu’on  ait 
obfervé  plulieurs  taches  fur  le  Soleil 
pendant  tout  ce  tems ,  au  lieu  que 
pendant  le  grand  hyver  de  1689.  lô 
Soleil  étoit  exempt  de  taches. 

Février*  j  16. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  345 

11.  Pour  achever  maintenant  ce 
qui  regarde  Fé'tablifTernent  de  notre 
fyftême ,  s'il  m’eft  permis  de  l'appel- 
1er  encore  ainfi ,  après  avoir  fait  voir 
qu’il  eft  fuivi  de  prefque  tous  les 
Agronomes,  je  remarquerai  que  ce 
qui  m'a  fait  quitter  le  premier  pour 
lequel  je  m'étois  déclaré,  ce  font  ces 
mouvemens  inconftans  que  tous  les 
Obfervateurs  citez  ont  remarqué 
dans  les  taches,  par  lefquels  elles  s'u¬ 
nifient  ,  ou  s'écartent  &  fe  divifent, 
pour  aller  s'unir  à  d’autres  ;  car  il  eft 
évident  que  les  parties  d'un  corps 
folide  caché  fous  la  matière  du  So¬ 
leil  quife  découvriroient ,  ou  fe  ca- 
cheroient  fucceffivement  ,  ne  fe- 
roient  jamais  que  des  taches  parûf- 
fent  s'unir,  ou  fe  feparer;  mais  quand 
la  matière  les  inonderoit,  elles  dif- 
paroîtroient  fuccefiivement ,  en  di¬ 
minuant  de  volume  ,  &  demeurant 
toujours  en  même  diftance  ,  au  lieu 
que  c'eft  tout  le  contraire ,  la  plu¬ 
part  difparoifiant  fans  changer  de  fi¬ 
gure  ,  de  diftance  ,  &  de  grandeur  , 
mais  feulement  en  s'atténuant  infen- 
fiblement.  De  plus ,  quand  la  matiè¬ 
re  lumineufe  les  quitteroit,  pour  les 
1716. 


346  Mémoires  four  l'HiJloire 
laifTer  reparoître,  elles  reprendroient 
les  mêmes  formes,  nombres  &  gran¬ 
deurs  que  les  premières  fois  qu'elles 
ont  paru  ;  au  lieu  que  celles  qui  re- 
paroifTent  fe  voyent  fous  des  formes 
toujours  nouvelles,en  differensnom- 
bres ,  &  grandeurs.  Cette  matière 
qui  les  abandonnerait  ainfi  devrait 
fe  ranger  d'un  côté  ou  d’autre,  ainfi 
on  ne  devrait  pas  voir  des  taches  en 
même  temsen  deux  endroits  voifins, 
comme  on  a  vu  le  10  de  Mars ,  &  le 
24  du  même  mois  en  1707.  &  enco¬ 
re  le  14  &  le  16  de  Novembre  de  11 
même  année,  le  14  Août  1708  jîe  3 
de  Février  &  le  25  Août  170p.  &c. 
On  ne  peut  pas  foupçonner  non  plus 
aucun  grand  corps foîideflotant com¬ 
me  un  glaçon ,  au  milieu  de  la  ma¬ 
tière  liquide  du  Soleil ,  à  caufe  de  la 
trop  grande  diftance  qui  fe  trouve 
fouvent  entre  les  lieux  de  différen¬ 
tes  taches.  De  plus,  on  verrait  les 
mêmes  figures  ,  nombres  &  gran¬ 
deurs  de  taches  revenir  quand  des 
taches  reparoifîent ,  ce  qui  n’arrive 
pas.  Enfin  ,  on  ne  peut  expliquer 
dans  ces  deux  fyftêmes  comment  fe 
forment  les  facules  &  les  nébulofi- 
Février  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  34^ 

teZ  ,  ni  ce  que  c’eft ,  ni  pourquoi 
ces  nebulofïcez  s’éteignent  avant  les 
corps  noirs  des  taches  ;  ni  pourquoi 
les  Facules  détruifent  les  unes  &  les 
autres  ,  ou  pourquoi  elles  naiflent 
dans  le  fein  des  facules  ;  ni  encore 
pourquoi  les  déclinaifons  des  taches 
ont  tellement  diminué,  ou  pourquoi 
on  n’en  voit  plus  prefque  que  du  cô¬ 
té  du  midi.  En  un  mot ,  ces  deux  fyf- 
têcaes  n’expliquent  prefque  rien  de 
tout  ce  qu’on  a  obfervé  jufqu’ici  fur 
les  taches  du  Soleil  ;  au  lieu  que  par 
le  fyftême  des  volcans  que  nous  te¬ 
nons  ,  on  rend  raifon  de  tout,  d’une 
manière  Ample,  aifée,  conforme  à 
ce  qui  fe  pafle  ici  bas  journellement, 
c'eft-à-dire,  à  la  nature ,  &  à  l’expe- 
rience  ;  jufque  là  que  le  P.  Scheiner, 
qui  paroît  d’un  fentiment  oppoféau 
nôtre, ne  s’explique  point  autrement 
dans  fes  obfervations,  que  nous  fe¬ 
rions  nous  mêmes.  Ce  ne  font  chez 
lui  que  tourbillons  enflammez  qui 
s’élèvent  du  centre  du  Soleil  à  fa  fur- 
face,  &  forment  les  facules  ;  que  ta- 
c?hes  qui  fe  changent  en  facules,  ou 
qui  fe  divifent  en  points  noirs ,  les¬ 
quels  deviennent  des  facules.  De  for- 
I  cvritr  171 6, 


.348  Mémoires  four  l’H’tjïo'ire 
te  qu’il  ne  faut  que  voir  la  manière 
dont  ce  Pere  s’explique,  pour  en  for¬ 
mer  nôtre  fyltême  ,  fuppofé  qu’on 
ait  banni  le  fcrupule  fur  les  altéra-* 
tionsdes  corps  celeftes ,  comme  on 
en  eft  allez  revenu  aujourd’hui ,  pwj- 
tiia  enimfunt  in  contmuo  fiuxu. 

Article  XXV. 

N  OVVELLES  LIT  ER  AIRES. 

D’ALLEMAGNE,  DE  LIP  SIC. 

IL  y  a  peu  de  païs,  peu  de  villes 
conliderables  dans  l’Allemagne, 
dont  on  n’ait  publié  l’hiftoire  depuis 
quelques  années  :  la  plûpart  de  ces 
livres  écrits  en  Alleman  ne  contri¬ 
bueront  pas  à  rendre  l’hiftoire  d’Al¬ 
lemagne  plus  connue  hors  de  l’Al¬ 
lemagne.  Monlieur  Samuel  GralTet  a 
fait  Thifloire  delà  Luface  divifée  en 
cinq  livres  ,  le  premier  contient 
l’hiftoire  civile  de  ce  Comté  ,  le 
fécond  l’hiftoire  Ecclefiaftique  ,  le 
troilicme  l’hiftoire  politique  ,  ou 
l’état  du  Gouvernement ,  le  quatriè¬ 
me  l’hiftoire  literaire,  le  cinquième 
Phiftoire  naturelle. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  3  4^- 

Hodegeta  forenfis  de  M.  Godefroi 
Barthiuseft  un  abrégé  du  Droit  ci¬ 
vil  &  Canonique  qui  fe  diftingue 
dans  la  multitude  de  livres  de  cette 
efpece  dont  l'Allemagne  eft  inondée. 

DE  VITTEMBERG- 

M.  Guillaume  Janus ,  dont  nous 
avons  un  ouvrage  fur  l'origine  des 
Electeurs ,  a  renfermé  dans  quelques 
feuilles  in  40.  une  hiftoire  abrégée 
de  l’Ere  Chrétienne. 

DE  GOTHA. 

M.  Erneft  Salomon  Cyprianus  a 
fait  imprimer  ïkiftoire  des  commence - 
mens  du  Luther anifme  ,  écrite  par  Fr/- 
denc  Mjconius ,  Apoflat  de  l'Ordre 
de  S. François ,  &  un  des  premiers 
difciples  de  Luther. 

DE  COBOURG. 

M-  Ludovici  Reéteur  du  College 
Proteftant ,  a  écrit  pour  porter  les 
Princes  à  empêcher  qu’il  ne  paroiiïe 
fur  les  matières  de  la  Religion  des 

février  1716.  *» 


3  jo  Mémoires  pour  l'Ut  flotte 

livres  fans  nom  d'Auteur ,  ou  foui 
des  nom  deguifez  :  Exercitationes 
Théologie a  de  fenptis  anonymis  &  pfeu - 
don j  mis  in  eau  fa  Religions  a  progreflu 
eoereendis .  Le  zele  de  M.  Ludovici 
el\  raifonnable ,  mais  il  ne- convient 
pasà  un  homme  dont  la  fe&e  ne  s'eft 
établie  que  par  des  livres  pareils  à 
ceux  qu'il  veut  proferire. 

Nous  aurons  bientôt  une  nouvel¬ 
le  édition  des  Auteurs  Latins  an¬ 
ciens  qui  ont  écrit  fur  la  vie  ru fttque  , 
Caton  ,  Vairon ,  Columella ,  Palladius . 
C’eft  M.  Jean  Conrard  Schuvarts 
qui  la  prépare,  il  eft  très-capable  de 
fatisfaire  l'attente  du  public. 

D’ITALIE  ,  DE  PADOUE. 

Le  Pere  Hyacinthe  Tonti  ,  Au- 
guftin ,  a  remis  au  jour  le  ientiment 
de  S.  Auguftin  fur  la  création  inf- 
tantanéede  tout  l’Univers.  Augufti - 
mana  de  rerum  ereatione  fententia  ex 
pluribiis  difeeptationibus  babitis  in  Au 
chigymnafio  Patavino  anno  1713.  a  Fr. 
hyaeintho  Tonti  Anconitano  Ordints  Ere- 
mit  arum  Sanfti  Patris  Auguftini ,  pubït- 
io  facrarum  feripturaruth  interprète  de - 

Fev.  17 16.  pr$m(t4 


des  Sciences  &  des  beaux  A/ts.  351 

prompt  a ,  apud  Jofepbum  Corona  ,  in  40. 
Lefçavant  Religieux  s’efforce  d’ap¬ 
puyer  cette  opinion  abandonnée  de 
prefque  tous  les  Interprètes,,  de  pref- 
que  tous  les  Théologiens;  de  l’ap¬ 
puyer  ,  dis-je  ,  de  l’autorité  de  Clé¬ 
ment  Alexandrin  &  de  S.  Ambroi- 
fe.  Il  prouve  mieux  que  S.  Auguftin 
a  foutenu  le  fentiment  adopté  par 
quelques  nouveaux  Philofophes,que 
tous  les  corps  qui  femblent  naître  ne 
font  que  fe  développer,  &  qu’ils  fu¬ 
rent  renfermez  au  moment  de  la 
création  dans  les  premiers  corps  or- 
ganifez  de  leur  efpece. 

DE  VENISE. 

Toute  Tltalie  connoît  les  grands 
fruits  qu’y  ont  produits  les  millions 
-entreprifes  parle  célébré  Pere  Paul 
Segneri ,  &  continuées  par  le  P.  Ful¬ 
vio  Fontana.  On  vient  d’imprimer 
ici  en  deux  volumes  in  quarto  qu’on 
peut  aifément  relier  en  un  ,  la  prati¬ 
que  de  ce  s  Millions  ,  Pratica  delle 
tnijjioni  del  Padre  Paolo  Segneri ,  prejfa 
Andrea  Poletù ,  parte  prima,  parte  fe - 
ionda. 

Février  171 6t  . 


3  j  i  Mémoires  pour  l'Hiftoire 
DE  BOLOGNE. 

Je  vous  envoyé  le  titre  de  deux 

ouvrages  eftimez. 

Efame  delle  Riflejfioni  giometrichepu - 
llïcate  da  un  oltramontano  Profejjore 
in  ltaha.  Nell’ Arùcolo  VIL  del  tomo  VIL 
del  Giornale  dé  letterati,  indifefadell * 
Arùcolo  XVI .  d’el  tomo  V.  interno  a  i  pro- 
blem'i  delle  forz.e  centrait  nel  voto  ,  e  nel 
Tteno,  contro  le  (mpugna&toni  fattene 
nell*  Arùcolo  XL  del  tomo  VL 

Con  qualtro  formule  diverfe  per  la  fo- 
lu&tone  del  Problcma  propoflo  dal  mede- 
fimo  in  fine  delle  riflejjiom  }  la  maritfef- 
taz.ione ,  e  correz,z,ione  de  glienoriy  ch* 
egli  vi  ha  commeffo  5  certe  nuove  regolc 
per  integrare  alcune  quantita  diferen - 
Tiali  del  primo  grado  ;  e  con  una  Lettera 
latina  ,  fcritta  ad  un ’  amico  ,  in  ri - 
pofta  delle  cofe  dette  ultimamente  dalla 
fiejfe  ,  nell*  Arùcolo Xll.  del  tomo  XIIL 
de  medefimo  Giornale.  In  Bologna  nell ’ 
imprefionadi  Gio.  Pietro  Barbirolï ,  fotto 
le  fevole ,  alla  rofa .  Con  licenz^a  de’  fu- 
periori . 

Rime  del  Signor  Cari- Antonio  Bedon 
çon  un  breve  Bijlretto  délia  fua  yita*  Al 
Février  17x6.  ^ 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts. 

Signor  Marchefe  Antonio  Ghifilieri.  Bq - 
logna . 

D’ANGLETERRE  ,  D’OXFOR  D. 

On  a  réimprimé  ici  le  Traité  de 
l’Orateur  de  Cicéron  avec  la  para- 
phrafe,  les  notes  du  P.  Prouft.  M . 
T.  Ciceronis  de  Oratore  ad  Q^Jratrem  , 
dialogi  ,  feu  libri  très  :  cuni  interpréta- 
tione  ac  nous ,  quas  in  ufum  Serenijfitni 
Delphini  edtdit  Jacobus  Prou/t ,  è  focie * 
tate  fefu.  Oxonii ,  t  Typograpbeo  Cla~ 
rendoniano ,  in  S°. 

M.  Gagnier  va  faire  imprimer  la 
Concordance  Grecque  du  vieux 
Tcftament  de  Kircher  ,  fur  un  ma- 
nuferit  du  Chevalier  Savil  ,  qui  a 
renverfé  l’ordre  de  Kircher,  &  fubf- 
titué  l’Alphabeth  Grec  à  l’Hebreu. 
-NI.  Gagnier  fuppîéera  à  ce  qui  a  pu 
échaper  à  ces  deux  Sçavans  hom¬ 
mes  ;  il  joindra  à  chaque  mot  Grec 
fa  lignification  en  Latin,  &c.  On  lui 
aconfeillé  d’incorporer  danscetou- 
vrage  la  Concordance  Grecque  du 
nouveau  Teftament  ,  &  de  faire 
quelques  autres  petits  changemens 
dans  le  plan  qu’il  en  a  publié  pou*r 
F/vrieriyi6.  QJj 


'3^4  Menottes  pour  l’Ut /loin 
preflentir  le  goût  du  Public.  On  a 
déterré  dans  la  Bibliothèque  de 
Dublin  un  Manufcrit ,  qui  contient 
la  Concordance  de  Kircher  ,  refon¬ 
due  à  peu  près  fur  les  idées  deSivil  ; 
&  on  a  promis  de  communiquer  ce 
manufcrit  à  Monfeur  Gagnier.Voi- 
ci  le  titre  qu’il  fc  propofoit  d'abord 
de  donnera  Ton  ouvrage. 

Concordante  S.  Btblwrumveteris  Tef- 
tamenti  Graca  ,  fecundum  Literarum 
Grœcavum  Ordïnem  ,  cum  vocibus  He- 
br&is  Gr&cis  refpondentibus ,  inverfa  me - 
thodo  Kircbertana  ,  digefta  &  conannatœ • 
Opus  a  cl.  viro  Htnnco  Savilio  ohm 
adornatum  :  nunc  demum ,  ad\eths  ,pr<&-. 
ter  LXXII.  Semorum  verfioncm ,  aliorum 
quoque  lnterpretum  ,  AquiU  (cilicet , 
Sjmmachi  &  Tbeodoftonis ,  ticcnon  quin - 

,  fextœ  &  feptnna  edïtionum  longe 
plur;  bu  s  locis  quam  ante  a  ,  ex  Ongems 
cxaplis  ,  quœ  fuperfunt ,  a  D -  B ernardo 
de  Montfaucon  nuper  editis ,  auttuni  & 
locupletatum  }  opéra  &  jludio  Jobannis 
Gagmer  ,  A.  M.  M.  Gagnier  prie  en¬ 
core  les  Sçavans  de  lui  donner  leurs 
avis  fur  cet  ouvrage  ,  dont  il  profite- 
ra  avec  plaifir. 

Février  1716, 


des  Sciences  àrdes  beaux  Arts.  35  y 
D’EDIMBOURG. 

L’imprefiion  de  toutes  les  œuvres 
de  Buchanan  n’eft  pas  encore  finie, 
mais  elle  le  fera  au  premier  jour.  Le 
Libraire  n'avoit  pas  defiein  d’y  infé¬ 
rer  la  cruelle  &  calomnieufe  Satire 
que  Buchanan  fit  contre  Marie  Rei¬ 
ne  d’Ecoffe,  mais  il  a  changé  d’avis, 
&  cet  écrit  fe  trouvera  dans  fon  rang 
avec  les  autres.  Il  eft  intitulé,  De - 
teiïiOyfive ,  de  Maria  Scotorum  Regina , 
totaque  ej us  contra  Regeni  conjuratione , 
fcedo  cum  Bothuelio  adulterio ,  nef  aria  in 
marïtum  crudehtate  &  rabie ,  horrendo 
infuser  &  deterrïmo  ejufdem  farricidto, 
flena  &  tragica  flâne  Hijloria. 

On  a  publié  en  Ecoflois  un  petit 
Traité  de  l’origine  de  l’Imprimerie, 
tiré  du  livre  de  Mr.  Chevillier,  avec 
quelques  particularitez  fur  le  tems 
où  fart  d’imprimer  a  été  mis  en  ufa- 
ge  dans  ce  Royaume ,  &  une  lifte 
de  nos  plus  célébrés  Imprimeurs.. 

DE  CAMBRIDGE. 

La  mort  de  M.  Nelfon  fufpendra 
pour  quelque  tems  la  nouvelle  édi¬ 
tion  d’Eufebe ,  de  Socfate ,  &  des  au- 

Février]?  1 6,  Q-Jjj 


3  ^  6  Mémoires  pour  ÏHtfloire 

très  anciens  Hiltoriens  Eccldiafti- 
ques  que  ce  fçavant  homme  faifoit 
faire  ici  fur  celle  de  Paris  publiée 
par  M.  de  Valois.  Dans  celle  ci  on 
joindra  aux  Notes  de  M.  de  Valois 
des  remarques  tirées  des  écrits  d'Uf- 
ferius ,  de  Pearfon ,  d'Ifaac  Voflius, 
du  Pere  Pagi ,  &c. 

DE  HOLLANDE, 
D'AMSTERDAM. 

La  paffion  d’écrire  en  Hollandois 
s’empare  de  nos  beaux  efprits,  &  (ï 
elle  n’eft  retenue  dans  de  juftes  bor¬ 
nes  par  un  amour  éclairé  de  la  gloi¬ 
re  ,  elle  va  détruire  les  fciences  dans 
ces  Provinces.  L'Europe  du  moins 
fera  privée  des  travaux  des  do&es 
Hollandois ,  &  les  doctes  Hollandois 
privez  des  applaudilfemens  de  l'Eu¬ 
rope. 

Onder  Linden  a  imprimé  un  re- 
cueïl  de  ce  qui  a  paru  de  meilleur  fur 
la  langue  Hollandoife  &  la  maniéré 
de  l'apprendre,  in  8°.  Je  doute  que 
ce  livre  fafle  venir  aux  François,  aux 
Italiens ,  aux  Efpagnols,  l’envie  d’ap-, 
prendre  le  Hollandois. 

février  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  3  y  7 

Le  même  Libraire  a  imprimé  les 
Epitres  d'Ovide  traduites  en  vers 
Hollandois  par  le  fameux  Poète 
Vondel,/«4°#  H  a  joint  à  cette  bel¬ 
le  verfion  les  traductions  en  vers 
Hollandois  des  Epitres  d’Aulus  Sa- 
binus  par  M.  Hoogftrate,  de  l’Epi- 
tre  de  Phedre  à  Hipolite,  &  de  la 
réponfe  d’Hipolite  à  Phedre,  donc 
Sidronius  Jeluite  Flamand  &  Poète 
élegiaque  comparable  aux  anciens, 
eft  Auteur.  La  traduction  de  la  lettre 
&  de  la  réponfe  eft  de  M.  Haes. 

LaTartarie  de  M.  Vitfen  eft  un 
de  ces  ouvrages  d’une  utilité  généra-  /t 
le  qui  devroient  toujours  paroître  en 
Latin.  Nos  Géographes  François  qui 
ont  voulu  copier  fa  carte  ,  font  tom¬ 
bez  dans  des  fautes  ridicules.  Ils 
ont  pris  des  mots  Hollandois  pour 
des  noms  de  païs  ,  Vaterland  ,  par 
exemple. 


DE  PARIS. 

Vincent  vient  d’achever  la  fuite  de 
l’Hifloire  profane  en  quatre  tomes  in  12. 
qui  jointsaux  deuxtomesquiavoienc 
paru  il  y  a  un  peu  plus  d’un  an,  corn- 
février  171 6, 


3  $8  Mémoires  pour  V  Ht  flotte 

pofcnt  un  abrégé  de  l’Hiftoire  uni- 
verfelle  écrit  avec  allez  de  méthode 
&  d'un  ftile  clair  &  coulant. 

On  trouve  chez  le  même  Impri¬ 
meur  des  effufions  de  cœur  fur  chaque 
verfit  des  Pfeaumes ,  elles  font  d’un 
Auteur  dont  nous  avons  loué  Tef- 
prit,  le  ftile  &  l’onétion  ,  en  parlant 
d’un  autre  de  fes  ouvrages  >  celui- 
ci  mérité  encore  plus  les  mêmes 
louanges. 


F  I  N. 


* 

TABLE, 


TABLE 


D  es  Mémoires  pour  l’Hiftoire  des 
Sciences  &  des  beaux  Arts.  Mois 
de  Février  1716. 

Art.XIV.  Ommentatio  hifto- 
V  j  rica  de  coronis,  tam 
antiquis,  quam  modernis,  iifque 
regiis.  Recherches  hifloriques  de  ce  qui 
regarde  les  couronnes ,  tant  anciennes 
que  modernes ,  &  celles  des  Rois ,  &c. 
Par  Martin  Schmeiz,el.  Pages  187 
Art.  XV.  Géographie  pratique ,  con¬ 
tenant  les  injtruftions  fuffif antes  pour 
drejfer  des  cartes,  &  le  moyen  de  trou¬ 
ver  la  longitude ,  en  quel  endroit  du 
monde  qu’on  puijfe  être.  Par  N,  che - 
mtr  eau,  p.  106 

Art.  XVI.  Saîomonis  Van-Tii 
Commcntarius  de  Tabernaculo 
Mofis  &c.  Commentaire  fur  le  Ta¬ 
bernacle  de  Mo'ife  ,  &c.  compofé  par 
Salomon  Van  T//,  Dotleur  &  Profef- 
feur  de  Théologie  de  l'Vmverfité  de 
Leyde.  p-  209 

A  R  T.  XVII.  Hiftoria  &  monumen- 
menta  Joannis  Hus  &  Hieronymi 
Pragcnlis,  &c.  Hijloire  (2  les  œuvres 


TABLE. 

de  Jean  Hus  &  de  Jérôme  de  Prague. 
page.  214 

Art.  XVIII.  Joachimi  Langii  Exe- 
gefis  Epiflolarum  Apoftoli  Pétri. 
Explication  des  Epitres  de  S .  Pierre , 
par  Joachim  Languis  Profejfeur  de 
T heolooie  dans  l’Vmverfité  de  Berlin. 
p.ige  1^6 

Art.  XIX.  Joh.  Jacobi  Wrpferi 
hiftoria  cicutæ  aquaticæ.  Uifioire 
de  la  ciguë  aquatique ,  par  Jean  Jac¬ 
ques  VVepfcr ,  premier  Médecin  de  la 
Kepubl  que  de  schafoufe.  p.  256 
Art.  X  X.  Vindiciæ  veterum  codi- 
cum  confirmatæ  &c.  V Apologiedes 
anciens  manufcnts ,  par  Dom  Pierre 
Confiant  Benediâin.  p.  169 

Art.  XXI.  Colleéta  Archivi  &  Can- 
cellariæ  jura.  Recueil  des  droits  d’ Ar¬ 
chive  &  de  la  Chancellerie ,  par  Jac¬ 
ques  Wencker  de  Strasbourg,  p.  182 
Art.  XXII.  S.  Irenæi  Epilcopi  Lug- 
dunenlis  fragmenta  anecdota  &c. 
Nouveaux  fragmens  de  S .  Irenée  tra¬ 
duits  en  Latin parchnfiophlt  Matthieu 
Pfajfius .  p.  289 

Art.  XXIII.  Joannis  Baptiflæ  Bian- 
chi  Hiftoria  hepatica,  de  hepatis 
ftrudurâ,  ufibus  &  raorbis.  Hifioire 


TABLE. 


A 

A 


de  ce  qui  concerne  lefojte ,  de  fajlrufttt - 
ie  ,  de  fes  ufages  &  de  fts  maladies  , 
par  fean  Bapttjte  Blanchi.  p.  30$ 
RT.  XXIV.  seconde  partie  d‘  un  Me- 
moire  fur  les  taches  du  Soleil  &  de  la 


Lune  &c.  Par  Adr.  Parent,  p.  321 
r  t.  XXV.  Nouvelles  Liter aires. 
D’Alemagne ,  de  Lipfic.  p.  34'J 

De  Witttmberg.  P'  349 

De  Gotha .  ibid. 

De  Cobourg.  ibid. 

D’Italie ,  de  Padoüe .  P*  3 

De  Venife.  P*  3  S 1 

De  Bologne .  P*  3  5  2. 

D’Angleterre ,  d’Oxford.  p.  355 

D’ Edimbourg.  P*  35 T 

De  Cambridge.  ibid. 

De  Hollande ,  d’AmJlerdam.  p.  $56 
De  Paris.  P- 357 


Fin  de  la  Table. 


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MEMOIRES 

POUR 

L'HISTOIRE 

des  sciences 

E  T 

des  beaux  arts. 

Mars  171(3. 


CES  MEMOIRES  ON1 
commencé  au  Mois  de  ]  an  vie 
1 70 1 .  &  fe  vendent  1 5  f.  le  moi 
en  blanc,  &  broché  1 6  f. 


Année  1701.  9.  vol. 

_ _ _ _  1701.  11.  v. 

-  1703.  H.V. 

_ 1704.  13.  ▼. 

_ 17°  f* 

_ _  1706.  ii- y. 

_ 1 7°7» 

_ _  1708.  II.  T. 


_ J709-  ii.v. 

_ 1710.  ii. y. 

_ 1711.  it. y. 

_ _  1711.  11.  v. 

- - 1715*  il-v- 

_ .  I7i4«  11.  V. 

- -  I7IÇ.  I2-V- 

- 1716.  3*^ 

O»  trouve  à  Paris  chet,  E.  GaneaU  i 
Journaux  de  Verdun  depuis  leur  comment 
ment  jufau  à  prefent  ,  Ô*  MM  /w  moisi 
débité  les *  nouveaux. 


MEMOIRES 

POUR 

L'HISTOIRE 

Des  Sciences  &  des  beaux  Arts. 

Recueillis  par  l'Ordre  de  Son  Alteffe 
Serenijfme  Mon feigne ur  Prince 
Souverain  de  Bombes. 

Mars  171 6. 


A  TREVOUX, 


Chez  Etienne  Ganeau, 
Libraire  de  Paris,  &  Diredèeurde 
l’Imprimerie  de  S.  A.  Sereniflime 
Monfeigneur  Prince  Souverain  de 
Dombes. 


M.  DCCXV  r. 

Avec  Privilège  fr  Approbation. 


MEMOIRES 

POUR  L’ HISTOIRE 
des  Sciences  Sc  des  beaux  Arts. 
Mars  17 1 6. 


Article  XXVI. 

LA  PRATIOVE  DV  THEATRE , 
par  l  Abbé  d'Aubignac.  A  Amfter- 
dam  ,  chez  Jean  Frideric  Ber- 
nard  ,  171^.  in 8°.  deux  tomes  ,  & 
fe  trouve  à  Paris  ,  chez  Etienne 
Ganeau. 

A  nouvelle  édition  ,  qu’on 
vient  de  faire  en  Hollande, 
de  l'excellent  ouvrage  de 
Mr.  l’Abbé  d’Aubignac  fur 
la  pratique  du  Théâtre  ,  à  proprement 
parler  11e  contient  rien  de  nouveau. 
Le  premier  tome  repréfente  les  mê¬ 
mes  préceptes  que  ce  fçavant  maître 
Mars  1716.  R  i'j 


$6o  Mémoires  pour  ÏHijloire 

donna  de  Ton  vivant  pour  perfec¬ 
tionner  la  fcene.  On  peut  dire  qu'il 
la  rendit  en  France  fi  régulière  ,  que 
Fantiquité  ,  fur  laquelle  il  la  réfor¬ 
ma  ,  pourroit  nous  en  envier  la  per¬ 
fection.  Le  fécond  tonie  réunit  fous 
une  feule  vue  des  pièces  qui  parurent 
autrefois  feparément  ,  &  qui  dans 
leur  tems  excitèrent  la  curiofité  pu¬ 
blique.  Mr.  Ménage  foutint  >  avec 
une  érudition  digne  de  lui ,  que  la 
troifiéme  comédie  de  Té  ronce,  in¬ 
titulée  heautontimorumenos  ,  excédoit 
dans  la  longueur  de  fes  incidens 
lefpace  de  douze  heures ,  que  F  Au¬ 
teur  de  la  pratique  du  theatre  avoit 
fixé  comme  une  réglé  inviolable  ,  & 
univerfellement  obfervée  ,  difoit-  il , 
par  les  anciens  Pcëtes  dramatiques. 
De  fon  côté- l’Abbé  d’Aubignac  em¬ 
ploya  bien  de  l’érudition  &  des  re¬ 
cherches  à  maintenir  la  réglé  dans 
la  pofllflion  où  il  vouloit  la  mettre, 
11  prétendit  que  Ÿbcautontmorumt - 
nos  ,  à  l’examiner  depuis  l’ouverture 
de  la  fcene  jufqu  a  fon  dernier  événe¬ 
ment  ,  ne  rempliffoit  pas  même  tout 
l'intervalle  du  rems  permis  ,  &  que 
cette  belle  comédie  n’avoit  befoin 
Mars.  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  361 
que  de  dix  heures ,  pour  aller  de  fon 
commencement  à  fa  fin.  Il  eft  in¬ 
croyable  combien  une  qucftion  fi 
facile  ,  ce  femble  ,  à  réfoudre  ,  a  fait 
produire,  ou  compiler  d  érudition  à 
ces  deux  champions  de  littérature. 
Il  entra  de  la  pique  dans  leurs  con- 
tefUtions  ,  &:  la  politeffe  en  (oufFrit 
lin  peu.  Comme  chacun  d’eux  fit  im¬ 
primer  de  Ton  côté,  leurs  écrits  pref- 
que  fugitifs  é-toient  en  danger  de  s’é¬ 
garer.  La  nouvelle  édition  lesrafTem- 
ble.  En  les  incorporant  avec  la  prati¬ 
que  du  Theatre  ,  elle  leur  confervera 
l’immortalité  fi  juftement  dûéau  bel 
ouvrage  de  l’Abbé  d’Aubignac. 

Dans  la  pratique  du  théâtre  fon 
fçavant  Auteur  avoit  pofé  comme 
une  maxime  ,  que  la  durée  du  Poé- 
-  me  Dramatique  devoir  être  bornée 
à  l’efpace  d'un  jour  artificiel  ,  c’eft- 
*  à  dire ,  de  douze  heures  ,  &  non  pas 
d’un  jour  naturel  ,  c’eft-à*dire  ,  de 
vingt -quatre  heures.  Il  appuyoic 
principalement  fa  réglé  fur  l’autori- 
ré  d’Ariftote.  Le  Phi’ofophe  s’exprb 
me  en  ces  termes  ,  que  nous  rappor¬ 
terons  dans  leur  langue  originale  , 
pour  leur  laiflTer  toute  leur  ambigui- 

Marsijié.  K  iiij 


3^1  Mémoires  pour  F  Ht  flaire 

té  ;  Teifala/  voro  y.ix.v  VepioJW  ha/h  zî'vtzty 
r /s.fx,f6v e^atàà'/lei v.  Ariltote  dit  que  le 
poème  dramatique  s'efforce  de  renfermer 
fa  dure'c  dans  l'efface  d'un  tour ,  ou  d’u¬ 
ne  converfîcn  du  foleil ,  ou  du  moins  de  ri  y 
mettre  pas  beaucoup  de  changement. 
Deux  choies  font  conteftées ,  fur  ce 
paflage  ,  entre  Mr.  l’Abbé  d’Au- 
bignac  ,  &  M.  Ménagé  Ton  adver¬ 
saire.  i°.  Cehii  ci  prétend  que  par 
ce  tour  du  foleil  il  faut  entendre  une 
révolution  journalière  de  cet  aftre  , 
qui  (ait  le  jour  naturel  de  vingt-qua¬ 
tre  heures ,  &  celui  là  qu’il  faut  en¬ 
tendre  Tefpace  de  douze  heures,  qui 
font  ,  à  parler  moralement ,  ce  que 
nous  appelions  un  jour.  z°.  Ces  mots, 
de  n’y  mettre  pas  beaucoup  de  change¬ 
ment  ,  partagent  encore  les  deux  ad- 
verfaires.  Mr.  Ménage  veut  qu’Arif- 
totea  preferitpar  là  aux  Pcëtes  dra¬ 
matiques  ,  de  n'exceder  pas  beau¬ 
coup  le  tems  de  vingt  quatre  heures. 
L’Abbé  d’Aubignac  prétend  que  la 
décifion  du  Phiiofophe  ne  va  qu’à 
permettre  de  faire  entrer  quelques 
heures  de  lanuitdanscesdouZe  heu¬ 
res  ,  qui  communément  parlant 
compofent  ce  qu’on  appelle  if»  jour* 
Mars  1716.  ri  il. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  363 

Peut  être  feroit-ce  à  nous  une  témé¬ 
rité  de  reprocher  à  AriAote  qu’il  s’ell 
expliqué  obfcurément.  Les  mots 
pioS'oy  nhU  pouvoient  n’avoir  pas  de 
Ion  tems  l’ambiguité  qu’ils  ne  pro- 
duifent  aujourd’hui  parmi  nous,  que 
par  l’impofTibilité  de  pouvoir  enten¬ 
dre  avec  allez  de  précilion  l’ufage 
ordinaire  de  ces  expredions  Grec¬ 
ques  ,  lorfqu’elles  font  liées,  &  réu¬ 
nies.  Du  moins  à  ne  confuiter  que 
nos  préjugez  de  Grammaire,  il  pa- 
roît  que  Mr.  Ménage  a  été  plus  litté.- 
ral  que  l’Abbé  d’Âubignac  ,  lorf- 
que  ,  fous  les  termes  d’une  converfion 
du  foleil  y  il  a  reconnu  un  jour  natu¬ 
rel  de  vingt-quatre  heures. 

Cependant  on  ne  peut  difconve» 
nir  que  les  Interprètes ,  &  que  les 
Commentateurs  d’AriAote,ne  foy  en  t 
à  peu  près  également  divifez  entre 
les  deux  fentimens.  Mais  celui  de  M, 
Ménage  femble  de  nos  tems  avoir 
pris  lafcendant.  Les  Poètes  qui  tra- 
vaillentpour  le  Théâtre  le  trouvenc 
plus  au  large,  en  donnant  à  leur  ac¬ 
tion  l’étenduë  de  vingt  quatre  heu¬ 
res  ,  qu’en  la  reflerranc  dans  l’efpace 
de  douze  heures  J  on  peut  dire  néan-. 
Mars  1716,  K  v 


3^4  Mémoires  pour  l}  Ht  flaire 
moins  que  leur  intérêt  perfonnel 
n’eff:  pas  Tunique  motif  de  leur  pré¬ 
férence.  Les  raifons  de  la  vraisem¬ 
blance  ne  paroiflent  pas  devoir  les 
aftreindre  abfolument  à  la  réglé  de 
Mr.  TAbbé  d’Aubignac.  Certaine¬ 
ment  fi  Ton  s’en  tenoit  au  vraifem- 
blable  rigide  ,  la  durée  du  Drame 
ne  devroit  point  avoir  d’autre  éten¬ 
due  que  celle  de  fa  repréfentation.  Il 
faudroit  donc  le  limiter  à  trois  heu¬ 
res,  ou  environ  ;  car  c’eft  là  letems, 
ou  à  peu  près ,  qu’on  retient  les  fpec- 
tateurs  au  théâtre.  Si  donc  TAbbé 
d’Aubignac  a  crû  pouvoir  allonger 
le  tems  étroit  du  poëme  théâtral ,  & 
le  porter  jufqu’à  l’étendue  d’un  jour 
artificiel ,  contre  la  penfée  de  Scali- 
ger  &  du  Caftelvetro  ,  qui  le  refler- 
rent  dans  l’étendue  de  6  ou  8  heu¬ 
res,  on  ne  voit  pas  pourquoi  Arifto- 
te  n’aura  pas  pû  le  pouffer  jufqu’à  la 
durée  d’un  jour  naturel.  Le  Philofo- 
phe  n’a  fondé  fes  réglés  que  fur  des 
expériences  publiques.  Il  avoit  vû, 
fans  doute,  repréfenter  avec  fuccès 
des  pièces  de  théâtre  ,  dont  Taélion 
exigeoit  vingt -quatre  heures,  ou 
même  un  peu  plus,  La  Gjéce  neo 
Mars  1716, 


des  Sciences  &  d es  beaux  Arts .  $  6 ? 
avoit  point  été  rebutée  ,  comme 
nous  ne  le  fommes  pas  encore  au¬ 
jourd’hui.  Il  comprit  que  l'imagina¬ 
tion  des  fpechteurs  ne  fe  révoltoic 
pas  à  voir  dansl’efpace  de  trois  heu¬ 
res  arriver  des  évenemens ,  qui  ne 
pouvoient  avoir  de  parfait  accom- 
plifFement  qu’en  vingt-quatre  heu¬ 
res.  Ariltote  ne  fongea  donc  qu’à  ré¬ 
primer  la  licence  de  quelques  an¬ 
ciens  Poètes,  qui  donnoient  fouvent 
à  leurs  comédies  toute  la  longueur 
des  poëmes  épiques.  Doit  on  croire 
qu’il  ait  eû  defFein  de  captiver  l’in¬ 
vention  des  Poètes  Dramatiques ,  & 
de  rétrécir  dans  des  bornes  ii  cour¬ 
tes  ,  qu’il  ne  leur  reliât  plus  allez 
de  lieu  à  la  variété  des  incidens  ,  & 
à  la  furprifequ’elleproduit?Un  jour 
-  naturel  n’étoit  ni  trop,  ni  trop  peu. 
C’eft  là  probablement  que  l’ancien 
Auteur  de  la  Poétique  a  vifé  ,  lors¬ 
qu'il  a  parlé  d’une  converiion  du  fc- 
leil. 

A  l’égard  des  paroles  d’Ariftote  , 
i »  fxiKpov  2%eitoiUT\uv  y  on  peut  affurer 
que  nul  fçavant ,  ou  du  moins  que 
peu  de  fçavans  ,  les  ont  entendues 
comme  l’Abbé  d’Aubignac.  Son  ad- 

Mars  171 6,  K  vj 


$66  Mémoires  pour  iHifîoire 

verfaire  a  pour  lui  le  torrent  des  In¬ 
terprètes  &  des  Traducteurs  du  Phi- 
Jofophe. 

Mr.  Ménagé  ,  victorieux  fur  le 
point  de  la  réglé  générale  ,  qu’on 
peut  nommer  une  queftion  de  Droir, 
ie  fera-t-il  encore  fur  la  durée  qu’il 
donne  à  iheautotitiniorumenos  de  Té- 
rence  ?  C’eft  ici  une  queftion  de  pur 
fait.  Les  deux  tenans  ont  épuifé  la 
matière.  Nous  retrancherons  de  leur 
difpute  tout  ce  qui  n’y  entre  qu’in- 
cidemment  ,  &  nous  omettrons  ces 
excurfions  de  doCtrine,  où  l’envie  de 
briller  entraîne  prelque  toujours  les 
fçavans  qui  conteftent. 

Il  s’agit  de  fçavoir  fi  la  troifiême 
Comédie  de  Térence  n’a  point  ex¬ 
cédé  l’efpace  de  dix  heures  y  ou  fi 
fon  action  ne  finit  qu’après  quator¬ 
ze  ,  quinze  ,  feize ,  ou  dix  fept  heu¬ 
res,  en  les  comptant  depuis  fon  com¬ 
mencement.  L’Abbé  d'Aubignac  , 
pour  ne  point  fe  départir  de  la  réglé 
qu’il  veut  introduire  ,  foutient  le 
premier  fentiment  ,  Mr*  Ménage  fe 
range  au  fécond  parti. 

I.  La  première  Scene  del’heAUton* 
tymorumenos  ,  qui  ©4Yre  le  théâtre  ^ 
Mm 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  367 
nous  marque  à  quelle  heure  com¬ 
mence  le  premier  événement  de  la 
comédie.  Chrémés  trouve  Ménéde- 
mearmé  de  Ton  râteau.  Celui  ci  s’é- 
toit  haracé  tout  le  jour  à  Force  de  tra¬ 
vail^  Celui  là  lui  confeille  de  mettre 
bas  un  inftrument  qui  ne  convient, 
pas  à  un  homme  riche ,  comme  il  eft, 
&  déjà  fur  l’âge.  Il  veut  lui  perfua- 
der  de  lailTer  à  fes  gens  la  fatigue  de 
travaillera  la  terre.  lied  inconteda- 
ble  que  ce  dialogue  des  deux  vieil¬ 
lards  fe  fait  fur  le  tard  ;  mais  comme 
ce  mot  a  de  l'étendue  ,  la  quedion 
ed  de  fçavoir  s’il  fe  fait  avant  le  fo- 
leil  couché  ,  ou  lors  que  la  nuited 
déjà  noire.  Par  là  l’on  allonge  ,  ou 
l’on  accourcit  le  tems  de  l’aétion.  Se¬ 
lon  Mr.  Ménage  ,  il  e'toit  encore  jour 
au  tems  de  la  converfation  de  Mené- 
deme  &  de  Chrêmes.  Pour  le  prou- 
ver,  voici  comme  il  raifonne.  Celui- 
ci  apperçoit  l’autre  travaillant  enco¬ 
re  dans  fon  champ,  iflos  rajlros  inter e a 
tamen  appone',  ne  labora  ,  lui  dit-il  , 
Quittez  ce  radeau  ,  ceflTez  de  travail¬ 
ler.  Sans  doute  Ménédeme  ne  re- 
muoit  pas  la  terre  pendant  Tobfcuri- 
té  de  la  nuit.  Il  faifoic  donc  encore 
, Mars  1716. 


368  Mémoires  pour  THifloire 
jour.  De  fon  côté  l’Abbé  d’  Aubignac 
explique  à  fon  avantage  les  paroles 
de  Chremés.  Il  rencontre  Ménéde¬ 
me  ,  dit  il  ,  revenu  de  fon  champ  , 
&  arrivé  à  la  ville,  devant  la  porte 
de  fon  logis ,  lorfque  la  nuit  efl  déjà 
formée.  Ce  bon  homme  portoit  fon 
radeau  fur  l'épaule, Chremésl'exhor- 
te  à  le  quitter ,  bos  rajiros  dtpone  ,  & 
non  pas  appone  ,  félon  la  leçon  qüe 
Mr.  Ménage  adopte.  S  il  lui  ajoute  , 
ne  labora ,  c’eft  pour  l'engager ,  conti¬ 
nue  l’Abbé  d’ Aubignac,  à  nefe  fai¬ 
re  pas  une  habitude  de  fe  tourmenter 
fi  fort,  puifqu’il  eft  à  fonaife.  Ici 
Mr.  Ménage  recharge.  Pour  mon¬ 
trer  qu’il  s’agit  d’un  exercice  actuel 
de  labourer  la  terre  ,  il  cite  ces  pa¬ 
roles  fuivantes  de  Ménédeme;  agrum 
huncmercatus  [uni  ;  hic  me  exeneo.  J  ai 

acheté  le  champ  où  je  fuis ,  lui  fait- 

il  dire  ,  &  c’eft  là  que  je  m’exerce 
actuellement.  Enluite  il  accable  fon 
adverfaire  de  l’autorité  des  Inter¬ 
prètes  ,  &  des  Traducteurs  deTé- 
rence ,  qui  tous  mettent  le  lieu  de 
cette  première  feene  dans  le  champ 
même  que  Ménédeme  cultive. 
L’Abbé  d’ Aubignac  fe  debarraffe* 
Mars  1716, 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  3 69 

par  un  raifonnement ,  de  la  foule  qui 
le  preffe,  Si  Ménédeme  ,  dit-il ,  eût 
été  dans  fon  champ  à  la  première 
feene  ,  le  lieu  où  la  fécondé  fe  pafle  , 
eut  changé  tout- à  coup,  quoiqu’elle 
fuive  fans  interruption.  Il  eft  confiant 
qu’elle  fe  repréfente  ,  cette  fécondé 
fcéne  ,  dans  la  place  publique,  ou 
répondent  les  deux  portes  des  mai- 
fons  voifïnesque  les  deux  vieillards 
habitent.  Par  quel  enchantement 
Chremés  y  a-t-il  été  tranfporté  en 
un  inftant ,  contre  les  plus  indifpen- 
fables  loixde  la  vraifemblance  ?  Té- 
rence  fi  exaét  obfervateur  des  réglés, 
lesaura-t-il  violées  ici  fansneceflité  ? 
L’obje&ion  eft  prenante.  Qu’y^  ré¬ 
pond  Mr.  Ménage?  Il  fauve  à  Téren- 
ce  le  defaut  avec  dextérité.  Il  fuppo- 
fe  que  la  feene  de  la  comédie  eft  dans 
un  village  à  portée  d’Athènes  ,  ou , 
h  l’on  veut  ,  dans  un  fauxbourg  de 
cette  ville.  Il  ajoute  que  le  champ  de 
Ménédeme  eft  fitué  vis  à- vis  des 
deux  maifons  ,  &  qu’il  n’en  eft  fépa- 
ré  que  par  la  largeur  de  la  rué.  Ainfi, 
fans  s’éloigner  de  fa  porte  ,  Chremés 
aura  pû  lier  converfation  avec  Méné¬ 
deme  ,  tandis  qu’il  travaille  à  fon 


370  Mémoires  pour  l’Hifloïre 
champ  ,  &  entretenir  enfuite  Cliti- 
phon  Ton  fils  ,  qui  fort  du  logis  pa¬ 
ternel*  Mr.  Ménage  ne  paroît  point 
encore  ici  avoir  du  defavantage  ,  &  à 
l'éloquence  près,  il  n’eflpas  inférieur 
à  Ton  rival. 

IL  L’adverfaire  de  l’Abbé  d’Au- 
bignac  employé  un  autre  texte  de 
Terence  ,  pour  prouver  qu’il  étoit 
encore  jour,  au  tems  que  commen¬ 
ce  Ton  heautonthnorumenos.  Si  au  fé¬ 
cond  adte  dit  il  ,  le  foleil  n’étoit 
qu’à  fon  couchant ,  il  eff  incontefta- 
b!e  qu’il  n’étoit  pas  encore  couché 
au  premier  Acte.  Terence  donc,  à 
la  feene  troiûeme  du  fécond  a<5le, 
met  à  Ja  bouche  de  fefclave  Syrus 
ces  paroles  remarquables  j  vefperacit , 
&  non  noverunt  viam  ;  il  fe  fait  tard  ,  & 
ccs  femmes  qui  nous  fuivent  ne  fça- 
vent  pas  le  chemin  du  logis.  Dire 
qu’il  fe  fait  tard  ,  &  fefervirdu  mot 
vefperafcit  pour  le  lignifier,  eft-ce 
dire  que  la  nuit  fb-it  déjà  toute  noire? 
Au  contraire,  n’efl  ce  pas  marquer 
que  l’étoile  du  foir  ,  qui  paroît  in¬ 
continent  après  le  coucher  du  foleil, 
elt  bientôt  prête  à  fe  montrer?  N’efl- 
ce  pas  faire  entendre  qu’il  n’dlpas 

Mars  iji6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  3  71 
encore  nuit  dofe?  Ainfi  rai  Tonne  M. 
Menage.  L’Abbé  d'Aubignac  prend 
un  détour  pour  lui  répondre.  Ii  infif- 
te  d'abord  fur  l'inégalité  du  tems  où 
l'étoile  Hefperus ,  c’tfl  à-dire  ,  la  pla- 
nette  de  Venus ,  paroît  fur  l’horizon 
&  qu’elle  y  refte.  Par  là  il  tâche  de 
donner  de  l'étendue  à  ce  qu'on  ap- 
pelle  le  vefpre .  Il  entafTe  enfuite  un 
grand  nombre  d’autoritez  ,  fur  tout 
tirées  des  livres  Saints,  pour  prou¬ 
ver  que  par  vefpere ,  on  a  fouvent  en¬ 
tendu  la  nuit  entière.  Après  tout,  par 
cet  amas  d’érudition  iî  ne  convainc 
pas ,  que  le  mot  vefperacit^  pris  ufuel- 
lement  ,  &  mis  dans  la  bouche  d'un 
valet,  veuille  direautre  chofe  , finon 
qu’il  eftle  tems  du  crépufcule  ,  où 
l’on  voit  encore  à  fe  conduire,  &  où 
les  objets  ne  (ont  pas  encore  tout-à- 
faic  obfcurcis.  Audi  Terence  ,  dans 
ce  même  Acte  ,  à  la  fécondé  feene, 
peu  d’inflans  avant  le  vefperacit ,  fait 
dire  parClitiphon  à  Clinias ,  Etiam 
cave  ,  ne  vide at  forte  bine  te  a  pâtre  ali - 
quis  exiens .  Prenez  garde  que  quel¬ 
qu’un  ,  en  fortant  de  la  maifon  de 
vôtre  pere  ,  ne  vous  voye.  Il  faifoit 
donc  alors  allez  de  jour  pour  être 
Mars  1716. 


372  Mémoires  pour  t  Ht  flotte 
apperçû  ,  diftmgné.  Te  ne  crois  pas 
qu’on  puifle  ici  fenfément  rejetter 
l’incerpretation  de  M.  Ménagé.  Par 
là  il  demeure  folidement  établi  ,  que 
Je  commencement  de  \  heautontimor 
tununos ,  doit  fe  compter  depuis  en¬ 
viron  une  heure  avant  le  coucher  du 
foleil. 

III.  Le  Poëte  feint  dans  fa  comé¬ 
die  que  toute  la  nuit  fepafle  en  par¬ 
tie  à  faire  un  de  ces  grands  repas , 
que  comportoit  la  fête  des  Baccha¬ 
nales,  &  en  partie  à  concerter  les 
intrigues  qui  doivent  paroître  fur  la 
feene  ,  lorfqu'elle  fe  rouvrira  au 
point  du  jour.  Par  cet  artifice  du 
Poëte,  l’intervalle  du  fécond  au  troî- 
fiéme  a&e  ,  tout  long  qu'il  eft  ,  & 
quoi  qu'il  occupe  toute  la  nuit,  n'a 
point  l'air  d’une  difeontinuation 
inutile,  qui  mette  deux  avions  dans 
la  pièce.  Audi  dès  que  le  jour  fe  fait 
fentir  ,  il  eft  annoncé  par  Chremés  , 
déjà  forti  de  fon  logis.  Luafcit  hoc 
jam ,  dit-il  :  le  jour  paroît  déjà.  L’Ab¬ 
bé  d'Aubignac  peut  il  prétendre  que 
par  lucifcit  on  doit  entendre,  que  le 
jour  ne  paroît  pas  encore  ?  fi  vefpe- 
rafeit  veut  dire,  félon  lui,  que  la 
Mars  1716. 


des  Sciences  &  des  be aux  Arts.  ^75 

>nit  eft  déjà  avancée ,  pourquoi  lu - 
ifcit  ne  voudroit  il  pas  dire  ,  il  fait 
(e').i  grand  jour  ?  cependant  il  fuffit  à 
VI.  Ménage  ,  pour  avoir  Ton  compte, 
]uc  lu afcit  fe  prenne  dans  fa  hgnifi- 
:ation  propre  >  le  jour  commence  à  Je 
montrer . 

IV.  Puifque  la  fupputation  des 
neures  qui  s'écoulent  pendant  la  co« 
Tiédie  beautontimorumenos  ,  dépend 
le  la  longueur  ou  de  la  brièveté  de 
a  nuit  qui  en  fait  partie,  il  a  été  à 
aropos  de  rechercher  le  mois  où  Ton 
ùppofe  que  cette  intrigue  s'eft  paf* 
ee.  Un  pillage  de  Terence  ,  tiré  de 
la  même  comedie  ,  en  marque  le 
jour  ,  quoique  d'une  maniéré  un 
peu  generale.  Chremés  dit  à  Méné- 
deme  que  ce  jour  là  il  doit  celebrer 
(a  fête  de  Bacchus  en  fon  logis ,  &  il 
[‘invite  à  être  du  fouper  ,  DJfomfia  hic 
fuut  bodte\  apud  me  fis  volo .  Il  elfc  donc 
à  propos  de  rechercher  i°,  de  quel¬ 
le  fête  de  Bacchus  il  s’agit  ici ,  i°,  à 
quel  mois  on  la  celebroit  à  Athènes, 
où  la  feene  de  Yheautonthnorumenos 
cft  hxée.  M.  Ménagé  &  l’Abbé  d’Au- 
bignac  font  d’accord  fur  la  première 
des  deux  queltions.  Ils  conviennent 

Alurs  1716. 


374  Mémoires  pour  l’H'iftoire 
que  la  comedie,  dont  ils  difputenr 
effc  fuppofée  fe  palier  pendant  la  Fée 
de  Bacchus  qu'on  appelloit 
Deux  circonftances ,  tirées  de  la  co 
medie  même,  les  déterminent  à  c< 
choix.  Il  ell  fur  qua  Athènes,  fe!oi 
Petymologie  même  du  mot  Piugia 
on  ouvroit  les  tonneaux  ,  &  que  l'or 
commençoit ,  pour  la  première  fois 
à  goûter  le  vin  nouveau.  C’eft  juge¬ 
ment  ce  qu’au  raport  de  Chremés 
on  venoit  de  faire  au  foupé  de  h 
nuit,  relevi  omnia  doit  a ,  dit-il , omne 
ferlas ,  j’ai  ouvert  tous  mes  tonneaux 
êi  déccëffé  toutes  mes  bouteilles 
On  avoit  goûté  de  tous  les  vins  d< 
fon  cellier  ,  &  feulement,  à  en  fain 
l’effai  ,  on  en  avoit  beaucoup  confia 
mé  ,  pytijfando  modo  quid  tnibi  vint  ab 
futttïjît.  D’ailleurs  au  foupé  des  Py 
tegies ,  libres ,  efclaves  ,  amis  ,  vui* 
fins,  valets  &  fervantes ,  tout  pre 
noit  phee  à  table  fans  di/lindfcion 
Audi  Bacchis ,  invitée  à  ce  repas ,  y 
avoit  amené  avec  elle  au  moins  dis 
femmes  efclaves  attachées  à  fon  fer- 
vice.  Ancillas  plus  decem.  Voilà  I ci 
raifons  qui  déterminent  les  deux  te^ 
nants  à  entendre  le  Dyonfia  ,  de  k 
Mars  17  1 6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  375 

te  nommée  Pytegies.  Il  eft  vrai 
ue  Madame  Dacier  s’eft  rangée  à 
1  autre  fentimenc  ;  mais  nous  ne  la 
rons  entrer  dans  la  contefiation , 
je  pour  la  foumettre  à  fes  lumières. 
Ce  qui  divife  M-  Ménage  d’avec 
\bbé  d’Aubignac  ,  ce  n’efl:  ni  le 
ur  de  la  fête  defignée  par  le  mot 
jonifia, ni  le  jnoisoit  on  la  celebroic. 
s  conviennent  fun  &r  l’autre  que 
5  Pytegies  tomboient  fous  le  mois, 
je  les  Athéniens  nommoient  An- 
efterion.  Leur  controverfe  fe  ter- 
ine  à  fçavoir  auquel  de  nos  mois 
4ntbefterion  des  Athéniens  répond, 
’eft  ici  que  les  deux  Sçavans  ad- 
’irfaires  font  un  étalage  d’érudition 
bnt  voici  le  précis.  M.  Ménage  pre¬ 
nd  qw'Anibefferien  éxo\i  le  huitième 
ois  des  Athéniens. Ceux-ci  avoient 
iutume  de  commencer  l’année  par 
folftice  d’Eté,  du  moins  au  tems 
Menandre  ,  fur  qui  Terence  a 
’ipïé  Ybeautomimorumenos.  Comme 
,  folÜice  d’Eté  étoit  fixé  au  22.  de 
'  in  ,  il  s’enfuit  qu’en  comptant  à  1a 
Manière  Athénienne  ,  fept  mois  de 
;nte  jours  depuis  cette  époque, on 
ouvera  que  le  huitième  mois  atti* 
Mars  1716. 


$ 7 6  M. emohes  pour  l'Hï foire 

que,  nommé  Antbefïerion ,  commet) 
çoità  nôtre  iz.  Janvier  ,  &  finiffoi 
au  11e  Février.  Au  refte  ,  cette  ma 
niere  de  fupputation  eft  autorifé 
par  les  plus  fçavansChronologiques 
Ce  qui  la  met  hors  d'atteinte,  c'ei 
que  Scaliger  &  le  P.  Petau  ,  Ton  con 
tradi&eur  éternel  ,  font  fur  cel 
d'intelligence.  Il  eft  vrai  néanmoin 
que  des  intercalations  afiez  ordinai 
res  au  Calendrier  Athénien,  &  qu 
d’autres  raifons  encore,  ont  pû  quel 
quefois  faire  reculer  le  mois  Anthej 
tenon.  Ainiî  pour  partager  le  diffé 
rent,  M.  Ménagé  veut  bien ,  par  con 
defcendance  ,  faire  repondre  Y  An 
tbefterionï  nôtre  mois  de  Mars. Il  s  er 
fuivra  que  la  fête  de  Bacchus  Dyoni 
fia  ,  dont  il  eft  parlé  dans  la  comedi 
que  nous  examinons  ,  écherra  ver 
l'onzième  de  Mars.De  là  il  ferafaci 
le  de  mefurer  la  longueur  de  la  nuit 
qui  occupe  l’intervalle  du  fécond  ai; 
troifiéme  a<fle,  dans  Ybeautontimoru 
menas. 

Pour  l’Abbé  d’Aubignac  ,  il  veu 
que  l' Anthefterion  des  Athéniens  ré 
ponde  à  la  fin  du  mois  de  Mars ,  &  ; 
Ja  plus  grande  partie  du  mois  d’A 

Mars  17 1 6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  377 

vri! ,  parce  que  ce  mois  Grec  tire  Ton 
étymologie  du  nom  aydn ,  qui  lignifie 
dis  fleurs;  fur  la  fin  de  Février,  diroit 
M.  Ménage  ,  &  au  commencement 
de  Mars,  1a  terre,  en  Grece  ,  com- 
mençoit  à  fe  parer  des  premières 
fleurs.  L’Abbé  d’Aubignac  appuyé 
donc  Ton  fentiment  fur  la  garantie 
de  Macrobe  ;  mais  fans  parler  du 
refte,  Pline  contredit  Macrobe.  Il  y 
a  plus,  la  lifte  des  mois  Attiques , 
citée  par  Scaliger ,  &  tirée  d’un  ma¬ 
nuscrit  de  Ptolémée,  place  Arnhe/te - 
7 ion  au  huitième  mois.  S’il  eût  ré¬ 
pondu  à  notre  mois  d’Avril ,  il  eût 
•fallu  ne  le  ranger  qu  a  la  dixiéme 
place.  La  voici,  cette  lifte.  Il  faut 
fuppofer  qu’elle  arrange  les  mois 
5depuis  le  folftice  d’Eté  ,  qui  com* 
!mençoit  l’année  Athénienne  au  tems 
'de  Menandre,&quele  folftice  d’Eté 

létoit  fixé  au  21e  de  Juin.  . 

h 

4  Mois  d’F.te'. 

Hécatombæon. 

Metagitnion. 

Boëdromion. 

Mois  d*  Automne* 
Pyanepfion. 

Mars  1716. 


3  7  S  Mémoires  pour  l'Hiftoire 

Maemadterion. 

Pofidonion. 

Mois  d’Hyver, 

Gamélion. 

Anchefterion. 

Elaphebolion. 

Mois  du  Pr'mtcnis, 
Munichion. 
Thargelion. 

Seyrrophorion* 

V.  Revenons  à  VHcautontimorume ■ 
nos  deTérence.  Audi  tôt  qu’il  faii 
jour  Ton  troifîéme  Acte  commence 
Sans  faire  ici  un  détail  inutile  de  toui 
ce  qui  s’y  paffe,  il  parole  à  M.  M-é. 
nage  que  fa  durée  eft  au  moins  d’unt 
heure.  Antiphile  s’y  met  au  bain 
après  le  lever  du  Soleil.  Une  femme 
peut  elle  y  refier  moins  d’une  heu¬ 
re  ?  Les  grandes  intrigues  fe  font  au 
quatrième  aéle.  Syrus  ne  demande 
qu’un  jour  pour  tromper  Chremés  , 
&  pour  en  tirer  de  l’argent.  Vnus  e(i 
âïes  dum  argent  uni  eripio.  Il  eft  vrai 
qu’il  ne  confuma  pas  le  jour  entier 
à  faire  réiifîir  fon  flratageme  ;  mais 
enfin  l’exécution  de  fon  entreprife 
ne  fut  pas  l’ouvrage  d’un  moment. 

Mars  171 6.  D’ailleurs., 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  $79 
D’ailleurs  ,  pendant  ce  quatrième 
i&e  Elitiphon  eft  allé  faire  un  tour 
de  promenade,  qui  l’a  fatigué.  Me 
uc  deambulatio ,  quant  non  laboriofa  , 
td  languorem  dédit.  Une  promenade 
lui  la  (Te  ,  quoi  qu'elle  ait  été  faite  eu 
>eau  chemin  ,  n’a  pas  été  d'un  inf¬ 
ant.  Mettons  donc  encore  une  heu- 
e  pour  le  quatrième  a&e.  A  l'égard 
lu  cinquième,  il  faut  avouer  qu’il 
ie  demande  guère  d'autre  intervalle 
le  tems ,  pour  la  fable  ,  que  pour  la 
epréfentation.  Contentons  nous 
oncde donnerdeux heures, ou  deux 
eures  &  demie  ,  aux  trois  derniers 
5le$  de  iheautontimorumenos. 

VI.  Une  fupputation  exacte  de 
>utes  les  heures  qui  fefont  écoulées 
endant  la&ion  de  la  troifiéme  co- 
tédie  de  Terence,  &  dont  nous 
ions  tiré  le  détail  des  paffages  de 
tuteur  même,  fera  fentir  quelle 
Jrée  le  Poète  a  donné  à  fon  beau - 
mmorumenos.  La  voici. 
i°.  Une  heure  ou  environ  avant 
foîeil  couché  ,  pour  le  premier 
te.  i°.  Pour  le  fécond  a  été ,  &  pour 
rtfte  d'une  nuit  d'shnbefterion, qui 
coule  entière  jufqu’au  commen- 
Mars\j\6.  S 


580  Mémoires  pour  T Hi /loir e 

cernent  du  troifiéme  a<ffe ,  environ 
treize  heures.  En  effet  à  ne  fixer  le 
jour  de  la  fête  de  Bacchus ,  nommée 
Pythégies,  qu’au  onzième  de  Mars  9 
nous  trouverons  qu’à  Athènes  les 
nuits  étoient  alors  de  treize  heures. 
Le  foleil  s'y  couchoità  fix  heures  & 
demie  du  foir  ,  &  s’y  levoit  à  fix 
heures  &  demie  du  matin.  $°.  Si  on 
donne  au  moins  deux  heures  aux 
trois  derniers  a<ffes ,  le  tout  montera 
à  feize  heures.  Encore ,  fi  l’on  vou- 
loit  chicaner,  on  pourroit  ctendre  la 
longueur  de  Yheautontimorumenos  juf- 
qu’à  dix  fept  heures.  Certainement 
on  ne  voit  pas  comment  il  eff  pofli- 
ble  de  renfermer  cette  comédie  dans 
refpace  de  dix  ou  même  de  douze 
heures ,  fans  la  mettre  en  preffe,ÔC 
fans  lui  donner  la  gêne. 

VII.  Cependant  l’Abbé  d’Au- 
bignac  fe  feroit  peut-être  debarrafïe 
des  raifonnemens  de  fon  adverfaire, 
tout  plaufibles  qu’ils  font,  s’il  eût 
vécu.  Il  paroît  avoir  dans  tout  le 
refte  bien  de  la  fuperiorité  fur  lui , 
&  fouvent  M.  Ménage  ne  fait  que 
tourner  contre  l'Abbé  d’Aubignac 
les  decouvertes  de  celui  ci.  Tout 

Mars  17 1 6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  5  Si 
l’art  de  fon  aggrefleur  eft  de  profiter 
des  armes ,  c’dbàdire ,  des  recher¬ 
ches  de  Ton  ennemi,  pour  le  com¬ 
battre.  Il  étoit  mort  lorfque  M.  Mé¬ 
nage  publia  la  diflertation  qu’on  voit 
ici  imprimée.  Celui-ci  l’étendit  &  la 
fortifia  de  nouvelles  preuves  ,  quand 
fon  antagonifte  ne  fut  plus.  On  peut 
dire  qu’il  ne  lui  donna  les  cent 
coups  ,  dont  il  fe  vante  ,  qu’après  la 
mort.  S’il  femble  l'emporter  dans 
cette  difpute,  c’eft  plutôt  à  la  bonté 
de  fa  caufe ,  qu’à  la  fuperiorité  de 
génie  &  d’érudition  qu'il  en  eft  re¬ 
devable.  L’Abbé  d’Aubignac  avoit 
eû  le  malheur  de  prendre  un  mau¬ 
vais  parti,  contre  fon  ordinaire.  M. 
Ménagé  ,  dont  le  chant  fut  encore 
plus  gracieux  en  Grec  &  en  Latin, 
qu’en  fa  langue  naturelle ,  adrefle  fa 
diflertation  à  Mc  Dacier  ,  &  fait  fa 
dédicacé  à  l’Héroïne  de  la  littératu¬ 
re,  par  ces  jolis  vers. 

Docto  nupta  viro ,  do[to  prognata  pa¬ 
rente  y 

'Son  mmor  Anna  vtrOyKonmmor  Anna 
pâtre. 

Accipe  qua  nuper ,  de  fe  excruciante 

Terenti . 

Mars  1716.  S  ij 


$  S  i  Mémoires  pour  rHiJJoire 

Scripfimus,Aomo  non  renuente  choro . 
Innurneris  dottum  plagis  confumpji - 
mus  hojiem , 

Ef  puto ,  palmam  tu  dabis  ïpfa 
mib'u 

Si  caufam  damnare  mearn ,  Daceria , 
pergis , 

Tartibus  accédant  dottapuella,tuis. 
Phyllis  amat  corylos ,  corylos  Dea 
Phyllis  amabit , 

Cedff  dr  bis  Pephia  myrtbus  amau 
De&* 

On  voit  de  là  que  Me  Dacier  ne 
fut  pas  pour  M.  Ménage ,  tandis  que 
fa  differtation  n’étoit  qu’ébauchée. 
Oferoit  on  la  prier  de  prononcer, 
maintenant  que  le  procès  eft  inftruir, 
&  que  les  pièces  font  en  état  ? 

Article  XXVII. 

LE  S  P E C T  A  T EV R  ,  O  V  LE 
Socrate  Moderne ,  où  Ion  voit  le  por¬ 
trait  ndif  des  mœurs  de  ce  fiécle , 
traduit  de  l’Anglois,  A  A  miter  dam, 
chez Davki  Mortier,  1714.  Inn. 
Tome  I.  pages  4 56.  Et  fe  trouve  à 
Paris  chez  Etienne» Ganeau,  rue 
Mars  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  383 

S.  Jacques  vis  à  vis  la  Fontaine  S. 
Severin  ,  aux  Armes  de  Dombes. 


H  volume  contient  foixante- 


V*-/  dix  difcours  ,  qui  ont  d’abord 
paru  feparément  &  en  feiiilles  à  Lon¬ 
dres  avec  un  tel  fuccès ,  dit  le  Tra¬ 
ducteur,  qu'il  s’en  eft  débité  jufqu  a 
vingt-mille  par  jour  ;  &  depuisayanc 
été  réiinis  ,  trois  éditions  ont  été 
épuifées  en  peu  de  teins.  Comme  à 
la  fin  de  chaque  difcours  on  voit  aux 
uns  la  lettre  C,  aux  autres  la  lettre 
K  ,  le  TraduCteur  penfe  qu’ils  ne 
font  pas  de  la  même  main.  Cepen¬ 
dant  ils  fe  refTemblent  parfaitement, 
&  pour  la  manière  de  penfer,  &  pour 
Je  ftyle  ,  du  moins  dans  la  traduc¬ 
tion. 

T ous  ces  difcours  font  le  fruit  des 
converfations  réglées  qu’ont  entre 
eux  fept  amis.  Celui  qui  eft  à  la  tête 
de  cette  petite  fociété ,  qui  fe  donne 
dans  le  premier  difcours  pour  en 
avoir  la  direction  ,  qui  ramaffe  & 
met  en  ordre  leurs  reflexions ,  fe  dé¬ 
peint  comme  un  homme  extrême¬ 
ment  taciturne ,  fe  mêlant  dans  les 
caffez  les  plus  fréquentez  &  dans  le€ 


Mars  1716. 


S  iij 


3*4  Mémoires  four  f Hijlotre 

places  publiques ,  allant  à  la  comé¬ 
die  &  à  l’opéra  ,  pour  obferver  tour, 
&  écouter  tout,  fans  jamais  parler  à 
perfonne.  11  ne  dit  pas  là  ,  ce  qu’on 
voit  dans  la  fuite  de  fes  difeours  ; 
qu’il  roule  de  même  dans  les  caba¬ 
rets,  &  en  ce  quis’appelle  gargottes. 
Voilà  un  perfonnage  bien  différent 
de  Socrate. 

Il  fait  dans  le  fécond  difeours  le 
caractère  de  fes  iîx  amis  ,  dont  il 
nomme  quatre  ;  le  Chevalier  Roger 
de  C'overly  Baronet  ,1e  Chevalier 
André  Freeport ,  riche  Marchand, 
le  Capitaine  Sentry,M.Honeycomb, 
tin  Jurifconfulte ,  &  un  Ecclefiafh- 
que ,  tous  gens  revenus  de  la  baga¬ 
telle  ,  &  enfoncez  en  ^ux  mêmes, 
excepté  M.  Honeycomb,  quiparoît 
plus  humain.  Apparemment  ceux 
qui  font  nommez  n’en  font  pas  plus 
connus.  Quoi  qu’il  en  foit,  un  tri* 
bunal  de  tels  cenfeurs  n’eft  pas  dif- 
pofé  à  faire  grâce  aux  defauts  du 
genre  humain  j  du  moins  ils  fe  pro- 
pofent  de  corriger  ceux  de  leur  pa¬ 
trie  ,  &  de  la  reformer  pour  l’efpric 
&  pour  les  mœurs,  &  s'ils  jettent 
quelquefois  les  yeux  fur  la  nôtre  > 

Murs 


>»V*  I 

des  Sciences  &des  beaux  Arts.  38$’ 

c’eft  avec  dédain  ,  &  pour  lui  dire 
quelque  injure. 

Cet  ouvrage  a  été  applaudi  en 
Angleterre  ,  celui  de  Mr.  de  la 
Bruyère  l’a  été  en  France  ,  &  le 
deflein  eft  à  peu  près  le  même  :  il  ne 
refie  donc  qu’à  les  comparer  l’un 
avec  l’autre  ,  pour  juger  du  goût 
des  deux  nations.  La  comparaifon 
eft  même  fort  avancée  au  difeours 
6 ie.  fur  le  chapitre  des  efprits  dif- 
traits  ,  où  l’Auteur  Anglois  après 
avoir  expofé  fes  penfées  ,  rapporte 
ce  qu’en  a  dit  l’Auteur  François  :  en 
tout  le  refte  ils  different  encore  plus 
entre  eux. 

A  la  tête  de  chaque  difeours  il 
met  un  palTage  d’un  ancien  Poète , 
comme  de  Virgile,  d’Horace,  de 
Juvenal ,  de  Perfe  ,  de  Martial ,  fans 
qu’il  paroiffe  ordinairement  de  liai- 
fon  avec  ce  qui  fuit:  commeiin'eft 
pas  poflibie  de  les  fuivre  les  uns 
après  les  autres ,  on  remarquera  feu¬ 
lement  quelques  endroits  qu’on  a 
e (limez  plus  inftru&ifs  &  plus  uti¬ 
les.  Le  49e  commence  par  le  vers 
d’Horace, 

Mars  17 16.  S  wj 


_  t 

3  86  Mémoires  pour  l'HiJtoire 

Scribendi  rette  ,  fapere  eft  &  princt - 
pium&fonsy 

que  M.  Boileau  a  rendu  fi  heureufe- 
ment , 

Aimez,  donc  U  rai  [on ,  que  toujours 
vos  écrits , 

'Empruntent  d'elle  feule  &  leur  lujlrt 
à1  leur  prix, 

L’Auteur  Anglois  dit  que  Mon- 
fïeur  Locke  a  admirablement  dis¬ 
tingué  ce  que  nous  appelions  ef- 
prit  &  jugement.  “  L’efprit  con- 
„  lifte  à  aflembler  des  idées  ,  & 
„  à  joindre  promptement  &  avec 
„  une  agréable  variété  celles  où 
„  l’on  peut  obfcrver  quelque  rei- 
„  femblance  ,  ou  quelque  rapport , 
„  pour  en  faire  de  belles  peintu¬ 
res  qui  divertiffent  &  frapenc 
„  agréablement  l’imagination.  Le 
5,  jugement  conlifte  au  contraire, 
„  à  diftinguer  une  idée  d’avec 
„  une  autre  ,  fi  Ton  peut  y  trou- 

ver  la  moindre  différence  ,  afin  de-; 

Mars  17 16, 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  387 
»  viter  la  méprife  &  Terreur.  Le  ju¬ 
gement  n’admet  ni  la  métaphore, 
»  ni  i’allufion  ,  qui  font  prefque  tou¬ 
jours  l’agrément  de  Tefprit  ».  Réü- 
nir  des  idées  trop  voifines ,  reprend 
l’Auteur  ,  c’efï-à  dire  ,  des  chofes 
femblables  en  elles-mêmes  ,  ce  n’eft 
pas  proprement  efprit  ;  &  il  n  y  a 
rien  d’ingénieux  à  comparer  un  teint 
fort  blanc  au  lait  ou  à  la  neige.  Il 
faut  pour  furprendre  &  divertir  les 
auditeurs  &  les  lecteurs  un  rapport 
plus  éloigné.  On  ajoutera  ici  que 
c’eft  ordinairement  un  rapport  feint/ 
&  néanmoins  fondé.  Par  exemple, 
T urnus  ayant  à  combattre  Enée  ,  & 
fe  confiant  principalement  en  Ton 
épée,  la  voit  fe  brifer  entre  fes  mains; 
ce  que  Virgile  exprime  ainfi  , 

At  perfidus  enfis 

Frangitur ,  in  medtoque  ardentem  de - 
périt  ittu. 

De  même  qu’un  foldat  qui  dans 
la  chaleur  du  combat  &  au  moment 
de  la  victoire  abandonne  fon  Capi¬ 
taine  avec  perfidie.  Cette  idée  join¬ 
te  à  celle  de  l’épée  qui  fecafle  ,  caufe 
Une  furprife  d’autant  plus  agréable  ^ 

Mari  17 1 6,  S  v 


3  88  Mémoires  pourïHifloire 
qu'elle  eft  imprévue,  &  toutefois 
bien  fondée. 

Ce  qui  efl  véritablement  fpirituel 
&  ingénieux  ,  continue  l'Auteur  , 
confifte  donc  dans  cette  reflemblan- 
ce  &  convenance  d'idées  ,  au  lieu 
que  ce  qui  s’appelle  Quolibet  & 
Turlupinade  j  confifte  dans  la  ref- 
femblance  des  mots. Cependant  Arif- 
tote  &  Cicéron  font  des  jeux  de 
mots  un  ornement  du  difcours,  & 
celui-ci  en  ufe  fréquemment  ;  mais 
le  bon  fens  lésa  bannis. 

Entre  ces  deux  genres  fi  oppofez, 
il  y  en  a  un  troifiéme  qui  participe 
de  l’un  &  de  l'autre,  &  que  l’Au¬ 
teur  nomme  efprit  mixte.  Il  dit  que 
ce  fameux  Poète  Anglois ,  Cowley, 
en  a  plus  que  perfonne.  Il  n’en  trou¬ 
ve  point  dans  Virgile ,  Lucrèce  & 
Catulle  ;  peu  dans  Horace ,  beau¬ 
coup  dans  Ovide,  &  prefque  par 
tout  dans  Martial.  Cette  forte  d’ef- 
pnt  mixte  fe  coule  particulièrement 
dans  les  métaphores  &  les  antithéfes 
Continuées. 

Il  dit  encore  ,  que  le  P.  Bouhours, 
qu’il  regarde  comme  celui  de  tous 
les  Critiques  François  qui  a  le  plus 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  $  8 2 
de  pénétration ,  a  fait  voir  qu’une 
penfée  qui  n’efl  pas  jufte  ,  &  qui 
n’eft  pas  fondée  fur  la  nature  des 
chofes,  ne  fçauroit  jamais  être  belle  ; 
&  que  la  vérité  eft  le  fondement  d’u¬ 
ne  penfée  ingenieufe.  Il  rapporte  le 
parallèle  que  fait  M.  Dryden  de 
Virgile  &r“d,Ovide  fur  l’avanture  de 
Didon.  »  Ovide  ,  dans  la  lettre  qu’il 
>,  attribue  à  Didon  ,  marche,fur  les 
„  traces  de  Virgile  dans  le  même 
„fiécle  :  il  n’a  rien  de  fon  propre 
«fond,  il  emprunte  tout  d’un  plus 
„  habile  maître  que  lui.  Et  ce  qu’il 
«  y  a  de  pis ,  c’efi  qu’il  n’y  ajoute  pas 
»,  la  moindre  chofe  pour  en  relever 
„leclat:  les  forces  lui  manquent  , 
„  &  réduit  à  fon  artifice  ordinaire ,  il 
M  a  recours  aux  pointes  d’efprit  & 
„  aux  jeux  de  mots. 

Voilà  deux  Auteur#  Ang’ois  tpii 
jugent  fainement.  Eft- ce  Te  même 
M.  Dryden  dont  le  fpeétateur  rajj- 
porte  avec  éloge  ce  qui  fuit  ?  u  M  de 
„  Segrais  difhnguant  en  trois  dr- 
„dres  ceux  qui  lifent  les  Poëres , 
„met  au  dernier  ce  qu’il  appelle 
„  peuple  ,  non  pas  eû  égard  à  leur 
„naiffance  ,  mais  à  leur  efprit  &  à 
Mars  iyi6ê  .  S  vj 


35)0  Mémoires  pour  l’Hijloire 

«leur  mauvais  goût,  qui  leur  fait 
«  preferer  une  équivoque,  tune  bou- 
«  tade  ,  une  épigramme ,  au  bon  fens 
«  &  à  l’elegance  du  difeours.  Si  Vir- 
«gile  &  Martial,  pourfuit  M.  Dry- 
«den  ,  fe  mettoient  fur  les  rangs 
«  pour  être  choifis  membres  du  Par¬ 
lement,  nous  fçavons  déjà  lequel 
«  des  deux  partis  l’emporteroit.  Mais 
«quoique  l’un  foit  le  plus  grand 
«  nombre  ,  &  qu’il  crie  le  plus  haut, 
«  le  bon  efî ,  qu’il  n’eft  compofé  que 
«de  François  réfugiez,  ou  de  païfans 
«de  Hollande  qui  ont  débarqué  ici 
«en  foule,  &  qui  ne  font  pas  natu- 
«  ralifez,  outre  qu’ils  n’ont  pas  deux 
«livres  fterlin  de  revenu  en  fond 
«fur  le  Parnafle.  Les  Auteurs  qu’ils 
«  favorifer.t  font  de  la  même  étoffe  , 
«  &  peuvent  bien  reprefenter  fur  un 
«théâtre  de  Charlatans,  ou  fervir 
«  de  maîtres  de  ceremonies  au  lieu 
«où  les  dogues  fe  battent  contre  les 
«ours. 

Le  6e  difeours  eft  contre  les  pré¬ 
tendus  beaux  efprits,  c’eft-à-dire  y 
contre  ceux  qui  aux  dépens  &  de  la 
pudeur  3c  de  la  Religion  veulent 
s'acquérir  la  réputation  de  beaux 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  391 

efprits  :  defaut  ,  dit  l’Auteur,  qui 
n’eft  pas  feulement  de  quelques  par¬ 
ticuliers  ,  mais  de  toute  une  Nation. 
Le  Chevalier  de  Coverly  s’explique 
là  defîus  en  des  termes  extrêmement 
forts.  Mais  il  n’eft  rien  de  plus  fenfé, 
que  ce  qui  eft  rapporté  de  la  préfacé 
du  Chevalier  Blackmore.  »  C’eft 
>,une  honte  &  un  deshonneur  d’em- 
»  ployer  les  nobles  facultez  de  nôtre 
„ame,  &  beaucoup  d’efprit,  à  entre¬ 
tenir  les  hommes  dans  leurs  vices 
dans  leurs  folies ....  L’ennemi 
»  du  genre  humain  avec  tout  fon  ef- 
M  prit  &  les  facultez  angéliques,  eft 
>,  la  plus  haïffable  de  toutes  les  créa¬ 
tures.  Il  déclare  qu’il  a  compofé 
fon  poëme  ,  “  afin  de  retirer  les  Mu- 
»  fes  des  mains  de  leurs  ravifTeurs  , 
„  afin  de  les  ramener  dans  leurs  che- 
,>res  &  chaftes  demeures ,  &  de  les 
»  occuper  d’une  manière  convenable 
«à  leur  dignité. 

Dans  le  difcours  30e,  32,38%/^- 
on  voit  comment  fe  trait tent  la  tra¬ 
gédie  &  la  comedie  en  Angleterre. 
»  Entre  tous  les  artifices,  dit  l’Au- 
„  teur  au  difcours  3  ie ,  que  nous  em¬ 
ployons  pour  exciter  la  pitié, ou 

Mars  1716. 


3  5)  i  Mémoires  pour  ÏHiftoirc 

«  la  terreur ,  il  n’y  en  a  point  de  fi 
«  abfurde  &  de  fi  barbare  ,  &  qui 
»  nous  expofe  plus  au  mépris  &  à  la 
«raillerie  de  nos  voifins ,  que  cet 
«  effroyable  carnage  qu'on  voit  pref- 
«que  toujours  dans  nos  tragédies. 
«  Se  plaire  à  voir  des  hommes  poig- 
«  nardtz,  empale  7,  mis  à  la  torture  , 
«  &  empoifonnez  ,  c’eft  fans  contïft- 
»  dit  la  marque  d’un  tempérament 
«cruel  &  feroce*  Et -comme  tout 
«cela  eft  fouvent  reprefenté  fous 
«nos  yeux  ,  les  critiques  François 
«qui  s’imaginent  que  ces  fpectacles 
«  nous  divertiffent  i  en  prennent  oc- 
«cafion  de  nous  dépeindre  comme 
«un  peuple  fanguinaire.  Il  eft  à  la 
«  vérité  fort  étrange,  de  voirie  théa* 
«  tre  Anglois  jonché  de  cadavres  à 
«  la  fin  d’une  tragédie.  Il  n’en  eft  pas 
«  de  même  dans  les  tragédies  Fran- 
«çoifes,  où  les  executions  &  les 
«  meurtres  fe  font  toujours  derrière 
«  la  tapifTerie,  ce  qui  en  general  s*ac- 
«  corde  mieux  avec  les  mœurs  d’une 
.  «  nation  polie  &  civilifée. 

Cet  endroit  rappelle  le  fouvenir 
de  ce  qu'on  a  rapporté  d’un  Auteur 
Anglois  dans  ces  Mémoires,  que  les 

Mars  17 1 6, 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  3^5 

Prédicateurs,  afin  de  fe  faire  écou¬ 
ter  favorablement  de  leurs  audi¬ 
teurs,  font  obligez  de  les  entretenir 
d’évenemens  de  Prophéties,  &  de 
chofes  furprenantes. 

Quant  à  la  comedie ,  le  fpe&ateur 
fe  plaint  de  ce  que  les  obfcenitez  & 
l’irreligion  y  font  répandues. U  choi- 
fit  celle  qui  eft,  dit  -  il  ,  regardée 
comme  le  modèle  delà  politefleen 
fait  de  comédies  :  &  dans  la  critique 
qu’il  en  fait  au  difcours  52e,  il  mon¬ 
tre  qu’elle  eft  pleine  d  expreflions 
baffes ,  de  faletez  &  d’athéïlme.  Cet¬ 
te  comedie  eft  intitulée  ïopling  Vint- 
ter ,  c’eft-à-dire ,  le  Fat  qui  fe  donne 
les  airs  d’homme  important. 

Il  raconte  en  pluheurs  de  fes  dif¬ 
cours  Thiftoire  &  les  ftatutsde  dif¬ 
ferentes  fociétez  bizarres  ,  que  le 
Traducteur  nomme  des  cotteries , 
établies  à  Londres  &  à  Oxfort.  T out 
s’y  paffe  prcfque  à  boire  &  à  fumer 
du  tabac. 

Un  des  principaux  points  de  fa 
Morale,  &  auquel  il  revient  fou- 
vent  en  fes  difcours,  eft  fur  le  foin 
frivole  dont  tant  de  femmes  s  occu¬ 
pent  ,  de  conferver  &  d'augmenter 
Mars  17 1 6, 


3<)4  Mémoires  pour  l’HiJïoire 

leur  beauté,  &  de  s’étudier  à  des 
airs  affectez  ,  tandis  qu’elles  négli¬ 
gent  de  former  &  de  perfectionner 
leur  efprit.  Il  raconte  à  ce  fujet  daf- 
fez  jolies  hiftoires,  comme  au  dif- 
cours  26e,  de  deux  fceurs ,  l’une  bel¬ 
le,  &  l’autre  qui  ne  l’étoit  pas,  mais 
celle  ci  s’étoit  appliquée  à  reparer 
ce  qui  lui  manquoit  en  cultivant  fon 
efprit,  &  embelliffant  fon  ame;  & 
celle-là,  fiére  de  fon  avantage  ,  ne 
s’étoit  amufée  qu’à  la  bagatelle.  Un. 
parti  avantageux  gagné  d’abord  par 
les  yeux  fe  préfenta  pour  la  belle: 
&  puis  fe  détermina  pour  l’autre  % 
ayant  reconnu  dans  les  entretiens 
qu’il  avoit  eûs  avec  elles ,  combien 
un  mérite  Polideeft  préférable  à  une 
vaine  apparence. 

Il  y  a  un  endroit  qui  mérité  d  etre 
remarqué  dans  le  difcours44e,  &  le 
64e,  fur  ce  que  les  femmes  auxquel¬ 
les  il  conviendroit  fi  bien  de  contri¬ 
buer  de  ce  qu’elles  ont  de  douceur 
naturelle  ,  à  entretenir  la  concorde 
&  la  paix  entre  les  hommes  ,  s’en¬ 
têtent  de  partis  plus  violemmenc 
qu’eux  ,  fe  padionnent  &  combat¬ 
tent  par  des  inveCUyes  &  des  ca- 
Mars  1716. 


des  Sciences  &  des  baux  Arts.  35^ 
Jomnies  pour  celui  auquel  elles  fe 
font  dévouées.  Ce  qu’il  y  a  de  plai- 
lanc ,  c  elt  que  les  Dames  en  Angle¬ 
terre  ,  félon  qu’elles  ont  pris  le  par¬ 
ti  des  1  orys ,  ou  des  Wigs ,  fe  dif- 
tinguent  par  les  mouches,  que  les 
unes  mettent  lur  le  côté  droit  de 
leur  vilage  ,  les  autres  fur  le  côté 
gauche. 

Parlant  de  l'amitié  au  difcours 
55e  >  il  rapporte  les  maximes  pleines 
de  fagede  que  le  livre  de  l’Ecclélïaf- 
tique  nous  donne  touchant  le  choix 
des  amis  &  la  manière  de  nous  con- 
duireavec  eux.  «  Ce  livre ,  dit  l’Au- 
»  teur,  palTeroit  dans  l’efprit  de  quel- 
3>ques-uns  de  nos  modernes  ,  pour 
le  plus  excellent  traité  de  morale 
j>  que  nous  ayons,  s'il  portoitlenom 
»,  d’un  Conlucius  ,  ou  de  quelque 
3>PhiIolophe  Grec  Pour  nous, 
nous  le  croyons  diôté  par  le  S.  Ef- 
prit ,  &  nous  y  révérons  U  fagefle 
divine  qui  nous  inftruit. 

Le  difcours  56e,  n’eft  pas  le  moins 
agréable  :  il  elt  deftiné  à  l'honneur 
du  commerce  ,  dont  if  releve  les 
avantages.  **  Il  n'y  a  nul  endroit  de 
»  Londre ,  dit  l’Auteur ,  que  je  fre» 
Maïs  1716, 


39  6  Mémoires  pour  V  H t floire 

«  quente  plus  volontiersque  la  Bour- 
«  fe  Royale.  Je  m’y  fais  une  fatis- 
«  faéfcion  fecrete  en  qualité  d’An- 
«glois  ,  &  ma  vanité  fe  repaît  en 
n  quelque  manière  ,  à  voir  une  ü 
«nombreufe  afTemblée  de  mes  ri- 
«ches  compatriotes  &  d'étrangers, 
«  qui  confultent  entre  eux  des  affai- 
»  res  particulières  du  genre  humain, 
»  &  qui  font  de  cette  capitale  une 
«  efpece  de  marché  public  pour  tou¬ 
sse  la  terre.  C’eft  comme  un  grand 
»>  Confeil ,  où  toutes  les  Nations  un 
«  peu  diflinguées  ont  leurs  Repre- 
»  Tentants.  Les  Faéteurs  font  dans  le 
«  commerce  la  même  chofe,  que  les 
«  Ambaffadeurs  à  l’égard  de  la  Poli-' 
«tique:  ils  négocient  des  affaires, 
«  concluent  des  traitez  ,  &  main- 
«  tiennent  une  bonne  correfpondan- 
>>  ce  entre  ces  riches  focietez  d’hom- 
«  mes  ,  que  les  mers  feparent  les  uns 
«  des  autres.  J’ai  pris  fouvent  plaifîr 
»  à  voir  terminer  un  différent  entre 
t)  un  habitant  du  Japon  &  un  Eche* 
„  vin  de  Londres ,  ou  former  une 
„  ligue  entre  un  fujet  du  Grand  Mo- 
wgol ,  &  un  autredu  Czar.  C'eft  unr 
v  joye  incroyable  pour  moi  de  me 
Mars  17 1 6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  3  97 
1  «trouver  entre  tous  ces  Minières  du 
i  «commerce,  tantôt  prefie  par  une 
«  foule  dJ  Arméniens,  tantôt  parune 
«autre  de  Juifs,  &  puis  parmi  des 
«  Suédois  ,  des  Danois ,  des  François: 
«  ’e  m’imagine  être  de  toutes  les 
«Nations,  &  comme  difoit  un  an» 
«cien  Philefophe,  citoyen  du  mon- 
«  de. 

«Il  femble  que  la  nature  ait  pris 
«  un  foin  particulier  de  partager  fes 
«faveurs  entre  divers  endroits  de 
«  ce  monde,  afin  d’établir  ce  trafic 
«&  cette  correfpondance  mutuelle 
«entre  les  hommes,  qu’ils  depen- 
»  difient  en  quelque  forte  les  uns  des 
«autres,  &  s’unifient  pour  leur  in- 
«  terêt  commun.  Il  n’y  a  pas  prefque 
«  un  feul  degré  de  la  terre  ,  qui  ne 
«  proauife  quelque  chofe  qui  ne  fe 
«trouve  pas  ailleurs.  Le  mets  croît 
«  dans  un  pais,  l’aflaifonnement  vient 
«  dans  un  autre.  Les  fruits  du  Por- 
«  tugal  font  corrigez  par  ce]qui  fe  re- 
«  cueille  aux  Barbades,  l’infufion 
«  d’une  plante  de  la  Chine  &  d’une 
«fève  de  l’Arabie  eft  adoucie  par  le 
«  fuc  d’une  canne  des  Indes  ;  les  Ifîes 
«  Philippines  nous  envoyent  de  quoi 
Mars  1716 . 


35?B  Mémoires  pour  ÏH'i^om 
«relever  le  goût  de  nos  viandes  & 
«  de  nos  liqueurs  ;  &  la  parure  d’une 
«Dame  de  qualité  eftle  produit  d’u- 
»ne  centaine  de  climats. 

«  Si  nous  confiderons  notre  païs 
«  en  Ton  état  naturel ,  fans  les  avan- 
j»  tages  du  commerce ,  quel  mifera- 
«ble  &  fterile  morceau  de  terre 
«  nous  eft  échû  à  habiter  î . . . .  Mais 
«nos  vaifTeaux  reviennent  chargez 
«  delà  récolté  de  tous  les  climats  : 
«nos  tables  ne  manquent  ni  d’epi- 
«ces,  ni  d’huile,  ni  de  vins  ,  nos 
«  chambres  font  garnies  de  pyrami- 
«  des  de  porcelaine  de  la  Chine  ,  & 
«ornées  d’ouvrages  du  Japon, nous 
«  nous  repofons  fous  des  pavillons 
«travaillez  auxlndes,  nous  réparons 
«nos corps  avec  des  drogues  venues 
«de  l’Amerique  ;  &  le  trafic  nous 
3,  donne  une  infinité  de  choies  uti- 
»  les ,  ou  qui  fervent  à  la  commodité 
„  &  à  l’ornement. 

„C’eft  pourquoi  il  n’y  a  pas  de 
membres  plus  utiles  dans  la  focie* 
„  té  des  hommes,que  les  Marchands. 
«  Ils  unifient  les  hommes  par  un  tra- 
«  fie  mutuel  de  bons  offices  ,  ils  dif- 
«tribuent  les  donsdela  nature^oc- 
Mars  1 7 1 6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  399 

*,  cupent  les  pauvres,  augmentent  le 
»  bien  des  riches ,  fourniflent  à  la 
„  magnificence  des  grands.  Un  An- 
„  glois  qui  négocié , convertit  l’étain 
j,  de  Ton  païs  en  or ,  &  change  fa  laine 
pour  des  rubis. 

Article  XXVIII. 

HISTOIRE  D  V  COMMERCE 
&  de  la  Navigation  des  Anciens.  A 
Paris  ,  chez  François  Fournier  , 
rue  S.Jacques  ;  &  Antoine  Urbain 
Couftelier ,  Quay  des  Auguftins , 
1716. Mu, p âges  446. 

’llluftre  Auteur  de  cette  hiftoire 


1  m’v  met  pas  Ton  nom  $  mais  il  fe 
découvre  allez  à  la  page  68e,  où  il 
promet  la  Demonftration  Evangéli¬ 
que  ,  &  quand  il  auroit  voulu  fe  ca¬ 
cher,  le  public  auroit  bientôt  re¬ 
connu  la  main,  qu’il  eft  accoutumé 
de  voir  répandre  avec  abondance  & 
avec  juftefle  une  érudition  étenduë* 
&  profonde,  &  à  qui  il  eft  redeva¬ 
ble  de  tant  d’excellens  ouvrages. 
Celui-ci  eft  demeuré  long-tems  en¬ 
fermé  dans  le  cabinet  ;  &  M.  1  E. 

Mars  17  16. 


0 

400  Mémoires  four  ÏHiJtoire 

d'A.ne  l'en  a  laifle  fortir  qu'à  la. fol- 
licitation  de  fes  amis ,  qui  l’ont  jugé 
très-utile,  non  pas  à  la  vérité  pour 
apprendre  à  s'enrichir  des  biens 
qu'apporte  le  commerce  ;  mais  pour 
acquérir  de  belles  connoiflances  de 
l’antiquité.  11  lecompofa  pour  fatis- 
faire  M.  Colbert,  qui  pendant  fon 
miniftére  contribuant  fl  glorieufe- 
menr  à  faire  fleurir  en  France  les 
Sciences  &  les  Arts,  n'eut  pas  une 
moindre  attention  à  perfectionner  la 
navigation  &  à  étendre  le  commer¬ 
ce ,  &  qui  fouhaitta  d'être  inflruit 
du  progrès  que  les  anciens  y  avoient 
fair. 

Ùn  deffein  comme  celui  de  re¬ 
cueillir  &  d’examiner  ce  qui  n'eft 
qu'épars  ,  &  ce  qui  fouvent  n'eft 
qu’éfleuré  &  dit  qu’en  paflant  dans 
les  Hiftoriens ,  de  Ja  part  que  toutes 
les  nations  ont  prife  au  commerce 
&  à  la  navigation;  un  deffein  fi  vafte 
fembloit  demander  de  gros  volu¬ 
mes  :  &  le  voyant  exécuté  en  un 
feul  &  a  fiez  petit ,  on  ne  peut  qu'être 
furpris  de  la  précifîon  &  de  l’habi¬ 
leté  du  fçavant  Auteur.  Prétendre 
encore  le  reflerrer  en  des  bornes 

Mars  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  401 

plus  étroites  &  en  peu  de  pages ,  ce 
feroit  tenter  l’impoflîble  ;  &  il  faut 
neceflTairement  s’arrêter  à  quelques 
endroits  ,  &  ébaucher  feulement  les 
autres. 

Cette  hiftoire  eft  partagée  en 
foixante  &  un  chapitres;  &  l'Auteur 
entrant  en  matière ,  rapporte  l’ori¬ 
gine  du  commerce  plutôt  à  la  re¬ 
cherche  des  commoditez  de  la  vie, 
qu’au  befoin  des  chofes  necelTaires. 
«La  nature,  dit-il,  fait  trouvera 
«tous  les  animaux  de  quoi  confer- 
«  ver  leur  vie  dans  les  lieux  où  ils 
„  l'ont  reçûë  :  l’on  a  découvert  plu- 
«  (leurs  peuples  fauvages  vivans  dans 
«  des  païs  fteriles  &  pauvres ,  fans 
«aucun  commerce  &  fans  aucune 
«  communication  avec  les  étrangers, 
«  aimans  leur  patrie  &  conftans  dans 
«leur  mifere  «.  Un  neceiïaire  eft 
bien  court ,  quand  il  n’exclut  pas  la 
mifere.  Cependant  ces  fauvages  là 
même  pratiquoient  entre-eux  quel¬ 
que  efpece  de  trafic  ,  s’aidans  les 
uns  les  autres  de  leurs  biens  &  de 
leur  induftrie  :  trafic  d’homme  à 
homme,  qui  eft  aufli  ancien  que  le 
monde  :  &  nous  concevons  que  Caïn 

Mars  1716. 


4oi  Mémoires  foui  l'Hifloire 
&  Abel  fe  communiquoient  mutuel¬ 
lement  ,  i’un  de  Tes  blez  &  de  fes 
fruits ,  l’autre  de  fa  bergerie. 

Les  hommes  s’étant  multipliez 
fur  la  terre,  quand  ils  bâtirent  des 
villes ,  inventèrent  les  Arts ,  fe  par¬ 
tagèrent  en  diverfes  proférions  & 
en  divers  métiers  :  ce  fut  le  com¬ 
merce  qui  foutint  ces  nouveaux  éta- 
bliflemens.  Tubalcaïn  occupé  à  fà 
forge  ,  auroit  manqué  de  beaucoup 
de  chofes,  &  n’auroit  fçû  que  faire 
de  fes  ouvrages  de  cuivre  &  de  fer  , 
s’il  ne  Jes  avoit  pas  trafiquez.  De 
quelle  quantité  de  matériaux  de 
toutes  fortes  n’eut  pas  befoin  Noë 
pour  la  conftruction  de  l’Arche  ,  de 
combien  doutils  &  d’ouvriers,  de 
quelles  machines?  Et  peut- on  s’ima¬ 
giner  qu’il  eût  pû  avec  fa  famill< 
préparer  tout  &  fuffirte  à  tout  ? 

Après  le  deluge  le  commerce  fe 
rétablit  avec  le  genre  humain,  pre¬ 
mièrement  par  terre  entre  les  peu¬ 
plades  &  les  nations  voifines ,  en  fe 
fervant  des  bêtes  de  charge  ,  les 
mers  furent  d’abord  un  grand  obs¬ 
tacle  à  le  pratiquer  avec  les  plus 
éloignées  ,  &  enfuite  elles  fe  facili- 

Murs  1716.  terent 


des  Saences  &  des  beaux  Arts.  40  j 

terent  par  le  moyen  de  la  naviga¬ 
tion.  & 

Le  premier  exemple  de  Négo¬ 
ciai  que  fourniffe  l’Ecriture,  &  Jc 
plus  ancien  ,  eft  celui  de  ces  cara¬ 
vanes  d’Ifmaëütes  &  de  Madiani- 
tes  à  qui  Jofeph  fut  vendu  par  fes 
freres ,  &  qui  tranfportoient  <les 
aromates  de  Galaad  en  Egypte  ,  où 
il  s'en  faifoit  une  grande  confom- 
mation  pour  embaumer  les  corps 
morts.  Des  lors  ,  au  fentiment  de 
l’Auteur  ,  le  commerce  fe  faifoit 
avec  de  l’argent  comptant  &  mon- 
noye  .  les  Ifmaélites  en  donnèrent 
pour  Jofeph ,  &  dans  la  fuite  Jofeph 
en  remplit  les  coffres  de  Pharaon  par 
.  la  vente  des  blez. 

Selon  1  hiffoire  ancienne  lesEgyp- 
tiens  &  les  Phéniciens  ont  été  les 
premiers  navigateurs ,  ceux-là  tour¬ 
nèrent  principalement  vers  l’orient 
j)ar  la  mer  rouge  ,  &  ceux-ci  vers 
l’occident  :  ce  qui  n’empêche  pas 
que^  les  Phéniciens  n’entretinffent 
auili  un  bon  commerce  en  orient  par 
Je  port  qu’ils  avoient  fur  la  mer  rou¬ 
ge^  les  Egyptiens  en  occident, 
témoin  le  voyage  de  Danaüs  en 

Mars  iji6.  T 


404  Mémoires  pour  VHtftoire 
Grèce.  Toutefois  les  Iduméens  fem- 
blent  avoir  prévenu  les  Egyptiens 
en  la  navigation  de  la  mer  rouge  : 
leur  Roi  Erythrus, qu'on  croit  avoir 
été  Edom  ,  ou  Efaii ,  en  étoit  le  maî¬ 
tre  ,  &  ne  permettoit  aux  Egyptiens 
d'y  naviger  qu’avec  un  feul  vaifleau 
de  charge  pour  le  commerce  des 
Indes. 

Comme  lesPhéniciens  fe  faifoient 
voir  plus  fouvent  en  occident,  qu’ils 
y  établifloient  des  colonies ,  Thé- 
bes  en  Grèce  ,  Cadix  en  Efpagne, 
Carthage  en  Afrique  ,  il  ne  faut 
pas  s’étonner  que  les  Hiftoriens 
Grecs  &  Romains  les  ayent  cé¬ 
lébrez  ,  comme  les  inventeurs  de 
la  navigation  &  du  commerce.  Ils 
paiïerent  le  détroit  de  Gibraltar, 
&  vifiterent  les  côtes  occidentales 
d’Afrique  ,  tandis  que  d’un  autre 
côté  ,  partant  des  ports  d’Aïlath  & 
d’Ahongaber  à  la  pointe  de  la  mer 
rouge  ,  ils  parcouroient  les  orienta¬ 
les,  alors  nommées  Ophir,  d'où  ils 
apportoient  for.  Quand  Jofué  s’em¬ 
para  de  la  Paleftine ,  les  Phéniciens 
fe  retirèrent  vers  Sidon  ,  &  quel¬ 
ques-uns  paflerent  en  Afrique, où 
Mau  171 6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  405 

ils  avoient  déjà  des  colonies  de  leur 
nation.  L’expedition  de  leur  Hercu¬ 
le  en  ce  païs-Ià  précéda  de  trois  cens 
ans  celle  de  Jafon  en  la  Colchide  , 
&  cet  Hercule  Phénicien  eft  celui 
que  Sanchoniathon  nomme  Melcar- 
thus. 

Les  Indiens  s’adonnèrent  aufli  à 
la  mer  ,  comme  les  Egyptiens ,  avec 
Jefquels  ils  étoient  en  grande  corref- 
pondance,  non  FeuUmenc  pour  avoir 
plus  de  part  au  gain  ,  mais  aufli  par¬ 
ce  qu’une  partie  des  Indes  étoit  ha¬ 
bitée  par  des  Colonies  Egyptiennes  : 
car  que  veut  dire  autre  chofe  cette 
expédition  d’Oflris  aux  Indes,  qu’il 
y  polit  cette  nation,  y  bâtit  des  vil¬ 
les,  &  y  régna  cinquante  deux  ans? 
Si  les  Indiens  eurent  quatre  mille 
vaiflTeaux  fur  le  fleuve  Indus  à  oppo- 
fer  à  Semiramis  ,  l’on  peut  juger 
quelles  flottes  ils  mettoient  en  mer. 
Il  eft  vrai  que  ces  vaifTeaux  étoient 
d’une  pièce  de  bois ,  ou  Faits  de  can¬ 
nes  :  &  il  Faut  croire  que  ceux  de 
mer  croient  d’une  autre  Fabrique. 
L’Egypte  Fubjuguée  par  les  PerFes 
en  perdant  Fa  liberté  ,  perdit  aufli 
Ton  commerce  :  les  vainqueurs  Fe 

Man  17 1 6.  T  ij 


40  6  Mémoires  pour  l'Hi (foire 
l’approprièrent  comme  une -riche 
deDOuille  ,  ils  étoient  proche  des 
Indes ,  &  le  Golfe  Perfique  leur  ou- 
vroit  un  chemin  plus  court  &  plus 
fur.  Ptolemée  Philadelphe  renou- 
vella  le  commerce  de  l'Egypte  avec 
les  Indes  j  &  fes  fucceffeurs  Payant 
laifle  tomber,  les  Romains  le  rele¬ 
vèrent  avec  un  grand  profit.  Stra- 
bon  nous  apprend  qu'une  flotte  par¬ 
tie  d’Alexandrie  ,  remontant  le  Nil  > 
entra  dans  la  mer  rouge  par  un  ca¬ 
nal  ,&  alla  aux  Indes.  Arien  décrit 
les  ports  où  fe  faifoient  les  embar- 
quemens  :  &  il  dit  que  le  pilote 
Hippalus  fut  le  premier  qui  traverfa 
la  mer  qui  fepare  l'Egypte  &  les 
Indes ,  au  lieu  qu’avant  lui  le  voyage 
fe  faifoit  le  long  des  côtes  &  avec 
de  petits  vaifleaux. 

Les  Chinois  font  encore  au  fenti- 
ment.de  l’Auteur  defcendus  des 
Egyptiens  ,  dont  ils  retiennent  plu- 
lieurs  opinions  &  plufieurs  coutu¬ 
mes.  Quoiqu’il  en  foit  de  ce  point , 
ils  ont  été  de  grands  navigateurs ,  8c 
on  a  vû ,  difent  les  annales  d  Or- 
mus  ,  jufqu’à  quatre  cens  vaifleaux 
de  cette  nation  dans  le  Golfe  Perli- 

Mars  171(3. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  407 
que,  fe  décharger  &  Te  charger  de 
précieufes  marchandifes. 

,  Bien  que  la  Perfe  par  fa  fituation 
eût  de  grands  avantages  pour  ^na¬ 
vigation  &  le  commerce  de  mer , 
elle  paroit  en  avoir  peu  profité  ;  ôc 
ces  grandes  flottes  de  Xerxés  &:  de 
Darius  nétoicnt  pas  équipées  & 
montées  par  des  Per  Tes  ,  mais  par 
des  Syriens  &  des  Grecs.  C-e  qui 
marque  leur  extrême  foiblefle  fur 
la  mer  ,  c’eft  que  pour  affûrer  Baby- 
lone  contre  lesinlultes  des  vaifleaux 
ennemis  ,  ils  avoient  embarrafle 
rembouchurede  l'Euphrate  &  celle 
du  Tigre  par  des  cataraâes  ,  ouef- 
tacades.  Ils  confervoient néanmoins 
des  ports  dans  le  golfe  Perfique 
pour  recevoir  les  marchandifes  des 
Indes  ,  &  au  dedans  du  pais  ils  exer- 
çoient>  1er  commerce  par  le  moyen 
des  rivières  &  desbetes  de  charge.. 

Avant  que  les  Egyptiens  ,  dit 
l'Auteur  ,  trafiquaient  en  Orient, 
&  il  faut  que  ces  tems  foient  bien 
reculez,  s’il  eft  vrai  qu’ils  ayent  peu¬ 
plé  de  leurs  colonies  les  Indes  &  la 
Chine  ,  leur  principal  &  prefque  uni¬ 
que  commerce  écoit  1  Arabie  ,  ou  les 
Mars  1716.  ^  ,J1 


4©  8  Mémoires  four  l’Hifloire 
Indiens  de  leur  côté  apportaient 
leurs  marchandifes.  L’entrepofl:  était 
un  port  nommé  Arabie  heureufe, 
qui  n’eft  pas  un  autre  qu’Aden  ,  à 
l’entrée  de  la  mer  rouge  ,  ou  du  gol-  * 
fe  Arabique  ,  &  qui  félon  fon  éty¬ 
mologie  Hébraïque  lignifie  délices* 
La  mer  &  le  Nil  donnoicnt  aux 
Ethiopiens  la  commodité  du  com¬ 
merce.  Ils  navigeoient  fur  ce  fleuve 
dans  des  bateaux  d’une  pièce  de 
bois  ,  ou  faits  de  joncs  :  ceux-ci  fe 
plioient  &  fe  tranfportoient  ailé- 
ment  par  terre  pour  éviter  les  cata-, 
radies ,  ou  lesfautsdu  Nil.  L’Ethio¬ 
pie  fourniifoit  l’or  ,  des  pierres  pré- 
cieufes ,  l’yvoire  ,  quelques  aroma¬ 
tes  ,  les  plumes  d’autruches  ,  le  bois 
d’algummim  :  fur  tout  l’or  y  était  fi 
abondant  ,  que  félon  Heliodore ,  il 
étoit  employé  aux  ufages  où  ailleurs 
on  fe  fert  de  fer.  C’étoit  fOphir ,  où 
Salomon  envoyoit  fts  flottes  fe  char¬ 
ger  de  ce  riche  métal  >  principale¬ 
ment  à  la  côte  de  Sophala. 

Carthage,  colonie  de  Tyr,  fur- 
pafia  toutes  les  autres  nations  par  fon 
habileté  dans  la  marine  ,  &  par  la 
grandeur  de  fon  commerce ,  qui  l’é- 
MarsijiÇ. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  40^ 

leva  à  une  fi  haute  pu  i  (Tance  ,  qu’au 
tems  de  la  troiftéme  guerre  qu’elle 
eue  à  foutenir  contre  les  Romains  , 
&  où  elle  fuccomba  ,  elle  comptoit 
fept  cens  mille  habitans  ,  avoit  fous 
fa  domination  trois  cents  villes,  avec 
une  étendue  de  cotes  de  plus  de  mil¬ 
les  lieu’ës  Françoifes ,  depuis  la  Sy¬ 
rie  jufqu’aux  colonnes  d’Hercule,  & 
encore  bien  loin  au  delà  :  outre  qu’el¬ 
le  avoit  auparavant  conquis  une 
grande  partie  de  TEfpagne  ,  de  1a 
Sicile  ,  la  Sardaigne  ,  &  toutes  les 
ifles  d’alentour.  On  auroit  plus  de 
lumières  fur  le  détail  des  découver¬ 
tes  qu’entreprirent  les  Carthaginois* 
fi  l’on  avoit  les  rélations  que  Han- 
non  &  Himilcon  avoient  écrites  de 
leurs  voyages  ,  celui-là  le  long  des 
cotes  occidentales  de  l’Afrique,  & 
celui-ci  vers  les  côtes  de  l’Europe. 

Thucydide  au  commencement 
de  fon  hiûoire  repréfente  les  Grecs 
dans  les  premiers  tems  comme  des 
hommes  feroces  ,  qui  n’alloient  en 
mer  que  pour  faire  le  métier  de  Pi¬ 
rates  ,  &  pour  piller  les  côtes  :  ce  ne 
fut  qu’après  la  guerre  de  Troie 
qu’ils  prirent  d’autres  idées  de  la 
Mars  1716.  T  iiij 


i  o  Mémoires  pour  rHtftoire 
marine.  Les  Corinthiens  s'y  diflin- 
guerent  les  premiers  ,  &  c'cftà  eux 
que  le  même  Bifiorien  déféré  la 
gloire  d'avoir  inventé  les  galères  à 
trois  rangs  de  rameurs  :  il  remar¬ 
que  que  les  Athéniens  au  teins  mê¬ 
me  que  luivant  le  confcil  de  Thé- 
miftocle  ils  mirent  leur  falut  dans 
leur  flotte  pour  éviter  l'évafion  de 
Xerxês  ,  n'avoient  encore  que  des 
vaifitaux  médiocres  à  un  rang  de  cin¬ 
quante  rameurs ,  la  plupart  lans  être 
couverts  &  fans  tillac  >  mais  Xéno- 
phon  parle  d’Athenes  comme  d'une 
ville  fort  marchande.  Les  Lacédé¬ 
moniens  attachez  aux  loix  févéres 
de  Lycurgue  ,  avoient  méprifé  le 
trafic  &  négligé  la  navigation  :  enfin, 
cette  efpece  d'élévation  d'ame  céda 
à  la  jaloufie  qu’ils  conçûrent  de  la 
gloire  que  les  Athéniens  s’étoient 
acquile  dans  la  marine  ,  fis  s'y  mi¬ 
rent  au fli.  7  hucydide  &  Xenophon 
racontent  l’obflination  de  ces  deux 
peuples ,  les  plus  illufires  &  les  plus 
puifTans  de  la  Grèce  ,  à  fe  faire  la 
guerre  ,  dont  les  actions  principales 
fe  paflerent  fur  mer. 

Il  y  auroit  à  parler  de  plufieurs 
Mars  171 6. 


des  Sciences  ô  des  beaux  Arts .  41 1 

peuples  de  la  Grèce  ,  qui  fe  font 
rendus  célébrés  par  la  voie  de  la  na¬ 
vigation  &  du  commerce  ,  des  Io¬ 
niens,  des  Rhodiens ,  des  Phocéens, 
de  Polycrate  ,  Tyran  de  Samos  ,  de 
Gélon  &  de  Héron  ,  Tyrans  de  S y- 
racufe.  La  mer  médicerranée  leur  pa- 
roiftoic  alors  allez  vafte  ;  &  il  n’y  eut 
que  les  Phocéens  qui  franchirent  le 
détroit  de  Gibraltar  ,  &  oferent  fai¬ 
re  des  voyages  de  long  cours.  Les 
Mirfeiliois ,  qui  étoient  une  de  leurs 
colonies ,  les  imitèrent  :  Euthymé- 
ne  parti  de  Marfeille  s’avança  fort 
loin  vers  le  midi  en  côtoyant  l'Afri¬ 
que  ,  &  Pytheas  parti  de  la  meme 
ville  courut  auffi  loin  vers  le  Nord. 

En  remontant  auxtems  fabuleux., 
on  trouve  Minos  Roi  de  Crete  qui 
arme  une  flotte  pour  donner  la  chaf- 
fe  aux  Pirates  ,  &  le  fameux  voya¬ 
ge  des  Argonautes  dans  la  Col- 
chide. 

Le  fçavant  Auteur  met  une  fécon¬ 
dé  époque  de  la  navigation  &  du 
commerce  aux  conquêtes  d’Alexan¬ 
dre  •,  il  expofe  les  grands  projets  que 
ce  Roi ,  qui  fe  croyoit  tout  poflible, 
avoit  formez.  Ce  qu’il  y  a  de  réel  > 

Mars  1716.  T  v 


4  î  2-  Me moires  pour  ÏHi floire 

c'eft  qu’il  fonda  Alexandrie  ,  qui 
bientôt  attira  à  foi  le  commerce. 

Ptolémée  Philadelphe  fçut  profi¬ 
ter  en  Rai  habile  &  politique  des 
avantages  que  lui  donnoit  Alexan¬ 
drie  pour  établir  un  double  com¬ 
merce  ,  de  l’Orient  avec  l'Egypte  r 
&  de  l'Egypte  avec  l'Occident.  Il 
envoya  en  divers  tems  pour  traiter 
avec  les  Princes  Indiens,  Dionyfiusr 
fçavant  Mathématicien,  Mégafthé- 
ne  &  Damaïchus ,  qui  firent  des  re¬ 
lations  de  leurs  voyages  :  &  afin  de 
faciliter  le  tranfport ,  il  fit  creufer 
un  canal  du  Nil  à  la  mer  rouge,  en- 
treprife  qu’on  dit  que  Sefoftris  avoir 
autrefois  exécutée  ,  &  que  Dariug 
avoir  tentée  ,  fans  y  pouvoir  réüilir^ 
On  ne  peut  fans  étonnement  lire 
dans  Athénée  le  dénombrement  des 
vaifleaux  qu’il  entretenoit  5  fix  vingt 
à  rames ,  &  d'une  grandeur  extraor¬ 
dinaire  ,  plus  de  quatre  mille  autres 
pour  le  fervice  &  la  Tûreté  de  fes 
Etats,  quiétoient  fort  étendus,  pof- 
fedant  plufieurs  villes  dans  l'Afri¬ 
que,  l'Ethiopie  ,  la  Syrie,  &  plu- 
lieurs  provinces  dans  l’Afie  MK 
fleure. 

MM  lji6. 


des  Sciences  &  dis  beaux  Arts,  41  % 

Dans  les  guerres  que  fe  firent  Se- 
leucusj  Antigonus ,  Caiïandre ,  Ly- 
fimaque ,  chacun  d’eux  s'efforça  d’ê¬ 
tre  le  p  us  fort  fur  la  mer.  Deme- 
trius  fils  d’Antmonus  arma  une  flot- 

•  O  X|  , 

te  de  cinq  cens  voiles  :  &  ce  qu  on  y 
admira  le  plus ,  ce  fut  la  grandeur 
des  va ifleaux  ,  dont  quelques-uns 
étoient  à  quatorze  &  à  quinze  rangs 
de  rameurs. 

Les  Carthaginois  s’adonnèrent  à 
la  marine  principalement  en  vûë  du 
trafic  &  du  gain  ,  &  les  Romains  y 
entrèrent  par  l’amour  de  la  gloire  ,  éc 
afin  d’étendre  leur  domination.  Po- 
lybe  *  aflûre  que  les  Romains  avant 
la  première  guerre  Punique  igno- 
roient  abfolument  l’art  de  la  naviga¬ 
tion  ,  qu’ils  paflerent  en  Sicile  au  fe- 
cours  des  Mamertins  l’an  45)0  de  Ro¬ 
me  ,  fur  des  vaifTeaux  empruntez  des 
Tarentins ,  des  Locriens  &  des  Na¬ 
politains  ;  qu’en  45? 3 .  ayant  pris  une 
galere  fur  les  Carthaginois ,  elle  leur 
fervit  de  modèle  pour  en  bâtir  d’au¬ 
tres  ,  &  qu’avec  une  diligence  & 
une  vigueur  merveilleufe  en  foixan- 
te  jours  ils  mirent  en  mer  une  flotte 

*  L.  1. 

Mars  17x6,  T  vj. 


4 1 4  Mémoires  pour  VHiftoire  * 

de  cent  galeres  à  cinq  rangs,  &  de 
vingt  galères  à  trois  rangs,  qui  bat¬ 
tit  celle  des  Carthaginois.  Cepen¬ 
dant  Polybe  *  femble  fe  contredire 
lui  même  >  car  il  rapporte  différcns 
traitez  ,  conclus  entre  les  Romains 
&  les  Carthaginois  ,  le  premier  l'an 
245  ,  fous  les  premiers  Confuls ,  le 
fécond  l’an  402  ,  le  troifiéme  l’an 
473  ;  &  il  y  a  des  articles  exprès  tou¬ 
chant  la  navigation  des  Romains, 
De  plus,  l’an  416,  le  Conful  Mœ- 
nius  s’étant  reudu  maître  du  port 
d’Antium  ,  &  de  la  flotte  qui  y  étoit, 
dépouilla  fix  galeres  de  leurs  épe¬ 
rons  ,  dont  il  orna  la  Tribune  aux 
harangues,  brûla  ces  galeres  dégra¬ 
dées»,  &c  fit  remonter  les  autres  à  Ro¬ 
me,  pour  être  mifesau  lieu  deftiné 
à  la  garde  &  à  la  fabrique  des  vaif- 
•  féaux.  Enfin  ,  la  caufe  de  la  guerre 
de  T arente  l’an  47  2  ,  fut  l’infidélité 
&  la  cruauté  des  Tarentins  à  l'égard 
des  dix  vaifleaux  couverts  &  armez 
des  Romains  qui  s'étoient  appro¬ 
chez  de  leur  port ,  comme  d'un  port 
ami.  Valerius  qui  les  commandoit , 
&  qui  fut  tué  ,  étoit  9  félon  le  té-s 

*  L.  3. 

Mars  171& 


des  Sciences  érdes  beaux  Arts.  4  r  j 

moignage  de  Tite-Live  ,  Duumvir 
naval  ,  c’eft-à-dire  ,  l’un  des  deux 
Magiftrats  à  qui  il  appartenoit  d’é¬ 
quiper  &  d’entretenir  les  flottes  : 
c’etoit  un  Intendant  de  marine.  Il  e(t 
doncévident  que  les  RomainSjavant 
leur  première  entrée  en  Sicile  ,  con- 
noifloient  la  mer  ;  &  tout  ce  quon 
peut  conclure  du  récit  de  Polybe , 
c’eft  que  jufqu’alors  ils  n’avoient  pas 
fait  de  grands  armemens.  Dans  les 
vingt-quatreans  que  dura  la  premiè¬ 
re  guerre  Punique  ,  ils  perdirent 
fept  cens  galères  ,  partie  dans  les 
combats ,  partie  par  les  naufrages  5 
&  les  Carthaginoisen  perdirent  cinq 
cents. 

En  la  fécondé  guerre  Punique  ce 
fut  encore  la  même  activité  des  Ro¬ 
mains  à  préparer  une  flotte.  Celle 
qui  tranfporta  Scipion  en  Sicile  ,  & 
de  là  en  Afrique  ,  étoit  compofée 
de  vingt  galeres  à  cinq  rangs ,  &  de 
trente  à  trois  rangs  ;  &  elle  fut  piete 
en  moins  de  quarante  cinq  jours ,  a 
compter  du  jour  que  les  arbres  fu¬ 
rent  coupez.  #  , 

Ils  firent  enfuite  fentir  leur  fupe- 
xiorité ,  tant  fur  la  mer  que  fur  la 
Maïs  1716, 


4t  6  Mémoires  pour  l'uijloire 

terre  ,  à  Philippe  &  à  Perfée  Rois 
de  Macédoine,  à  Antiochus  Roi  de 
Syrie  ,  aux  Ecoliens ,  aux  Ulyriens. 

Dans  la  dernière  guerre  Punique 
ils  armèrent  une  flotte  de  cinquante 
galères  à  cinq  rangs,  de  cent  flufles, 
&  d’un  grand  nombre  d’autres  vaif- 
feaux.  Comme  Scipionfe  fut  empa¬ 
ré  du  port  de  Carthage  ,  les  Cartha¬ 
ginois  en  creuferent  un  nouveau, 
d’où  ils  firent  fortir  foixante  vaif- 
feaux  ,  ,qui  attaquèrent  ceux  des 
Romains  &  en  brûlèrent  une  partie. 

La  ruine  de  Corinthe  fuivit  de  près 
celle  de  Carthage,  &  peu  après  com¬ 
mença  la  guerre  contre  Mithridate* 
&  puis  celle  contre  les  Pirates. 

Rien  ne  réflftoit  plus  aux  Ro¬ 
mains  du  côté  de  la  mer  Méditerra¬ 
née  y  quand  Céfar  trouva  dans  les 
Gaules  des  peuples  maritimes  à 
dompter.  Ceux  de  Vannes  étoient 
les  plus  puifl'ans  par  le  nombre  &  la 
force  de  leurs  vaifleaux  ,  par  l’habi¬ 
leté  &  l’expérience  de  leurs  gens  de 
mer,  en  forte  qu’ils  fe  trouvèrent  en 
état  de  fe  défendre  avec  une  armée 
navale  de  deux  cents  vingt  voiles, 
qui  néanmoins  fut  vaincue,  comme 
Mars  1 716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  41 7 
Ccfar  le  raconte  en  Tes  Commen¬ 
taires, 

Déjà  l’Angleterre  étoit  un  païs  de 
trafic,  mais  d’une  manière  bien  dif¬ 
férente  d’aujourd’hui.  Car  au  lieu 
que  les  Anglois  regardent  comme 
important ,  &  d’un  profit  très  confia 
dérable  ,  de  faire  le  tranfport  des 
marchandées  qui  Torrent  de  chez 
eux  &  qui  y  entrent,  ils  n’avoient 
alors  que  des  bateaux  de  bois  fort  lé¬ 
gers  ,  &  couverts  de  peaux  ,  peu 
propres  à  foutenir  la  mer:.les  Gaulois 
abordoient  à  leurs  ports ,  &  fur  tout 
ceux  de  Vannes  ,  qui  en  tiroient 
de  grands  avantages..  Les  Efpaguols 
&  les  Phéniciens  établis  en  Éfpagne 
y  navigeoient  auffi  >  &  Strabon  dit 
que  les  marchandées  que  fourniffoit 
l’Angleterre  ,  étoient  des  blez  ,  du 
bétail ,  de  1  or  ,  de  l’argent ,  du  fer, 
des  peaux  &  des  cuirs  ,  des  chiens  de 
chafi'e.  Céfar  ne  parle  ni  d  or  ni  d  ar¬ 
gent  ,  &  Cicéron  dit  exprefiémenc 
qu’il  n’y  en  fa^loit  point  chercher. 
L’étain  &  le  plomb  en  venoient  au  di  s 
ce  qui  fit  donner  aux  îfles  Britanni¬ 
ques  le  nom  de  Caflîtérides. 

L’Auteur  paffe  au  commerce 

Mars  J71& 


4 1 8  Mémoires  pour  l'Hiftoire 
fe  faifoit  dans  les  Gaules  ,  à  Marfeiî- 
le  ,  à  Arles ,  à  Narbonne  ,  à  Lion  ,  à 
Treves  ,  &  dans  les  porcs  fur  l'O¬ 
céan. 

Mais  celui  d’Efpagne  fut  fans 
comparaifon  plus  lucratif  pour  les 
Phéniciens  ,  qui  y  trouvoient  ce 
que  les  Efpagnols  après  bien  de  lié- 
clés  ont  trouvé  au  Potofi  ;  une  telle 
abondance  d'argent,  qu’au  rapport 
d’Ariftote,  ne  pouvant  charger  tout 
celui  qu’ils  ramaffoient ,  ils  en  for- 
geoient  les  ancres  de  leurs  vaiffèaux  : 
&  ils  avoient  ces  trefors  par  échange 
de  chofes  de  peu  de  valeur  &  pour 
quelques  bagatelles.  Us  en  rempor- 
toient  audi  de  l’or  ,  du  fer  ,  de  l’é¬ 
tain  ,  du  plomb ,  du  vin  ,  des  laines 
&  des  étoffes  fines,  des  toiles  fines, 
du  miel  &  de  la  erre,,  du  borax,  du 
vermillon  ,  du  poiffon  falé.  Les  Car¬ 
thaginois  &  les  Romains  profitèrent 
à  leur  tour  de  ces  richeffes.  Le  fça- 
vant  Auteur  dit  que  le  pais  de  Thar- 
fis  ,  fi  fouvent  nommé  dans  l’Ecritu¬ 
re  ,  eft  l’Efpagne  vers  l’embouchu¬ 
re  du  Quadalquivir. 

Le  Pont-Euxin  fut  dès  lesanciens 
îems  fort  fréquente  pour  le  cotu- 

M(trs  jjî6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  41c) 

merce.  Avant  le  faineufe  expédition 
des  Argonautes  ,  les  Egyptiens  y 
ivoient  pénétré  fous  la  conduite 
d'Ofiris ,  &  établi  des  Colonies ,  de 
forte  qu'ils  étoient  regardez  comme 
les  peres  des  Colques.  Ohris  n’en 
demeura  pas  là  ,  &  pouffant  toujours 
Tes  découvertes  remonta  le  Danube 
jufqua  fa  fource.  Ainfice  Héros  fa¬ 
buleux  peupla  d’habitans  le  Midi  & 
le  Septentrion  ,  les  Indes  &  le  Pont- 
Euxin.  Unautce  Héros  Egyptien  & 
cé!ébre  conquérant,  Séfoftris, ayant 
marché  vers  la  Colchide  ,  n'y  trou- 
va  pas  des  compatriotes  qui  le  reçuf- 
fent  avec  applaudiflement ,  mais  des 
ennemis  qui  le  repoufTerent  &  le 
battirent.  Quoiqu’il  en  foit  ,  les 
Grecs  étoient  à  portée  d’y  faire  le 
commerce  ,  &  en  faifoient  un  fort 
grand  :  outre  l’or  &  les  autres  mé¬ 
taux  delà  Colchide,  ils  tiroientdes 
blez,  des  cuirs  &  des  fourrures ,  des 
troupeaux  de  brebis  &  de  chèvres, 
du  miel  &  de  la  cire,  du  lin,  des 
noix  ,  des  plantes  médicinales  ,  &: 
principalement  la  rhubarbe,  la  ré- 
glifle  ,  les  pidaches.  D’ailleurs  ,  la 
pêche  du  Pont-Euxin&  du  Bofpho- 
Mars  1716. 


4io  Mémoires  pour  l'HiJioire 

re  étoit  d’un  grand  rapport  ;  les  Ef- 
turgcons  &  les  Thons  y  étoient? 
abondans  ,  &  lathonint  &  le  caviaf 
fe  débitoient  dans  la  Grèce.  C’eftf 
chofe  remarquable  que  le  revenu  de 
la  pêche  devant  Conftantinople  dé- 
frayoit  la  table  &  fournifîoit  à  l’en¬ 
tretien  de  la  maifon  de  l’Empereur 
Andronique  le  vieux.  Les  Grecs 
pour  la  commodité  &  la  fureté  de 
leur  commerce  bâtirent  plufieurs 
villes  fur  les  côtes  de  cette  mer. 

Entre  les  peuples  d’Italie  qui  fe 
font  faits  de  la  réputation  dans  la 
marine,  font  les  Tyrrhéniens les 
Tarentins ,  les  Spinétes  vers  les  em¬ 
bouchures  du  Pô  ,  &  leurs  voi(in& 
lesLiburniens. 

Nous  voici  à  une  nouvelle  époque 
de  la  navigation  &  du  commerce 
fous  les  Empereurs  Romains  :  la 
perte  des  livres  que  Varron  avoir 
écrits  touchant  la  navigation,  nous 
prive  de  la  connoiffance  de  ce  qui  a 
précédé.  Pour  ne  point  parler  de  la 
guerre  contre  Sexte  Pompée  qui  s’é- 
toit  rendu  formidable  fur  mer  ,  la 
bataille  navale d’Aôlium  ,  qui  déci¬ 
da  de  l’Empire  du  monde  entre  Oc- 

Mars  1716* 


des  Sciences  é1  des  beaux  Arts.  42  r 

ve-Céfar  &  Marc- Antoine  ,  fait 
oir  combien  étoient  grandes  les  for¬ 
es  maritimes  des  Romains.  Les 
lifloriens  qui  comptent  le  moins  de 
aifleaux  des  deux  partis,  en  don- 
ent  pourtant  à  Octave  Céfar  deux 
ms  trente  armez  d’éperons  avec 
rente  quatre  galères  légères  fans 
perons,  &  à  Antoine  cent  foixante 
•eaucoup  plus  forts  &  plus  grands 
ue  ceux  de  fon  ennemi.  Plutarque 
abien  plus  loin  ,  &  dit ,  qu’Oétave 
?  rendit  maître  de  trois  cens  vaif- 
eaux  d’Antoine,  ce  qui  peut  s'ent¬ 
endre  de  vaifleaux  deflinez  au  fer- 
ice  de  l'armée  ,  &  à  d’autres  ufages 
[u’au  combat.  Augufte  après  la  vic- 
oire  ,  &  devenu  maître  de  l’Empi- 
e  ,  partagea  ce  grand  nombre  de 
'aifleaux  en  trois  flottes ,  plaça  l’une 
!t  Fréjus,  l’autre  au  Cap  de  Miféne  , 
atroifiémeà  Ravenne. 

La  réduction  de  l’Egypte  en  pro- 
/ince  de  l’Empire  donna  un  merveil¬ 
leux  accroiflement  au  commerce  de 
Rome.  Celui  des  blez  qui  fe  tiroient 
pour, la  nourriture  de  Rome,&  enfui- 
te  pour  Conftantinople  ,  fefailoir  par 
une  flotte  particulière  nommée/^rd 

Mars  1716. 


4 ii  Mémoires  pour  CHiftoire 
tmbole  ,  fous  la  direction  d'un  Inten¬ 
dant^  d’autres  Officiers  quiavoient 
leur  rapport  au  Préfect  de  l’Annone: 
il  y  a  dans  le  Code  pltilieurs  Edits 
des  Empereurs  à  ce  fujet  ,  pour  ob¬ 
vier  ou  remédier  aux  malverlations 
qui  pouvoient  s’y  commettre.  C'é- 
toit  encore  d’Aicxandrieque  Rome 
&  Conffantinople  fe  fourniffoient 
d’épiceries  ,  de  lin  &  de  toiles  ,  de 
papier  ,  de  verres,  d'étoffes  magnifi¬ 
ques  :&  ce  riche  commerce  s'y  main¬ 
tint  jufqu’au  tems  qu'elle  tomba  fous 
la  domination  des  Sarrazins  j  car 
alors  le  commerce  des  Indes  pritune 
autre  route,  par  Affracan  &  par  Ca- 
fa  ,  où  les  Vénitiens  &  les  Génois  al- 
loient  chercher  les  marchandées: 
mais  comme  celle  d’Egypte  &  de 
Syrie  étoit  plus  commode  ,  il  fallut 
Ja  reprendre.  Le  fçavant  Auteur 
prend  occafion  de  décrire  l’opulence, 
lapuiffance,  les  forces  de  l’Egypte. 
Laiffons  les  anciennes  merveilles  des 
Offris  ,  des  Sefoffris  &  de  fon  fils 
Rhamfés  ,  des  Bocoris,  des  Pfam- 
mis  :  Appien  raconte  avec  pompe 
que  Pto’émée,  qui  s’empara  de  l'E¬ 
gypte  après  la  mort  d’Alexandre,  en- 
Mars  1716. 


des  Sciences  &  des  bedux  Arts.  413 

:retenoit  deux  cens  mille  hommes 
ie  pied  ,  quarante  mille  chevaux, 
rois  cens  éléphans ,  deux  mille  cha- 
iots  armez  de  faux  ,  quinze  censga- 
éres  ,  deux  mille  vaifTeaux  légers , 
5c  huit  cens  de  ces  grands  navires 
qu’on  nommoic  Thalamégues ,  faits 
eulement  pour  le  plaifir  6c  l ’oftenta- 
:ion.  On  a  déjà  vû  l’état  de  la  mari- 
ie|fous|fon  fils  Ptolémée  Philadelphie. 
E'  macin  dit  qu’en  l’an  898  de  Je  sus - 
Ehrist  le  Calife  tiroit  des  reve¬ 
nus  d’Egypte  trois  cens  millions 
deux  cens  mille  écus  d’or  ,  &  néan¬ 
moins  cette  fomme  ,  toute  immenfe 
qu’elle eft  ,  n’égaloit  pas  celle  qu'en 
tiroient  les  Romains. 

•  Afin  d’affermir  le  commerce  de 
ce  côté  là  ,  ils  pouffèrent  leurs  con¬ 
quêtes  dans  l’Arabie  jufqu’au  delà 
de  la  mer  rouge  ,  &  à  Aden  ,  qu’ils 
ruinèrent  d’abord  par  ordre  de  Ciïus 
Céfar ,  &  qu’enfuite  ils  rétablirent 
fi  bien  ,  que  cette  ville  fut  nommée 
le  Port  Romain.  En  effet ,  leur  com¬ 
merce  devint  fi  floriiïant ,  que  Stra- 
bon  afiure  qu’il  vit  fortir  fix  vingt 
navires  de  Myoshormos,  c’eft  à  di¬ 
re  y  du  port  de  la  fouris  3  aujour- 
M*rs  17 1 6. 


414  Mémoires  pour  T Hijlotre 
d'hui  nommé  Cafir  en  la  côte  d’A¬ 
rabie  ,  pour  les  Indes  &:  les  lieux  les 
plus  éloignez  de  l’Ethiopie.  Il  étoit 
il  lucratif  que  félon  le  témoignage 
de  Pline  il  produifoit  le  centuple  ,  & 
que  pour  cinq  millions  de  marchan- 
difes  que  les  Romains  avoient  cou¬ 
tume  de  porter  tous  les  ans  aux  In¬ 
des  ,  ils  en  rapportoient  pour  cinq 
cens  millions.  Les  flottes  partoient 
au  mois  de  Juillet  de  Myoshormos, 
ou  de  Bérénice  ,  ville  bâtie  par  Pto- 
lémée  Philadelphie  ,  &  revenoient 
au  mois  de  Décembre. 

On  ne  voit  pas  dans  là  fuite  la 
même  vivacité  pour  ce  commerce  : 
&  ce  qu’on  en  fçait,  c’eft  que  Firmus 
qui  fe  révolta  en  Egypte  contre 
l’Empereur  Aurelien  ,  envoya  des 
vaifleaux  aux  Indes  ;  &  que  fous 
l’Empire  d’Arcadius  &  d’Honorius 
il  y  avoit  une  flotte  entretenue  dans 
la  mer  rouge. 

Au  refle  ,  ce  n’étoit  pas  la  feule 
voye  de  profiter  des  richefles  des 
Indes  :  elles  venoient  encore  par  la 
Perfe  ,  parla  Méfopotamie,  &  par 
desrontes  plus  avancées  vers  le  nord, 
que  l’Auteur  décrit  avec  beaucoup 

Mars  17 16. 


des  Sciences  ér  des  beaux  Arts .  42  j 

d’érudition.  Tandis  qu’elles  étoicnt 
(i  recherchées,  les  Indiens  d’un  au¬ 
tre  coté  étoient  en  grand  commerce 
avec  les  Seres ,  ou  les  Chinois  :  ceux- 
ci  le  faifoient  feulement  par  échan¬ 
ge  ,  &  y  alloientde  h  bonne  foi  ,  s’il 
en  faut  croire  Mêla  8c  l’Auteur  du 
Périple  de  la  mer  rouge  ,  qu’après 
avoir  expofé  leurs  marchandées  fur 
le  rivage  ,  8c  les  avoir  laiffées  à  con¬ 
sidérer  à  leurs  correspondants ,  ils 
fe  retiroient  ;  8c  puis  retournoienc 
prendre  ce  qui  avoit  été  mis  en  leur 
place. 

Tout  l’ouvrage  cft  mêlé  de  traits 
d’une  fçavante  &  judicieufecritique, 
qu’on  eft  contraint  d’omettre ,  n’é¬ 
tant  déjà  que  trop  longs. 

Article  XXIX. 

HERMANNI  HAMELMANNI 
S.  Theologiæ  Licent.  &  Superint. 
Oldenburgici  opéra  Genealogico- 
hiftorica  de  Weftphalia  &  Saxo- 
nia  inferiori  &c.  C’eft-à-dire  , 
Les  œuvres  de  Herman  Hamelmannt 
Licentié  en  Théologie  &  Superinten~ 
dant  d'Oldenbourg  3  touchant  les  ge- 
Mars  1716. 


4_i 6  Mémoires  pour  ÏHiftoire 

nealogies  &  l'hi foire  de  la  W eftpbalie 
&  de  la  baffe  Saxe  ,  imprimées  par 
les  foins  d'Ernefl  CafinïtrWafierbucb. 
A  Lemgovv  ,  de  l'imprimerie  & 
aux  frais  de  Henri  *  Guillaume 
Meyer,  17 1 1.  In  40  pages  1464. 

Amelmann  naquit  Tan  1525  à 


Neubourd  dans  le  Diocefe 


d'Oinabruc,  &  travailla  de  toutes 
fes  forces  à  étendre  le  Lutheranifme. 
Après  avoir  été  Predicant  en  divers 
endroits ,  il  parvint  à  être  Superin¬ 
tendant  ,  c’eft  à-dire  , .premier  Pre¬ 
dicant  d’Oldenbourg  ,  où  il  mourut 
en 

Son  épais  volume  eft  compofé  de 
quantité  de  pièces,  dont  la  plûpart 
n'avoient  point  encore  été  impri¬ 
mées.  Elles  font  courtes  ;  mais  ce 
n’eft  pas  de  cette  brièveté  qui  dit 
beaucoup  en  peu  de  mots  ,  e’eft 
qu'elles  font  fuperficielles.  Voici 
l’ordre  où  elles  font  difpofées ,  &  ce 
qu'on  a  jugé  de  plus  remarquable  en 
chacune. 

I.  Des  peuples  qui  habitent  U  Weft- 
pbalie ,  Saxons  &  vreftphahens. 

Au  tems  de  Charlemagne  les 
Mars  1716.  principaux 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts  427 

principaux  peuples  de  la  Germanie 
étoient  les  Saxons ,  les  Boïens ,  ou 
Bavarois  ,  les  Francs  :  &  alors  la  Sa* 
xecomprenoit  la  Weflphalie.  Eu- 
trope  &  Orolius  font  les  premiers 
Auteurs  qui  ay.ent  Fait  mention  des 
Saxons  ,  comme  d'un  peuple  qui 
commença  à  fe  faire  connoître  fous 
l’empire  de  Dioclétien  &  de  Maxi¬ 
mien. 

Hamelmann  dit  que  félon  Krant- 
fius  les  Saxons  étoient  divifez  en 
Oftphaliens  &  Weffphaliens ,  c'efè- 
à-dire  ,  en  Pnaliens  orientaux  &  oc- 
dentaux  5  que  le  nom  de  Phaüens 
vient  du  mot  Aleman  B4a/rw,qui 
lignifie  un  poulain  j  que  Vitikind 
portoit  dans  Fes  armes  un  poulain 
noir,  qu’il  changea  en  un  blanc  après 
fon  baptême.  Toutefois  Ton  opinion 
eft  que  les  Saxons  étoient  divifez  par 
la  rivière,  de  Vefer  en  Oflvelds  & 
W eftveldes ,  noms  qui  fubliftenc  en¬ 
core.  11  donne  donc  pour  bornes  à  la 
Welfphalie  le  Vefer  ,  le  Rhin  & 
l’Océan  Septentrional.  Cepaïsétoit 
habité  par  divers  peuples,  Tencte- 
rçs  ,  B  ru  clercs ,  Chamaves  ,  Angri- 
variçns ,  Cherufces  ,  U  biens  ,  Dit- 

Mms  1716.  V 


N 


4^8  Mémoires  pour  VHifloïre 
marfes,  Teutons,  Frifons ,  Mattia- 
çes ,  Ménapiens.  Il  eft  difficile  de 
marquer  précifément  la  demeure 
propre  de  chacun  ,  &  on  ne  voit  là 
deffus  que  des  conjectures. 

II.  h’ Ancienne  vreftphalie,  ou  des  an¬ 
ciens  Duchez,  &  Comtez,  de  la  weflpba- 
lie.  Arminius  &  Witikind  ont  rendu 
leur  nom  célébré  en  défendant  la  li¬ 
berté  Germanique ,  mais  avec  un 
fuccès  bien  different ,  le  premier 
contre  Augufte  dont  il  extermina 
les  légions,  le  fécond  contre  Char¬ 
lemagne,  auquel  il  fut  forcé  de  fe 
foumettre.  Ils  commandoient  dans 
la  Weftphalie,  &  Thiffoire  nJen  mar¬ 
que  point  d'autres  qui  dans  ces  an¬ 
ciens  tems  y  ayent  exercé  quelque 
autorité.  Hamelmann  tire  de  Pencer 
la  genealogie  de  Witiicind  en  cette 
forte.  Sighard ,  à  qui  le  Roi  Dago¬ 
bert  fit  lagune  ,fut  pere  de  Diété- 
ric  ,  à  qui  Charle  Martel  fit  aufli  la 
guerre:  &  Diétéric  le  fut  de  Wer- 
neicin  Duc  d’Angrie  &  d’Ibourg. 
Celui  ci  eut  deux  fils ,  Witikind  en¬ 
fin  dompté  par  Charlemagne  ,  & 
Brunon  :  de  Witikind  I.  naquirent 
Witiicind  II.  &  Wigebert ,  de  Wi- 
Mars  1716, 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  429 

tîKÎnd  ILWitikind  III.&  Ditgreme. 
Witikmd  III.  alla  en  France  fervir 
Charle  le  Chauve  contre  les  Nor- 
•mans  ,  &  y  mena  Ton  fils  Robert, 
que  nous  nommons  le  Vaillant.  Ro¬ 
bert  eut  Otton  ,  ou  Eude  Roi  de 
France  ,  &  Robert  II.  qui  fe  révolta 
contre  Charle  le  (impie.  Hugue  le 
Grand,  fils  de  Robert  II.  fut  pere 
de  Hugue  Opet,  Roi  de  France  & 
tige  de  nos  Rois.  Il  fuppofe  aufli 
comme  une  chofe  confiante  ,  que 
l’ancienne  Maifon  de  Saxe,  qui  a 
donne  tant  d’Empereurs  à  l'Alle¬ 
magne  ,  defeendoit  de  Witikind,  8c 
pour  cette  raifon  les  Ducs  de  Saxe 
Lavenbourg  prenoient  le  titre  de 
£)ucs  d’Angrie  &  de  Weflphalie. 

Dans  la  Weflphalie  font  compris 
les  Duchez  de  W eflphaîie,  de  Berg, 
Clevesjuliers  :  les  principaux Corat 
tez  font  la  Marck  >  Oldembcurg, 
Lippe  ,  Bantheim  5  autrefois  il  y  eut 
un  très  grand  nombre  de  Comtez  , 
qui  aujourd'hui  appartiennent  à 
l’Archevêque  de  Cologne ,aux  Evê¬ 
ques  de  Nlunfler,  Paderborn,  Ol- 
nabruc  ,  ou  à  d’autres  grands  Prin¬ 
ces.  Le  Duché  de  Weflphalie  tom- 
Mars  1716.  V  ij 


450  Mémoires  pour  l'Hi/loire 

ba  en  îa  pofleflion  des  Archevêques 
de  Cologne  l'an  1 1 80.  par  une  con- 
fifcation  fur  Henri  le  Lion  Duc  de 
Saxe  &  de  Bavière. 

III.  Une  defcrïption  ,  ou  pour  mieux 
dire ,  le  catalogue  des  villes  de  la  Weft- 
pbalie. 

IV.  Di  [cours  a  la  louange  de  quelques 
fçavans  de  la  iveftphalie  qui  ont  donne  a 
l'Allemagne  le  goût  de  la  bonne  latinité . 
Le  premier  e(t  Alexandre  Hegius , 
qui  enfeigna  à  Devcnter,  où  il  eut 
Erafme  entre  fes  difciples.  Il  fut  fé¬ 
condé  par  Langius ,  Bufchius,  Mar- 
mellus,  Montan,  &  d’autres,  qui 
déclarèrent  la  guerre  à  la  barbarie 
du  langage  :  fa  manière  de  les  louer  , 
eft  de  rappeler  les  éloges  que  ces 
fçavans  fe  (jS$  donnez  les  uns  aux 
autres.  Ot/cftfurpris  qu’un  admi¬ 
rateur  de  ces  refhurateurs  du  ftyle, 
foit  fi  bas  &  fi  rampant  dans  le, lien. 

Il  ajoute  un  long  catalogue  d’au¬ 
tres  Sça vans  du  même  païs,  &  pour 
y  avoir  fa  place  il  fufhc  d’avoir  en- 
feigné  une  baffe  clafTe  dans  une  peti¬ 
te  ville. 

Toutefois  il  faut  tirer  de  ce  bas 
étage  Rodolphe  Langius,  qui  étantH 
Mars  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  431 

né  d'une  Maifon  diftinguée,  &  avec 
un  genie  rare  pour  la  poëfie  ,  fe  per¬ 
fectionna  à  Rome  ,  d'où  étant  re¬ 
tourné  à  Munfter  fa  patrie  ,  il  fut 
Chanoine  &  Prévôt  de  TEglife  Ca¬ 
thédrale  ,  fe  fit  une  belle  bibliothè¬ 
que  ,  contribua  de  tout  fon  pouvoir 
à  l’avancement  des  bonnes  Lettres , 
ôi  favorifa  ceux  qui  s’y  adonnoient  5 
il  mourut  en  1519  âgé  de  plus  de  8a 
ans.  Hamelmann  lui  fait  dire  après 
avoir  lû  les  propofitions  de  Luther, 
Le  tcms  eft  arrive'  que  les  tenebres  vont 
être  bannies  de  l’Eglife  &  des  Ecoles  3 
enfin  la  yureté de  la  Doftrine  va  être  ré¬ 
tablie  dans  VEglife ,  &  celle  du  langage 
dans  les  Ecoles .  Et  peu  après  Hamel- 
mann  reconnoîtque  Hegius  &  Lan- 
gius  demeurèrent  conftamment  at¬ 
tachez  au  Papifme  ,  &  même  qu’ils 
le  défendirent  par  des  écrits.  Il  leur 
fait  néanmoins  grâce ,  &  il  efpere 
bien  de  leur  falut ,  en  confideration 
de  ce  qu’ils  ont  mis  leur  confiance 
en  Jesus-Christ.  Voilà  donc  , 
félon  cette  maxime ,  les  Catholiques 
dans  la  voye  du  falut ,  &  en  même 
tems  les  Luthériens  &  les  CalviniEes 
condamnez  de  fchifme  en  fe  fepa- 
Mars  17 16.  V  iij  . 


43  i  Mémoires  pour  l*Hi fioire 

rant  d’une  Egliie  qui  conduit  au 
falur. 

»  Pour  Hermann  Bufchiusfce  fut 
un  vagabond  qui  paiîa  toute  fa  vie  à 
parcourir  les  villes  d’Allemagne, 
expliquant  ici  un  endroit  des  an¬ 
ciens  Auteurs ,  là  un  autre ,  &  criant 
partout  contre  le  barbarifme  ;  il  fit 
aufii  des  voyages  en  Italie,  en  Fran¬ 
ce  ,  en  Angleterre. 

V.  Lagenealogie  des  Comtes ,  Barons 
&  Seigneurs  dont  la  Ma; fon  fubfifte  en - 
tore  dans  la  Vefipbalie.  Hamclmann 
compte  trente  neuf  de  ces  Maifons, 
dont  quelques  unes  font  néanmoins 
éteintes,  &  l’étoient  déjà  de  fon  rems, 
comme  celle  de  Tecjclembourg  , 
tombée  en  celle  de  Bantheim  par 
le  mariage  d’Anne  fille  de  Conrad 
dernier  Comte  de  TecKlembours* 

•  Q 

avec  Everwm  Comte  de  Bantheim. 
Il  fait  defeendre  les  premiers  Com¬ 
tes  d’Aldenbcurg  de  Walbert  fils 
de  V/ibert,  ou  Wigbert,&  petit 
fils  de  Witiicind  ,  dont  la  pofterité 
continua  jufqu’au  tems  de  l'Empe¬ 
reur  Henri  IV.  que  Frideric  dOl- 
dembourg  qui  ne  s’étoit  pas  marié  , 
fit  fon  heritier  Elimar  mari  de  fa 

Mm  s  iyi6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  45  $ 
fceur.  Les  R,ois  de  Danemarc ,  les 
Ducs  de  Holftein  ,  defcendent  d’E- 
limar. 

h  VI.  La  genealogie  des  Ducs  &  des 
Princes  de  la  bafte  Saxe.  Au  rems 
d’Hamelmann  on  ignoroit  encore 
que  la  Maifon  de  Brunfvic  tiroit 
fon  origine  d’Azon  -  d’Efte.  11  ne 
monte  pas  plus  haut  qu  a  Henri  le 
Superbe,  auquel  il  donne  le  nom  de 
Guelph  ,  ou  de  Guelphon.  Tou¬ 
chant  les  anciens  Ducs  de  Saxe,, 
dont  une  branche  a  été  terminée  de¬ 
puis  peu  d'années  en  la  perfonne  du 
Duc  de  Saxe  Lavenbourg  ,  &  l’autre 
eft  continuée  dans  les  Princes  d’An- 
halt ,  il  rapporte  deux  genealogie» 
differentes,  l’une  compofée  par  Fa- 
bricius ,  l’autre  prife  d’une  ancienne 
Chronique  de  Saxe. 

VII.  Des  Ducs  de  Cléve  &  de  Berg  , 
&  des  comtes  de  la  Marckz  Ce  n’eft 
qu’une  compilation  de  paffages  de 
Krantius,de  Munfter  ,  de  Pencer, 
d’une  Chronique  d’Ertmann. 

VIII.  Les  Chroniques  de  Munfter , 
d'Ofnabrac  ,  de  Minden ,  compilées  de 
Krantius  &  de  Ernv:n  Ertman .  Celui-ci 
étoic  un  bourgeois  d’Ofnabruc  ,  qui 

Mars  1716.  V  iiij 


434  Mémoires  pour  ÏHiftoire 

a  laifTé  une  chronique  fort  diffufe 
des  Evêques  d’Ofnabruc,  laquelle 
n’avoit  pas  été  irnpriméedu  tems  de 
Hamelmann,  &  peut  être  nel’a  pas 
été  depuis. 

IX.  Des  anciens  Titres  de  Princes ,  de 
Comtes  &  de  Seigneurs  ;  &  des  anciennes 
&  grandes  Maifons  dans  la  baffe  Saxe 
tir  la  wefiphalte  ,  qui  ne  fubfiftent  plus . 
Hamelmann  fait  mention  de  ioj 
Comrez  dévolus  à  des  Evêques  & 
ces  Abbez  ,  &  de  80  qui  ont  pafl’é  à 
d’autres  Princes.  C’eft  autant  de 
grandes  Maifonséteintes.  Celle  qu’il 
regrette  davantage  eft  des  Comtes 
d'Hoye,dont  il  fait  la  genealogie, 
depuis  Vaultier  qui  commandoit  les 
troupes  du  Roi  Henri  TOifeleur 
contre  les  Hongrois ,  jufqu’à  Jodoc 
li.  mort  vers  lan  1560.  Jodoc  IR 
avoit  eu  fept  fils ,  &  fa  Maifon  finit 
en  eux  :  Albert  ,  qui  fucceda  à  fon 
pere  &  mourut  en  1563.  Jodoc  ,  qui 
avoit  été  envoyé  faire  fes  études  à 
Paris,  y  mourut  ;  Otton,qui  fucce-, 
da  à  fon  frere  aîné  Albert  ;  Henri  , 
qui  fucceda  à  Otton  ,  &  mourut  en 
1575  ;  Jean,  mort  enfant  ;  Wolfang 
&  Frideric  Chanoines  de  Strafboung* 
Mars  1-716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  43  y 
Albert ,  Otton  &  Henri  furent  ma¬ 
riez  ,  &  n’eurent  point  d’enfans. 
Après  leur  mort  ,  quoiqu’ils  laiffaf- 
fent  des  fœurs,les  Ducs  de  Brunfwic, 
comme  Seigneurs  de  fief,  faifircnt  le 
Comté  d’Hoye. 

X.  Hifloïre  Ec  clefi  a  fit  que  du  renou¬ 
vellement  de  l’Evangile  dans  la  baffe  Sa¬ 
xe  &  la  Weflphalie.  Comme  Hameï- 
mann  a  été  témoin  de  la  funefle  de- 
folation  qui  arriva  en  Allemagne  par 
rapport  à  la  Religion  ,  qu’il  a  con¬ 
nu  une  grande  partie  des  aéleurs , 
&  qu’il  y  a  fait  aufiï  fon  perfonna- 
ge  ,  ce  qu’il  en  dit  en  fon  £yîe  obf- 
cur  &  plat ,  peut  du  moins  être  con- 
fideré  comme  des  mémoires  de  ces 
-  tems  lugubres  ,  toutefois  avec  la 
précaution  de  ne  pas  fe  fier  à  lui  fur 
les  louanges  outrées  dont  il  comble 
les  Protefians,  &  encore  moins  fur 
les  medifances  plus  outrées  dont  il 
tâche  de  noircir  les  Catholiques.  Au 
travers  de  fes  deguifemens  un  Lec¬ 
teur  judicieux  decouvredans  fespro- 
près  narrations  trois  caufes  du  pro¬ 
grès  du  Luthéranifme  ,  l’audace  des 
premiers  Prédicans ,  la  préfomption 
des  peuples,  l'avarice  des  Princes. 

Mars  1 71 6.  V  v 


43  6  Mémoires  four  IHifioire 

Il  marque  le  nom  de  ceux  qui  en 
chaque  ville  ont  les  premiers  prêché 
le  Luthéranifme  ,  &  on  ne  voit  que 
des  Prêtres  &  des  Religieux ,  dont 
le  premier  crime  eft  l’hypocrifie, 
qui  avec  des  fentimens  heretiques 
dans  le  coeur  ,  continuoient  de  faire 
profefiion  à  Texterieur,  &  de  fuivre 
les  pratiques  de  la  Religion  Catho¬ 
lique  ;  le  fécond  ,  la  dilïimulation 
dans  la  chaire  de  vérité  ,  y  débitant 
d’abord  le  menfonge  &  l’erreur  fous 
des  termes  enveloppez  &  ambigus  jr 
le  troifiéme  ,  l’apouafie  ouverte  & 
déclarée.  On  voit  que  c’eit  le  liber¬ 
tinage  &  l’incontinence  qui  leur  fait 
faire  ces  démarchés  criminelles.  On 
les  voit  s’ériger  en  Prédicateurs  de 
l’Evangile, &  attentera  l’adminiftra- 
tion  des  SacremensfansMiüion  legiti- 
me.On  voit  des  vagabonds  enfeigner 
&  agir  fans  uniformité, fuivre  leur  ca¬ 
price  particulier;  fe  pouffer  les  uns 
les  autres  hors  des  places  qu’ils 
avoient  occupées;  enfin  ,  ne  salîii- 
jettir  à  aucune  réglé  de  doétrine  & 
de  difcipline ,  qu’autant  que  ceux 
d’entre  eux  qui  s’étoient  le  plus  ac¬ 
créditez  les  menaçoient  de  les  faire 
Mars  17 1 6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Art's.  437 
chafier  des  villes;  ils  avoient ,  di- 
foient-ils ,  fecoüé  le  joug  du  Pape  » 
&  ils  devenoient  efclaves  de  Luther: 
ils  meprifoient  l’autorité  de  l’Eglife, 
&  il  leur  falloit  plier  fous  lesdeci- 
lions  des  Théologiens  de  Virtem- 
berg. 

De  telles  gens  ne  meritoient  pas 
d’être  écoutez  :  &  il  fufhfoit  de  leur 
dire  ,  *  Qui  eftis  ?  unde  &  quando  ve- 
nïjiis  ?  Qui  êtes  vous  ?  D'où  &  depuis 
quand  êtes  vous  Venus  ?  Quel  droit 
pouvez  vous  avoir  de  me  troubler 
dans  un  héritage  que  je  tiens  des 
Apôtres  par  une  fucceffion  perpé¬ 
tuelle  ?Cependant  les  peuples  fe  laif- 
foient  feduire,  non  pas  par  une  ap¬ 
parence  de  vertu  en  ces  nouveaux 
venus;  car  qui  pouvoit  ignorer  les 
dereglemens  de  Luther  ,  fon  orgueil,, 
fon  yvrognerie  ,  fon  mariage  fean- 
daleux  ,  &  ainli  des  autres  ?  mais 
parce  qu’ils  annonçoient  la  liberté 
Evangélique  ,  c'eft-à  dire  ,  que  cha¬ 
cun  avec  la  Bible  feule  pouvoit  ju¬ 
ger  de  la  Religion  :  ainli  l’artifan  ,  le 
marchand  ,  chaque  particulier  étoit 
charmé  de  fe  voir  avec  fa  Bible  éle- 

*  Tertullianits  Lib.  de  pr&fcrrpt.  c.  3  7, 

Mars  1716,  V  vj; 


43  8  Mémoires  pour  l Ht fîohe 

vé  au  uelïus  de  Tes  propres  Paftcurs , 
au  deflus  des  Peres,des  Conciles  , 
de  l’Eglife  Univerfelle.  Mais  com¬ 
me  dans  les  révolutions  des  Etats, 
caufées  par  le  prétexte  de  la  liberté 
publique,  les  peuples  ne  font  que 
changer  de  maîtresse  même  ceux  ci 
ne  voyoient  &  n’entendoient  que 
ce  que  Luther  leur  faifoic  voir  &c 
entendre,  c’étoit  à  lui  qu’ils  facri- 
lioient  la  fourmilion  qu’ils  refufoient 
à  i’Eglife. 

D’ailleurs ,  les  Princes  pour  laiiïer 
prendre  coursa  la  nouveauté&  pour 
l’embraffer,  prétextoient  f exemple 
des  Electeurs  de  Saxe  &  du  Land¬ 
grave  de  Heffe  ,  qui  avoient  une 
grande  confédération  en  Allemagne: 
exemple  qui  avoit  d’autant  plus 
d’attrait  pour  eux,  qu’il  les  autorU 
foit  à  s’enrichir  des  biens  Ecclefiâfti- 
ques ,  qu’ils  envahifïoient ,  &  que 
parla  ils augmentoient  trèseonfide- 
rablement  leurs  revenus,  &  éten- 
doienc  leurs  Etats. 

Une  quatrième  caufe  ne  contri¬ 
bua  pas  peu  à  l’accroifTement  du 
mal  ;  &  ce  fut  la  foiblefle ,  ou  même 
la  connivence  de  ceux  qui  paroif. 

Mars  1716. 


des  Sciences  &  des  buuxArts.  439 

Soient  s’y  -oppofer  ,  qui  donnoient 
Jieu  aux  fed: lires  de  triompher  com¬ 
me  d’autant  de  vidoires.  George 
Duc  de  Saxe,  &  fumommé  le  Ca¬ 
tholique  ,  fçut  bien  par  fa  fermeté 
preferverfes  Etats  de  la  contagion, 
de  même  que  Henri  Duc  de  Brunf- 
wic  avant  qu’il  fût  depoiiillé,  & 
Albert  un  des  Ducs  de  Méclebourg. 
Mais  que  penfer  du  Cardinal  Al¬ 
bert  ,  Archevêque  de  Mayence  & 
de  Magdebourg  &  Evêque  d’Hal- 
berftad ,  fi  ce  que  dit  Hamelmann 
étoit  véritable  ,  &  qu’on  croit  abfo- 
lument  faux  ;  que  le  Prélat  fit  pro- 
pofer  à  W inicel ,  Curé  d’une  des  pa- 
roifTes  d’Halberftat,  qui  prêchoit  le 
Luthéranifme  ,  de  continuer  dans 
fon  emploi  à  condition  de  dire  la 
Mefle  feulement  aux  jours  des  prin¬ 
cipales  fêtes,  &  qui  fe  relâcha  en¬ 
core  jufqu’à  n’exiger  de  lui  que  de 
dire  la  MefTe  une  fois  dans  l’année  l 
C’eût  été  par  cette  lâche  condéfcen- 
dance  expofer  les  Sacremens  à  une 
profanation  vifible;  &  infpirer  plus 
d’orgueil  à  un  Curé  apoftat ,  qui  en 
effet ,  rejettant  la  condition  ,  ne  dé- 
fifla  point  de  prêcher  comme  il  avoic 
Commencé. 


44°  Mémoires  four  lf Ht floire 
Ce  qui  regarde  Cleves  &  MunP* 
ter,  font  les  endroits  les  plus  éten¬ 
dus  &  les  plus  remarquables.  Jean 
Duc  de^Cieves  ne  laifla  pas  penctrer 
le  Luthéranifme  dans  fa  Cour  ,  & 
prit  foin  de  l'écarter  de  Tes  Erats  par 
des  Ordonnances  qu'il  fit  touchant 
la  Religion.  Clitfléger  Chancelier 
de  Cleves  ,  &  tout  le  Confeil  du 
Duc,  étoient ,  dit  Hamelmann  ,  en¬ 
têtez  d’Erafme  ,  &  ne  fe  condur- 
foient  que  par  fies  avis  ;  &  Erafme 
les  entretenoit  dans  le  Papifime.  I!  y 
eut  du  changement  fous  le  Duc 
Guillaume  fils  &  fiucceffeur  de  Jean  : 
par  animofité  contre  les  Empereurs 
Charle-Quint  &  Ferdinand  ,  avec 
qui  il  étoic  en  guerre,  &  afin  de  fie 
procurer  l'afliftance  des  Proteftans 
d'Allemagne  ,  il  fie  porta  à  permet¬ 
tre  le  Luthéranifme  ,  il  eut  même  enf 
fa  Cour  un  Prédicant,  &  il  parut 
concevoir  de  l’inclination  pour  ce 
parti-là  :  il  appelÎ2  Caflfandre  auprès 
de  lui ,  &  fit  tenir  des  Conférences 
fur  le  fu jet  de  la  Religion  :  mais  en¬ 
fin  Dieu  lui  fit  la  grâce  de  fe  fauver 
de  fhéréfie  ;  au  moment  qu'il  fem- 
bloit  alier  sV précipiter  >  les  grandi 
M*irs  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  4-4T 

fuccès  du  Duc  d’Albe  dans  les  Païs- 
Bis  l’arrêtèrent ,  &  lui  furent  une 
occafion  de  faire  de  bonnes  réfle¬ 
xions. 

Hamelmann  ,  dans  le  récit  qu’il 
fait  des  Conférences  tenues  à  Duf- 
feldorppar  l’ordre  du  Duc,  ne  fait 
point  de  difficulté  de  dire  que  Me- 
îanchton  étoit  Sacramenraire  ,  & 
Calvinifte  fur  l’article  de  l’Eucha- 
riflie.  Au  contraire ,  il  dit  que  Caf- 
fandre,  quoique  vacillant  fur  la  Re¬ 
ligion,  étoit  Papifte  dans  le  fond, 
&  mourut  Papifte  à  Cologne  ,  après; 
avoir  reçu  les  Sacremens  de  l’Eglife 
Romaine  ;  que  c’étoit  un  homme  à 
nuire  infiniment  au  Luthéranifme  , 
s’il  avoit  vécu  plus  long- teins. 

Quant  à  la  ville  de  Munfter  ,  à  la 
faveur  du  Luthéranifme  qui  s’y  étoit 
introduit ,  les  Anabaptiftes  s’y  éta¬ 
blirent,  &  allèrent  à  un  excès  d’ex¬ 
travagances  ,  qui  en  même  tems  fait 
horreur  ,  &:  caufe  de  la  compaffion, 
de  voir  un  peuple  fufceptible  de  la 
feduéfcion  la  plus  groffiére ,  &  obfti- 
né  à  la  foutenir  jufqu’à  l’extrémité. 
Hamelmann  ,  qui  avoir  converfé 
avec  plufieurs  perfonnes  qui  avoien? 

Mars  1716 


44 1  Mémoires  pour  CHi foire 
été  témoins  de  la  tragique  cataftro- 
phe  de  Munfler  ,  la  rapporte  dans 
toutes  Tes  circonftances.  Bile  tft  élé¬ 
gamment  décrite  dans  l’hiftoire  du 
Fanatifme  imprimée  en  1704.  à  Pa¬ 
ris  ,  &  on  y  renvoyé  le  Leéteur. 

XI.  Ce  volume  finit  par  un  indi¬ 
gne  ouvrage  ,  &  dicté  par  une  bile 
brûlée  contre  Jufte-Lipfe  ,  dont  le 
crime  étoit  d'avoir  ,  en  écrivant  à 
fes  amis ,  raillé  de  la  W efiphalie. 

Article  XXX. 

P  HO  RO  N  O  MI  A  ,  SI  VE 
de  viribus  &  motibus  corporum 
foüdorum  &  fluidoruin  Hbriduo 
&c.  C’eft-à-dire,  Les  loix  du  mou¬ 
vement  j  ou ,  des  forces  &  des  mouve- 
mens  des  corps  félidés  &  liquides  ,  en 
deux  livres .  Par  fean  Hermann  de 
Ba(le  ,  Prcfejfeur  de  Mathématique , 
ci-devant  a  Padouë ,  &  maintenant  a 
Trancfort  fur  l’Oder.  A  Amfterdam  , 
chez  Robert  &  Gérard  Werllens, 
1716.  J«4°.  pages  401. 

SElon  l’intention  de  l'Auteur , 
comme  il  le  marque  dans  fa  pré- 
Mars  1716 . 


des  Sciences  &  des  baux  Arts.  443 

face  ,  ctt  ouvrage  tft  compofé  pour 
les  commençons  ;  &  il  ne  i'eft:  en  ef¬ 
fet  que  pour  ceux  qui  font  déjà  ini¬ 
tiez  dans  les  fccrets  myftares  delà 
Géométrie  des  infiniment  petits,  du 
calcul  différentiel  &  du  calcul  inté¬ 
gral  ,  qui  font  parfaitement  inftruits 
de  la  Statique  ,  &  qui  n'ignorent 
pas  ce  qui  a  été  trouvé  de  plus  fub- 
til  touchant  le  centre  de  gravité  des 
corps.  C’efi  peutétre  un  défaut  des 
nouvelles  méthodes  de  Géométrie, 
ou  du  moins  de  ceux  qui  en  ulent , 
de  ne  ménager  pas  afTcZ  leurs  Lec¬ 
teurs,  &  de  les  prefïer  trop  :.ce  n’eft 
plus  leur  parler  &:  les  conduire,  mais 
leur  indiquer  feulement  par  lignes  , 
où  &  par  où  ils  doivent  aller,  en  leur 
Jaifianc  faire  à  eux  mêmes  un  che¬ 
min  embarrafle  fouvent  des  plus  dif¬ 
ficiles  operations  Algébriques. 

Le  premier  objet  que  s’étoit  propo¬ 
se  M.  Hermann,  étoit  d’examiner  la 
force  &  le  mouvement  des  corps  li¬ 
quides  :  mais  s’étant  apperçu  qu’en 
cela  il  avoit  befoin  de  piufieurs  prin- 
cipesqui  conviennent  également  aux 
corps  folides  &  durs  ,  il  s’eft  déter¬ 
miné  à  traitter  de  ceux-ci.  Il  a  donc 
Mars  1716. 


444  Mémoires  pour  iHi/loire 
divile  Ton  ouvrage  en  deux  livres  , 
le  premier  des  corps  iolides  ,  le  fé¬ 
cond  des  corps  liquides.  Comme 
en  cette  matière  ces  excellens  Géo¬ 
mètres  ,  Meilleurs  Hughen  ,  New* 
ton  ,  Leibnitz  ,  Bernoulüs  ,  Vari- 
gnon  ,  ont  fait  de  belles  &  d’ingé- 
nieufes  découvertes ,  &  qu’elles  font 
difperfées  en  différens  endroits,  il 
les  a  recueillies  ,  &  leur  a  allez  fou- 
vent  donné  un  tour  nouveau  ,  par 
des  démonftrations  qui  femblent  lui 
êcre  propres.. 

Le  premier  livre  efl  encore  divifé' 
en  deux  fe&ions,  &  chacune  fous- 
divifée  en  plufieurs  chapitres,  fans 
que  ta  fuite  des  proportions  foit  in¬ 
terrompue.  Dans  la  première  fection 
il  confidére  les  corps  par  rapport  à' 
Léqui!ibre&  à  I2  direction  commu¬ 
ne  de  leur  mouvement  ;  fûppofé  que 
des  impullions  différentes  aviennenc 
ou  à  plufieurs  joints  enfembîe,  ou  3 
un  feul. 

Par  exemple  ,  il  démontre  cette 
propofition  générale,  &  c'eff  la  cin¬ 
quième  *.  Si  un  corps  A ,  reçoit  en- 
femble  plufieurs  coups,  ou  plufieurs 

*  Figure  J, 

Mars  17164 


Mm  1716.  Ptge  444. 


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des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  445 
npulfions  différentes  entre  -  elles , 

:  quant  à  la  détermination  ,  & 
uant  à  la  force  ou  à  la  vîteffe ,  la 
étermination  &  la  vîtefte  du  mou- 
ement  qui  en  refuitera,  doivent  fe 
éterminer  en  cette  manière. i°.Cha- 
ue  impulfion  fe  marque  par  une 
gne  droite  tirée  du  centre  de  gra- 
ité  du  corps  A  :  telles  font  les  lignes 
iB,  AC,  AD,  AE.  2.0.  Confidé- 
ant  l’extrémité  ou  le  dernier  point 
e  chacune  de  ces  lignes  comme  all¬ 
ant  de  petits  poids  B  ,  C ,  D  ,  E , 
ui  renferment  l’effort  de  chaque 
npulfion  ;  il  faut  chercher  leur 
entre  commun  de  gravité  F.  30.  La 
;gne  droite  AF  du  centre  particu- 
ier  de  gràvité  du  corps  A  ,  au  cen- 
re  commun  de  gravité  des  impul¬ 
sons  ,  fera  la  détermination  compo- 
ée  félon  laquelle  le  corps  A  prendra 
on  mouvement.  Et  la  même  ligne 
VF  multipliée  par  le  nombre  des 
mpulions  donne  la  viteffe  de  fon 
nouvement.  40.  La  ligne MN, tient 
ieu  d’une  balance  fuppofée  ,  fur  la¬ 
quelle  font  prifes  les  diftances  AG  , 
AH,  AI,  AL  des  poids  au  lîi  fup- 
)ofez  B ,  C,  D  ,  E. 

Mars  17 1 6. 


44^  ‘Mémoires  four  l’Hifloire 

5°.  Si  d’aurres  impulsons  *  AS 
AT,  portoicnt  au  delà  de  MN, 
faudroit  pareillement  chercher  leu 
centre  commun  de  gravité  U  ,  t 
multiplier  la  ligne  AU ,  par  le  nom 
bre  de  ces  imputions.  6°.  Alors  for 
mant  un  parallélogramme  des  ligne 
AF  ,  &  AT  ,  multipliées  chacun 
parle  nombre  des  impulsons  de  de 
çà  &  de  delà  NN  ,  la  diagonale  d 
ce  parallélogramme  marquera  la  de 
termination  &  la  viteiïedu  corps  i 
frappé  de  tant  de  coups&  (i  diffé 
rens.  M.  Herman  reconnoit  devoir 
M.  Leibnitz  cette  ingénieufe  propo 
fition. 

On  y  ajoute  deux  corollaires  qu’i; 
doit  auüi  à  Mr.  de  Roberval.  D 
deux  impuîfions  AB  &  AC  donnée 
enfemble  au  corps  A  ,  fe  forme  1; 
compofée  AD  qu’il  feroir  contrain 
de  fuivre  :  mais  fi  au  même  inflant  i 
en  reçoit  une  troifiéme  AE  égale  8 
directement  oppofee  à  AD  compo 
fée  de  deux  prémieres  ,  il  demeure 
ra  immobile  au  point  A  ,  &  comrm 
en  équilibre  entre  ces  trois  impul 
fions ,  donc  lune  eft  égale  aux  deuj 

*  Figure  II. 

Mars  1716. 


Mars  1716.  Page  446. 


Figure  ie. 


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des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  447 

très.  Or  le  point  A  eft  le  centre 
ï  gravité  du  triangle  ÉBC  formé 
r  les  lignes  qui  joignent  les  extré- 
itez  des  trois  impullions  :  &  cela 
;  évident  ,  parceque  la  diagonale 
2  eft  divifée  en  deux  parties  égales 
point  F,  &  que  AF  eft  le  tiers  de 
F.  En  un  mot  ,  le  point  A  eft  le 
ntre  de  gravité  des  points  B  ,  C,  E  ; 
par  conféquent  il  l’eft  autii  du 
angle  BCE. 

Suppofé  trois  i m pu  1  fions  difïeren- 

:  avec  une  quatrième  qui  leur  foie 

a!e  &  oppofée  à  toutes  St  hors  de 

îr  p’an  ,  le  corps  demeurera  enco- 

immobile  &  comraeen  équilibre 

centre  de  gravité  d'une  pyrami- 

fermée,  par  les  bx  lignes  qui  joi- 

ent  les  extremitez  ou  les  derniers 

ints  des  quatre  impulfions. 

Il  paffe  enfuite  aux  prelEons  fur 

levier  courbe  &  fur  une  fuperfi- 

courbe  ;  &  de  là  à  ce  qui  regarde 

corps  pliables  ,  comme  les  cor- 

; ,  les  chaînes  &  les  voiles  fufpen- 
•  • 

es. 

La  fécondé  feétiondu  premier  li- 
•  eft  employée  à  examiner  les 
uvemens  accélérez,  ou  retardez, 
Mars  17 1 6. 


44S  Mémoires  pour  l'HiJloire 
en  quelque  proportion  &  quelqu 
hypothéie  que  ce  foie ,  foit  qu'ils  f 
faflfent  en  la  ligne  perpendiculaire 
ou  félon  des  courbes.  La  propohtioi 
2.5e  mérite  une  attention  particu lié 
re  ,  en  ce  que  M.  Hermann  y  expof< 
une  méthode  générale  pour  trouve 
toutes  les  courbes  résultantes  di 
mouvement  qui  puiffent  s’exprime 
par  nombres ,  qui  excluent  les  quan 
titez  irrationelles  ,  &  font  algébri 
ques.  Il  ajoute  la  confédération  de 
pendules  {impies  &  compofez,  &  1; 
communication  du  mouvement  dan! 
le  choc  des  corps. 

Ce  qui  peut  paroître  furprenan 
en  cette  matière  ,  c’eft  qu’il  afiûr< 
que  h  l’on  s’imagine  trois  corp 
A  ,  B  ,  C ,  en  proportion  continuel 
le  ,  dont  le  premier  A  choque  le  fe 
cond  B  qui  aille  choquer  le  troifié^ 
me  C,  ce  dernier  recevra  plus  d< 
mouvement  que  s’ilavoit  été  choque 
immédiatement  par  le  premier.  En 
forte  que  s’il  y  avoit  cent  corps  er 
proportion  ,  ou  en  raifon  double  ,  & 
difpofez  à  recevoir  de  fuite  le  choc 
les  uns  des  autres ,  le  centième  aprè 
tous  ces  chocs^  aura  incomparable 

Mars  1716, 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  449 
■nent  plus  de  viteffe  ,  que  n'en  avoit 
e  premier  ;  comme  233  8520732310 
il,  li  le  mouvement  a  comrnen- 
:é  par  le  plus  grand  de  ces  corps  ; 
ic  comme  27103713485 146067  à  r, 
li  le  mouvement  a  commencé  par  le 
:>lus  petit. 

Mr.  Hermann  dans  le  fécond  li¬ 
vre  traite  des  corps  liquides  en  qua¬ 
tre  fedions ,  dont  la  première  eft  de 
eur  force  par  rapport  à  leur  pefan- 
leur  ,  ou  à  leur  poids.  Il  n’omet  rien 
de  ce  qui  fe  dit  communément  fur 
['équilibre  des  liqueurs ,  fur  le  poids 
&  le  reffort  de  l’air  ,  il  montre  que 
la  denfité  &  le  reffort  de  l’air  ne  çar- 
dent  pas  la  même  proportion  dans 
les  diverfcs  hauteurs  &  les  divers 
étages  de  rathmofphere.  La  fécondé 
fedion  eft  du  mouvement  &  de  l'é¬ 
coulement  des  eaux.  Et  ft  fur  ces  fu- 
jets ,  qui  font  allez  communs,  il  s’ex¬ 
prime  toujours,  en  profond  Géomè¬ 
tre  ,  que  faut  •  il  attendre  fur  les  au¬ 
tres  ,  qui  en  effet  demandent  une 
Géométrie  rafinée ,  comme  font  ceux 
qui  font  la  matière  des  deux  fec- 
tions  fuivantes  ,  où  il  détermine  la 
force  ÿu  choc  des  liquides ,  &  leur 
f  Mars  1716. 


4$o  Mémoires  pour  l*Hiftoire 
mouvemenr  dans  des  milieux  réfi 
tans?  Là  entre  les  choies  plus  rema 
quables,eft  ce  qui  concerne  la  Théc 
rie  de  la  manoeuvre  des  vaifleaux 
dont  il  a  été  tant  difputé,  &  la  hgu 
re  que  prennent  les  voiles  enflées  pa 
le  vent. 


A  R  T  I  CLE  X  X  x  r. 

c  -  »  r-y  •*.  - 

HISTOIRE  DES  ORDRE. \ 
f  Aionafliques ,  Religieux  &  Militai 
res  y  &  des  Congrégations  fécul'téres  d 
l’un  £r  de  l'autre  (exe  ,  qui  ont  été  et  a 
bhes  \ufqua  prefçnt  &c.  Tomes  III 
&  IV.  A  Paris ,  chez  Thomas  Gol 
Tel i n  dans  la  Grand’ Salle  du  Pa¬ 
lais  ,  à  l'Envie;  1 715.  Tome  111.  in 
■  40.  pages  456. 


TOut  ce  qui  peut  contribuer  à 
faire  lire  un  ouvrage  avec  fruit, 
&  avec  piaifir  ,  fe  rencontre  dans 
celui  du  R.  P.  Hélyot  :  il  eft  édi¬ 
fiant,  par  des  exemples  de  vertu  Sc 
de  fainteté  qu’il  propofe  dans  les 
premiers  Inftituteurs  &  Reforma¬ 
teurs  des  Ordres  Religieux  ;  il  eft 
agréable  par  la  variété  des  prati- 
Mars  j  j  16.  que  s 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  451 
tiques  &  des  exercices ,  &  Je  plaifir 
croit  par  la  vue  de  cette  différence 
d’habillemens  qu’il  repréfente  ;  il 
eff  fçavant  &  critique  ,  dans  la  re¬ 
cherche  de  l’origine  de  plufieurs  Or¬ 
dres  ,  qui  ou  d’elle  même  eff  obfcu- 
re,  ou  l’eff  devenue  par  i  affectation 
des  [Religieux  à  s’en  donner  une  plus 
ancienne. 

On  a  parle  dans  ces  Mémoires  au 
mois  de  Décembre  de  l'année  der¬ 
nière  du  premier  &  du  fécond  tome. 
On  a  vu  le  fécond  rempli  des  Or¬ 
dres  de  Chanoines  Réguliers  ,  ou 
qùi  veulent  l’être ,  parcequ’ils  ont  la 
Régie  rfe  S.  Auguffin  :  le  troifiéme 
&  le  quatriéme_font  des  Ordres,  qui 
fans  prétendre  à  ce  titre  fuivent  la 
même  régie.  Comme  elle  ne  préfcric 
point  un  détail  ld’obfervances  ,  & 
qu’elle  confiffe  en  des  avis  généraux, 
il  n’eff  aucun  goût  de  piété ,  ni  au¬ 
cune  manière  de  fervir  Dieu  ,  à  quoi 
“lie  ne  s’accommode,  également  pro¬ 
pre  à  celui  qui  préféré  le  repos  de  la 
olitude  ,  &  à  celui  qui  fe  fent  de 
attrait  pour  l’a<ff ion.  S.  Auguffin  l’a 
Ecrite  pour  des  filles;  &  cllene  con¬ 
sent  pas  moins  aux  Chanoines ,  aux 
*\  Mars  1716.  X 


'452-  Mémoires  pour  l'Hiftoire 
termites ,  aux  Prédicateurs ,  à  ceux 
qui  combattent  pour  la  délenledes 
Fidelles*  ou  qui  fervent  dans  les  Hô¬ 
pitaux. 

S.  Auguftin  retourné  en  Afrique 
dans  le  deflein  de  quitter  le  monde 
&  d’imiter  la  vie  des  Moines  d’E¬ 
gypte,  fe  retira  avec  quelques  amis 
dans  une  terre  qu’il  avoit  près  de 
Tagade,&  y  demeura  environ  trois 
ans  :  ce  fut  le  premier  Monadere 
d'Afrique.  Ayant  été  ordonné  Prê¬ 
tre  à  Hippone  ,  il  en  établit  un  fé¬ 
cond  dans  un  jardin  que  l'Evêque  Va- 
lere  lui  accorda  :  &  cet  établilfement 
pour  des  Moines  demeura  diftingué 
de  la  Communauté  des  Clercs  qu'il 
inditua  étant  Evêque.  Les  Monafté- 
res  fe  multiplièrent  bientôt  dans  l'A¬ 
frique  ,  &  bientôt  aulli  ils  furent 
dillipez  par  l’invadon  des  Vandales 
qui  furvint  ;  les  Evêques  exilez  avec 
les  Moines  fe  retirèrent  en  divers  en¬ 
droits  &  y  bâtirent  des  Monafteres  > 
S.  Gandïofe  à  Naples,  S.  Fulgence 
en  Sardaigne ,  S.  Eugène  à  Albi  >  & 
d’autres  ailleurs.  On  ne  fçait  pas 
qu’ils  ayent  eû  de  règle  par  écrit. 

Les  Auguftins  rapportent  l’origi- 

Mm  17 16. 


des  Sciences  &des  beaux  Arts.  45^ 

ne  de  leur  Ordre  à  ces  Moines  venus 
d’Afrique  ,  &  conféquemment  à  S, 
Auguftin  :  le  P.  Helyot  laide  à  d’au- 
tresà  examiner  fi  leur  prétention  eft 
bien  fondée. 

Mais  il  ell  certain  que  cet  Ordre  , 
comme  il  eff  aujourd'hui ,  a  été  for¬ 
mé  par  l'umon  de  plusieurs  Congré¬ 
gations  d’Hermites ,  auparavant  dif¬ 
férentes  entre  elles ,  &  pour  l’habit, 
&  pour  les  pratiques  &  Jes  ufages. 
La  plus  ancienne  fut  celle  des  Jean- 
Bonites  ,  ainti  apellée  du  B.  Jean  le 
Bon,  fon  Fondateur,  qui  naquit  à 
Mantouë  en  1168,  commença  à  me¬ 
ner  la  vie  Erémitique  proche  de  Cé- 
féne  en  1209  ,  &  mourut  dans  uti 
lieu  folitaire  proche  de  Mantouë  en 
1149  :  le  Pape  Innocent  IV.  lui  avoir 
donné  la  régie  de  S.  Auguftin.  Celle 
des  Brittiniens  l’avoit  auparavant  re¬ 
çue  de  Grégoire  IX.  fous  le  Pontifi¬ 
cat  duquel  elle  prit  naillance.à  Brit- 
ti ni  dans  la  Marche  d’Ancone  :  la  vie 
yécoittrès  aulfére  :  abftinenee  per* 
petuelle  de  viande  ,  jeûne  depuis  la 
fête  de  la  fainte  Croix  jufqu'à  Pâ- 
qyes ,  &  dans  les  autrestems  le  mer¬ 
credi  ,  le  vendredi  &  le  famedi , 
Mars  X  ij 


454  Mémoires  pour  l’Hiftoîre 

avec  abftinence  d’œufs  &  de  laitage* 
de  même  que  dans  Y  A  vent  qui  com- 
mençoit  à  la  S.  Martin.  Quelques  an¬ 
nées  auparavant  des  Hermites  dif- 
perfcz  par  la  Tofcane  s’étoient  réu¬ 
nis  à  la  vie  commune  ,  &  dans  ces 
commencemens  ne  faifoient  point 
de  vœux,  &  n’étoient  fournis  à  au¬ 
cune  régie  :  Innocent  IV.  leur  donna 
aufïi  celle  de  S.  Auguftin.  Les  autres 
Congrégations  étoient  des  freres  du 
fac ,  ou  de  la  Pénitence  de  Jésus- 
Christ,  des  Hermites  de  S.  Guil¬ 
laume,  des  Hermites  de  S.  Auguf- 
tin  ,  dont  le  B.  Jean  de  la  Caverne 
&  le  B.  Jean  de  la  Celle  avoient  été 
Supérieurs  ,  de  Vallerfuta  ,  de  S. 
Blaife  de  Fano  ,  de  S.  Benoît  de 
Montefabalo  ,  de  la  Tour  des  pal¬ 
mes  ,  de  fainte  Marie  de  Marcetto, 
de  S.  Jacques  de  Montlio  &  de  Loup- 
çaro  proche  de  Luques. 

Alexandre  IV.  dès  la  première  an¬ 
née  de  fon  Pontificat  en  1254.  Pen^a 
à  compofer  un  feul  Ordre  de  toutes 
ces  Congrégations  ;  &  il  commit  cet¬ 
te  affaire,  qui  avoit  fes  difficultez , 
à  Richard  Cardinal  du  titre  de  S. 
Ange  ,  qui  étoit  déjà  Protecteur  des 

Mars  iyi6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  45  j 
Hermites  de  Tofcane.  Elle  ne  pût 
être  conclue  qu'en  1156.  en  une  af- 
femblée  de  tous  les  fuperieurs ,  con¬ 
voquée  par  le  Cardinal  Richard  , 
où  Lanfranc  Septala  ,  General  des 
.  Jean-Bonites  ,  fut  élû  General  de 
tout  1  Ordre.  Le  Pape  par  une  Bulle 
du  13e  d’Avril  de  la  même  année  con¬ 
firma  ce  quis’étoit  fait,  leur  préfcri- 
vit  l'habit  noir  avec  la  ceinture  de 
cuir,  &  les  difpenfa  de  porter  des 
bâtons.  C’eft  que  Grégoire  IX.  par 
une  Bulle  de  la  14e  année  de  fon 
Pontificat ,  avoit  ordonné  que  les 
Jean-Bonites  &  les  Brittiniens  au- 
roient  partout  à  la  main  un  bâton 
long  de  cinq  palmes  ,  c’eft-à-dire  9 
d'environ  trois  pieds  &  demi  ,  ter¬ 
miné  en  haut  par  une  traverfe  en  for¬ 
me  de  béquille  j  &  leur  permettant 
le  choix  du  blanc  ou  du  noir  pour 
leur  habit  ,  leur  avoit  défend_y  le 
gris ,  afin  que  perfonne  ne  fe  méprît 
en  les  croyant  Freres  Mineurs. 

Cependant  les  Hermites  de  S. 
Guillaume,  ou  Guillelmites ,  dont 
les  Supérieurs  avorent  adîfté  à  l’af- 
femblée  ,  s'excuférent  d’entrer  dans 
l’union ,  fur  ce  qu’ils  fuivoient  la  ré-. 

Mars  1716,  X  iij 


4  $6  Mémoires  four  CHifloire 

gle  de  S.  Benoît  ,  &  le  Pape  leur  ac¬ 
corda  de  continuer  en  leurs  premiè¬ 
res  obfervances.  Les  Freres  du  Sac  , 
ou  Sachets ,  retinrent  auffi  les  leurs. 
L’Ordre  des  AuguPins  reçut  la  mê¬ 
me  année  un  nouvel  accroilTemenc 
par  la  jon&ion  des  pauvres  Catholi¬ 
ques  Religieux  ,  la  plûpart  ramaffez 
de  Vaudois-convertis. 

Dans  la  fuite  l’Ordre  s’eP  extrê¬ 
mement  multiplié  >  &  eP  mainte¬ 
nant  divifé  en  quarante  •  deux  Pro¬ 
vinces  ,  la  Vicairie  des  Indes ,  &  cel¬ 
les  de  Moravie  ,  fans  compt-er  qua¬ 
torze  Congrégations  gouvernées  par 
des  Vicaires  Generaux.  Il  a  produit 
lin  grand  nombre  d’hommes  illuf- 
ires  en  fainreré ,  en  fcience  ,  &  éle¬ 
vez  aux  dignitez  EcdéliaPiques. 

Il  eP  en  polTcffion  depuis  le  Pon- 
tiHcat  de  Tean  XXIL  de  l'office  de 
SacriPain  de  la  Chapelle  du  Pape  : 
celui  qui  l'exerce  eP  ordinairement 
fait  Evêque  tn  fartibus ,  il  a  en  fa  gar¬ 
de  tous  les  ornemens  &  le  trefor  de 
la  SacriPie  ,  &  il  fait  l'eflai  du  pain 
&  du  vin  pour  la  Meffe  du  Pape. 
Quand  le  Pape  la  dit  en  particulier  , 
je  SacriPain  avant  l'Offertoire  lui 
'  Mars  171(3. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  45  7 

offre  deux  hoflies  ,  &  il  en  mange 
Upe  ;  un  Camerier  lui  verfe  du  vin 
&  de  l'eau  dans  une  coupe  ,  &  il  l'a¬ 
vale.  Si  le  Pape  dir  la  Mette  en  pu¬ 
blic  ,  le  Ordinal  qui  fait  la  fonction 
de  Diacre,  de  trois  hoflies  qui  font 
préparées ,  en  prefente  deux  à  man¬ 
ger  au  Sacnflain.  Il  adminiflre  au 
Pape  les  derniers  Sicremens,  &  pour 
le  communier  en  viatique  ,  il  a  foin 
de  confervcr  &  de  renouveller  tous 
les  huit  jours  une  grande  hoflie  con- 
facr-ée.  Il  diftribuë  aux  Cardinaux 
les  Mettes  qu'ils  doivent  celebrer  fo- 
lemnellement,  mais  c’eft  après  avoir 
confultéle  premier  Cardinal  Prêtre  : 
il  diftribuë  de  même  aux  Prélats 
attillans  les  Mettes  pour  la  chapelle 
du  Pape. 

Ceux  qu'en  France  nous  appel- 
Ions  Petits  Auguflins  ,  ou  les  Au- 
guflins  de  la  Reine  Marguerite,  du 
nom  de  la  Fondatrice  de  leur  Cou¬ 
vent  de  Paris  ,  ne  font  pas  une  Con¬ 
grégation  particulière  ,  mais  feule¬ 
ment  une  Province  :  ce  ne  fut  d’a¬ 
bord  que  la  Communauté  de  Bour¬ 
ges ,  qui  environ  l’an  1593.  &  par 
les  exhortations  des  Peres  Etienne 

Mars  17 16.  X  iiij 


45  8  Ademotres  pour  ÏHifloïre 

Rabache  &  Roger  Girard  ,  fe  pro- 
pofa  une  plus  grande  régularité ,  que 
d’autres  Couveftts  ont  auffi  embraf- 
fe'e. 

Quant  aux  Auguftins  Déchauiïez, 
ils  forment  trois  differentes  Con¬ 
grégations ,  en  Efpagne  ,  en  Italie, 
en  France  ,  chacune  (ous  la  condui¬ 
te  defon  Vicaire  General  ;  celui  d’I¬ 
talie  étend  fon  autorité  fur  les  Reli¬ 
gieux  d’Allemagne. Comme  ilsn’ont 
pas  les  mêmes  Supérieurs  ,  auffi  ils 
different  dans  leurs  pratiques  :  ceux 
d’Efpagne  font  les  plus  aufteres  ;  & 
il  eft  particulier  à  ceux  de  France  de 
s’entretenir  une  longue  barbe,  qui 
jointe  à  la  forme  &  à  la  couleur  de 
leurs  habits  ,  les  fait  appeller  Capu¬ 
cins  noirs.  Le  P.  Thomas  de  J  e  sus, 
connu  par  fon  excellent  livre  des 
fouffrances  de  Jésus  ,  s’étoit  fait  le 
plan  de  cette  nouvelle  maniéré  de 
vie  dans  fon  Ordre  ,  oùellene  fut 
neanmoins  introduite  que  cinquan¬ 
te  deux  ans  après  fa  mort  &  en  1588. 
par  l’autorité  de  Philippe  II.  Roi 
d’Efpagne  ,  lequel  obtint  du  R. 
P.  General  Grégoire  Petrochin  de 
Montel  Parp  ,  que  le  Couvent  de 

Mars  17  ï6. 


des  Sciences  &  des  beaux  ^ iits .  4^ 

Talavera  feroit  deftiné  à  être  une 
maifon  de  Recolle&ion  :  l’exemple 
des  fervens  Religieux  qui  s’y  retirè¬ 
rent  ,  en  anima  d’autres.  Le  même 
efprit  de  ferveur  fut  porté  en  Italie 
par  le  P.  André  Diaz  ,  &  reçu  pre¬ 
mièrement  dans  le  Couvent  de  No¬ 
tre  Dame  de  l’Olive  à  Naples.  D’I¬ 
talie  il  patTa  en  France  l’an  1596  ,  par 
le  moyen  des  Peres  François  Atpet 
&  Matthieu  de  fainte  Françoife,  à 
qui  le  Prieuré  de  Villar-Benoît  fut 
accordé.  Ces  trois  Congrégations 
font  prefentement  partagées  en  plu- 
fieurs  provinces. 

Les  Auguftins  ontaufli  leur  Tiers- 
-  Ordre,  à  l'imitation,  dit  le  P.  He- 
Jyot ,  des  Francifcains  &  des  Domi¬ 
nicains,  &  ils  ne  l’ont  que  depuis 
1401.  par  une  Bulle  de  Boniface  IX. 
qui  ne  l’inftituë encore  que  pour  des 
femmes  devotes. 

On  ne  fuivra  pas  l’Auteur  ,  en  ce 
qu’il  rapporte  des  Religieufes  Au- 
guftines ,  qui  fe  font  conformées  aux 
obfervances  des  Augultins  ,  appa¬ 
remment  la  conformité  n’eft  pas 
grande  dans  le  Monaftere  des  Vier¬ 
ges  à  Venife  ,  fondé  par  le  Pape  Ale- 

lfttrn  7169  ^.v 


460  Mémoires  pur  rHiJloire 
xandre  III.  lorfqu’il  étoit  en  cette 
ville  avec  l’Empereur  Frideric  Bar- 
berouffe,  qui  confentit  que  fa  fille 
nommée  Julie  s'y  fîtReligieufe  avec 
douze  Demoifelles ,  &  elle  en  fut  la 
première  Abbefie.  Comme  le  Doge 
Sebaftien  Zani  dota  richement  ce 
Alonaftere  ,  le  Pape  en  accorda  le 
patronage  aux  Doges  ,  &  l'exempta 
de  la  jurifdidtion  du  Patriarche.  Il 
n’y  entre  que  des  filles  Nobles ,  & 
on  les  appelle  Getitiles- Donnes  :  en 
Jeur  parlant ,  on  les  traite  d'Illuftrif- 
fimes.  L’Abbeffe  eft  perpétuelle  ;  il 
appartient  aux  Religieufes  de  l’éli¬ 
re  ,  mais  l’éledion  doit  être  approu¬ 
vée  par  le  Doge  ,  &  enfuite  confir¬ 
mée  par  un  Brefdu  Pape.  Le  P.  He- 
Jyot,  qui  s'eft  trouvé  à  l’inftallation 
d'une  nouvelle  Abbefle  ,  la  décrit 
ainfi.  Le  Doge  ,  accompagné  de 
toute  la  Seigneurie  en  robbes  rou¬ 
ges,  le  rendit  à  TEglifedu  Monafte- 
xe  ,  &  après  que  la  MelTe  eut  été 
chantée  pontificalement ,  il  alla  à  la 
grande  grille  au  bas  de  l’Eglife  : 
J'Abbeffe  la  crofle  à  la  main  ,  &  ac¬ 
compagnée  de  fes  Religieufes,  l'y 
attendoit.  Là  après  quelques  compil¬ 
er*  j  y  16 » 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  461 

mens  de  part  &  d’autre  ,  le  Doge 
lui  mit  au  doigt  deux  bagues ,  fur 
l’une  eft  l’image  de  S.  Marc,  en  l'au¬ 
tre  eft  enchafle  un  beau  faphir  ,  & 
puis  il  l’embrafla.  C'eft  cette  céré¬ 
monie  qui  s'appelle  épouler  i’Ab- 
befle. 

On  parlera  encore  d’un  Monafté- 
re  qui  depuis  fon  premier  établiffe- 
ment  a  bien  changé  de  condition. 
C’cft  celui  de  fainte  Marthe  à  Rome, 
bâti  à  !a  Pollicitation  &  par  les  foins 
de  S.  Ignace  ,  pour  renfermer  des 
Penitentes  :  les  Pénitentes  ont  été 
tranfportées  ailleurs  ,  &  le  Monafte- 
re  eft  devenu  un  des  plus  floriflans 
-  de  Rome,  il  faut  être  PrincefTe ,  ou 
de  la  première  qualité  ,  pour  y  être 
reçue.  Il  eft  fous  la  Régie  de  S.  Au- 
guftin. 

La  Religion  de  Malte  a  un  fi  grand 
éclat  dans  le  monde  ,  qu’il  n’eft  pas 
permis  d’ignorer  quelle  a  été  fon 
origine.  Ainiî  omettant  ce  qu’en  dit 
le  P.  Helyot,  on  fe  reftrèindra  à  ce 
qu’il  rapporte  de  l’état  où  elle  eft 
aujourd’hui. 

Quoiqu’à  proprement  parler  elle 
ne  foit  compofée  que  de  Cheva’iers 
Mars  1716.  X  vj 


462,  Mémoires  pour  rHifloire 

&  de  fervans ,  on  peut  néanmoins  en 
diftinguer  comme  quatre  claffes.  La 
première,  des  Chevaliers  de  Juftice, 
qui  y  font  entrez  après  tes  preuves 
requifes  de  Nobleffe  ,  &  ceux-là 
feuls  peuvent  prétendre  aux  digni- 
tez  &  aux  emplois  dont  on  va  parler. 
La  fécondé  des  Chevaliers  de  grâce, 
qui  par  leur  valeur  &  des  fervices 
confiderables  ont  fuppléé  à  ce  qui 
leur  manque  de  noblelTe ,  &  mérité 
d’être  admis  au  rang  des  premiers, 
&  à  jouir  des  mêmes  honneurs.  La 
troifiéme  des  fervans  d'armes,  qui 
font  employez  aux  mêmes  fonctions 
que  les  Chevaliers ,  à  la  guerre  &  au 
fervice  de  l’Hôpital.  La  quatrième 
des  fervans  d’Eglife  ,  ou  des  Chape¬ 
lains  ,  deftinez  aux  fondions  Ecclé-- 
fiaftiques. 

Elle  poffede  fille  de  Malte,  avec 
deqx  autres  petites  aux  environs  , 
nomméesGozo&CominoîleGrand 
Maître  y  exerce  tous  les  droits  de  la 
Souveraineté,  &  le  faucon  qu'il  effc 
obligé  de  faire  prefenter  tous  tes  ans 
le  jour  de  la  Touflaint  au  Viceroi  de 
Sicile ,  n'efl  qu'un  témoignage  de  re- 
connoiffance,  de  ce  que  fEmpereuf 

Mars  iji69 


des  Silences  &  des  beaux  Arts.  463 

Charle-Quint  céda  ces  Iftesà  l’Or¬ 
dre  en  1530. 

Le  gouvernement  eft  monarchi¬ 
que  &  ariftocratique  ;  monarchi¬ 
que,  en  la  perfonne  du  Grand- Mau 
tre,  à  qui  tous  les  fujets  de  la  Reli¬ 
gion  doivent  obéi  fiance  j  ariftocra¬ 
tique  ,  en  ce  que  les  affaires  impor¬ 
tantes  fe  traittent  dans  un  Confeil , 
où  le  Grand-Maître  n'a  que  deux 
voix.  Le  Confeil  eft  ,  ou  ordinaire , 
ou  complet  :  celui-là  eft  compofé 
des  Grands-Croix  ,  &  les  deux  plus 
anciens  Chevaliers  de  chaque  lan¬ 
gue  entrent  encore  dans  celui-ci. 
Ce  qui  dans  les  autres  Religions  fe 
nomme  Province  ,  à  Malte  eft  ap¬ 
pelle  Langue  ;  &  elles  font  au  nom¬ 
bre  de  huit ,  Provence ,  Auvergne  9 
France ,  Italie,  Aragon ,  Allemagne, 
Caftille ,  Angleterre.  Chaque  Lan¬ 
gue  a  fon  chef  refident  à  Malte  ,  & 
communément  appelle  Pilier  ,  quà 
entretient  l’auberge  pour  les  Cheva¬ 
liers  de  fa  nation.  Fs  font  honorez 
des  grandes  charges:  celui  de  Pro¬ 
vence  eft  Grand  Commandeur;d’Au- 
vergne, Grand  MaréchaUde  France, 
JSrand  Hpfpitalier  $  dit alk,  Grand 
Mars  1716. 


4^4  Mémoires  pour  THiftoire 
Amiral;  d'Aragon,  Grand  Confer- 
vateur  ;  d’A’lemagne, Grand  Baillif; 
de  Gdtille,  Grand  Chancelier;d’An- 
gleterre,GrandTurcopolier,ou  Ge* 
îieral  de  JJInfanterie.  La  Langue 
d’Angleterre  nefubhfte  plus. 

Dans  chaque  Langue  il  y  a  de 
Grands  Prieurez  &  des  Bailliages 
Capitulaires;  dans  celle  de  Proven¬ 
ce,  les  Prieurez  de  S.  Gille  &  de 
Touioufe,le  Bailliage  de  Manof- 
quc;  dans  celle  d’Auvergne, le  Prieu¬ 
ré  d’Auvergne  &  le  Bailliage  de 
DevefTel  ;  de  France  ,  les  Prieurez 
de  France,  d’Aquitaine ,  de  Cham¬ 
pagne,  le  Bailliage  de  la  Morée  ,  au¬ 
quel  eit  unie  la  Commanderie  de  S. 
Jean  de  Latran  à  Paris,  la  Threfo- 
rerie  Générale,  à  laquelle  eft  aufli 
unie  la  Commanderie  de  S.  Jean  en 
l’Ifle  de  Corbeil  ;  d’Italie ,  les  Prieu¬ 
rez  de  Rome  ,  de  Lombardie  ,  de 
Venife,  de  Pife  ,  de  Barlette  ,  de 
Mefline,  de  Capouë,&  les  Baillia¬ 
ges  de  fainte  Euphémie  &  de  S. 
Etienne  proche  de  Monopoli ,  de  la 
fainte  Trinité  de  Venofa  ,  de  S.  Jean 
de  Naples;  d'Arragon  ,  la  Chafteî- 
lenie-  d’Empofte  >  les  Prieurez  de 
Mm  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Ans .  465 
Catalogne  &  de  Navarre ,  les  Bail- 

O  _ 

liages  de  Majorque  8c  de  Caipe  y 
d’Allemagne  ,  les  Prieurez  d'Alle¬ 
magne  ,  de  Bohême  ,  de  Hongrie  ,  8c 
autrefois  le  Prieuré  de  Dannemark 
&  le  Bailliage  de  Brandebourg  ;  de 
Caftille  ,  les  Prieurez  de  Calïille,  de 
Leon  ,  de  Portugal,  les  Bailliages  de 
Lango  ou  de  Leza,  de  las  Nueves- 
Villas.  La  Langue  d’Angleterre  avoit 
les  Prieurez  d’Angleterre  &  d’Hi- 
bernie  avec  le  Bailhage  d’Aquila. 
Tous  les  Grands  Prieurs  &  Baillifs 
Capitulaires,  le  Chaftelain  d'Em- 
pofle  8c  le  Thréforier  Général,  font 
les  Grands  Croix  de  l’Ordre  ,  &  ont 
voix  dans  le  Confeil.  L’Evêque  de 
Malte  &  le  Prieur  de  l’Eglife  de 
l’Ordre  joiiifTent  du  même  honneur, 
8c  ne  font  d’aucune  Langue  particu¬ 
lière  ,  non  plus  que  le  Baillif  de 
Chypre  ;  le  Baillif  de  Negrepont  eft 
ou  Aragonois,  ou  Caftillan. 

Les  autres  Maifons  de  la  Religion 
font  nommées  Commanderies ,  dif- 
tribuées  fous  les  Prieurez  ,&  parta¬ 
gées  entre  les  Chevaliers  &  les  fer- 
vants  :  mais  en  chaque  Prieuré  il  y 
en  a  une  Magiftrale ,  ckÜ  *  à  *  dire  a 
Mars  17 1 6, 


4 66  Mémoires  pur  l'Hiftoire 
adignée  au  Grand  Maître  pour  Tar¬ 
der  à  foutenir  fa  dignité.  Par  rap¬ 
port  à  la  maniéré  d’y  parvenir  ,  elles 
fe  diftinguent  en  Commanderies  de 
juftice  &  de  grâce.  C’eft  une  Com- 
manderiede  juftice,  quand  un  Che¬ 
valier  l’obtient  par  droit  d’ancien¬ 
neté  >  qui  fe  compte  du  tems  de  fa 
réception  ,  ou  par  améliorilTement , 
lorfqu’ayant  amélioré  une  Comman- 
derie,  il  pafle  à  une  autre  de  plus 
grand  revenu  ;  mais  pour  être  en 
état  de  faire  valoir  fon  droit ,  il  faut 
régulièrement  qu'il  ait  demeufécinq 
ans  à  Malte  ,  &  rempli  fes  quatre 
Caravannes.  C’eft  une  Commande- 
rie  de  grâce  ,  quand  elle  eft  donnée 
par  le  Grand-Maître  ,  ou  par  les 
Grands  Prieurs ,  qui  ont  droit  d’en 
donner  une  tous  les  cinq  ans ,  fans 
être  alors  obligez  d’obfe.rver  la  dif- 
tindion  de  celles  qui  font  affeétées 
aux  Chevaliers,  ou  au*  Chapelains 
&  fervans  d’armes. 

L’âge  preferit  pour  être  reçu  eft 
de  feize  ans  accomplis,  à  l’exception 
des  Pages  du  Grand  Maître  ,  qui 
peuvent  être  reçus  depuis  douze  ans 
jufqua  quinze,  à  l’exception  aufli 
Mm  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  467 

des  Eccléfiaüiques ,  qui  le  peuvent 
kre  à  dix  ans.  L’ufage  s’eft  pourtant 
introduit  de  demanderau  Pape  une 
difpenfe  d’âge  ,  &  de  faire  recevoir 
dès  l'enfance  des  Chevaliers,  qu'on 
nomme  de  Minorité'.  Ce  qui  y  a 
donné  occafion  ,  fut  un  Decret  du 
Chapitre  général  en  1631.  d'établir 
un  Cloître  ,  qui  feroit  un  Noviciat 
pour  les  Chevaliers  &  les  fervans 
d’armes  ,  &  un  féminaire  pour  les 
Eccléfialbques.  Comme  le  fond  qui 
étoit  nect-llaire  pour  exécuter  ce 
deffein  ,  &  qu’on  jugeoit  devoir  être 
de  cent  mille  écu.s ,  ne  fe  trouvoit 
pas  dans  le  threfoi  de  la  Religion ,  il 
fut  refoîu  d’accorder  cent  difpenfes 
d'âge  ,  les  taxant  chacune  à  mille 
écus.  La  fomme  fut  bien  tôt  rem¬ 
plie  ,  &  enfuite  employée  à  d’autres 
ufages. 

Ces  Chevaliers  de  Minorité  font 
obligez,  à  peine  de  perdre  l’ancien¬ 
neté  de  leur  réception  anticipée  ,  de 
fe  prefenter  à  la  maifon  conventuelle 
en  leur  vingt  cinquième  année, pour 
faire  profeilion  l’année  fuivante  :•'& 
fans  un  Bref  particulier  du  Pape ,  ils 
nefçauroient  différer. 

Mars  1716. 


468  Mémoires  pour  l'H'tJtoire 

Quand  ils  viennent  à  la  Profef- 
fion  ,  il  y  a  bien  dey  cérémonies ,  des 
exhortations  >  &  des  promettes  très- 
édifiantes  :  ils  la  prononcent  en  ces 
termes.  Moi  N  \urc  &  promets  &  f xi  s 
vœu  à  Toutpuijjant ,  a  la  gloneufeVierge 
Marie  &  a  Monfieur  S.  Jtdn  Baptifte 
notre  patron ,  moyennant  fa  grâce ,  d’ob- 
ferver  &■  garder  vraye  obédience  a  celui 
qui  me  fera  commande  de  pardieu  & 
ma  Religion ,  de  vivre  fans  propre ,  &  de 
garder  ch  a  f  été  ,  amfi  qutl  convient  à 
tous  bons  Religieux  Catholiques.  L  /habit 
de  la  Religion  que  les  Proies  doi¬ 
vent  porter,  tft  la  Croix  à  huit  poin¬ 
tes  de  toile  blanche  ,  &  inife  fur  le 
manteau  &  far  lejufte-au  corps  au 
côte  gauche.  Dans  les  combats  ils 
ont  une  fopra  vefte  ,  qui  ett  une  ef- 
péce  de  fcapulaire  ,  de  cou'eur  rou¬ 
ge  ,  avec  une  croix  blanche  devant 
&  derrière. 

Ilyaauffides  Religieufes  du  même 
Ordre.  Le  premier  Monaftere  &  le 
plus  magnifique  eft  celui  de  Sixene, 
entre  Saragotte  &  Lerida  ,  fondé  l’an 
1 1 88  par  la  Reine  Sanche,  fille  d’Al- 
fonfe  Vif.  Roi  de  Caftille  &  femme 
d'Alfonfell.  Roi  d'Aragon,  laquei- 

Mars  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  469 
e  après  la  mort  du  Roi  fon  mari  y 
)rit  l’habit  avec  laPrinceffe  Douce 
a  fille. 

Touchant  l’Ordre  Teutonique 
qui  elt  Hofpita’ier  &  Militaire  fous 
a  protection  de  la  fainté  V ierge  ,  le 
p.  Helyot  dit  fur  le  témoignage  de 
^ierre  Dufbourg  Praire  du  même 
3rdfie,&  qui  en  a  écrit  l’hiftoire  , 
qu'il  commença  en  11^0  devant  la 
ville  d’ Acre  ,  que  les  Chrétiens  af- 
légeoient.  Quelques  Allemans  de 
Lubee  &  de  Brémen  édifièrent  tel¬ 
lement  t’armée  par  leur  zete  &  leur 
charité  à  fecourir  les  malades,  que 
le  Roi  &  le  Patriarche  de  Jérufalem, 
&  les  Princes  qui  étoient  au  fiége  , 
prirent  la  réfolution  d’en  former  un 
nouvel  Ordre.  Quarante  Gentils¬ 
hommes  Allemans  fe  préfenterent 
pour  le  commencer  :  &  le  Pape  Ce- 
leftin  111.  leur  donna  la  Réglé  de  S. 
Auguftin,  &  pour  habit  un  manteau 
blanc  ,  avec  une  croix  noire  fur  le 
côté  gauche  ,  leur  recommandant 
de  fe  conformer  aux  Hofpitaliers  de 
S.  Jean  pour  le  fervice  des  malades 
&  des  pauvres ,  &  aux  Templiers, 
en  ce  qui  étoit  de  militaire  de  d  E.c- 
Mars  1716. 


470  Mémoires  pour  l’Hiftoire 

clébaftique.  Henri  de  Walpot  fut  le1 
premier  Grand  Maître  ,  &  établit  la 
principale  Maifon  de  Ton  Ordre  pro*1 
che  d’Acre  :  il  eut  pour  fuccedeurs 
Otton  de  Kcrpen  ,  Herman  Barth 
&  en  1210  Herman  de  Salza. 

•  Ces  Chevaliers  Teutons ,  ou  AI- 
Jemans ,  rendirent  de  grands  fervi-' 
ces  en  Syrie:  mais  leur  principale 
gloire  eit  d’avoir  fubjugué  la  Prude 
&  la  Livonie  ,  qui  etoient  habitées 
par  des  peuples  féroces  &  ennemis 
du  nom  Chrétien.  A  la  vérité  ils  fu¬ 
rent  aidez  par  la  jonction  d’un  autre 
Ordre  Militaire  „  nommé  des  Porte- 
glaives  &  de  Livonie  ,  parce  qu’ils 
portoient  fur  un  manteau  blancdeux 
épées  pofées  en  croix  ,  &  qu’ils  s’é- 
toient  déjà  fait  des  établiffemens 
confidérables  en  Livonie.  Les  villes 
de  Marienbourg  ,  d’Elbing  ,  de 
Thorn ,  de  Dantzic  ,  reconnoident 
les  Chevaliers  Teutons  pour  leurs 
fondateurs,  de  même  que  celle  de 
Konifberg,choifie  pour  être  la  capi¬ 
tale  du  Royaume  de  Prude, &  dont  le 
nom  rendu  en  François  fignifîe  mon¬ 
tagne  du  Roi ,  ou  Royalmont  :  le 
Grand  Maître  Poppo  d’Ofterne  la 
Mars  1716 . 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  471 

ititeni254,&  la  nomma  ainfi  en 
uonneur  d’Ottocar  Roi  de  Bohé- 
1e  qui  lui  avoit  donné  du  fecours. 
Un  Ordre  devenu  fi  puifTant  par 
conquête  de  ces  grandes  Provin- 
es,  fe  ruina  peu  à  peu  ,  quand  il 
effa  de  combattre  des  Infid elles , 
:  qu'il  s’engagea  en  des  guerres 
erpétuelles  &  obftinées  contre  les 
rchevêques  de  Riga  &  contre  les 
olonois.  Enfin  ,  par  Papoftafie  de 
eux  de  Tes  Grands  Maîtres  il  pér¬ 
it  premièrement  ce  qu’il  poffedoit 
ans  la  Prude ,  &  puis  la  Curlande 
:  la  Senr'galie  qui  lui  reftoient  dans 
Livonie.  Ces  deux  Grands  Maî- 
•es  furent  Albert  de  Brandebourg 
:  Gottar  Kettler,  qui  renonçant  à 
Eglife  Romaine  ,  &  contre  Penga- 
ement  de  leur  vœu,  fe  firent  Lu- 
lériens  &  fe  marièrent,  le  premier 
1  152.6  ,  le  fécond  en  1562.  Laplû- 
art  des  Commandeurs  &  des  Che- 
aîiers  ou  les  avoient  prévenus  ,  ou 
:s  imitèrent  :&  ceux  qui  demeu¬ 
rent  conftans  dans  la  foy  Catholi- 
ue,  furent  contraints  de  fe  retirer 
n  Allemagne,  où  l’Ordre  ne  con- 
;:rve  plus  que  l’ombre  de  fa  gran- 
Mars  1716. 


47 1  Mémoires  pour  l'Hiftoire 
deur  paflée.  Il  y  poflede  des  Om 
manderies  divilées  en  douze  Pro 
vinces  ;  les  Commandeurs  Provin 
ciaux  forment  le  Confeil  ,  &  on 
droit  d'élire  le  Grand  Maître  ,  don 
la  réhdence  eft  à  Marienthal  en  Fran 
conie,  &  le  revenu  d’environ  ving 
mille  écus.  Autant  qu’on  fera  édih< 
de  lire  dans  le  P.  Helyot  les  ftatut 
de  cet  Ordre  en  fa  naiflance ,  autan 
fera  t  on  fcandalizé  du  luxe  que  le; 
richefles  y  introduilîrent  dans  h 
fuite.  »  *  ; 

D’autres  Ordres  font  entièrement 
éteints  ;  celui  des  Hofpitaliers  & 
des  Chevaliers  d’Aubrac  au  Diocéft 
de  Rhodes  ;  celui  des  Freres  du  Sac  , 
ou  de  la  pénitence  ,  qui  cédèrent 
leur  Couvent  de  Paris  aux  Augufbns 

O 

Tan  1295  5  celui  de  F Artige  au  Dia- 
céfe  de  Limoges. 

Autrefois  FHôtel-Dieu  de  Paris 
étoit  deiïervi  par  deux  Communau- 
tez  de  Religieux  &  de  Religieufes: 
&  il  en  étoit  de  même  de  plufieurs 
autres  hôpitaux. 

L’Ordre  des  Freres  Prêcheurs, 
ou  des  Dominicains  ,  fous  la  régie 
de  S.  Auguftin  ,  a  eû  dès  fes  premiers 

Mars  1716. 


des  Setences  &  des  beœux  Arts.  47$ 
commcncemens  un  grand  luftre , 
qui  eft  toujours  allé  en  augmentant , 
par  le  nombre  étonnant  de  fujets 
d'un  mérite  éminent  en  fainteté  & 
en  doctrine  :  il  a  donné  à  fEglife 
trois  Papes  ;  fçavoir  ,  Innocent  V , 
Benoît  IX  ,  &  S.  Pie  V  ,  plus  de  foi- 
Xante  Cardinaux ,  plulîeurs  Patriar¬ 
ches  ,  environ  cent  cinquante  Ar¬ 
chevêques  ,  &  huit  cens  Evêques. 
S.  Dominique  ne  préfcri vit  pas  d’a¬ 
bord  un  autre  habit  à  fe*  Religieux 
que  celui  qu’il  portoit,  Sc  qu  il  avoir 
pris  fe  faifant  Chanoine  Régulier  de 
i’Eglife  Cathédrale  d’Ofmxen  Ef- 
pagne:  il  le  changea  ,  étant  à  Rome 
en  1219  ,  &  l’année  fuivante  dans  un 
Chapitre  Général  tenu  à  Bologne  il 
les  aftreignit  à  une  étroite  pauvreté  , 
en  renonçant  à  toute  pofïeiîion  &  à 
tout  revenu.  L’Ordre  eft  maintenant 
divifé  en  quarante-cinq  Provinces, 
outre  douze  Congrégations,  ou  di- 
verfes  Réformes,  fous  des  Vicaires 
Généraux.  Il  eft  en  pofTeftîon  depuis 
S.  Dominique,  de  l’Oftice  de  Maître 
du  Sacré  Palais  ;&  il  a  long  tems 
tenu  le  tribunal  de  Tlnquifition ,  où. 
il  a  encore  un  grand  crédit. 

Mars  17 1 6. 


474  Mémoires  pour  V Ht Jloire 

S.  Pierre  de  Nolafque  fut  animé 
par  une  révélation  de  la  fainte  Vier¬ 
ge  à  s'employer  à  la  délivrance  des 
Chrétiens ,  qui  réduits  par  les  Mau¬ 
res  en  efclavage,  n’avoient  pas  feu¬ 
lement  beaucoup  à  fouflfrir  pour  le 
corps,  mais  étoient  aulli  en  danger 
de  perdre  leur  ame.  Il  trouva  dans 
une  afTociation  de  pieté  qui  étoit 
à  Barcelonne,  douze  perfonnes  qui 
s’offrirent  de  s’unir  à  lui  pour  une  fî 
bonne  œuvre ,  où  ils  exerceroient  la 
miféricorde  corporelle  &  fpirituelle. 
Six  de  ces  premiers  compagnons  de 
S.  Pierre  de  Nolafque  étoient ,  com¬ 
me  lui ,  Gentils-hommes  &  Laïcs  ; 
fïx  autres  étoient  Prêtres  ;  &  S.  Rai¬ 
mond  de  Pegnafort,  qui  étoit  con- 
feffeur  de  S.  Pierre  de  Nolafque ,  & 
qui  a  voit  eû  la  même  révélation, 
leur  ht  des  ffatuts.  Tels  furent  les 
comrnencemens  de  l’Ordre  de  Nô¬ 
tre  Dame  de  la  Mercy  en  11 18  ,  qui 
fut  Militaire,  compofé  de  Cheva¬ 
liers  &  d’EccléfiaUiques  ,  &  dont 
les  fept  premiers  Generaux  jufqu’en 
1317,  furent  Chevaliers  :  ce  qui  fait 
conclure  au  P.  Helyot ,  que  S.  Pier¬ 
re  de  Nolafque  en  ayant  été  Géné- 
M*trsiyi6.  ral, 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  47  j 

rai ,  n’a  point  été  Prêtre.  Il  y  a  eû  de 
cet  Ordre  un  grand  nombre  de 
Saints  &  de  fçavans,  trois  Cardinaux 
&  plufieurs  Prélats. 

Celui  des  Servites,ou  des  fervi- 
teursde  la  fainte  Vierge,  a  eû  pour 
Fondateurs  en  1233  fept  Nobles  Flo¬ 
rentins,  qui  avoient  exercé  les  pre¬ 
miers  emplois  de  la  Republique.  S» 
Philippe  Benizi  y  fut  reçu  en  1153, 
&  élu  Général  en  1267.  L’Ordre 
étoit  encore  reiïerré  en  quinze  Cou¬ 
vents:  &ce  Saint  l’étendit  jufqu’en 
Pologne  &  en  Hongrie.  Les  Servîtes 
font  aggrégez  aux  quatre  Man¬ 
dants  :  ils  ont  leur  jour  pour  prêcher 
aux  Chapelles  Papales,  &  leur  Gé¬ 
néral  y  a  place  :  ils  font  appeliez  aux 
obféques  des  Cardinaux,  où  les  Do* 
minicains  chantent  les  Vefpres  des 
morts  ;  les  Cordeliers,  le  premier 
Nocturne  ;  les  Auguftins,  le  fécond; 
les  Carmes,  le  troiliéme  ;  les  Servi* 
testes  Laudes.  Entre  plufieurs  hom¬ 
mes  illufires  de  leurOrdre ,  ils  peu¬ 
vent  fûrement  compter  deux  Car¬ 
dinaux  :  ils  s’en  attribuent  huit  au¬ 
tres  ,  qu’on  prétend,  ou  n’avoir  point 
été  Cardinaux ,  ou  n’avoir  point  été 
Servîtes.  Y 


4 y  G  Mémoires  pour  iHiJIoirt 

Sous  le  même  nom  de  ferviteurs , 
ou  de  Serfs  de  la  fainte  Vierge  ,  il  y 
a  eû  des  Religieux  en  France,  donc 
TOrdre  ne  l'ubfifta  que  quatorze 
ans  ,  ayant  été  approuvé  en  1257 
par  Alexandre  IV,  &  fupprimé  en 
1274  au  Concile  de  Lion.  Ils  ont 
laide  au  Couvent  qu’ils  avoient  à 
Paris,  le  nom  des  Blancs  manteaux  : 
le  Roi  Philippe  le  Bel,  du  confen- 
tement  dtfLpape  Boniface  VIII,  y 
mit  en  leuj'place  des  Hermites  de  S. 
Guillaume  qui  étoienc  auparavant  à 
Mont-rouge. 

Le  R.  P.Heîyot  parle  de  plufieurs 
autres  Ordres  Religieux  :  des  Her¬ 
mites  de  S.  Paul  premier  Hermite  , 
qui  ont  des  établiflTemens  confidera- 
bles  en  Hongrie  &  ea  Pologne,  & 
duquel  avoir  été  le  Cardinal  Marti- 
nufïus  Archevêque  de  Shigonie,  fi 
célébré  dans  Phiftoire  de  Hongrie  $ 
des  Hermites  de  S.  Paul  premier 
Hermite  en  Portugal; des  Bethléé- 
mites  ,  ou  Porte-étoiles  ,  d’autres 
Bethléémites  Hofpitaliers  aux  Inde;; 
Occidentales  ;  de  Ja  Magdelaine  ; 
des  Hofpitaliers  de  Notre-Dame  de 
la  Scala  ;  des  Hofpitaliers  de  la  Cha«? 
Mm  iyi6 . 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  477 
rite  de  Nôtre  Dame  qui  l'an  1631 
cederent  le  Couvent  des  Bil Jettes 
aux  Carmes  ;  des  A!exiens ,  ou  Co¬ 
lites;  des  Jefuates  inftituez  l’an  1376 
par  S.  Jean  Coiombin  fous  la  protec¬ 
tion  de  S  Jerome,  &  qui  pendant 
plus  de  deux  fiécles  ne  furent  que 
Frères  Laïcs. 

T  rois  autres  Ordres,ou  trois  Con¬ 
grégations,  ont  de  même  choili  S. 
Jerome  pour  leur  patroô  ,  d’où  le 
nom  leur  eft  venu  d’Hermites  de  S. 
Jerome, &  de  Jeronymites.  Deux  de 
ces  Congrégations  font  en  Italie  ,  ap¬ 
pelles  de  Lombardie  &  de  Pife  ;  la 
troiliéme  eften  Efpagne ,  &  y  a  fait 
de  grands  progrès.  Jofeph  Sigucnça, 
qui  a  écrit  l'hilloire  de  cet  Ordre, 
en  fait  remonter  l’origine  jufqu’au 
tems  des  Prophètes  ,  lui  revendi¬ 
quant  tout  ce  que  les  Carmes  avoienC 
mis  dans  le  leur,  &  encore  davan¬ 
tage  ;  car  il  lui  attribue  S.  Paul  pre¬ 
mier  Hermite,  S.  Antoine,  S.  Pa- 
chorne  ,  S.  Bible  ,  S.  Auguftin,  S. 
Benoît,  &  il  ne  laille  à  S.  Jerome 
que  de  l’avoir  dilaté.  Tout  ce  langa- 
ga  (îgnihe  qu’il  y  a  toujours  eû  dans 
j’Eglife  des  perfonnes  qr:  fe  propo- 
Marsi7i6.  Y  ij 


47$  Mémoires  pour  l’Hiftoire 

fant  de  fervir  Dieu  avec  plus  de 
tranquillité  &  de  perfe&ion,  ont  re¬ 
noncé  au  monde  &  cherche  la  foli- 
tude&  la  retraite. 

Quant  à  l'Ordre  particulier  des 
Jeronymites  d'£fpagne,fes  premiers 
Auteurs  furent  fept  ou^  huit  Hermi- 
tes  venus  d’Italie  ,  où  ils  s’étoient 
exercez  en  la  vie  érémitique  fous  la 
conduite  du  P. Thomas  de  Sienne, 
qui  faifoit  profeflïon  du  Tiers -Or¬ 
dre  de  S.  François  ;  &  par  humilité 
Fe  nommoit  Thomafuccio  ,  c'eft-à- 
dire  ,  le  petit  Thomas.  Cette  colo¬ 
nie  d’Hermites  pafla  en  Efpagnc 
fous  le  régné  d’Alfonfe  XI ,  qui 
mourut  en  1350,  &  s’étendit  peu  à 
peu  dans  les  Royaumes  de  Caftille 
&  de  Valence.  Quelques  perfonnes 
de  conlldérations’y  joignirent.  Pier-J 
re  Ferdinand  Pécha ,  Chambellan 
du  Roi  Pierre  le  cruel ,  Alfonfe  Pé¬ 
cha  fon  frere ,  Evêque  de  Jaën ,  Fer¬ 
dinand  Yanez  deFiguera,  Chanoine 
de  Tolede  &  Chapelain  Majeur  de 
la  Chapelle  des  anciens  Rois.  Ils  bâ¬ 
tirent  des  cellules  feparées  autour 
d’une  Chapelle  dediée  à  S.  Barthé¬ 
lémy  ,  proche  de  Lupiana  ,  dans  le 

Mars  1716* 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  47^ 
Diocéfe  de  Tolède ,  &  en  fuite  ils  fe 
réunirent  à  la  vie  commune.  Pierre 
Ferdinand  Pécha  obtint  du  Pape 
GregoireXr.  en  1373  ,  la  confirma¬ 
tion  de  ce  nouvel  établiffement  fous 
la  Régie  de  S.  Auguftin  ,  &  pour 
habit  une  tunique  de  drap  blanc, 
avec  un  Scapulaire ,  un  manteau  & 
Un  petit  capuce  de  couleur  tannée , 
qui  font  maintenant  changez  en  noir. 
Le  Prieur  de  S.  Barthelemi  de  Lu- 
piana  eif  Général  de  l'Ordre,qui  eft 
devenu  très-puiflant,  comme  on  va 
le  voir. 

Il  a  à  Notre-Dame  de  Gadaîoupe 
.  un  Monaftére  fi  grand  &  fi  fpacieux, 
qu'en  1560  le  Roi  Philippes  ll.avec 
l'Archiduc  Rodolfe  ,  qui  depuis  fut 
Empereur ,  &  l'Archiduc  Erneft ,  y 
féjourna  vingt  jours  ,  fans  que  les 
Religieux  ,  qui  font  au  nombre  de 
fix  vingt,  en  fuflent  incommodez. 
Ce  Monaltére  entretient  un  féminai- 
re  de  quarante  jeunes  Clercs,  qui 
afilftent  en  furpîis  au  Chœur  avec 
Us  Religieux  ,  deux  hôpitaux,  l'un 
pour  les  hommes ,  l’autre  pour  les 
femmes  ,  deflervis  par  quarante 
Oblats  &  autant  d’Oblates;  il  »ôur- 

Mw  1716.  Y  iij 


480  Mémoires  pour  t’HiJIoire 

rit  plus  de  fept  cens  perfonnes ,  en  y 
comprenant  les  domefiiques  &  les 
ouvriers  ,  fans  compter  les  Pèlerins 
qui  y  font  reçûs  pendant  trois  jours , 
&  qui  quelquefois' s'y  trouvent en- 
femble  plus  de  deux  mille.  Tous  les 
jours  on  diftribuë  du  pain  à  la  porte, 
&  tous  les  ans  plus  de  deux  cens 
montons  avec  un  grand  nombre  de 
fouliers,  on  dit  que  le  jour  de  la  Na¬ 
tivité  de  la  fainte  Vierge  c'eft  ordi¬ 
nairement  huit  cens  paires.  La  fa- 
eri Aie  eil  une  des  plu.s  riches  de 
l'Europe. 

Le  Monaftére  de  S.  Laurent  de 
ï’Elcurial  cède  à  celui  de  Notre- 
Dame  de  Gadaloupe  pour  les  reve¬ 
nus,  qui  font  pourtant  de  quarante 
mille  écus  ;  il  le  furpafle  en  magni¬ 
ficence.  On  y  compte  dix  fept  dor¬ 
toirs,  vingt  deux  cours,  onze  mille 
feneftres ,  huit  cens  colomnes,  il  en¬ 
tretient  audi  fix  vingt  Religieux  & 
lin  féminaire  de  cent  quatre  vingt 
jeunes  Ecc’éhaftiques.  Il  y  avoit  une 
Bibliothèque  de  plus  de  cent  mille 
volumes,  tant  manuferits  qu’impri¬ 
mez,  dont  une  partie  fut  confumée 
par  un  incendie  en  1671.  L’Egüfe 
Mars  17 1 6. 

\ 


des  Sciences  &  des  be/tuxjlrts.  481 
eft  d’une  belle  architecture  ,  ornée 
défigurés  de  bronze  dorç  d’un  tra¬ 
vail  admirable:  l’autel  eft  eftiméun 
million  ,  &  le  tabernacle  deux  mil¬ 
lions.  La  cuftode  pour  garder  le  S, 
Sacrement  eft  d’une  pierre  plus  pré- 
cieufe  que  le  Porphyre,  de  Ja  hau¬ 
teur  d’un  homme  &  de  l’epaifteur  de 
deux  brades ,  eftimée  cinq  cens  mil¬ 
le  écus;  le  S.  Sacrement  repofe  dans 
un  vafe  d’agathe,  &  le  defius  de  la 
cuftode  eft  enrichi  d’une  émeraude 
de  la  grofTeur  d’un  œuf,  &  d’un  prix 
ineftimable.  Les  autres  vafes  facrez& 
les  ornemens  répondent  à  cette  ri- 
chefTe,  Les  ftales  ou  les  chaifes  du 
Choeur  font  d’un  bois  apporté  des 
Indes ,  &  ont  coûté  plus  de  vingt 
quatre  mille  écus  ;  l’architecture  des 
orgues  a  coûté  vingt  fept  mille  du¬ 
cats. 

Les  Monafteres  de  S.  Jerome  de 
Jufte  ,  où  fe  retira  Charle  Quint ,  de 
Nladrit  ,  de  Seville  ,  de  Bélem  en 
Portugal  y  pofledent  aufti  de  grands 
biens. 


Mars  1716- 


48  z  Mémoires  pourl'Hifloire 

Article  XXX  TJ. 

TRACTATUSDE  IMPUTATIONS 
divina  pcccati  Adarni  pofteris  ejus 
izniverîis  in  reatum.  C’efhà-dire  , 
Traité  touchant  L'imputation  du  péché 
A' Adam  a  tous  fes  defcendans  ,  pour 
les  rendre  criminels .  P ar  Daniel  Whu 
tey  Prof e fleur  de  Théologie  &  Vrécen - 
teur  de  LEglife  de  Sahjberi.  A  Lon- 
-  Arts  ,  aux  frais  de  Jean  Wajat ,  à 
la  Rofe  ,  dans  le  ciraetiere  de  S. 
Paul,  171  i,ln$°,  pages  21 

L'Auteur  n’ignoroit  pas  à  quoi  il 
s'engageoit  en  compofant  &  en 
publiant  cet  ouvrage.  “  Jem’expofe, 
dit  il  en  fa  préface,  à  la  haine  pu- 
»  blique  &  aux  opprobres.  Je  fuis  un 
«  homme  de  rien,  chargé  d’un  grand 
„  poids  de  vrais  pechez  ,  fous  lef- 
«  quels  je  gémis  :  &  je  vois  encore 
„  qu’on  fe  foulevera  contre  moi , 
„  comme  contre  un  hérétique,  qu’on 
„  me  dénoncera  comme  un  fchifma- 
tique ,  le  grand  nombre  me  regar- 
»  dera  comme  un  ferpent  caché  ,  & 
»  répandant  le  poifon  dftis  l’Eglife  , 
Mais  1716 . 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  48  5 

„  peu  me  feront  grâce  &me  pardon- 
„  neront.  En  effet,  il  a  fcandalifé  non 
feulement  les  Catholiques,  mais  tou¬ 
tes  les  feéles  qui  retiennent  le  nom 
de  Chrétiens ,  à  l'exception  des  So- 
ciniens  &  des  Anabaptiftes,  qui  font 
ce  peu  ,  dont  il  a  à  attendre  >  non 
pas  mifericorde  &  le  pardon  ,  mais 
l'approbation  &  l'applaudifïement. 

Si  l'on  s'eft  déterminé  à  parler  de 
cet  indigne  ouvrage  ,  c’eft  pour  fai¬ 
re  comprendre  de  plus  en  plus  que 
la  fourmilion  à  l’Eglife  eft  le  feul 
rempart  contre  l'erreur.  L'Angleter¬ 
re  l’ayant  renverfé,  ce  rempart ,  eft 
ravagée  par  toutes  les  héréües  &  par 
l'impiété  :  c'eft  tous  les  jours  des  li¬ 
vres  pernicieux  ,  &  qui  s’y  débitent 
publiquement  ,  &  dont  les  Auteurs 
lie  fe  cachent  point. 

Celui-ci  fe  déclare  ouvertement 
pour  Pelage  contre  le  dogme  Catho¬ 
lique  du  péché  originel.  Avant  que 
d'aller  plus  loin ,  on  rapportera  l'ex¬ 
cellent  raifonnement  de  S.  Auguftin, 
qu’il  expofe  avec  une  méthode  & 
une  netteté  charmantedans  fes  livres 
des  mérités  de  la  remijfion  des  pecbez* , 
&  qu’il  ramene  en  plufieurs  en- 

Mars  17 1 6,  Y  v 


4I4  Mémoires  pour  V  Ht  flotte' 

droits  de  fes  livres  contre  Julien# 
Toute  l’ceconomie  de  l’incarna* 
tion  fe  réduit  à  deux  veritez  qu’il 
faut  ou  admettre  ,  ou  renoncer  au-* 
Chriftianifme.  La  première,  Jesus- 
Christ  n’eft  Jésus  ,  c’tft  à-dire  ,. 
Sauveur  ,  qu’à  l’égard  de  ceux  qui 
font  pécheurs.  Vous  le  nommerez.  J E- 
SVS  ,  dit  l’Ange  à  Jofeph  ,  parce - 
qu’il  fauvera  fon  peuple  en  le  délivrant 
de  fts  pecbez.  Lui  même  déclarant  la 
caufe  de  fa  venue  dans  le  monde:. 
4e  ne  font  pas  les  faïns ,  dit  il ,  'maïs  les 
malades  qui  ont  befoin  de  medecm  ;  je  ne 
fuis  pas  venu  pour  appellcr  les  jufles , 
mais  les  pécheurs .  S.  Paul  s’explique 
de  la  même  manière  :  C’eft,  dit-il, 
me  venté  certaine  ,  &  que  nous  fommes 
obligez  de  reconnoître  ,  que  J  e  s  u  $- 
Christ  eft  venu  dans  le  monde  pour 
fauver  les  petheurs.  Ainfî  toute  l’Ecri¬ 
ture  le  repréfente  comme  Sauveur  : 
ce  qu’il  a  opéré,  c’eft  rédemption  , 
réconciliation  avec  Dieu,  renouvel¬ 
lement  ,  régénération  ,  délivrance 
de  la  fervitude  du  Démon  &  du  pé¬ 
ché  5  il  nous  a  lavez  ,  fa  its  enfans  de 
Dieu  ,  il  a  réparé  le  mal  que  nous 
«avoit  fait  Adam.  Il  faut  donc  avoir 
Mars  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  48/ 

été  dans  le  malheureux  état  du  pé¬ 
ché  ,  avant  que  de  l'avoir  pour  JE¬ 
SUS,  avant  que  de  participer  à  Tes 
bienfaits  &  a  fes  grâces. 

La  fécondé  vérité.  Il  n’y  a  point 
aux  hommes  de  falut  à  attendre  qu2 
par  Jesus-Christ,  &  S.Pier- 
re  l’annonce  hautement  :  Il  ny  a 
■point  de  falut  en  nul  autre  ;  car  fous  le 
Ciel  il  nefl  point  d'autre  nom  accorde' 
aux  hommes  en  vertu  duquel  nous  de¬ 
vions  être  fauves.  Il  dit  de  lui  même  : 
Je  fuis  la  voye ,  la  vérité  &  la  vie  3  per- 
fonne  ne  va  au  Ptre  que  par  moi. 

Or  Jesus-Christ  eft  audà 
JESUS  &  Sauveur  pour  lesenfans, 
ils  ne  font  ni  exclus  de  fes  bienfaits , 
ni  privez  de  Tefperance  du  falut.. 
Donc  les  enfans  ont  été  en  état  de 
péché  ,  &  font  nez  pecheGrs  ,  avant 
que  d’être  régénérez  en  J e  s  us- 
Chris  t,  &  d’être  mis  dans  la  voye 
du  falut.  Soutenir  le  contraire  ,  c’eft 
cruauté  envers  eux,  leur  ôter  JESUS, 
&  pour  une  innocence  prétendue 
les  exclure  abfolument  du  bonheur 
éternel.  Il  y  a  même  en  cela  ,  fup- 
pofé  Pceconomie  de  l’Incarnation  , 
une  contradiction  évidente  ,qui  con- 
Mms  1716,  y  vj 


4$ 6  Mémoires  pour  FHiflokt 
fi fie  en  ce  que  les  enfans  avec  leur 
innocence  feroient  autant  éloignez 
du  falut  que  s’ils  étoient  en  péché. 

Mais  comme  on  a  ici  affaire  aux 
Sociniens  &  aux  Anabaptiftes ,  hé¬ 
rétiques  plus  déterminez  que  les  Pé- 
lagiens ,  qui  nient  le  dogme  de  l’In¬ 
carnation  comme  celui  du  péché  ori¬ 
ginel  ,  du  moins  doivent-ils  recon- 
noître,  quej e  sus-Christ,  dans 
Je  deffein  de  fon  Pere  qui  Pa  envoyé, 
«fl  venu  fauver  les  pécheurs  qu’il 
n’y  a  point  de  falut  finon  par  fon 
*  moyen.  Ces  deux  points  accordez  , 
le  raifonnement  de  S.  Auguflin  re¬ 
tient  toute  fa  force ,  &  démontre  in¬ 
vinciblement  Pexiftence  du  péché 
originel. 

Voyons  maintenant  comment  M* 
Whitey  fe  prend  à  attaquer  cet  arti¬ 
cle  de  la  foi  de  PEglife.  Il  divife  fon 
ouvrage  en  dix  chapitres.  Dans  le 
premier  il  dit,  que  la  peine  qu’en¬ 
courut  Adam  par  fon  péché  ,  &  en 
laquelle  il  entraîna  toute  fa  poflériré* 
fut  la  mort  du  corps ,  mort  éternel¬ 
le  ,  fans  efpéranced’en  revenir  &  de 
réfurreélion.  Delà,  continué  t- il , 
jiaiffent  toutes  les  paffions  &  tous  les 

Mars  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts ,  487 

éfordres ,  les  hommes  ne  fe  propo- 
tnt  plus  que  de  chercher  tous  les 
aoyens  de  conferver  une  vie  qui 
=ur  échappe  fans  retour,  ou  delà 
endre  agréable  8c  d’en  profiter, 
unfi  l’on  peut  dire  qu’ils  naififenc 
oupables  en  Adam  ,  c’efbà-dire . 
u’affujettis  à  la  mort  par  Adam  ,  ils 
n  prennent  occafion  de  fe  rendre 
oupables.  Voilà  ,  félon  l’Auteur , 
3Ut  le  mal  qu’Adarrt  nous  a  fait  :  8c 
prétend  que  l’Ecriture  &  les  an- 
iens  Peres  n’en  ont  pas  dit  davanta* 
e.  C’eft  pour  nous  en  délivrer  ,  8c 
our  nous  donner  Tefpérance  de  fa 
éfurre&ion  8c  d’une  vie  éternelle  , 
ue  Jésus  -  Christ  eft  venu;  8c il 
ous  fortifie  par  la  grâce  du  S.  Efprit 
ontre  la  violence  des  pallions  qu’ex- 
ite  en  nous  la  crainte  de  la  mort. 

Il  employé  les  deux  chapitres  fui- 
ans  à  réfuter  les  opinions  de  Vof- 
us  8c  de  Whitaker,  qui  expliquent 
exiftence  8c  la  propagation  du  pe- 
hé  originel,  ou  enceq-ue  nôtre  vo~ 
Dnté  étoit  renfermée  dans  celle  d’A- 
am,  ou  en  cequefon  péché  nous 
fi  imputé.  Deux  autres  chapitres 
ont  encore  employez  à  réfuter  ce 
Mars  1716, 


488  Mémoires  pour  /’ H* floire 

qu’enfeignent  Amyrau  &  la  Place,, 
que  d’un  pere  corrompu  naiffent  des 
enfans  corrompus ,  que  le  péché  ori¬ 
ginel  eft  dans  toutes  les  facultez  de 
lame  une  inclination  habituelle  vers 
le  mal  ,  &  qu’il  eft  volontaire  ,  non 
pas  qu’il  vienne  de  notre  volonté, 
mais  parcequ’il  réfide  en  nôtre  vo¬ 
lonté  ;  &  il  tâche  de  répondre  aux 
paOages  de  l’Ecriture  ,  qui  expri¬ 
ment  &  prouvent  le  dogme  Catho¬ 
lique. 

On  fouffrira  volontiers  que  Mr», 
Whitey  rejette  une  imputation  (im¬ 
pie  &  extérieure  du  péché  d’Adam 
qu’il  nie  qu’une  inclination  habi¬ 
tuelle,  ou  pour  mieux  dire,  natu¬ 
relle  ,  foit  proprement  péché  :  les 
Catholiques  réprouvent  ces  fenti- 
mens.  Mais  on  ne  fçauroit  lui  pafTer 
la  manière  dont  il  prétend  éluder  le 
paflage  formel  de  S.  Paul  en  l’Epître 
aux  Romains  ch.  j*.  v.  12.  Que  par 
un  feul  homme  le  péché  efl  entré  dans  le 
monde  ,  &  parle  péché  la  mort  ;  laquelle 
a  pafie'  enfuite  a  tous  les  hommes ,  tous 
ayant  péché  en  lui.  L’Apôtre  diftingue 
donc  dans  les  enfans  d’Adam  le  pé¬ 
ché  &  la  mort  :  ils  qrc  péché  ea  leur 

Mars  ij\69 


des  Sciences  &des  beaux  Arts.  4$$» 

pere ,  &  ils  font  fournis  à  la  more* 
Quoique  ,  continue  l’Apôtre  ,  de¬ 
puis  le  commandement  fait  à  Adam, 
de  ne  point  manger  un  certain  fruit , 
Dieu  n’eût  impofé  aucune  loi  politi- 
ve  aux  hommes  jufqu  a  celle  de  Moï- 
fe ,  &  qu’à  cet  égard  il  n’y  eût  pas 
de  péché  à  leur  imputer,  îlsnelaif- 
foient  pasde  pecher  contre  la  loi  na¬ 
turelle  ,  &  la  mort  a  exercé  fon  em¬ 
pire  fur  ceux  mêmes  dont  le  péché 
n’a  pas  été  une  tranfgreffion  fembla- 
ble  à  celle  d’Adam.  De  forte  que  fé¬ 
lon  la  doârine  de  S;  Paul  tous  les 
hommes  ,  ceux  même  qui  ne  font  , 
point  coupables  de  tranfgredion  vo¬ 
lontaire,  font  fournis  à  la  mort ,  par- 
ceque  tous  ont  péché  en  Adam  ;  & 
-la  mort  eft  la  preuve  qu’ils  ont  pé¬ 
ché  :  fentencequicertainement  com¬ 
prend  les  enfans. 

Cependant  Mr.  Whitey  ,  après 
Grotius  qu’il  ne  nomme  pas  ,  prend 
un  fens  écarté,  &  prétend  que  ces 
mots  ,  tous  ayant  péché  en  lui ,  ligni¬ 
fient  feulement  que  tous  portent  la 
peine  de  fon  péché,  qui  eltla  mort  ; 
fans  qu’ils  ayent  de  péché  en  eux 
mêmes ,  ils  font  enveloppez  dans  U 
punition  du  lien,. 


49°  Mémoires  pour  ÏHifloire 
Il  commence  le  6e  chapitre  par  fe 
plaindre  des  Proteftans,  qui  oubliant 
la  proteftation  qu’ils  font  de  s'atta¬ 
cher  uniquement  à  l’Ecriture  ,  ont 
recours  à  l’autorité  des  Peres  ,  & 
traittent  de  Novateurs  ceux  qui  n’y 
déférent  pas.  Afin  d’éviter  ce  repro¬ 
che  de  leur  part ,  il  veut  bien ,  dit- 
il  5  s’en  rapporter  au  témoignage 
des  Peres  les  plus  anciens.  Il  cite  en¬ 
tre  les  Grecs  Clement  d’Alexandrie, 
Origéne,  S.  Cyrille  de  Jérufalem  , 
S.  Jean  Chryfoftome  ,  Theodoret, 
S.  Cyrille  d’Alexandrie  :  enfin  ,  il 
fait  grand  fond  fur  Théodore  de 
Mopfuefte  ,  qu’il  divife  en  deux  Au¬ 
teurs  :  entre  les  Latins  Tertullien , 
S.Cyprien,  Arnobe ,  S.  Optât ,  Ruf- 
fin.  Dès  qu’ils  ont  loiié  la  fainteté  du 
mariage  ,  ou  dit  que  le  péché  vient 
de  la  volonté  libre  de  l’homme,  ou 
que  les  enfans  font  dans  l’innocence, 
c’eft-à-dire  ,  dans  la  (implicite  de 
leur  âge  ;  ou  que  les  enfans  morts 
fans  Baptême  ne  fouffrent  pas  la  pei¬ 
ne  du  feu  avec  les  Démons  :  c’en  eft 
allez  pour  lui.  Toutefois  comme  il 
n’ofe  &  ne  peut  difeonvenir  que  les 
mêmes  Peres  difenc ,  qu’à  nôtre  naif- 
Mars  iji6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  4^1 
fance  nousfommes  foiiillez  du  péché 
c’Adam  ,  il  fe  réduit  à  prétexter , 
que  félon  eux  nous  ne  fommes  pas 
alors  foiiillez.de  nôtre  propre  péché. 

Dans  le  chap.  7e  il  accumule  des 
pacages  des  Peres ,  qu’il  eftime  in- 
alliables  avec  le  dogme  du  péché 
originel  ,  &  le  détruire  indirecte¬ 
ment.  Comme  lorfque  les  Peres  alïû- 
rent  que  perfonne  ne  fera  condam¬ 
né  pour  les  pechez  d  autrui  ;  qu’il  y 
auroit  de  l’injuftice  à  punir  l’un  à 
Caufede  l’autre  ;  que  celui  qui  de  lui 
même  &  perfonnellement  n’eft  point 
pecheur,n’a  point  à  craindre  de  châ¬ 
timent  ;  que  naître ,  n’eft  pas  fe  ren¬ 
dre  ou  devenir  coupable  ,  &  que 
prétendre  le  contraire  feroit  une  hé- 
réfie  ;  qu'aucun  n’eft  criminel  par 
rature  ,  &  ne  l’eftque  par  fa  propre 
volonté  &  par  fon  libre  arbitres  qu’il 
n’y  a  point  de  péché  en  ce  qui  eft 
abfolument  inévitable.  Mais  puif- 
qu’il  reconnoic  que  le  Peres  ont  eu 
en  vûë  les  Marcionites  &  les  Mani¬ 
chéens  ,  qui  rapportoienc  le  bien 
&  le  mal ,  nos  bonnes  &  nos  mau- 
vaifes  actions  à  deux  natures  con¬ 
traires  &  oppoféés  entre  elles ,  il 

Mars  J71 6. 


P 


492  Mémoires  pour  i’Hiftoire 
poavoit  s’épargner  la  peine  de  trans¬ 
crire  tant  de  paflages  ,  qui  ne  font 
rien  à  la  queftion  préfente. 

S.  Auguftin,  pourfuit-il ,  fit  mieux 
qu’aucun  autre  valoir  ces  raifonne- 
mens  contre  les  Manichéens,  tandis 
qu’il  les  combattit  ;  mais  s’en  trou¬ 
vant  embirrafle,  quand  dans  la  fui¬ 
te  il  tourna  contre  les  Pélagiens ,  il 
fut  obligé  de  les  contredire  ,  &  de 
fe  contredire  lui  même  avant  Mr.. 
Whitey  ,  Juii  en  le  fameux  ,  chef 
du  parti  Pelagien  ,  avoit  (cuvent  fait 
la  même  objection  à  S.  Auguftin,  qui 
fçut  bien  la  repoufftr  avec  force. 

J  Le  chap.  8e  eft  dt  ftiné  à  examiner 
les  paflages  des  Peres  que  Vofîius 
produit  pour  le  dogme  du  péché 
originel  :  &  d'abord  M.  Whitey  pré¬ 
tend  tirer  avantage  de  ce  que  de  fça- 
vans  Théologiens,  tant  Catholiques 
que  Proteftans  ,  avouent  qir’avant 
les  difputes  contre  Pelage  les  Peres 
ne  s’étoient  pas  bien  expliquez  fur  ce 
fujct. 

Il  s’inquie'te  moins  dans  le  chap. 
fuivant  des  décifions  des  Conciles , 
contre  Pélage  &  Céleftius.  Alors 
dit  il  avec  amertume  ,  le  Pape  &  le 

Mars  17 


des  Sciences  &  des  be aux  Arts.  493; 

Siège  Apoftciique  fit  la.  loi  j  Inno¬ 
cent  I.  &  Zozyme  prononcèrent  avec 
hauteur  ,  6c  tout  fe  fournit.  Mais 
quant  au  Concile  de  Diofpohs  ,  il 
proteffe  avec  p’us  de  fincerité  que 
Pelage  ,  qu’il  y  foufcrit  volontiers, 
qu’il  croit  qu’Adam  ne  fut  point 
crée  en  l’état  où  nous  fommes  pré- 
fentement  ,  niais  exempt  de  la  né- 
ceflité  de  mourir  ,  &  de  toutes  les 
i  incommoditez  auxquelles  nôtre  vie 
eft  fujette.  On  n’a  garde  d’omettre 
'ici  l’aveu  qu’il  fait  ,  qu’un  Concile 
d’Afrique  auquel  préfida  S  Cyprien3 
reconnut  que  les  enfans  morts  fans 
Baptême étoient  perdus,  &  ordonna 
pour  cette  raifon  qu’en  cas  de  dan¬ 
ger  de  mort  ils  fufient  baprifez  fans 
-délai.  Ccüce  que  S.  Cyprien  écrit  à 
Fidus.' 

Dans  le  dernier  chapitre  il  en  ap¬ 
pelle  aux  Juifs  &:  aux  Philofophes0. 
Il  veut  que  les  Juifs  n’ayent  jamais 
eû  aucune  connoiffance  du  péché 
originel  :  &  fon  grand  argumenta 
qui  néanmoins  ne  prouve  rien,  c’efl 
que  la  Circoncifion  n’a  pas  été  or¬ 
donnée  pour  la  rémifiion  de  ce  pé¬ 
ché.  Enfin  ,  il  foiuicnt  que  ce  que 
Mars  1716. 


494  Mémoires  pour  rniftoire 

les  Philofophes  ont  enfeigné  tou¬ 
chant  le  libre  arbitre,  le  pecné,  la  pei¬ 
ne  du  pechéjtft  direéfcementoppoféà 
la  créance  du  péché  originel. 

Article  XXXIII. 

DISSERTATION SVRLA  GANGRENE, 
&  fur  les  affiirances  de  U  guérir  fans 
incifion ,  ni  amputatton ,  par  le  Sieur 
Gojfet  ,  Confciller  Médecin  ordinaire 
du  Roi  réfiient  a  Amiens ,  qui  fut  ap¬ 
pelle  a  Verfailles  pour  fa  Ma)ejlé 
Louis  XIVe.  mais  il  étoit  trop  tard. 

DE  tous  les  maux  dont  le  genre 
humain  peut  être  attaqué  ,  il 
n  y  en  a  pas  de  plus  difficile  à  domp* 
ter  que  celui  qui  repréfente  fur  une 
partie  de  l’homme ,  ou  fur  le  tout  de 
cet  individu  >  le  véritable  caraétere 
de  la  mort ,  en  y  étouffant  la  chaleur 
naturelle  ,  &  empêchant  les  efprits 
d’y  reluire. 

Cette  mortification  effective  & 
réelle  commence  par  une  inflamma¬ 
tion  ,  dont  les  différentes  caufes, 
tînt  internes  qu’éxternes  ,  la  font 
dégénérer  en  gangrène  ,  toutes  les 
Mars  iji6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  4*  ç 
fois  que  les  parties  fulphurcufcs  du  fuc 
nouricier  ,  étant  coagulées  ,  par  l’acide 
de  la  lymphe,  les  fibres  nerveufes  retrou¬ 
vent  tellement  comprimées  ,  que  les  efprits 
n'y  peuvent  plus  couler  ;  pour  lors  les  fi¬ 
bres  ne  recevant  point  l’influence  ordinai¬ 
re  des  efprits  ,  perdent  IcurreiTbrt ,  en  mê¬ 
me  ccms  elles  s’affaiflent  les  unes  fur  les 
autres  ,  &  les  particules  faiincs  ne  pou¬ 
vant  plus  fortir  de  leurs  porcs  ,  celks-ci 
les  déchirent  par  le  mouvement  qu’elles 
reçoivent  de  la  matière  fubtile.  C’cft  ce  qui 
fait  naîrre  cectc  infigne  pourriture  ,  donc 
les  premiers  lignes  font  la  chair  mollaflc  à 
laquelle  fuccedc  la  couleur  plombée  , 
celle  ci  une  noirceur  &  une  infenfibilité  , 
&  c’efl:  ce  qui  conftitue  la  gangrené,  la¬ 
quelle  prend  aufli  le  nom  de  fphaeele ,  fans 
différence  toutefois  que  du  plus  ou  du 
moins. 

On  admet  ordinairement  deux  caufes , 
l’une  externe,  l’autre  interne  j  entre  les  ex¬ 
ternes  on  raconre  les  playes,  ulcérés,  con- 
tufions  ,  le  froid  ,  le  chaud  cxccflif ,  les 
longues  maladies  ,  croupiflemens  d’urines 
&  d’autres  chofes  femblables. 

Quant  aux  internes  ,  donc  les  principa¬ 
les  font  une  nature  défaillante  ,  une  altéra¬ 
tion  confidérablc  dans  l’une  ou  pluficurs 
des  patries  nobles  ,  ou  encore  quand  la 
gangrène  renrre  dans  l’une  des  trois  capa- 
cirez  ,  toutes  ces  caufes  lonr  mortelles. 

Mais  en  fuppofanc  que  la  mafie  dufang 

Mars  171$. 


^96  Mémoires  pour  tHlftoire 
foie  impreiguée  des  parcies  acres  ,  falines^ 
accompagnées  d’un  mauvais  foufre  ,  en 
telle  quantité  néanmoins  que  les  efprics 
foyenc  d'une  force  fuperieure  à  pouvoir  les 
fubiger  &  éliminer,  par  une  fermentation 
vigoureufe  qu’ils  exciteront  dans  cette  li¬ 
queur  ,  il  n’y  a  pas  de  difficulté. de  croire 
que  la  nature  alors  instituant  une  crife» 
comme  elle  fait  dans  la  pefte  ,  ou  dans  la 
petite  verole  ,  donnera  Ja  chafle  à  cette  ma¬ 
tière  étrangère  ,  en  l’éloignant  vers  l'habi¬ 
tude  du  corps  ,  ou  faifant  une  réunion  de 
toutes  fcs  parties  }  tombant  fur  un  membre 
elle  y  produira  la  mortification  ,  à  la  diffé¬ 
rence  que  cette  même  matière  n’aura  pu 
faire  naître  dans  la  mafie  du  fang  la  gan¬ 
grène,  parccqu’ellc  y  aura  été  difpcrfée  & 
répandue  ,  &  que  d’ailleurs  elle  y  aura  été 
auffi  combattue  par  ies  cfprits  dont  la  na¬ 
ture  douce  &  ballamique  corrige  les  acre- 
tez  des  fucs  ,  de  même  que  l’elprit  de  vin 
adoucit  l’eau  forte! 

On  peut  obfervcr  une  mechaniqueà  peu 
près  fcmblable  dans  ce  qui  fe  pafie  lors 
qu’ayant  mis  de  l’eau  &  de  la  viande  dans 
un  pot  fur  le  feu  ,  ficôtque  cette  eau  vient 
iboiiillir,  on  voit  piroître  une  crafle  au 
dehors  ,  que  les  corpufcules  de  feu  qui 
tiennent  lieu  d’cfpiits  ont  détachée  de  la 
viande  à  force  de  pirouetter  &  de  s’infi- 
nuer  dans  fes  fibres  ,  laquelle  crafic  abou-  ; 
tifiaut  à  la  fuperficie  de  la  liqueur  ,  s’ap-  \ 
pelle  écume  ,  qu’il  faut  au  plutôt  féparer,  j 

Mars  17  ié. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  497 

de  crainte  qu’elle  ne  fe  remêle  à  la  malle  du 
bouillon. 

On  ne  peut  pas  difeonvenir  que  la  gan¬ 
grène  provenant  de  caufe  interne  dans  le 
cas  fuppofé,  étant  produite  à  la  manière  de 
l’écume  du  pot  ,  ne  puiiîe  être  enlevée  & 
guérie  ,  avec  un  aufli  heureux  fuccès  que 
li  la  caufe  en  étoit  externe ,  ce  qui  doit  être 
conflderé  comme  un  dépôt  critique  ,  &  non 
point  fymptomaciquc  ;  &  pour  leparer  cet¬ 
te  mortification  on  ne  doit  point  fe  fervir 
du  fer  ,  non  feulement  pareeque  la  grande 
douleur  qu’il  caufe  irrite  les  efprirs  ,  aug¬ 
mente  la  fièvre  &  l’inflammation  ,  mais 
aufli  pareeque  chaque  ouverture  ou  incifion 
doitêcre  regardée  comme  un  évent  par  011 
les  efprits  mis  en  mouvement  forrent  en 
foule  ,  &  caufentune  fl  grande  diminution 
de  force  qu’elle  fait  fouvent  tomber  les  ma¬ 
lades  en  défaillance  :  c’eft  ce  que  l’on  a  die 
qui  eft  furvenu  au  Roi  dans  la  maladie  donc 
il  eft  décédé. 

Quanta  l’amputation  ou  retranchement 
d’un  ou  pmfieuvs  membres  entiers  ,  dont  la 
fin  la  moins  fàcheufe  eft  de  réduire  le  corps 
humain  en  un  miferable  tronc,  on  devroit 
oien  travailler  à  la  recherche  des  moyens 
propres  à  pouvoir  éviter  une  fl  cruelle  opé¬ 
ration.  L’Auteur  ajoute  même  qu’il  nexroic 
pornt  qu’il  y  ait  jamais  eû  une  neceflité  in- 
difpenfable  de  l’entreprendre  lur  aucun  fu- 
jet  (  fl  ce  n’a  été  lodquc  le  membre  s’eft 
trouvé  pendant  &  prefque  tout  à  fait  cia- 

Mars  1716. 


4?  S  Mémoires  four  l'Hîftoïrt 

porté  de  quelque  coup  ,  ou  de  la  gangrène.) 
La  raifon  de  probabilité  qu’il  en  apporte 
cft  fondée  fur  la  force ,  ou  foiblefle  du  ma¬ 
lade  ,  ou  du  blclTé  ,  difant  que  s’il  eft  vi« 
goureux  ,  &  capable  de  refiler  à  l’opéra¬ 
tion  ,  il  ne  paroîc  point  qu’il  n’auroit  pu 
être  guéri  fans  l’avoir  entrepris,  puifque 
l’on  voit  tous  les  jours  des  perfonnes  fur* 
vivre  au  refus  qu’ils  ont  fait  de  s’y  foumet- 
tre  à  la  vue  du  trille  appareil  que  l’on  fait 
ordinairement  dans  ces  fortes  d’occahons, 
&  qui  ont  effectivement  été  guéries  avec 
quelques  (Impies  remedes.  Que  (I  d’un  au¬ 
tre  côté  ceux  que  l’on  n’a  point  trouvée» 
état  de  la  fupporcer  font  venus  à  mouric 
fans  cela,  ce  n’eft  point  un  miracle, qu’ayant 
manqué  de  force  pour  ne  point  être  admis 
à  cette  cruelle  cérémonie  ,  ils  n’en  ayent 
point  eû  fuffifammentpour  réfifterà  un  des 
plus  grands  maux.  Il  ajoute  que  tous  ceux 
qui  ont  fupporté  l’amputation  de  quelque 
membre  ,  &  qui  vivent  après  cela  ,  font 
ordinairement  les  plus  vigoureux  d’entre 
les  hommes  ,  &  paroiffent  tels  ,  joint  qu’ils 
ont  éprouvé  &  foutenu  la  plus  rude  fecouf- 
fe  qu’on  puilTc  donner  à  l’homme  pour 
ébranler  le  fondement  de  fa  vie  :  en  forte 
qu’il  cft  fort  jufte  de  conclure  que  quicon¬ 
que  a  guéri  après  l’amputation  ,  avoir  tout 
ce  qu’il  falloir  pour  l’éviter  ,  &  fe  guérir 
fans  la  faire. 

L’Auteur  prétend  donc  guérir  la  gangrè¬ 
ne  qui  provient  de  toute  caufe  excerne. 
Murs  171^  pourvu 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  »  4 

pourvu  qu’elle  n’aic  point  communiqué 
ou  ne  foie  point  entrée  dans  l'une  des  crois 
capacicez,  &  même  celle  qui  eft  produite 
par  une  caufe  interne ,  comme  il  elt  dit  ci- 
devant,  ie  tout  fans  inciter,  par  l’applica¬ 
tion  d’un  remede  ,  dont  l’effet  eft  de  rap- 
pcl  1er  les  efprirs  &  la  chaleur  naturelle  fur 
la  partie,  &  de  conduire  l’ulcere  à  parfaite 
guérifon  par  le  moyen  d’une  fuppuration 
louable  ,  arrêtanc  en  peu  detems  le  pro¬ 
grès  de  la  gangrène  ,  qui  n’avance  plus 
dans  aucune  de  les  dimenfîons. 

Voilà  trois  avantages  très-confidérables. 
Le  premier  ,  d’éviter  les  incifions  :  le  fé¬ 
cond  ,  d’arrêter  le  progrès  de  ce  mal  peu 
après  i’applicacion  du  remede  ;  le  rroifie- 
mc ,  l’aflurancc  de  guérifon  en  moins  de 
rems ,  &  plus  certainement  que  par  tour  au¬ 
tre  moyen. 

Quoique  l’envie  ait  porté  quelques  per- 
fo unes  de  l’arc  à  improuver  le  remede  que 
'l'Auteur  propofe  pour  le  bien  du  public 
l’honneur  que  le  Roi  défunt  lui  a  fait ,  de 
le  faire  venir  pour  fa  propre  perfonne  à 
Verfaillcs  dans  fa  dernière  maladie ,  doit 
faire  préfumer  que  l'efficacité  de  fon  reme¬ 
de  a  éré  (ufHfammenc  connue. 

Ceux  qui  ne  fcavenc  que  dire  contre  ce 
remede  ,  ne  peuvent  s’empêcher  d’imputer 
à  l’Auteur  de  ce  qu’il  ne  déclare  point  pu¬ 
bliquement  de  quoi  il  elf  compofé  ,  mais 
comme  il  cft  inouï  qu’il  fc  rencontre  quel- 
I  qu’un  qui  diftnLuê  fon  bien  ou  fon  argent 

Mars  1716.  Z 


.po  Mémoires  pour  T  H  lUire 

à  tous  vcnans ,  l’Auteur ,  qui  eltime  ce  re- 
mede  comme  Ton  bien  particulier  ,  trouve 
à  propos  de  fc  le  conferver.  D’ailleurs  ,  les 
épreuves  qu’il  a  écé  obligé  de  faire  pour  en 
acquérir  la  connoilTance  lui  ont  allez  coucé 
pour  être  en  droit  de  s’en  procurer  la  rc- 
compenfe. 

Au  relie  ,  fans  avoir  égard  à  cette  der- 
nicre  raifon ,  il  n’eft  pas  le  fcul  Médecin  qui 
fc  foit  refervé  un  fpécifiquc.  Hypocrate  en 
avoir  un  contre  la  pelle  ,  Sylvius  polfedoic 
un  fel  volatil  huileux  d’une  grande  vertu  : 
Potcrius  ,  Médecin  d’Angers  ,  un  antihec¬ 
tique  :  Riviere  ,  un  fébrifuge  qu’il  a  don¬ 
né  au  public  à  la  fin  de  fes  obfervations 
fous  le  voile  d’une  cnigme:  Vanhelmonr, 
Poleman  ,  &  Mr.  Helvétius  de  nôtre  tems, 
n’ell  point  fans  fjpécifique  ,  qu’il  lailTera  à 
quelqu’un  de  fes  amis  ,  ou  defeendans  j 
ainfi  que  prétend  faire  l’Auteur ,  pour  ne 
point  frullrer  le  public  d’un  bien  qui  peut 
lui  être  utile. 

Il  feroit  à  fouhaitter  que  tous  les  Méde¬ 
cins  voululîent  travailler  pour  acquérir  des 
connoilTances  particulières ,  afin  que  fe  per¬ 
fectionnant  les  uns  dans  une  chofe ,  les 
autres  dans  d’autres,  ils  pulTent  enfin  par 
ce  moyen  procurer  du  foulagement  dans 
pluficurs  maladies  ,  où  ils  ne  font  qu’e- 
choiier ,  en  fe  fervant  feulement  des  reme- 
des  generaux  :  ils  difeourent  toutefois  afiez 
agréablement ,  mais  comme  après  tout  ce¬ 
la  on  meurt  fort  défagréablement ,  il  en 
Mars  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  50 1 
faut  venir  au  fait.  Rien  n’dt  plus  utile  dans 
un  Etat  que  des  efprics  propres  à  la  rechcr- 
chede  roue  ce  qui  peut  contribuer  à  la  gué¬ 
ri  fon  des  maux  dont  le  genre  humain  fe 
trouve  accablé  toujours  de  plus  en  plus  , 
parce  que  le  monde  vieilli  (Ta  n  t  &  deperif- 
fant  chaque  jour,  les  hommes  deviennent 
plus  fujets  à  des  maladies  plus  frequentes 
&  plus  malignes ,  de  telle  manière  que  faut 
un  fecours  proportionné  à  la  décadence  de 
la  vie  humaine  (  laquelle  decadenCe  paroîc 
aujourd’hui  manifestement ,  fi  on  la  com¬ 
pare  avec  la  vie  de  ceux  qui  nous  ont  pré¬ 
cédé  )  il  eft  àprefumer  que  la  Medecine, 
dans  les  bornes  où  elle  fe  trouve  renfer¬ 
mée  ,  ne  pourra  être  à  l’avenir  d’un  fecours 
fuffifanr. 

Article  XXXIV. 


DEFENSE  D'VN  ACTE  @J0 1 
fait  foi  qu'un  Moine  de  S.  Medurd  de 
Soijfons ,  nommé  Guernon  ,  fabriqua  de 
faux  privilèges  au  nom  du  S.  Siège  ,  en 
fav.  ur  de  plufieurs  Eglifss  ,  vers  le  com¬ 
mencement  du  XII.  fiée  le  ,  contre  les  Re¬ 
marques  du  R.  P.  D.  Cou  fiant  y  qui  pré¬ 
tend  que  cet  atte  efi  fu  pofé. 


QUoique  j’aye  lu  ,  M.  C.  P.  avec  alTcz 
d’attention  les  vindicte  veterum  co- 
dicum  confirmatA  du  P.  Coudant  contre  le 
P.  Germon  ,  ou  autrement,  la  juflification 
Mars  1716.  Z  ij 


joi  Mémoires  pour  f Hijloire 

de  la  défenfe  des  anciens  manufcrits  que 
vous  avez  bien  voulu  me  prêcer  ,  je  ne  fçai 
pourtant  point  encore  de  quel  côté  je  me 
rangerois  ,  fi  j’avois  à  prendre  parti  dans 
la  difpute  de  ces  deux  fçavans  hommes  : 
car  il  faut  de  plus  pour  cela  vérifier  tout 
ce  qu'ils  avancent  de  part  &  d'autre, &  ce 
n’eft  qu’à  ce  prix  qu’on  acquiert  le  droit  de 
juger  des  contcflations  littéraires.  J’ai 
bien  reconnu  ,  ainfi  que  vous  m’en  avez 
averti  -  que  le  Benedi&iny  prend  partout 
un  certain  afeendant  fur  le  Jefuite  ,  &  qu’il 
releve  les  meprifes  dont  il  l’accufc  avec 
une  confiance  qui  ne  laific  aucune  liberté 
au  Leétcur  d’en  douter}  mais  un  air  fi  a f- 
sûré  prouve  feulement  qu’il  en  eft  bien 
perfuadé  lui  même  ,  &  non  pas  qu’il  ne  s’y 
eft  point  du  tout  trompé. 

En  effet  ,  je  crois  avoir  apperçû  au 
moins  des  marques  de  la  fragilité  humai¬ 
ne  ,  dans  la  cenfurc  particulière  qu’il  a 
faite  d’un  aéte  donné  par  M.  Warton  dans 
la  préfacé  du  ic  tome  de  X  Anglia  facra  , 
dont  fon  adverfairc  avoir  tiré  une  objec¬ 
tion  }  quoiqu’il  y  témoigné  plus  d’afiiiran- 
ce  qu’ailleurs ,  &c  même  de  l’indignation 
contre  ce  dernier. 

Selon  lui  cet  aéle  eft  groffiércment  fup- 
pofé  ,  plein  de  contradictions ,  d’anachro- 
nifmes ,  de  fables  ,  de  menfonges  ,  ce  qu’il 
croît  avoir  établi  par  dix  preuves  demonf- 
tratives. 

Il  reproche  au  P.  Germon  *  de  l’avok 
*  Vind.p.  684.  6^5. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  503 

cité  fans  aucun  examen  ,  &  fur  la  foi  feule 
de  f  Auteur  des  Lettres  critiques  ,  c’elt-à- 
dire  ,  de  M.  Simon,  qui  lui  a  fourni  l’en¬ 
droit  qu'il  en  rapporte,  quoiqu’il  ne  le  re¬ 
garde  que  comme  un  Ecrivain  de  medifan- 
ces  &  de  calomnies  ,  &  il  ajoute  que  cet 
a&e  eff  vif  blement  de  la  façon  des  Moines 
de  l’Eglife  primatiale  de  Cantorbery,  qui 
fouffroient  impatiemment  que  les  Moines 
de  l’Abbaye  de  la  même  ville  euffent  fe- 
coué  leur  joug  ;  qu’ayant  inutilement  tâ¬ 
ché  planeurs  fois  de  convaincre  leurs  pri¬ 
vilèges  de  faux  ,  ils  leur  en  avoient  à  la  fin 
fuppofé  de  cette  nature,  &  qu’ainfî  Dieu 
avoit  permis  qu’ils  tombaffent  eux  mêmes 
par  leur  opiniâtreté  &  leur  jaloufie  dans  le 
crime  donc  ils  cherchoicnt  à  flétrir  leurs 
rivaux. 

Qui  fur  un  tel  jugement  porté  par  un 
critique  du  premier  rang,  ne  s’imagine- 
roit  pas  que  le  titre  donc  il  s’agit  (croit 
effectivement  d’une  fauffeté  palpable  ? 
Cependant  comme  j’en  avois  autrefois 
penfé  autrement  ,  je  vous  avoué  que  loin 
que  fes  dix  preuves  ayent  pû  me  faire  re¬ 
venir  à  fon  fentimenr,  elles  n’ont  au  con¬ 
traire  fervi  qu’à  me  perfuader  davantage 
de  l’autenticité  de  cet  aétc,  dont  l’original 
cft  toujours  ccnfervé  dans  les  archives  de 
l’Eglife  de  Cantorbery,  &  je  foumets  vo¬ 
lontiers  à  vôtre  decifion  les  reponfes  que 
je  vais  faire,  ce  qui  me  fwa  connoître  fl 
elles  font  fol  ides. 

Mars  1716.  Z  ii 


504  Mémoires  four  fHiflcire 

II  cft  queffion  d’une  lettre  de  Gilles, 
Evêcjue  d’Evreux  ,  où  le  fceau  de  ce  Prelac 
cil  encore  arraché  ,  &r  à  la  tête  de  laquelle 
eft  la  copie  d’une  lettre  de  Hugues  Arche¬ 
vêque  de  Rouen  Ton  oncle  au  même  Pape , 
■donc  il  lui  avoir  certifié  la  vérité  ,  l’origi¬ 
nal  de  ccrtc  dernière  Itttre  qu’on  avoir 
envoyée  à  S.  Thomas  de  Cantorbery  ayant 
apparemment  été  perdu  ,  durant  la  longue 
pcrlecution  que  foufFrir  ce  Saint. 

Hugues  dit  à  Alexandre  dans  la  fïenne*, 
„  que  vraifcmblablement  fa  Sainteté  n’ig- 
,,  noroit  pas  le  grand  different  qu’il  avois 
3>  cû  avec  Henri  Roi  d  Angleterre  au  com- 
y)  menccmcnt  de  Ton  Epiicopac,  en  vou¬ 
lant  rcrablir  les  Eglifes  de  la  Province 
5,  dans  leur  autorité  j  qu’ayant  été  con- 
,3trainr  de  fc  retirer  hors  delà  domina- 
„  lion  ,  il  n’avoit  trouvé  de  fureté  que  dans 
„  le  fein  paternel  du  Pape  Innocent  II.  qui 
„  l’avoic  confolé  au  delà  de  tout  ce  qu’on 
>,  peut  imaginer  ;  qiffcntre  autres  obliga- 

lions  qu’il  lui  avoir ,  il  étoit  bi-cn  aife  de 
„  l'informer  de  ce  qu’il  avoir  fait  en  fa 
, j  faveur  au  Concile  de  Reims  en  1131. 
,,  parce  que  la  chofe  pouvoir  n’être  plus 
j,  connue  j  qu’il  y  étoit  allé  avec  des  Evê- 
5,  ques  &  des  Abbez  de  Normandie  ,  donc 
„  croient  Guillaume  Abbé  dcjumiege,& 
,,  Ragenfroy  Abbé  de  S.  Ouën  ;  qu’ayant 
„rcprefenté  à  Innocent  que  ceux-ci  n’é- 


*  Vind.p.  681. 
Mars  171 6. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  $  o  $ 
5,  toicnc  encore  qu’élus,  ce  qui  tournoie  a 
,,  1’abbaiffemcnt  de  leur  dignité  ,  &  qu'ils 
,,  ne  refloient  en  cet  état  que  parce  qu'ils  ne 
„  voulaient  pas  lui  promettre  ï obéïjfance 
qu'il  exigerait  d'eux  à  leur  bénédiction ,le 
,,S.  Pcre  leur  demanda  s'ils  étoienc  fondez 
„  en  privilèges  ,  pour  le  prétendre  de  la 
,,  forte  exempts  de  la  jurifdiétion  de  leur 
,,  Archevêque  ;  que  l’Abbé  de  S.  Oiien  he- 
>,  fîtanc  à  repondre  ,  Geofroy  Evêque  de 
,,  Châlons ,  qui  étoit  prefent ,  mitfin  à  fon 
,,  incertitude}  qu’il  apprit  à  Innocent  que 
„  Iorfqu’il  étoit  Abbé  de  S.  Mcdardun  de 
,,  fes  Moines,  nommé  Guernon  ,  s’accufa 
„  à  la  mort  d’avoir  fait  plufieurs  privilèges 
„  au  nom  du  S.  Siège  pour  diverfes  Egli- 
9>  fes,  &  en  particulier  pour  celle  de  S.Ouén 
„  de  Rouen  ,  &  de  S.  Auguftin  de  Canror- 
,,  bery,  en  confidcration  dcfquels  il  auroic 
,,éré  gratifié  d’ornemens ,  dont  il  auroic 
,,  enfuite  fait  prefent  lui  même  à  S.  Me- 
,,dard  }  qu’innocent  demanda  à  ce  Prélac 
3)  s’il  feroit  prêt  de  confirmer  ce  fait  par 
„  ferment  ,  &  que  Geoffroy  l’ayant  offert, 
„  il  conclue  que  fur  le  champ  Hugues  be- 
,,  nit  les  deux  Abbez  ,  ayant  eu  même  la 
,,  bonté  d’attendre  que  cette  ceremonie  fût 
,,  achevée,  pour  fe  rendre  au  lieu  où  les 
,,  Evêques  du  Concile  étoient  affemblez, 
,,afin  que  Hugues  les  accompagnât.  Nô- 
,,  tre  Archevêque  finit  fa  lettre  en  fuppliant 
,,  Alexandre  de  protéger  fon  Eglife  ,  &C 
,,  celle  de  Cantorbcry  ,  contre  les  entrepri- 
Mars  171 6.  2  iiij 


jo6  Mémoires  pour  l'Hîfioîre 

>•  les  que  pourroienr  faire  les  Abbayes  ci- 
»  diffus,  au  mépris  des  anciennes  règles. 

j,  Gilles ,  Evêque  d’Evreux  ,  aflure  de 
»  fon  côté  au  Pape,  que  ce  fut  à  lui  même 
j,  que  Hugues  fon  oncle  diéta  cette  lettre, 
»  dont  le  Clergé  de  Cantoi  bery  lui  prefen- 
,>  toit  la  copie  fccllée  de  fon  fccau  ,  qu’il 
j,  en  avoir  envoyé  l’original  fcellé  du 
,,  fceau  de  fon  oncle  au  même  Clergé,  & 
’>  au  ^  Thomas  alors  fon  Archevêque  } 
»  qu  il  ouila  aulli  lui  même  par  ordre  de 
»  Hugues  les  titres  convaincus  de  faux  en 
»,  prcicnce  d  Innocent ,  lcfquels  lui  avoient 
>,  éré  remis  ,  &  qu’il  étoir  bien  jufle  que 
5,  lu  vente  réprimât  l’orgueil  de  ceux  qui 
5,  employeroient  ainlï  1  ’elprit  d’erreur  &  de 
„mcnfonge  ,  pour  s’arroger  une  liberté  & 
„  une  indépendance  qui  ne  lui  convenoit 
j,  pas. 

.  Telle  efl  la  teneur  de  l’aéte  dont  il  s’a¬ 
git  ,  &  examinons  prefenrement  les  dix 
moyens  de  faux  que  le  P.  Couftant  y  op- 
pofe. 

T  S°n  premier  moyen  n’embarraflera 
que  ceux  qui  ne  feront  pas  au  fait.  Il  de¬ 
mande  au  P.  Germon  *  ,  s’il  croie  avec 
Meilleurs  W'arron  &  Simon  que  le  narré 
de  1  a  été  où  il  eft  dit  que  le  Moine  Gucr- 
non  étoit  auteur  des  faux  privilèges  des 
Abbayes  de  S.  Oüen  &  de  S.  Auguftin  ,  foie 
de  Gilies  Eveque  d’Evreux ,  parce  que  cela 

*  Vtnd.  p.  68  f.  6 87. 

Mars  1716, 


des  Sciences  &  des  h  eaux  Arts.  5  g? 

étant,  il  s’enfuivra  que  ce  Prc!at  ,  qui  ne 
fut  Evêque  qu’en  1 1 70.  aura  en  cette  qua¬ 
lité  affilié  au  Concile  de  Reims  de  J131. 
ou  que  fans  être  Evêque,  il  aura  dès  iors 
entrepris  de  bénir  des  Abbez  ,  &  de  leur 
faire  promettre  l’obéï dance  ,  quoiqu'ils  la 
refulaffient  au  Métropolitain  du  Diccefc 
duquel  ils  étoient  ,  &  qu’il  auroit  cii  de 
grands  demêlez  au  commencement  de  Ton 
Epifcopat  avec  Henri  II.  Roi  d' Angieteire, 
qui  néanmoins  le  chérir  toujours  particu¬ 
lièrement  ,  félon  les  Hiîloriens  contem- 

'  t  i 

porains.  Que  fi ,  ajoute-t  il  ,  le  P.  Germon 
veut  que  ce  narré  foit  de  Hugues  Archevê¬ 
que  de  Roiien  ,  auquel  il  cft  effectivement 
attribué  par  Gilles ,  il  s’enfuivra  ai’ffi  que 
Henri  I.  Roi  d’Angleterre  ,  mort  dès  n  3  5. 
aura  furvécu  au  Pape  Innocent  II.  qui  ne 
décéda  qu’en  1 143  ,  puifqu’on  y  qualifie  ce 
dernier  d'heureufe  mémoire  ,  ce  qu’on  ne 
fait  pas  à  l’egard  du  Monarque,  qui  par 
confcqucnr  étoit  fuppofé  encore  vivant. 

Je  réponds  qu’on  ne  peut  douter  que  le 
narré  de  laélc  ne  foie  de  Hugues  ,  puifque 
Gilles  l'affitire  ,  &  que  tous  les  faits  qui  y 
font  énoncez  ne  conviennent  qu’à  lui:  fi 
Meilleurs  Warthon  &  Simon  ont  dir  qu’il 
étoit  tiré  d’une  lettre  originale  de  Gilles  , 
ce  n’efl:  vifiblcment  que  parce  qu’il  s’y 
trouve  tranfcric  ,  n’écanr  pas  poffible  de 
s’en  former  une  autre  idée  quand  on  lie 
cette  lettre,  qui  n’eft  que  pour  attefter  la 
ycriré  du  narré.  Or  il  cft  certain  que  ces 
Mars  171 6,  Z  y 


508  Mémoires  pour  ï  Ht  foire 

deux  Auteurs  l’avoicnr  lue  :  ainfi  le  F. 
Coudant  a-t-il  bonne  raifon  d’avertir  à 
cette  occafion  fon  adverfaire,  qu’en  fut - 
njant  de  tels  guides  on  ne  peut  cjue  donner 
dans  l'erreur ,  conduire  les  autres.  Quel¬ 

le  application  de  la  maxime  de  l’Evangile  î 

Quant  aux  mots  d'heureufe  mémoire  , 
que  Hugues  ajoute  en  parlant  d’Innocenc 
II.  c’ed  qu’il  écrivoit  à  un  de  fes  fuccef- 
feurs  ;  il  en  auroit  apparemment  fait  autant 
pour  Henri  I.  s’il  avoit  écrit  au  Roi  Henri 
II.  fon  petit  fils ,  qui  regnoit  en  ce  rems  là  ÿ 
outre  qu’il  avoit  des  obligations  clîentiel- 
jes  à  ce  Pape.  De  plus  ,  il  n’y  a  jamais  eu 
d’ufage  là-defïus ,  &  qui  s’y  appuyeroit  fe- 
roit  bicu  revivre  des  gens  après  leur  mort , 
ce  que  nôtre  Benedittin  n’ignore  pas.  Hu¬ 
gues  n’ajoute  point  non  plus  ces  termes 
d'heureufe  mémoire ,  en  parlant  de  Geofroy 
Evêque  deChâlons  p.  681.  quoiqu’il  fût 
mort  dès  1141. 

II.  Mais  ,  dit  ce  fçavant  Moine  pour  fon 
fécond  moyen  ,  *  fi  le  narré  de  latte  n’eft 
pas  de  l’Evêque  d’Evreux,il  fc  trouvera 
fans  infeription  ,  ni  foufeription  ,  on  ne 
fçaura  à  qui  il  fera  adreffé  :  ainfi  il  11e  fera 
aucune  foi. 

Et  pourquoi  n’en  feroit-il  pas  }  Où  eft 
la  loi  qui  ordonne  qu’un  fragment  de  let¬ 
tre  certifié  véritable  par  un  Evêque  neveu 
■de  celui  qui  l’a  écrite,  n’ait  aucune  auto- 

*  Vînd  p.  6S7. 

Mars  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts, 

tué  ?  ne  doit-il  pas  du  moins  toujours 
avoir  celle  du  certificat  où  il  eft  inféré,  qui 
fubfifte  encore  avec  fon  fceau  ?  Et  en  cer 
état  y  a-t’ii  même  un  feul  Tribunal  où  il 
ne  fût  reçu  par  rapport  a  la  forme  ? 

Au  furplus  ,  il  n’y  a  que  l’infcription 
qui  manque  au  narré  de  l’Archevêque  de 
Rouen  ,  car  pour  la  foufeription  il  n’y  en 
avoir  apparemment  pas  dans' l’original  où 
le  fceau  de  l’Archevêque  en  tenoir  lieu. 
Les  Evêques  ne  fignoient  gueres  alors 
leurs  lettres  *,  à  moins  que  ce  ne  fufienc 
des  donations.  Ils  fe  contenroicnt  de  les 
fceller  ,  &  j’en  ai  vû  des  centaines  en  cette 
feule  forme.  Le  certificat  de  l’Evêque 
d’Evreux  ,  qui  a  une  infeription,  n’a  poinc 
non  plus  de  fouferiprion  ,  &  vraifembla- 
biement  qu’il  ôta  l’infcripcion  de  la  lettre 
de  fon  oncle  comme  inutile  ,  à  caufe  de 
celle  qu’il  mettoit  à  fon  certificat ,  laquel¬ 
le  fuffifoit  étant  adrefiee  au  même  Pape. 

III.  Le  troifiéme  moyen  du  P.  Couftant 
eft  ,  que  Hugues  envoya  fa  lettre  ,  ou  fon 
narré,  à  S.  Thomas  de  Cantorbery  ,  &  que 
cependant  il  y  adrelîe  vifiblement  la  paro¬ 
le  à  un  Pape.  Audi  étoit  ce  à  un  Pape  qu’el¬ 
le  devoir  être  prefentêe  ,  &  elle  étoit  feu¬ 
lement  écrite  en  faveur  de  i’Eglife  de  Carr 
torbery  ,  ce  qui  faute  aux  yeux. 

IV.  II  dit  dans  fon  quatrième  moyen  c, 

a  V.  Ditîom.  Mab.p.ôQ^.hVind.  p.  6 88. 
Ibid. 

Z  y; 


yio  Mémoires  pour  l’HïJloîre 

qu’il  cft  très- difficile  de  deviner  ^  qui  poil- 
voit  être  le  Souverain  Pontife  à  qui  Hugues 
avoir  écrit  cette  lettre. 

Mais  il  n’tft  pas  néanmoins  befoin 
à'Oedlppe  pour  cela  ,  ni  même  d’un  Criti¬ 
que  de  la  force  de  nôtre  Auteur  }  puifque 
cette  lettre  fut  écrite  lois  de  l’Epifcopat  de 
S.  Thomas  de  Cantorbery  élu  en  1161.  & 
mort  en  1 1 70.  &  qu’Alexandre  III.  tint  le 
Siégé  de  Rome  depuis  ii59jufqu’en  1181. 

V.  Le  cinquième  moyen  *  crt:  plus  digne 
du  fçarant  Benediétin  :  il  l’appuye  fur  ce 
que  Hugues  témoigne  au  Pape  ,  qu’il  l’in¬ 
forme  de  ce  qui  s'étoit  palTé  au  Concile 
de  Reims  au  fujet  des  Abbez  de  S.  Oüen 
&  de  jumieges  -,  parce  qu’il  ne  croyoit  pas 
que  cela  fût  venu  a  la  connolffance  des  mo¬ 
dernes.  Et  comment ,  dit-il  ,  la  mémoire 
d’une  chofe  definie  en  un  Concile  fe  feroit 
elle  ftcôt  effacée  ? 

Selon  Hugues  ,  ajoute-t-il  Geofroy 
Evêque  de  Châlons  parle  aufli  de  la  eon- 
fclfion  du  Moine  Guernon  dans  le  même 
Concile  en  1131.  comme  d’une  chofe  déjà 
allez  éloignée,  antlqud  recorâatlonls  ,  Sc 
néanmoins  ,  fi  elle  éroir  véritable  ,  elle  fe 
feroit  faire  depuis  l’an  iiio  auquel  Geo¬ 
froy  fut  élu  Abbé  de  S.  Medard. 

Enfin  ,  continue  nôtre  Auteur  ,  comme 
cette  expreflion  eft  encore  employée  dans  le 
certificat  de  l’Evêque  d’Evreux ,  on  recon- 


a  ibld.  bp.  62?. 

Mars  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  $  1 1 
noîc  aifément  par  cette  uniformité  de  ftilc 
que  l’une  &  l’autre  partie  de  l’aéle  font  dit 
meme  ouvrier.  On  lit  ces  mors  dans  le  nar¬ 
ré  ,  (  G  œuf ridus  Epifcopus  Catalaunenfis  ) 
illius  (  Abbatis  B.  Audo'èni  )  prafumptionis 
tumorem  antiquæ  recordacionis  fr&no  com- 
pefeuit.  Et  ceux-ci  dans  le  certificat.  Qu& 
in  fchedula  feriptœ  funt...  tranfmifimus  ,  ut 
' veritas  recordationis  antiquæ  eorum  (  Mo- 
nœchorum  B.  Auguflini  )  pr&fumpttonem 
compefcœt. 

Je  dis  fur  la  première  de  ces  trois  diffi- 
cultez  que  ce  ne  fut  point  dans  le  Concile 
même  de  Reims  que  l’affaire  des  deux  Ab- 
bez  Normands  fut  examinée,  mais  à  une 
audience  particulière  du  Pape  Innocenr , 
qui  félon  l’aéle  ne  fe  rendit  dans  le  lieu  où 
fe  tenoit  le  Concile  qu’après  que  Hugues 
eut  béni  ces  Abbez  ,  &  il  eft  même  à  croire 
qu’innocent  ne  régla  ce  different  que  de 
vive  voix.  Ainfi  rien  n’oblige  à  fuppofer 
qu’il  eût  fait  un  fi  grand  éclat  dans  ce 
Concile.  Ceux  que  Hugues  appelle  mo¬ 
dernes  ,  en  étoient  éloignez  d’une  généra¬ 
tion  entière  ,  n’écrivant  qu’après  l’an  1 1 61. 
Et  cela  fuffifoic  bien  pour  qu’ils  fuffenc 
cenfez  ignorer  les  aélions  particulières  ar¬ 
rivées  durant  fa  tenue  ,  dont  il  ne  reftoir 
point  de  preuves  par  écrit. 

Je  dis  auffi  fur  la  fécondé  difficulté  ,  que 
c’eft  Hugues  ,  &  non  pas  Geofroy ,  qui 
dans  l’aéïe  parle  de  la  confeffion  de  Gucr- 
non  comme  pafféc  il  y  déjà  lorg- 

JsUrs  iji6. 


fit-  Mémoires  pour  l' Hifloire 

tems  ,  &"  qu’on  ne  doit  point  ctre  furpris 
de' fon  expreflîon,  parce  qu’il  regardoic 
cetre  confeflîon  de  la  diflance  où  il  en  étoic 
lorfqu’il  écrivoit ,  &  non  point  de  celle  où 
en  écoit  Geofroy  ,  quand  il  en  fit  le  rapport 
à  Innocent,  ce  qui  fait  une  grande  diffé¬ 
rence. 

Pour  la  troifiéme  difficulté ,  il  eft  vrai 
que  le  narré  &  le  certificat  viennent  au 
fond  de  la  même  plume  ,  puifque  l’Evêque 
d’Evreux  ,  Auteur  du  certificat ,  acteflc  que 
ce  fut  à  lui-méme  que  Hugues  didta  fa  1  ec- 
rrc  ;  car  c’eft:  ce  que  fignifient  ces  mots, 
infchedula  fcrlpta  funt...  ab  ore  B.M. 
Hugonis  pxtrui  met  acceplmus  :  &  il  cil  allez 
ordinaire  aux  Secrétaires  de  faire  entrer 
de  leur  ftiledansce  qu’ils  écrivent.  Mais 
indépendamment  de  cette  reflexion  n’eit  il 
pas  même  très-naturel ,  en  certifiant  un 
aéle  qu’on  a  devant  les  yeux,  de  profiter 
des  termes  qu’on  y  rrouve  ,  lorfqu’on  a  les 
mêmes  chofes  à  exprimer  ? 

VI.  Ainfi  je  paffe  au  fixiéme  moyen.  * 
Le  P.  Couftant  ne  peut  fouffrir,  que  Hu¬ 
gues  marque  au  Pape  Alexandre,  qu’il  lui 
rend  compte  de  la  confeflîon  de  Guernon  , 
&  de  ce  qui  la  fuivir  dans  le  Concile  de 
Reims ,  afin  que  fi  les  Eglifes  de  S.  Oiicii 
&  de  S.  Auguftin  ,  que  ce  fourbe  avoir  mu¬ 
nies  de  faux  privilèges ,  venoient  en  con- 
fequence  à  faire  des  enueprifes  contre  les 

*  p.  689. 

.  Mars  j  7xdV 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  713 
anciennes  règles  ,  fa  Sainteté  ne  s’y  laiffâc 
pas  furprendre  ,  mais  c|u’elle  confervât  à 
fon  ordinaire  ,  0»  félon  fon devoir  ,  les  droits 
de  chaque  Eglife. 

Appartenoit-il  à  cet  Archevêque  ,  re¬ 
prend  nôtre  Benedi&in  ,  a  de  s’ériger  de  la 
force  en  defenfeur  des  Réglés  des  Peres  ,  lui 
que  Henri  I.  Roi  d’Angleterre  accufoit  au¬ 
près  du  Pape  Innocent  II.  de  les  violer 
d'autorité  &  fans  aucun  refpeét  ,  ineveren - 
ter ,  en  extorquant  dans  les  benedidions 
des  Abbez  de  Ton  Diocefe  des  profeflions 
d’obéifîance ,  qu’aucun  de  [es  faints  prede* 
cejfeurs  ne  leur  avoir  jamais  demandées 
(  car  ce  font  les  termes  mêmes  d’une  lettre 
de  ce  Prince.  J  Innocent, [ajoute-t-il  ,  con¬ 
vient  auifi  lui  même,  que  ce  proçedé  de 
Hugues  étoit  contre  la  coutume  de  laPro^ 
vince  ,  &  fî  en  confeillant  à  ce  Prélat  de 
condefcendrc  aux  volontez  de  Henri ,  il  ne 
laide  pas  de  le  trouver  jufte  en  rigueur  de 
droit h,  &  conforme  à  ce  qui  avoir  été  arrêté 
au  Concile  de  Reims ,  ce  n’cft  que  par  rap¬ 
port  au  droit  commun  ,  félon  lequel  les 
Abbez  qui  ne  font  point  exempts ,  ni  par 
des  privilèges  particuliers  3  ni  par  la  coutu¬ 
me  ,  doivent  naturellement  l’obéïflance  à 
l’Eglife  dont  ils  dépendent. 

Nôtre  Auteur  obferve  encore  qu’Inno- 
noccnt  ne  parlant  poinr  dans  fa  reponfe  à 
Henri  des  prétendus  faux  privilèges  fabri- 

a  Spicil.  tom .  i.p,  457,  fc  Ibid. p-  458, 

l  Mars  i 7i<r. 


514  Mémoires  pour  l' H'tfloire 
qucz  par  Gnomon  ,  que  l’Abbé  de  S.  Oiien 
auroir  produits  ,  &  qui  auroient  été  con¬ 
vaincus  de  fuppoftrion  dans  le  Concile  de 
Reims  ,  quoique  cela  lui  eût  été  fi  propre 
pour  adoucir  rcfpric  de  ce  Monarque  à  l’é¬ 
gard  de  Hugues  ,  contre  lequel  il  éroit 
très-irricé  j  ce  filencc  eft  une  preuve  fenfî- 
ble  que  ce  Pape  ne  connoifToit  point  ces 
faux  ritres  ,  &  que  ce  qu’on  en  fait  dire 
dans  l’a  de  à  l’Evêque  de  Chàlons ,  n’eft 
qu’une  pure  fidiort. 

Je  ne  doure  point  que  de  pareilles  rai- 
fons  n’éblouilfent  bien  des  Lecteurs  ,  mais 
du  moins  ceux  qui  auront  Pefpric  jufte  fe¬ 
ront  infailliblement  choquez  d’une  con- 
rradidion  manifefte  dont  l’Auteur  n’a  pû 
fe  garantir.  Le  P.  Coudant  a  vu  d’une  part 
que  Henri  ne  s’éievoit  contre  l’enrreprife 
de  Hugues  ,  qu’en  s'appuyant  uniquement 
fur  la  coutume  de  Normandie  j  &  d’autre 
part  qu’innocent  ne  laifle  pas  d’approuver 
ce  qu’avoit  fait  Hugues  contre  cette  cou¬ 
tume.  Or  que  devoit-il  conclure  de  là  ? 
C’eft  que  les  plaintes  de  Henri  éroient  fri¬ 
voles  ,  &  que  Hugues  éroit  bien  fondé  à 
rappeller  les  chofes  au  droit  primitif.  Ce¬ 
pendant  il  ne  fait  rien  moins,  parce  que 
ce  feroit  abandonner  la  caufe  des  Abbez  , 
ce  qu’il  n’a  ofé  :  il  dit  que  le  droit  de  ri¬ 
gueur  dont  parle  Innocent  n'eft  que  con¬ 
tre  les  Abbaïes  qui  ne  font  point  hors  de 
la  jurifdidion  des  Ordinaires,  ni  par  des 
privilèges  fpeciauxni  par  la  ÇOUtumc,  Ni  fi 
Mars  j  7 1  , 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  515 

peculiaribus  privilegiis  aut  confuetudine 
cximantur  ;  &  c’dt  en  cela  qu’elt  la  con¬ 
tradiction.  Car  fi  la  coutume  feule  fuffic 
pour  tirer  les  Abbaïes  du  droit  de  rigueur  3 
H  rnri  avoic  fujet  de  crier  à  la  violence  &  à 
l’ufurpation  contre  Hugues ,  &  Innocent 
ne  devoir  pas  autorifer  lui  même  fa  con¬ 
duite  comme  jufte  au  Concile  de  Reims  5 
&  fi  la  coutume  n’cft  d’aucune  force  contre 
le  droit  de  rigueur  ,  parce  qu’elle  n’cft 
qu’un  véritable  abus,ainfî  que  ledit  ce 
Pape,  ce  fera  à  bon  titre  que  Hugues  n’y 
aura  point  eii  d’égard  ,  &  qu’il  aura  fupplié 
Alexandre  dans  fa  lettre  de  n’y  en  avoir 
point  non  plus  ,  afin  de  conferver  les  droits 
de  chaque  Eglife. 

Il  éroit  le  premier  à  convenir  de  cette 
coutume  ,  &  c'eft  pourquoi  il  dit  au  même 
Pape  ,  qu’il  avoir  eû  d’abord  beaucoup  à 
combattre  pour  rétablir  dans  leur  autorité 
les  Eglifes  meres  de  la  Province,qui  ctoienc 
comme  foulées  aux  pieds  depuis  long  tems. 
JPro  reparatione  libertutis  Ecclefiurum  N  or - 
mannie  que.  a  multis  rétro  temf  oribus  con - 
culcata  fuerant.  Cette  coutume  ne  dévoie 
fa  naiffance  qu’à  la  violence  des  fondateurs 
des  Abbaïes  ,  qui  pouffez  par  les  Moines 
ne  vouloient  fouvenc  reconnoître  aucune 
fubordinatioq  ;  ce  qu’il  feroiraifé  de  prou¬ 
ver  pour  ces  tems  là  ,  &  Innocent  II.  le 
fait  auffi  adez  voir  dans  une  lertre  à  Alain 
Abbé  de  S.  Vandrille  ,  à  qui  il  reproche  de 
fc  rendre  le  compagnon  des  tyrans  ,  &  éga- 

Mars  1716. 


5  t  6  Mémoires  peur  fHifioire 

Jement  coupable  d’opiniâtreté  &  d’ambi-* 
tion,  quand  fous  prétexte  d’une  coutume 
audi  contraire  aux  oracles  fierez,  qu  a  la 
raifort  ,  il  refufe  de  faire  profdfion  d’obeïf» 
lance  à  fon  Archevêque  ,  &  de  recevoir  de 
lui  le  divin  Sacrement  àc.  la  bénédiction  a. 
Tyranncram  focium  fe  manifejlis  probat ioni~ 
bus  inAcat  qui  tenacitatis  &  ambiiionis 
reus  (°rr.  fub  pr&textu  cuyufdam  prava  cor»- 
fuetudinis  qu&  facris  oraculis  &  rationi  re - 
fiftit)  Archiepif  opo  tuo  prcfejficnem  facere 
contcmnis  ,  &  quoi  fpeftat  ad  Abbatem  , 
divinum  non  fufeipis  Sacramentum . 

1-  De  plus ,  ce  Pape  mande  à  Henri  ,  que 
quoiqu’il  aie  confcillé  à  Hugues  d«  lui 
complaire  ,  pour  ce  qu’il  fouhairtoit  de  lui 
touchant  les  Abbcz,  il  leur  cfl  pourtant 
pernicieux  de  ne  pas  fc  foumettre  à  leurs 
Prélats,  &  de  vivre  ainfi  en  A-'ephales  j 
qu’il  faur  abolir  les  mauvaifrs  coutumes, 
pravA  confuetudines  ;  &  qu’il  eft  de  la  pru¬ 
dence  de  ce  Prince  de  prendre  de  telles  me¬ 
sures  t  que  ces  Abbez  ne  relient  pas  fans 
joug,  ce  dont  il  rendroit  un  jour  compte 
au  fouverain  juge  b  :  Acephalt  <&fine  capite 
reput  antur  ,  ni  fi  TLpifcopis  fuis  ffp  Vralatis 
débita  fuerint  humilitate  fubje&i. 

Enfin,  il  eft  encore  clair  par  la  lettre 
d’innocent  à  Hugues ,  que  fi  c®  Pape  le 
poitoità  la  condefcendance  en  cette  occa- 
fion  ,  ce  n  etoit  que  parce  qu’il  étoic  de  foa 

a  Neufir.  pi  a  p.  173.  b  îbiL 
Mars  17 16. 


des  Sciences  &  des  l/eaux  Arts,  7x7 
intérêt  de  ménager  Henri  ,  ayant  toujours 
l’Antipape  Anaciet  en  têre ,  &  que  fans 
cela  il  eut  concinué  de  protéger  nôtre  Ar¬ 
chevêque  contre  les  Abbez  ,  comme  il  ve- 
noit  de  faire  en  particulier  à  l’égard  de  ce¬ 
lui  de  S.  Vandriile.  Il  l’afluroit  alors  que  il 
cet  Abbé  ne  lui  rendoit  pas  i’obéïfîancc  au 
tems  qu’il  lui  preferivoie ,  il  confirmeroic 
la  fentence  qu’il  prononceroit  contre  lui  3 
il  l’exhortoit  à  fe  montrer  toujours  ferme 
pour  la  correélion  des  vices  y  fans  craindre 
qu’il  annullât  jamais  ce  qu’il  auroit  farc 
légitimement  *.  Agenum  carijfime....  obfe- 
cra>  increpa....  nec  ullatenus  arbitrer is,  qnod 
ea  ,  quA  recle  a  te  fiat  ut  a  funt  ,  in  irritum 
devocare  vellmus.  Qucd  fi  Abbas  S.  Wan- 
dregifili  ufipue  ad  proximam  Pentecofles  fo - 
lemnitatem  obedire  fraternitati  tu&  ccn- 
tempferit ,  fententiam ,  quam  in  ipfurn  ratio - 
nabilem  promulgabis  ,  apofiolica  aufteritate 
ratam  habebhuus. 

En  voilà  bien  alfez  pour  prouver  que 
Hugues  avoit  tout  droit  de  fe  dire  le  de- 
fenfeur  des  anciennes  réglés  ,  au  même 
tems  qu’il  travailloit  avec  tant  de  vigueur 
à  abroger  l’ancienne  coûtume  où  les  Ab¬ 
bez  de  fa  province  s’étoient  injuftement 
établis  ,  &■  qu’il  ne  donnoir  par  là  lieu  aux 
peintes  de  Henri ,  que  parce  que  ce  Mo¬ 
narque  n’éroic  certainement  guercs  inftrurt 
de  ces  règles* 


*  Ibid. 

Mars  1716. 


ji8  Mémoires  pour  ï Hijîolre 

Mais  il  me  relie  encore  à  faire  voir  pour¬ 
quoi  Innocent  ,  en  récrivant  au  même  Mo¬ 
narque,  ne  dit  rien  du  faux  privilège  que 
J’Abbé  de  S.  Oii.-n  avoir  produit  devant 
lui  à  Reims.  C’cfl  que  la  lettre  de  Henri  à 
ce  Pape  étoir  aufp  pour  tous  les  autres  Ab- 
bez  du  Dioccze  de  Roüen  que  ce  faux  pri¬ 
vilège  ne  touchoir  en  rien.  Comme  Henri 
n’appuyoit  leur  droit  que  fur  la  coutume 
de  la  Pio  vrncc.  Innocent  ne  b  âmoit  aufli 
que  cette  coutume  ,  fans  s’arrêter  à  jufli- 
fier  autrement  la  conduire  de  Hugues, 
qu’il  s’efl  contenté  de  Ioiicr  comme  un 
tres*grand  Prélat ,  que  fes  eminentes  ver¬ 
tus  rendoient  digne  de  toute  l’cftime  de 
Ton  fou  venin.  Qj’on  compare  fa  reponfe 
avec  les  plaintes  du  Prince,  &  l’on  verra 
tout  d  un  coup  ,  qu’il  n’a  voulu  entrer  dans 
Ja  difeudion  d’aucune  ,  loin  de  chercher 
a  l’entretenir  de  faits  ,  dont  il  ne  lui  avoir 
point  parlé. 

De  plus  ,  que  dira  le  P.  Confiant ,  fi  on 
lui  prouve  par  la  lettre  même  de  Henri, 
que  ce  Prince  étoit  bien  informé  de  ce  qui 
seroit  paffé  à  Reims  à  l’égard  des  Abbez 
de  S.  Oücn  &  de  Jumieges  ?  C’cfl  pourtant 
ce  qui  efl  incontcflable  par  les  paroles  qui 
fuivent  immédiatement  ce  que  ce  Perc  a 
rapporté  de  cette  lettre ,  quoiqu’il  les  ait 
omifes  comme  inutiles ,  en  changeant  la 
ponéluation.  Je  remets  ici  l’endroit  qu’il  a 
cité  ,  page  69 0.  afin  qu’on  en  puifTe  mieux 
juger. 

Mars  1 7 16. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  51  ^ 

Contra  me  ,  die  Henri  ,  dignitates  <fy 
fatum  Ducattis  met  à  pâtre  meo  fy  ab  om¬ 
nibus  antecejforibiis  mels  ,  &  a  me  ipfoufque 
ad  nov'tjfimum  difeeffum  veflrum  de  Nor - 
mannia  ,  &  tempore  Beatijfimorum  Romano - 
rum  Vontificum  (y  SS.  Rothomagenfum  Ar - 
chiepifeoporum  pr&decejj'orum  ejus  (  Hugo- 
nis  )  inconcufse  ,  Hlibateque  pojfeffos  vehe- 
menter  <(y  irreverenter  egit  \  in  benedîciîoni- 
bits  fciiicet  (y  ex  Sortis  profejfiomtm  feriptis . 
Ce  qui  fuie  eft  ce  qui  a  été  omis  a  ,  Extra 
ducatum  meum  fy  provinciam  fuam  ,  ab 
Abbatibus  mets  Normann'u  ,  ms  inconfultot 
'U  obi  s  in  concilio  querimoniis  tnde  propofitis  , 
cum  eos  in  pace  dimiferim ,  quando  .  ...  fy 
tpfum  Archiepifcopum  amicabiliter  ad  vos 
dejlinavi.  Attendus  ituque  fuppliciter  ro- 
go ...  Paternitatem  vefiram  ut ... .  mamtm 
correftionis  imponatis  tam  de  his  (  Abbati- 
Lus  )  qui  ftcerunt  (  profrfïionem  )  quatn 
de  his  à  qui  bu  s  exigitur  ut  facianî. 

Ii  faut  audi  joindre  à  cec  endroit  ce  que 
le  P.  Couftant  a  encore  cité  de  la  lettre 
d’innocent  à  Hugues  au  fujec  de  la  prece¬ 
dente  b.  Rex  Anglorum  Henriette  ,  die  ce 
Pape  ,  prout  accepimus  ,  efi  adverfum  te 
graviter  indignatus  ,  quoi  contra  confuetu- 
dlnem  fuam  {y  aliorum  Ducum  Hormannia 
à  quibufdam  Abbatibus  Normannitt  obedien- 
tiam  fkfctpifli  ,  quod  profecio  quamvisfue - 
rit ,  &  à  ncbls  in  Concilio  Remenjï  mania - 

a  Spiciî.  r.  i.  p.  4j7»  b  Ibid*  p.  4  J9. 

Mars  jj  16. 


1 


S  2-0  Mémoires  pour  l'Hîflotre 
t M7i  pro  e'jus  cantate  à  rlgore  juftitîd  ait - 
quarnio  condefcettdere  debemus  ,  pro  tem- 
pore  ipjius  voluntatis  ajfejfum  pr&bere. 

Le  difcours  de  Henri  marque  que  Hu¬ 
gues  avoir  fans  fa  participation  béni  hors 
de  la  province  des  Abbez  de  Normandie  , 
&  excorqué  d’eux  par  écrie  des  profeflions 
d  obéïflance  >  ce  dont  ils  s’étoier.t  plaints 
à  Innocent  au  Concile  de  Reims. 

On  apprend  encore  par  le  difcours  d’in¬ 
nocent  ,  que  Henri  étoit  terriblement  in¬ 
digné  de  ce  que  Hugues  avoir  reçu  l’obéiT- 
fance  de  quelques  Abbez  de  Normandie, 
&  que  cet  Archevêque  n’avoit  pourtant  en 
cela  rien  fait  que  de  jullc  ,  &  qui  ne  lui  eue 
été  ordonné  au  Concile  de  Reims  par  ce 
Pape.  •' 

Or  que  dit  d’autre  côté  Hugues  dans 
l’aéte  contefté  ?  Il  reconnoit  qu’il  bénie 
lors  du  Concile  de  Reims  parle  comman¬ 
dement  d’innocent  les  Abbez  de  S.  Orient 
de  Jumieges  ,  &  qu’ils  lui  promirent  l’o- 
béiïfance  canonique.  Ainh  n’y  a-t-il  pas 
un  parfait  rappo.rt  dans  rcffentiel  de  ces 
trois  aétes ,  qui  fe  fervent  mutuellement 
de  preuves  ?  Et  ne  faut-il  pas  en  quelque 
iorte  fe  crever  les  yeux  pour  ne  les  point 
appercevoir  ? 

Le  P.  Couftant  a  judicieufemcnt  fait  ob- 
ferver  au  P.  Germon  p.  438.  que  Hincmar 
en  attaquant  les  manuferits  qu’il  préten- 
doit  avoir  été  falfifîcz  ,  a  imité  les  plaideurs 
qui  ont  accoutumé,  fut  tout  ceux  qui  fou- 
Mars  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  çn 
tiennent  une  mauvaife  caufe  ,  d’cxa2£erei: 
ce  qui  cit  pour  eux  ,  &  de  taire  ce  qui  elt 
contre  eux  :  mais  fi  cet  adverfaire  lui  ré¬ 
pond  ,  je  crains  qu’il  ne  lui  fade  remar¬ 
quer  à  fon  tour  lur  ce  point-ci  qu’il  n’en  a 
pas  cite  lui-même  autrement  pour  l’aéte 
de  l’Evêque  d’Evreux  ,  &  lui  dire  aulfi  en 
empruntant  fes  propres  termes  :  Neminiau- 
tem  efi  incompertum  litigantibus  ,  maxime 
ut  qui  caufam  iniquam  propugnant ,  id  moris 
ejje  ,  ut  quod  fibi  faveur  ,  exaggerent ,  & 
quod  adverfum  fit  retic eant, 

VU.  Après  l’cclaircidement  ci-dedus  , 
qui  ell  decidf ,  la  caufe  devroit  palTer  pour 
jugee  :  mais  je  vais  néanmoins  répondre 
encore  aux  autres  moyens  de  faux  qui  ref- 
tent  a  examiner.  Voici  le  feptiéme  *.  Par 
le  droit  general  de  Normandie,  qui  n’a- 
voit  encore  reçu  aucune  atceince  félon  Hen¬ 
ry  ,  les  Abbez  de  la  province  étoienc 
exempts  de  promettre  l’obéïdfance  aux 
Evêques  ,  &  par  conféquent  ils  n’avoienc 
pas  befoin  pour  s’en  exemprer  de  faire  faire 
des  privilèges  par  un  Moine  de  S.  Mcdard  i 
car  quelle  en  auroit  été  l’utilité  ,  puifque 
les  privilèges  ne  font  que  pour  fc  tirer  du 
droit  commun  ? 

L’utilité  y  étoic  pourtant  toute  entière, 
&  elle  n’eft  nullement  au  dedus  de  la  por¬ 
tée  du  P.  Couftant.  Les  Evêques  de  Nor¬ 
mandie  fc  croyoient  obligez  de  déférer  aux 

*  Vind.  p.691. 

Mars  171 6. 


fil  Mémoires  pour  l'Hlfioire 
privilèges  emanez  du  S.  Siégé,  &  ils  ne 
regardoicnt  ,  comme  je  l’ai  montré  N.  VI. 
le  prétendu  droit  commun  des  Abbez  ,  que 
comme  un  abus  damnable  qui  devoir  l'on 
origine  à  la  feule  tyrannie  des  fondateurs 
des  monafteres ,  animée  par  i’ambition  de 
ces  Abbez.  J’ai  aulli  obfcrve'  qu’innocent 
1 1.  le  foutenoit  aulli  oppofé  à  la  raifon 
qu'aux  oracles  [acrez*  ,  &  ce  n’écoir  point 
leulemcnt  l’Archevêque  Hugues  qui  avoit 
entrepris  de  l’abolir  ,  car  il  ne  marchoit  en 
cela  que  fur  les  traces  de  fes  prédeceffeurs 
&  des  autres  Evêques  de  la  Province,  ce 
qui  fît  qu’à  la  lîn  fes  fuccelfcurs  en  vinrent 
à  bout,  ainfi  que  le  P.  Pommeraye  nous 
l’apprend  dans  l’hiftoire  des  Archevêques 
de  Roiien  pag.  511, 

L’Archevêque  Guillaume  bonne  amc  rc* 
fufa  en  1094.  de  bénir  Guillaume  de  Mon- 
forc  AbbédeB'c  ,  à  moins  qu’il  ne  lui  fît 
la  profellion  d’obéïfTance  ;  &  il  fa  lut  que 
Robert  1 1.  Duc  de  Normandie  employât 
toute  fon  autorité  pour  l’obliger  à  palTcr 
outre  :  Abbatem  benedixit  fine  profejjione  , 
quia prâceptum  Principes  cogtbaî ,  dit  un  an¬ 
cien  Moine  de  cette  Âbbaïc  *. 

Selon  le  même  Ecrivain  ,  quand  il  fut 
question  en  11Z4.  de  bénir  Befon  Abbé  de 
ce  Monaftere  ,  il  fupplia  l’Archevêque 
Geofroy  de  ne  point  exiger  de  lui  cette  pro- 
feflion  ,  pareequ’il  ne  pouvoit  la  lui  faire 

fans 

*  Ad  calcem.  oper.  Lanfr.p.  44.  4p. 

Mars  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts. 
fans  foulevcr  contre  lui  toute  la  commu¬ 
nauté.  Rogavit  Archiepifcopum  ne  Je  ccgeret 
ad  profejfionem  ,  cum  nullo  modo  facere  vel- 
let  ,  qui*  ji  faceret  magnum  feandalum  in 
monajterio generaret ,  &  il  trouva  pour  ce¬ 
la  lui  même  un  tempérament ,  lorfque  Geo- 
froy  fut  à  l’endroit  de  la  benediétion ,  où 
l'on  demande  à  l’-E/as'il  ne  veut  pas  obéir 
àl'Eglilê  merc  ,  au  Prélat  qui  le  bénit  &  à 
les  fuccelleurs.  Vis  obediens  e(fe  huic  Eccle- 
fu  ,  &  mihi  ô'fuccejforibus  meis  ,  il  répon¬ 
dit  je  le  veux  ,  volo.  Les  Eccléfiaftiques  de 
l'Archevêque  le  prelloientde  dire  je  le  pro- 
fcilc  ,  profiteor  ;  mais  il  fc  contenta  encore 
de  dire  j  e  le  veux  ,  &  le  veux  même  de  bon 
coeur  ,  volo  ,  &  ex  corde  volo  ;  fur  quoi 
Jean  ,  Légat  du  S.  Siège  qui  écoit  prêtent , 
leur  témoigna  qu'ils  dévoient  entendre  ce 
cjue  cela  fignihoir  ,  &  ne  lui  rien  deman¬ 
der  de  plus ,  ce  qui  fit  que  Geofroy  acheva 
la  ceremonie.  Non  audit i s  quoddicit ,  quid 
amplius  vultis.  Et  il  elt  meme  à  remarquer 
que  Henri  eut  la  bonté  aufii  de  difpenfer  de 
l'hommage  qu'il  lui  dévoie  ,  pareequ’il  rc- 
ufoic  de  cela  i’Abbaïe  ,  le  Pape  ,  di foi t- i I, 
lui  ayant  défendu  dé  faire  hommage  à  au¬ 
cun  laïque.  Eudes  Evêque  de  Baycux  exi¬ 
geant  cerrc  profeflion  d’obcïlTancc  d’Ar- 
K>ulélù  Abbé  deTroarnen  1088.  celui-ci 
:uc  obligé  de  confulter  S.  Anfclme  alors 
\bbé  du  Becpont  ,  pour  fçavoir  ce  qu’il 
levoit  faire  ,  &  c’eft  le  fujet  de  la  cinquan- 
edeuxiéme  du  fccanid  livre  des  lettres  de 
Mars  1 71É,  A  a  -  ’*• 


5*4  Mémoires  pour  l' Hi foire 
ce  Saint.  Gilbert  Maminoc  ,  Evêque  <îc  Li¬ 
lle  u  x  ,  n’écoit  pas  moins  ferme  à  vouloir 
que  les  Abbez  de  fon  Dioccfe  lui  fident  ta 
meme  profeflion  ,  &  il  eut  une  concertation 
de  dix  ans  là  dedus  avec  les  Abbez  de  S. 
Evrou  ,  &  elle  ne  finit  non  plus  que  celle 
de  l’Archevêque  Guillaume  avec  les  Abbez 
du  Bec  que  par  un  commandement  exprès 
du  Prince  Souverain  ,  qui  éroit  alors  Guil¬ 
laume  le  Roux  Roi  d’Angleterre  ,  à  qui  un 
fujet  ,  quel  qu’il  fût  ,  ne  réfiftoit  pas  impu¬ 
nément  a  ,  ainfi  il  fuc  forcé  de  bénir  Roger 
du  Sap  en  1098  ,  quoiqu’on  n’eut  jamais 
pu  l’obliger  à  bénir  Serlon  d’Orgeres ,  fon 
prédecedeur  en  cette  Abbaye,  depuis  Evê¬ 
que  de  Sécz  ,Juffto  Regis  ab  invita  Pr&fule 
concejfa. 

Les  Abbez  de  Normandie  ne  fc  mainte¬ 
nant  donc  dans  leur  coutume  générale  que 
par  la  force  du  bras  feculicr ,  toujours  très- 
odieufe  en  telle  matière  ,  &  fe  voyant  là 
dedus  fans  cefTc  aux  prifes  avec  leurs  Evê¬ 
ques  ,  eft  il  d  étrange  qu’ils  cherchadent  à 
fortifier  cette  coutume  par  des  privilèges 
des  Souverains  Pontifes  que  les  Evêques 
n'ofoient  enfreindre  b  ,  &  qu’ils  en  fuppo- 
fadent  même  de  faux  quand  ils  n’en  pou- 
Yoient  obtenir  de  véritables  ?  Ne  font-cc 
pas  les  procès  qui  ont  fait  forger  tant  de 
mauvais  titres  qu’on  trouve  encore  dans 
les  archives  des  anciennes  Eglifes  ? 

.  »  -  *  3 1 1  l  *  ■ .  /  q  1  *  j  /  v .  ; 

a  Qrderic p..  776  b  Vid.  Petr,  Bief.  Ep.6&, 

Mars  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  jtf 

VIII.  Le  huitième  moyen  *  de  faux  va  en¬ 
core  m’engager  dans  une  a  fiez  longue  dif- 
euflion.  Ordcric  parlant  des  Abbcz  qui  fc 
trouvèrent  au  Concile  de  Roiicn  en  iii8. 
nomme  celui  de  S.  Vandrille  le  dernier  ,  en 
ne  lui  donnant  que  la  qualité  d’Abbé  élû> 
&  le  P.  Coudant  foutient  que  c’eft  qu’il 
écoic  le  fcul  d’entre  eux  qui  ne  fût  point  en¬ 
core  béni  ;  ainfi  les  Abbez  de  S.  Oüen  3c 
de  Jumicgcs  étant  du  nombre  des  autres 
Abbez  ,  il  s’enfuit  félon  lui  qu’ils  croient 
bénis  dès  cette  année  ,  &  par  conféqucnc 
qu’ils  n'étoient  pas  Amplement  élus  quand 
ils  allèrent  au  Concile  de  Reims  en  1131, 
comme  Vaffüre  impudemment  le  fabricaccuc 
del’aéte  en  queftion. 

A  ce  menfonge  ,  continue  ce  Pere  ,  fç 
faujfaire  en  ajoute  encore  un  autre  ,  en  fai- 
fanc  dire  dans  l’ade  par  1‘Archeveque  Hu¬ 
gues  au  Pape  ,  que  l’élcâion  de  ces  deux 
Abbez  étoit  plutôt  une  détection  qu’une 
éleftion  .  quorum  elettionem,  imo  dejettio- 
7iem  ,  cum  Apojiolicis  auribus  inttmarem , 
Quelque  fens  qu’on  donne  à  ce  terme  ,  ob- 
ferve  c-il  ,  il  ne  produira  que  contradic¬ 
tion  ,  s’il  Ggnifie  que  leleélion  de  ces  deur 
Abbez  n’étoic  pas  canonique  ,  &  qu’elle 
auroit  dû  être  rejettée  :  Hugues  ,  cela 
étant  ,  ne  les  auroit  donc  pas  bénis  à 
Reims  ,  comme  dit  l’a&c  ,  &  ils  n’au- 
roient  pas  eu  rang  non  plus  parmi  les  Ab- 


*  Vind.  p.  69  u 
Mars  1716. 


Aa  ij 


ç  16  Mémoires  pour  i  Pi floire 
bez  béais  au  Concile  de  Rouen  ,  ainfi  que 
l'allure  Orderic.  Et  fi  on  s’imagine  que  ce 
terme  lignifie  plûcôc  une  élection  qui  au- 
roic  été  fuivic  d’une  bénédiction  faite  par 
des  Evêques  fans  pouvoir  ,  lefquels  au- 
roient  béni  ces  Abbez  ,  quoiqu’ils  ne  fuf- 
fênr  point  en  leurs  Dioccfes  ,  c’eft  auflî  ce 
qui  lera  combattu  par  l'aéte  même  ,  félon 
lequel  ces  Abbez  n’étoient  point  encore 
bénis  ,  quand  ils  allèrent  au  Concile  de 
Reims,  elefli,  non  beneditti. 

Voilà  donc  encore  deux  grofies  faufic- 
tez  dans  nôtre  ACtc  ,  mais  j'efpcre  néan¬ 
moins  ne  faire  trouver  en  leur  place  que 
deux  veritezj  &  je  demande  pour  cela  feu¬ 
lement  qu’on  fc  iouvienne  que  j’ai  prouvé 
invinciblement  fur  le  fixiéme  moyen  ,  par 
de  bons  titres  non  concédez  ,  que  Hugues 
bénit  effectivement  à  Reims  des  Abbez  de 
fon  Diocefe  par  ordre  du  Pape  Innocenr. 
L’aéte  original  dont  nous  dilputons  mar¬ 
que  que  ces  Abbez  étoient  ceux  de  Jumic- 
ges  &  de  S.  Oiien  ,  pourquoi  ne  le  croira- 
t  on  pas  ?  Pour  détruire  un  tel  témoignage, 
fuffira-t-il  qu’Orderic  ne  leur  ait  poinr 
donné  auffi  la  qualité  d’Abbez  élus  ,  com¬ 
me  il  fait  à  l’Abbé  de  S.  Vandrillc  ,  qu’il 
leur  joint  en  parlant  de  leur  préfence  au 
Concile  de  Roiicn  ,  &  cft  ce  que  cet  Hif- 
torien  elt  fi  exaét  qu’il  ne  donne  jamais 
lieu  à  aucune  méprife  ?  Les  Sçavans  font 
bien  éloignez  de  penfer  de  lui  fi  avantageu- 
fement.  .  ?  •  •  ¥ 

Mars  iyi;6* 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  517 

Pour  moi  ,  j'aime  mieux  fuppofer  qu’il 
ne  s  eft  exprimé  de  la  forte  ,  que  parcequé 
lors  qu'il  écrivoit  cet  endroit  de  fon  hiftoi. 
re  il  n’y  avoit  plus  que  l’Abbé  de  S.  Van- 
drille  ,  de  ceux  qui  s’étoient  trouvez  à  ce 
Concile,  qui  ne  fùc  point  encore  béni  ;  cat 
c  etoit  precilément  vers  ce  tems-là  qu’il  la 
compofoit  ,  l’ayant  finie  en  1141.CCC  Ab- 
be  n  étant  point  encore  béni  au  commen¬ 
cement  de  1133.  comme  on  le  voit  par  la 
lettre  qu  Innocent  II.  écrivit  à  fon  fujet  à 
Hugues  ,  qui  entreprenoit  par  les  cenfurés 
de  1  Eglife  de  le  forcer  à  fe  foumettre  à  cet¬ 
te  ceremonie  ,  cette  lettre  ne  pouvant  être 
mife  plutôt  qu’en  cette  année  ,  puifqu’cllê 
cft  dattee  de  Pife  du  10e  Janvier  a  ,  & 
qu  Innocent  etoit  encore  en  France  au 
mois  de  Février  b  ,  où  il  célébra  la  fête  de 
la  Purification  ;  c  etoit  principalement  en 
fa  faveur  que  Henri  écrivit  fi  fortement  à 
ce  Pape  contre  le  même  Archevêque  ,  & 
peutétre  ne  fur  il  jamais  béni  tant  qu’il 
gouverna  S.  Vandrille,  d’où  il  fut  transfe- 
r ^  2  S.  Etienne  de  Caen  1137  car  Hu¬ 
gues  n  étoic  guéres  d’humeur  à  ceder  quand 
la  raifon  étoit  de  fon  côté. 

Si  ce  n  etoit  pas  les  Abbez  de  S.  Ouen  & 
de  Jumieges  que  ce  Prélat  bénit  à  Reims 
feion  notre  aétc  ,  il  faudroit  donc  nous  di¬ 
re  qui  étaient  ceux  que  ce  fait  regarde  j 

Neujlr.  pia p.  174.  f,  Spicil.t. 3./>.  \  J 1* 
Keujtr.  pia  p.  6^1. 

Mars  1716. 


A  a  iij 


5*8  ,  Mémoires  pour  l' H  ijîoire 

car  ce  dévoie  être  ces  Abbez  d’importâfiec 
&  de  l’Ordre  de  S.  Benoît  ,  n’y  ayant  point 
alors  de  différent  là  delTus  avec  les  Abbez 
des  autres  Ordres  ,  qui  ne  faifoient  que  de 
naître.  Roger  Abbé  de  Fefcan  avoir  été  bé¬ 
ni  dès  1107.  a  Helie  Abbé  du  mont  Sainte 
Catherine ,  élu  en  1115,  devoir  aurtî  l’être 
aiors.  Bolon  Abbé  du  Bec  le  fut  en  1 1 14. 
Alain  Abbé  de  S.Vandrille  ne  l’étoit  pas 
encore  apres  le  Concile  de  Reims  ,  &  quel¬ 
ques  autres  Abbez  du  Diocéfe  de  Roiien 
bénis  lors  de  ce  Concile  auroient  mérité 
que  Henri  fe  fur  laifîé  ,  comme  on  a  vû, 
emporter  à  toute  fa  colere  pour  en  tirer  rai* 
fon ,  dès  qu’on  en  exclura  encore  les  deux 
Abbez  dont  il  s’agit. 

Bien  plus  ,  je  crois  pouvoir  inférer  en 
particulier  de  ce  qu’Alain  ,  élu  Abbé  de  S. 
Yandrille  dès  l’an  1115  b,  n’étoit  point 
encore  béni  en  1118.  lors  du  Concile  de 
Roiien  c  ,  que  Ragenfroi  Abbé  de  S.  Oiien, 
éiu  feulement  en  111 6  ,  ne  l’étoit  pas  non 
plus  en  même  tems  ,  car  ce  qui  recardoit  la 
benediéfion  du  premier  ,  c’eft  qu’il  refu- 
foit  la  profeflion  d’obéïfTancc  à  fon  Arche¬ 
vêque  ;  &  il  n’y  a  nulle  apparence  que  l’Ab- 
be  de  S.Oiien  eut  eû  !à  defîus  moins  de  fier¬ 
té  que  lui ,  fon  monaftere  étant  encore  d’u¬ 
pc  plus  grande  diftin&ion  que  celui  d’A¬ 
lain  j  ainfi  il  falloir  toute  l’autorité  d’un 
Pape  pour  le  réduire. 

a  Ibid.  p.  133.  409.  456.  b  Hift.  de  S. 
Quen  p.  16 o. c  Ueufir.pia  p.  171. 


des  Sciences  &  des  beaux  *Arts.  51 9 

Mais  je  viens  à  la  fécondé  fauficté  ,  qui 
ne  fe  trouvera  pas  plus  réelle  que  la  pre¬ 
mière  ,  puifqu’elle  n’eft  appuyée  que  fur 
l’explication  forcée  que  le  P.  Couftant  don¬ 
ne  au  mot  dejeftio  ,  &  qu’elle  s’évanouie 
dès  qu’on  veue  bien  entrer  dans  l’efprit  de 
J’aCtc  ;  ce  ternie  lignifie  fouvent  l '  aftionpar 
laquelle  on  jette  quelque  chofe  hors  de  foi  , 
&  fe  prend  toujours  alors  en  un  fens  bas  , 
au  lieu  que  le  mot  elettio  ,  qui  marque  le 
choix  d  une  chofe  qu  on  tire  entre  plujïettrs 
autres  ,  s’entend  toujours  en  un  fens  noble. 
Les  Abbez  qui  ne  fe  faifoient  point  alors 
bénir,  déshonoroienc  la  dignité  Abbatiale, 
&  on  ne  les  regardoit  que  comme  de  faux 
Abbez  dès  qu’ils  demcuroient  dans  cet  étar, 
Sacramento  ergo  (  benediétionis  )  contempto, 
profefto  vas  vac’tus  es  (  difoic  Innocent  II. 
â  l’Abbé  de  S.  Vandtille  ci-dellus  *  )  (y  no - 
men  Abbatis  cajfum  geris  fy  inane.  Quod  fi 
domines  decipere  niteris ,  Deum  utique  fal~ 
lere  non poteris.  Voilà  le  meilleur  commen¬ 
taire  qu’on  puifTe  faire  de  ce  mot  dejeft/Oy 
dont  s’eit  fervi  Hugues  contre  nos  deux 
Abbez.  Il  a  feulement  voulu  dire  que  leur 
élection  n'étant  point  confommée  par  la 
bénédiction,  elle  devenoit  honteufe  à  l’E- 
glife  ,  &  ceffoit  d’être  légitimé  ,  ce  terme 
lignifie  auffi  renverfement ,  &  il  eft  encore 
vrai  que  félon  la  difcipline  de  ce  tems-là, 
l’élcétion  de  tels  Abbez  n’étoic  rien  autre 

*  Ibid .  p.  173. 

Mars  171 6,  A  a  iiij 


530  Membres  pour  ÏHiftoire 

chofe  qu’un  renvcrfemunc  de  la  dignité 
Abbatiale.  C’eft  ce  qu’on  a  pareillement 
dit  longcems  des  Abbez  Commendataires , 
qui  font  des  peres  fans  enfans. 

IX,  Le  neuvième  moyen  *  ne  fe  Soutient 
pas  mieux  auflî  que  les  autres.  Il  n’eft  per* 
fonne  ,  die  nôtre  Auteur ,  qui  fur  l’expolé 
que  fait  Hugues  à  Innocent  dans  l’aétc  ,  ne 
juge  qu’il  y  avoir  déjà  un  procès  pour  la 
profefiîon  d’obéïlfance  entre  lui  &  les  deux 
Abbez  de  S.  Oiien  &  de  Jumicges  ,  avant  le 
Concile  de  Reims  ,  de  manière  qu’ils  y  le- 
xoient  allez  exprès  pour  défendre  leur  droit 
contre  lui.  Cependant  ,  ajouter.il ,  le  Roi 
Henri  cft  témoin  ,  qu’il  n’y  en  avoir  point, 
car  il  prorefte  a  ce  Pape  ,  que  6  lorsqu'ils 
fe  virent  à  Rouen  Hugues  avoit  parlé  de  fa 
prétention  fur  ce  Sujet,  il  auroit  volontiers 
donné  les  mains  a  ce  qui  naurott  point  été 
contre  fon  honneur  ,  &  qui  auroit  été  félon  la 
juflice. 

N’ai  -  je  pas  démontré  fur  le  fepriéme 
moyen  que  la  conteftation  de  Hugues 
avec  les  Abbez  de  Ion  Diocefc  pour  la  pro- 
fclïion  ,  avoit  commencé  fous  fes  préde- 
cefleurs  ,  &  fans  cela  comment  l’Abbé  de 
S.  Vandrille élu  dès  iiz^.  n’auroit-il  point 
encore  été  béni  en  nz8.  lors  du  Concile 
de  Rouen  qui  fe  tint  du  tems  de  l'Archevê¬ 
que  Geofroi  ?  Henri  n’ignoroit  pas  cette 
conteftation  ,  puifqu’il  lépondit  à  ce  der- 


*  Vind.  p.  6  $  3, 
Mars  ïyitf. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts,  f  $  \ 

mer  des  1114,  lorfcju ’il  le  prcffoit  d’ap¬ 
prouver  l’éleétion  de  Bofon  pour  Abbé  dti 
Bec  ,  cjue  certainement  cer  éiû  ne  voudro<c 
pas  lui  promerrre  l’obéïfiance  ,  nec  miki 
faciet  hominium  ,  nec  vobis  profejfonem  a ,  8c 
c  efl  visiblement  de  cecre  prote/lion  d’o- 
béïflance  ,  que  les  Evêques  de  Norman¬ 
die  avoient  fi  à  cœur,  qu’il  Faut  principa¬ 
lement  entendre  ce  que  dit  Orderic  ,  que 
Henri  ne  permit  pas  qu’ils  impofaffent  un 
nouveau  joug  aux  Abbez  dans  le  même 
Concile  de  Rouen  où  il  fe  trouva  b. 
rum  (  Abbatum  )  Rex  faut  or  fuit  ,  qui  nul- 
lam  eis  gravedinem  ab  Epifcopis  imponi  per - 
mi  fit.  Ainfi  il  n’eft  point  furprenant  fi  les 
Abbez  qui  fuivirent  Hugues  au  Concile  de 
Reims  ,  fe  munirent  des  privilèges  qui  pou¬ 
vaient  leur  aider  à  fe  défendre  \  car  ils 
avoient  tout  fujet  de  craindre  qu'il  n’y  fît 
régler  le  différend  qu’ils  avoient  fur  ce 
point  avec  lui. 

De  plus  ,  le  P.  Coudant  devoit  s’apper- 
cevoir  que  félon  la  maxime  des  plaideurs-, 
qu’il  nous  a  apprife  ,  le  fecretaire  de  Hen¬ 
ri ,  manifeftemenc  dévoiié  aux  Abbez,  a 
dans  la  lettre  de  ce  Monarque  au  Pape  In¬ 
nocent  exaggeré  ce  qui  étoit  pour  eux  ,  8c 
fupprimé  ce  qui  étoit  contre  eux  ,  &  qu’il 
y  a  fait  même  parler  d’une  maniéré  peu 
convenable  à  la  majefté  d’un  Roi  auffi  re*> 
<Iouté  que  celui-là  ,  afin  de  coucher  davan** 

a  Neufir.  piap,  45 6,  b  yind.p.  £91. 

Mar*  1716.  A  a  v 


m  h  lemoîres  pour  iHijiolre 
rage  le  S.  Pere.  En  effet ,  qui  n’a  pas  honte 
pour  ce  Prince  de  l’entendre  dire  à  Innoccnc 
qu’il  craint  d’être  obligé  de  fe  féparer  de  fa 
communion  ,  s’il  ne  lui  fait  pas  juftice  de 
l’Archevêque  ;  que  fes  Barons  (  (ans  le  fe- 
cours  &  leconfcil  defquels  il  ne  peut  con- 
ferver  fes  Etats  )  ne  fouffriront  pas  qu’il  de¬ 
meure  en  paix  avec  ce  Prélat  *  ,  les  chofes 
reliant  fur  le  pied  qu’elles  font,  &  qu’ils 
lui  font  de  continuels  reproches  de  ce  qu’il 
Te  laiffe  lâchement  ainli  enlever  les  plus 
beaux  droits  de  fa  couronne  &  de  fon  Du¬ 
ché  ,  que  fes  prédeccffeurs  aboient  tant  eu 
de  foin  de  maintenir.  Affurément  que  Hen¬ 
ri  n’appréhendoit  en  cela  qu’autant  qu’il 
le  vouloir  bien  ,  &  s’il  avoir  eu  envie  que 
les  Abbcz  fc  biffent  fournis  à  leurs  Evêques, 
il  n’auroit  plus  éré  Ci  timide  ,  étant  venu  à 
bout  de  bien  plus  grandes  chofcs. 

A  l’égard  de  ce  qu’il  déclare  dans  cette 
lettre  ,  que  Ci  Hugues  eût  parlé  de  l’obéïf- 
Xance  de  ces  Abbez  quand  le  Pape  fe  rrouva 
à  Rouen  ,  il  auroit  été  le  premier  à  confen- 
tir  à  tout  ce  qui  auroit  été  raifonnablc  j  c’eft 
ce  que  le  Prélat  n’avoit  garde  de  faire  :  il 
jugeoit  bien  que  l’occanon  n’étoir  pas  fa¬ 
vorable  pour  lui.  Innocent  avoir  alors  tout 
befoin  de  l’appui  du  Monarque  Anglois 
contre  l’Antipajpe  Anaclet ,  &  cette  conli- 
dération  fut  même  caufe  qu’il  n’ofa  foute** 
nir  davantage  Hugues  ,  quand  il  vit  les 

*  Spicil.  A  l.  p.  458, 

Mars  1716, 


des  Sciences  &  des  beaux  /4rts.  5-3^ 

menaces  de  ce  Prince  ,  quoiqu’il  fut  recour¬ 
ue  en  Icalie  ,  comme  je  l’ai  obfervé  fur  le 
fixiéme  moyen. 

X.  Je  n  ai  plus  ainfi  à  réfuter  que  ce 
dixième  &  dernier  moyen  du  P.  Couf- 
ranc  *.  Il  lui  paroîc  admirable  ,  &  il  veuc 
qu’il  le  paroillc  auflî  à  tout  autre  ,  que  Ra- 
genfroy  Abbé  de  S.  Oiicn  fe  fût  trouvé  cm» 
barralTé  félon  Pacte  fur  la  demande  qu’In- 
noccnt  lui  fie  ,  &  à  Guillaume  Abbé  de  Ju- 
miegcs  ,  s’ils  avoient  des  privilèges  auten- 
tiques  pour  fe  précendre  exempts  de  la  ju- 
rifdiétion  de  leur  Archevêque  -,  car  l’un  & 
l’autre  n’avoient  ,  dit-il  ,  qu’à  répondre 
qu’ils  n’en  avoient  poinc  befoin  ,  &  que  leur 
droit  étoit  appuyé  fur  la  coutume  inviola¬ 
ble  de  la  Province,  à  laquelle  leur  Souve¬ 
rain  ne  leur  permettoit  pas  même  de  re¬ 
noncer. 

Je  veux  que  ces  Abbez  eufient  fait  pré- 
eifément  cette  réponfe  ,  en  eufient- ils  été 
moins  dans  l’embarras  ?  Le  Roi  d’Angle¬ 
terre  n’écoic  point  à  Reims  pour  les  appuyer 
par  des  menaces  ,  comme  il  fie  dix- huit 
mois  après  par  fa  lettre  à  Innocent ,  & 
l’Archevêque  Hugues  y  étoit  au  contraire  , 
pour  rcpréfcncer  au  Pape  que  cette  coutu¬ 
me  générale  n’écoic  qu’un  grand  abus  gé¬ 
néral ,  contre  lequel  les  Evêques  de  Nor¬ 
mandie  s’étoienc  en  tout  cems  élevez,  & 
qui  caufoic  fans  ceffe  des  conteitations  cn- 

*  Vtnd.  p.  6 24. 

Mais  1716.  Aa  yj 


Mémoires  pour  l'Hijioire 
tre  eux  &  les  Abbcz  ,  qui  ne  finifloient  à 
l’avantage  de  ceux-ci  ,  que  par  la  violence 
de  la  puilfance  féculicre.  Innocent  ne  pen- 
foit  pas  non  plus  autrement  de  cette  coutu¬ 
me  ;  &  ainfi  ce  n’étoit  donc  que  par  des 
privilèges  que  les  Abbez  pouvoient  bien  fe 
défendre  devant  lui  :  toutes  remarques  que 
j’ai  déjà  faites  fur  le  fepticme  moyen,  dont 
celui-ci  ne  différé  prefque  pas. 

Nôtre  Bénédictin  ajoute  que  l  Abbe  de 
S.  Oiien  ne  devoir  pas  «tre  déconcerté  iur 
ceux  qu’il  produiloit  devant  Innocent  > 
quoique  fuppolcz  ,  puifqu’ils  paroifioient 
autentiques  :  mais  étant  fi  récens ,  façon- 
fcience  ne  pouvoit-elle  pas  lui  en  reprocher 
l’impofturc  jufqu’à  le  faire  un  peu  chan¬ 
ger  de  couleur  ?  Et  n’cft-  ce  pas  la  ce  qui  ar¬ 
rive  à  tous  ceux  en  qui  le  menfonge  n’cft 
pas  encore  pafie  en  nature  ?  * 

Ce  fçavane  homme  eft  étonné  aufli  , 
qu’innocent  n’eût  pas  moins  condamne 
l’Abbé  de  Jumiegcs  à  promettre  1  obéifian- 
ceâ  l’Archevêque  de  Rouen  ,  que  cet  autre 
Abbé  qui  s’éroit  prévalu  feul  de  faux  privi¬ 
lèges  :  &  ce  n’cft  que  pareequ’il  ne  veut 
pas  fe  fouvenir  que  ce  Pape  regardoir  com¬ 
me  abfolumcnt  abufive  &  très  dangereufe 
la  coutume  fur  laquelle  il  s’appuyoit  pour 
s’en  exempter  j  car  fans  cet  abus  il  n  au- 
roit  pas  non  plus  condamné  l’Abbé  de  Sè 
Oiien. 

Voilà  donc,  M.  C.  P.  à  quoi  fe  rédui- 
fent  routes  les  fauftetez  que  le  P.  Couftans 
Mars  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  f  3  ^ 
a  cru  appercevoir  dans  la  copie  de  la  lettre 
de  l’Archevêque  Hugues  &  le  certificat  de 
l’Evêque  d’Evreux  fou  neveu  ;  &  c’eft  pré- 
fentement  à  vous  à  juger  fi  elles  l’ont  mis 
en  droit  d’en  conclure,  comme  il  fait,  que 
ces  deux  parties  ne  compofent  enfembie 
qu’une  fable  énorme,  mal  afiortie  ,  &  tou- 
rcfarcic  de  menfonges  inanifeftes  *.Enor - 
me  commentum  .  .  .  incondltam  fabula/» , 
que.  tôt  tamque  aptrtis  mendacits  featet.  Ii 
demande  enluite  comment  on  peur  exeufer 
un  Religieux  tel  que  fon  adverfaire  de  s’ê¬ 
tre  fervi  d’une  femblable  pièce  fans  en 
avoir  fait  aucun  examen  ,  &  d’en  avoir  ti¬ 
ré  fans  fcrupule  des  eonfequences  ,  qui  ren¬ 
dent  à  rendre  fufpeéls  les  titres  de  deux  il- 
luftres  Eglifes.  Mais  cela  étant,  ferai-je 
moi  fans  péché,  quoique  je  ne  fois  point 
Religieux  ,  lorfqu’après  avoir  examiné  à 
tête  repofée  cette  même  piece  ,  &  l’avoir 
comparée  avec  les  autres  monumens  indu¬ 
bitables  du  tems  qui  y  ont  rapport ,  j’ofe 
foutenir  qu’il  y  a  un  parfait  accord  entre 
elle  &  eux  ,  &  par  conféquent  qu’elle  eft 
très-veritablc  ,  quelque  tort  qu’elle  puiflo 
faire  aux  privilèges  des  deux  Eglifes  dont 
il  s’agit  ?  •  • 

Ce  n’eft  pas  toutefois  qu’il  foit  permis 
à  caufe  de  ceux  là  de  révoquer  aufli  en 
doute  les  autres  titres  de  ces  Eglifes  ,  qui 
paroîtront  vrais  de  tous  cotez,  nonobftane 

*  Vînd.  p.  69  5. 

Mars  1716* 


j  3  <  Mémoires  pour  i  H  ifio  re 

qu’ils  foyent  Hans  le  même  lieu  :  car  c  c;  j 
ce  qui  feroie  entièrement  injufte  ;  mais  i 
ne  fera  jamais  julïc  non  plus  que  pou  : 
leur  confervcr  leur  autorité  on  falfc  paiîc 
pour  groflicrcmcnt  faux  un  aétc  origina  ; 
qui  fc  trouve  ainfî  véritable  a  toute  épreu 
vc  dans  ce  qu’il  contient.  La  lettre  de  Hu 
gués  fut  écrite  pour  fervir  à  S.  Thomas  d 
Cantorbery  ,  &  il  cft  certain  par  l’hsltoirc 
du  Moine  Gervais  a  ,  Auteur  prcfquc  con 
temporain  ,  que  la  contcftation  touchan 
les  privilèges  de  l’Abbaïe  de  S.  Augudir 
étoit  formée  avant  l’Epifcopac  de  ce  iaint  ; 
&  que  l’Abbé  Clarebaud  ne  voulut  pa‘ 
qu’il  le  bénit.  Le  certificat  de  Gilles  fut 
fait  depuis  la  mort  de  S.  Thomas ,  &  il  cft 
aufli  également  certain  par  la  même  hif- 
toire,  que  Richard  fon  fuccefTcut  continua 
le  procès,  outre  qu’on  a  encore  parmi  les 
lettres  de  Pierre  de  Blois  b  une  plainte  très 
vive  que  cet  Archevêque  fît  au  Pape  Ale. 
xandre  111,^4  te  qu'il  lui  enlevait  cette 
Abbuie  pour  lu  foumettre  immédiatement  un 
S.  Siégé ,  comme  fi  ,  difoit  il  ,  l’Eglife  Ro - 
muine  n  étoit  pus  de'jà  ajfez,  riche  de  fon 
propre  fond.  Aioû  rien  ne  fe  dcmcat  dans 
cet  aéfe. 

Il  eft  vrai  néanmoins  qu’on  pourroic 
encore  former  contre  quelques  d  fEcultez, 
qui  ne  font  point  venues  dans  l’efprit  du 
P.  Coudant  i  &  quoiqu’elles  ne  foyent  pas 

a  Gerv.  Dorob.p.  318.531,6  JP etr.BUfep. 6  8 , 
Mars  1716. 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  f  3  7 
<i  une  autre  force  que  les  precedentes ,  je 
vais  aulîî  y  répondre  ,  afin  qui!  ne  iciic 
aucune  objection  fans  folution. 

Premièrement  ,  l’original  de  cet  acte 
étant  adrciTé  à  un  Pape,  devroit  être  dans 
les  archives  de  l'Eglifc  de  Rome  ,  Sc  non 
pas  dans  celles  de  l’Eglifc  de  Canrorbery. 
Mais  apparemment  qu’il  fut  rendu  à  cccre 
dernierc  Eglife  avec  les  autres  pièces  du 
procès  ,  ou  même  qu’on  ne  s’en  fervit 
point,  car  combien  d’affaires  de  cette  na¬ 
ture  n’abandonne-t’on  pas  ?  &  celle  de  l’e¬ 
xemption  de  l’Abbaie  de  Felcan  ,  entre- 
prife  avec  tant  de  chaleur  il  y  a  prés  de 
trente  ans  par  M.  de  Mcfdavy  Archevêque 
de  Rouen  ,  &  feu  M.  Colbert  alors  Ton  Co¬ 
adjuteur  >  n’a  t  elle  pas  eu  ce  forr  ? 

Une  autre  difficulté  eft,  que  nôtre  titre 
femble  avoir  été  abfoiumcnt  inconnu  à 
Cantorbery  ,  dans  le  tems  même  où  il  au- 
roit  du  y  faire  beaucoup  d’eclat  j  car  il 
n’eft  guercs  à  croire  que  les  Moines  de  ia 
Cathédrale  l’y  tinfient  fecret  par  charité 
contre  les  Moines  de  l’Abbaie.  Ii  n’eft  fait 
aucune  mention  ni  de  la  lettre  de  Hugues, 
ni  du  certificat  de  Gilles  ,  dans  la  lettre  de 
Richard  fucceiîcur  de  S.  Thomas  à  Ale¬ 
xandre  III,  cirée  ci  delfus  ,  quoique  ces 
deux  pièces  eufTenrétéfi  propres  à  fortifier 
fa  caufc  auprès  de  ce  Pape  ,  &  il  n’en  eft 
point  non  plus  du  tout  parlé  dans  ce  que 
le  Moine  Gcrvais  de  Cantorbery  a  écrit 
touchant  l’exempeioa  de  l'Abbaïe  de  S. 
ÂUrt  1716, 


j  3  8  Mémoires  pour  V  Histoire 
Auguftin  ,  où  il  rapporte  alfez  aa  long  ce 
que  les  Abbez  de  ce  Monaltere  &  les  Ar¬ 
chevêques  de  Cantorbcry  allcguoient  > 
ceux-ci  pour  la  combattre,  &  ceux  la  pour 
la  défendre. 

Il  dit  feulement  que  Calixce  II.  l’accor¬ 
da  en  1 1 19  dans  le  Concile  de  Reims  >  par 
rcfïcntiment  de  ce  que  l'Archevêque  Raoul 
d  Ecures  ,  auparavant  Abbé  de  S.  Martin 
de  Seez  ,  n’écoit  point  comme  les  autres 
Evêques  allé  en  perfonne  lui  rendre  fes 
devoirs  à  fon  affomption  au  Souverain 
Pontificat,  fe  trouvant  alors  tous  deux  en 
France  *  ;  que  les  Abbez  de  S.  Auguftin 
refufoient  néanmoins  de  lailler  voir  l  ori¬ 
ginal  du  privilège  de  ce  Pape  >dont  ils  ne 
montroient  que  des  copies  ;  que  tous  les 
tours  d’adrefte  mis  en  ufage  par  eux  dans 
cette  affaire  ,  étoient  de  l’invention  du 
Moine  Guillaume,  neveu  de  l’Abbé  Hu- 
gues  ,  qui  fut  furnommé  le  Diable  par  cet¬ 
te  raifon  ,  &  que  l’Archevêque  Tibaud 
l’excommunia;  qu’il  obtint  des  confirma¬ 
tions  de  ce  privilège  des  Papes  fuivans  de¬ 
puis  Innocent  II ,  jufqu’à  Alexandre  III  > 
qui  bénit  lui  même  l’Abbé  Roger  ,  que 
l’Archevêque  Richard  refuloit  de  bénit 
fans  la  profefTion  d’obéïftance  ,  &  que  ce 
Prélat  continuant  pourtant  toujours  de 

*  Gervaf.  Dorob.  p.  3 1  %.&  &  145^» 

| y.  Thorn.p.  1764.&  fe^.Spclm»  Conc.Aug* 
p.  113- 

Mars  1715. 


I 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  f 

demander  à  ce  Pape 'que  l’Abbé  de  S.  Au- 
guftin  fûc  condamné  à  reprefenrer  les  ori¬ 
ginaux  de  Tes  privilèges  ,  on  lui  en  fit  à  la 
fin  voir  deux  ;  que  l’un  ,  qui  croit  du  Roi 
Etfuibert  ,  paroiffoic  graté  &  retouché  en 
quelques  endroits  ,  outre  qu’il  étoit  fans 
fouferiprion  &  fans  fceau  ;  &  que  l’autre, 
qui  étoit  de  S.  Augullin  fondateur  de  l’Ab- 
baïe,  fembloit  d’une  écriture  affez  récente. 

J’ai  marqué  dès  le  commencement  de 
cette  differtation  que  vraifemblablemenr 
l’original  de  Hugues  Archevêque  de  Roüen 
fut  perdu  par  S.  Thomas  de  Cantorbery  , 
dont  l’Epi feopat  fut  toujours  fi  agité  :  ainfi 
i!  a  bien  pu  ne  point  venir  à  la  connoilTance 
de  Richard  fon  Succefieur.  A<  l’égard  du 
certificat  de  l’Evêque  d’Evrcux  ,  je  préfume 
que  Richard  ne  l’obtint  de  lui  que  depuis 
qu’il  eut  écrit  fa  lettre  fi  vehemente  au 
Pape  Alexandre.  Et  pour  ce  qui  cil  de  l’ig¬ 
norance  où  le  Moine  Gcrvais  paroît  avoir 
été  fur  ce  même  certificat ,  fi  on  a  tout  ce 
qu’il  a  fait  touchant  cette  affaire,  c’efl  qu’il 
n’écrivoir  que  vers  l’an  noo  ,  auquel  la 
mémoire  de  cette  piece  pouvoir  déjà  être 
effacée,  &:  qu’elle  aura  echapé  à  fes  recher¬ 
ches. 

Mais  la  plus  grande  difficulté  fur  l’aéle 
en  queilion  ,  eft  de  le  concilier  avec  un 
accord  fait  en  1 1  30  ,  un  peu  avant  le  Con¬ 
cile  de  Reims  ,  entre  le  même  Archevêque 
de  Rouen  &  Ragenfroy  Abbé  de  S.  Oüc  n 
par  la  médiation  de  l’Abbé  de  Cluni  :  félon 

Mars  1716. 


540  Mémoires  pour  VHiftoife 
l’hiftorien  de  ce  Monaftcre  *  ,  Hugues  y 
confirmoit  toutes  les  coutumes  utiles  &C 
honorables  de  l’Abbaïe,  entre  autres  celle 
qui  obligeoie  les  Archevêques  à  Te  faire  fa- 
crer  dans  l’Eglife  de  S.  Oiien  :  &  Ragen- 
froy  y  reconnoifîoit  de  fou  côté,  que  lui  & 
fes  Moines  étoient  fujets  à  là  correction  de 
l’Archevêque,  quand  ils  le  meritoient  ;  $C 
il  ne  s’attribuoit  dans  ce  cas  autre  privilè¬ 
ge  que  celui  félon  lequel  l’Archevêque  ne 
pouvoir  la  leur  faire  que  dans  l’imcrieur 
de  leur  maifon ,  conformément  à  la  règle 
de  S.  Benoîr. 

Un  pareil  accommodement  ne  donne- 
t-il  pas  quelque  lieu  de  fuppofer  qu’il  n’y 
avoir  point  alors  de  contcftation  pour  la 
profclfion  de  l’obcïflance  des  Abbcz  de  S. 
O  iien  ?  &  Hugues  n’auroic-il  pas  dû  obli¬ 
ger  Rngenfroy  à  ne  les  y  pas  reconnottre 
moins  fujets  qu’à  la  correction  des  Arche¬ 
vêques,  s’il  avoir  actuellement  refufé  lui 
même  de  fe  faire  bénir  pour  certe  raifon  ? 
Peut-être  lui  avoic-il  promis  verbalement 
qu’il  recevroit  de  lui  la  bcnediCtion  ,  à  la 
condition  qu’il  defiroir.  Mais  j’ai  néan¬ 
moins  plus  de  penchanc  à  croire  que  l’Hif- 
toricn  de  S-  Oiien  fc  feroit  mépris  fur  la 
datte  de  cette  tranfaCtion  ,  &  qu’elle  feroic 
poflerieure  au  Concile  de  Reims  ;  car  Ra- 
genfroy  y  ayant  été  contraint  de  promettre 
i’obéïlTance  à  Hugues,  il  étoic  fort  naturel 

*  Hift.de  i  Ab.de  S.  Oiien  p.  1 
Mars  1716. 


des  Sciences  fades  beaux  <Arts.  54* 
qu’un  ami  commun  ,  comme  l'Abbé  tic 
Ciuni  ,ou  Hugues  avoir  été  Religieux,  en- 
trepric  enfuite  de  les  accorder  par  un  fem- 
blable  traité. 

Au  refte ,  avant  que  de  finir  je  fuis  bien 
aife  ,  M.  C. ,  P.  de  vous  faire  obferver  qu’il 
n’étoit  pas ,  ce  femblc,dc  la  prudence  du 
P.  Couftant  de  faire  imprimer  de  nouveau 
l’aéfe  de  l’Evêque  d’Evreux  ,  qu’il  a  mis 
par  là  fous  les  yeux  de  tous  les  fçavans 
François  à  qui  il  étoic  auparavant  peu  con¬ 
nu  ,  &  ne  devoir  pas  non  plus,  à  mon  fens, 
tant  s’attacher  à  le  faire  regarder  comme 
fuppofé  ,  puifqu’il  en  a  fait  retomber  l’im- 
polîurc  fur  les  Moines  de  l’Eglife  prima¬ 
tiale  de  Cantorbery  ,  qui  comcftoienr  l’e- 
xemption  aux  Moines  de  l’Abbaïc  de  la 
même  ville.  Car  il  fera  toujours  afitz  in¬ 
différent  à  ceux  qui  cherchent  à  faire  de  la 
peine  à  fon  Ordre  au  fujer  des  faux  titres  , 
par  quels  Moines  de  cet  Ordre  ils  auront 
été  fabriquez. 

Auflî  le  P.  Mabillon  avoit  bien  fenti  cet 
inconvénient  ,  &  quoiqu’il  ait  donné  de¬ 
puis  l’imprcffion  de  1  ' Anglia.  facra  ,  la  fé¬ 
cond  e  édition  augmentée  de  fa  Diplomati¬ 
que  *  ,  où  il  parle  des  titres  de  l’exemption 
de  l’Abbaïe  de  Cantorbery  ,  qu’il  tâche  de 
juftifier  contre  Spelman  ,  il  n’a  point  voulu 
du  tout  s’obje&er  cet  aéfe  de  l’Evêque  d’E¬ 
vreux  qui  leur  effc  fi  contraire.  11  a  aufii  ufé 

*  Dîplom.  p.  118. 

Mars  1710'. 


54  Mémoires  pour  ÏHiftoîre 
de  !a  même  referve  dans  fcs  annales,  quant 
il  y  fait  mention  de  conteftations  furve-j 
nues  entre  des  Monafteres  où  l’on  avoic  : 
produit  quelque  fauffe  picce.  Qu’on  voye , 
par  exemple  ,  dans  le  cinquième  tome  p. 
334.  361.  501.  ce  qu’il  dit  d’un  long  pro¬ 
cès  qu’il  y  eut  entre  les  Moines  de  Cluni  & 
ceux  de  S.  Perc  de  Chartres,  pour  le  Mo- 
naltere  de  Nogent  le  Rorrou  qu’ils  fe  dif- 
putoient  ,  il  fe  contente  d’apprendre  à  fes 
Lecteurs  qu’Euftache  Abbé  de  S.  Pcre  pré¬ 
tendant  au  Concile  d’Autun  en  105)4.  c]ue 
Rocrou  I.  Comte  de  Mortagne  l’avoit  don¬ 
né  à  fon  Abbaïe  ,  un  Envoie  de  Geofroy  II. 
fils  de  ce  Rotrou  prouva  que  cela  étoic 
faux  ;  &  que  cette  caufe  qui  avoit  aufii  été 
portée  au  Concile  de  Meaux  de  l’an  io8x. 
fut  à  la  fin  terminée  en  faveur  des  Moines 
de  Cluni  en  1 107.  par  un  jugement  du  Pa¬ 
pe  Pafcal  II.  confirmatif  de  celui  d’Urba  n 
II.  donné  en  1095,  contre  lequel  les  Moi¬ 
nes  de  S.  Pcre  étoient  encore  revenus  du* 
rant  le  Concile  de  Troies  où  Pafcal  prefi- 
doir. 

.  Cependant  les  mêmes  Leéteurs  n’au- 
roient  pas  été  fâchez  de  fçavoir  aulli  que 
lors  de  ce  dernier  examen  Guillaume  Abbé 
de  S.  Pcre  présenta  au  Pape  des  lettres  de  la 
prétendue  donation  du  Comte  Rotrou  I. 
que  le  Comte  Rotrou  II.  fon  petit  fils  fou- 
tint  qu’elles  étoient  faulîcs  ,  que  fon  oncle 
paternel  dont  on  y  voyoic  la  foufeription  , 
nioit  qu’il  s’y  fut  trouvé  ,  &  qu’elles 
Mars  1 7 1 6 . 


des  Sciences  &  des  bexux  Arts.  J4J 
favo.ent  écé  fabriquées  dans  le  chapitre  de 
S.  Pere  ,  &  dans  un  autre  tems  qu’on  ne 
marquoit ,  ce  qu’un  homme  qui  y  éroit  pré- 
fcnc  offroir  d’attefter  par  fermenr.  Mais  de 
telles  particularités  ne  convenoient  pas  au 
bue  que  ccr.  illulhe  Annaliiïe  ne  perd  point 
de  vûë.  Les  pièces  de  ce  procès  font  dans  la 
Bibliothèque  deCluni,  &  dans  l’hiftoirc 
du  Perche.  Je  fuis ,  &c. 

Ce  10.  Sept.  1715. 

Article  XXXV. 
NOUVELLES  LITERAIRES . 

D'ALEMAGNE,  DE  HAMBOURG.! 

LA  Bibliothèque  Hébraïque  de  Mr.  Vol- 
fïus  n’ert  pas  un  fimplc  abrégé  de  Bar- 
olocci  >  le  fçavant  Auteur  a  profité  du  tra* 
rail  de  ce  grand  homme  ,  fi  verfé  dans  la 
iterature  Hébraïque,  mais  il  a  travaillé 
le  fon  côcé ,  &  fuppléé  ce  qui  manque  à 
3arcolocci. 

DE  LIPSIC. 

Nos  ProfdTcuts  en  Théologie  font  affez 
ouvent  prédicateurs  ,  cela  eft  plus  rare  à 
>aris.  Mr.  Rechemberg  ,  ProfcfTcur  de 
rhéologie,  vient  donner  a  nos  Orateurs 
acres  des  réglés  fur  la  prudence  &  fur  U 
Mars  171 6, 


$44  Mémoires  pour  V  Hi foire 

bienféance  :  règles  necefl'aires  ailleurs 
qu’en  Saxe. 

De  prudentia  &  decoro  infuggejlu,  in  8°. 
Ï7M- 

Le  même  Auteur  nous  donna  l’an  parte 
une  bibliothèque  Théologique  ,  hiftori- 
que  &  Eccléliaftique. 

Adami  Rechembergii  hierolexicon  reale  , 
hoc  eft  bibliotheca  Théologien  &  hijlorico - 
Eccle/iaflica,  in  40. 

DE  HALL. 

La  matière  des  fiefs  eft  d’une  grande  im¬ 
portance  en  Allemagne.  Mr.  Gundlingius 
a  tâché  d’éclaircir  cette  matière  dans  un 
traitté  des  fiefs  à  baniere. 

N icolaus  Gundlingius ,  de  fendis  vexilli  , 
in  40. 

D’U  LME. 

Le  traité  des  fucceffions  par  Mr.  Har~ 
frecht  ,  un  de  nos  plus  célébrés  Jurifcon- 
fuites,  paroît  ici  en  trois  tomes  in  40. 

DE  SALTZBOU&G. 

r  Ajoutez  â  vôtre  catalogue  des  Schoîaf- 
ri  ques  Auguflinus  magg.  de  Deo  ,  aftibus 
humants  &  legibus  ,  imprimé  depuis  peu 
dans  cette  ville. 


Mars  t  ji6„ 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts .  ç  4  y 

D’ITALIE,  D  E  ROME. 

Le  P.  Cloche,  General  de  l'Ordre  de  S. 
Dominique  ,  a  écrit  une  lettre  circulaire 
aux  Supérieurs  de  fes  Monaftcrcs  ,  pour 
leur  demander  des  Mémoires  fur  l’hirtoire 
de  l’Ordre.  Il  a  chargé  le  Perc  Rttviere  d’ea 
faire  les  annales. 

DE  BOLOGNE. 

Le  Pcre  Pcllegrino  Antonio  Ollandi  de 
l'Ordre  des  Cannes  ,  connu  par  fou  abece- 
dario  Piclorico ,  a  voulu  rcconnoîtrc  l’clf i- 
me  que  cette  ville  a  pour  lui  ,  en  faifanc 
connoître  les  Ecrivains  qui  y  font  nez.  No¬ 
tifie  de  gît  [criptori  Bologne  fi  ^  in  40. 

DE  M  O  D  E  N  E. 

- 

Mr.  Muratori  cft  un  de  ces  cfprits  capa¬ 
bles  de  tout  qui  ne  fc  bornent  pas  à  un  gen¬ 
re  de  liccracure  i  Théologien  ,  Critique  , 
Poëcc  ,  il  vient  de  donner  des  reflexions 
fenfées  fur  la  manière  de  fe  conduire  dans 
les  tems  de  perte.  Del  Governo  délia  pefie  : 
il  eft  dans  ce  rraité  ,  Mcdecm  ,  Politique, 
Cafuiftc. 

DE  NAPLES. 

Le  fécond  corne  des  vies  de  cens  de  Lcr- 

%  n 

très  nez  a  Salentc  contient  les  vies  de  dix 
de  ces  hommes  illuftres. 


6  Mémoires  pour  l'HiJloire 

Le  vitte  de  letterctti  Salentini  fcritte  da 
Domenico  de  Angel'ts ,  in  8°,  parte  fecunda . 
Il  y  a  deux  ans  que  ce  livre  Ce  vend  ,  mais 
vous  n’en  avez  point  encore  parlé. 

D’ANGLETERRE. 

Mr.  Difney  a  formé  le  deflein  utile  de 
recueillir  dans  un  corps  toutes  les  loix  qui 
onc  pour  objet  la  reformation  des  mœurs 
&  l’extirpation  des  vices.  Corpus  legum  de 
tnoribus  reformandis  j  ex  Conftitutionibus 
Imper  atorum ,  Decretis  Conciliorum  &  P  on - 
tificum ,  Ediciis  Regtém  ,  &  Gentium  om¬ 
nium  in  Europa  Jlatutis  hodie  receptis  :  Ro - 
manorum  etiam  Gracorumque  &  veterum 
aliorum  confultis  ,  excerptum  >  &  glojfis  feu 
commentariis  brevibus  explicntum.  Il  prie 
tous  les  Théologiens  ,  Jurifconfultcs  ,  & 
autres  fçavans  ,  qui  vendront  favoriîcr  fon 
delfein  ,  de  lui  indiquer  non  feulement  les 
meilleurs  Interprètes  du  Droit  Civil  & 
Canon,  mais  aufli  les  loix  particulières  de 
chaque  pais,  ville  &c.  del’Europe,  contre 
l’adultère  &  les  autres  efpeces  d’impureté  , 
l’y  vrefle  ,  le  blafpheme  ,  &  les  juremens  , 
le  parjure  ,  le  mépris  du  culte  Divin  &  du 
Dimanche  ,  les  jeux  dedez  ,  les  duels  ,  les 
oblcenitez  des  Comédiens  ,  Bateleurs  ,  la 
parelfe  &  méchanceté  des  Mendians  s  afin 
d’en  faire  ufage  dans  fon  Recueil.  Il  a  def- 
fein  de  traiter  de  chacun  de  ces  vices  à 
part  j  &  dans  cette  vue ,  il  a  déjà  extrait 
Mars  17 1 6.  tout 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts  547 

fout  cc  qu’il  a  trouvé  dans  les  loix  des 
Athéniens  ,  des  Lacédémoniens  ,  Egyp-- 
tiens,  Cretans ,  ou  dans  celles  de  Platon 
qui  conviennent  à  fondeflein.  Il,a  examiné 
le  Droit  Civil  &  Canon  ,  &  a  confulté  là 
deifus  Brilîonius  ,  Clarus  ,  Menochius , 
Covaruvias ,  Gothofredus  ,  Cujacius  ,  & 
d’autres  ,  comme  aufli  le  Code  Théodo- 
Een  ,  les  Conciles  de  Labbe  ,  le  Bullarium 
Romanum  de  Chérubin  ,  le  Recueil  des  loix 
Gothiques  ,  Saliques  ,  Bourguignones , 
Saxoncs  &  Lombardes, fait  par  Heroldus, le¬ 
quel  il  veut  comparer  avec  Lindenbrogius. 
Mr.  Difney  a  aufli  extrait  toutes  les  loix- 
anciennes  &  modernes  d’Angleterre  &  d’E- 
colTe  à  fon  fujet  ;  mais  il  n’a  pas  celles  des 
autres  nations  ,  il  demande  le  fecours  des 
Sçavans.  > 

Mr.  Douglas  nous  a  donné  l’cfTai  d’une 
hiftoire  des  Anatomiftes  anciens  &  mo-- 
dernes. 

Bibliographie  anatomies,  fpecirnen  :  five 
catalogus  omnium  pene  Aufforum  ,  qui  ab 
Hipocrate  ad  Harveum  ,  rem  anatomicam 
ex  profejfo  ,  vel  obiter  feriptis  illuftrarunt  : 
opéra  fmgulorum  inventa  juxta  temporum 
feriem  compleffens .  Cura  &  Jludio  jacobi 
Douglas  M.D.foc.  Reg.foc.&in  Colleg.  Cki- 
rutg.  Londinenf.  Prel eftoris  anatomici.  In  8°. 

D’HOLLANDE,  DE  LA  HAYE. 

\  Les  nouveaux  effais  de  morale  de  Mr.  de 
Mars  1715.  B  b 


548  Mémoires  pour  ÏMiftoire 

la  Placette  ,  imprimez  chez  Scheurleer, 
onc  autant  de  cours  que  les  effais  de  mora¬ 
le  qu'il  publia  il  y  a  environ  trente  ans  :  la 
juftdfede  Tes  penfées  ,  la  clarté  de  Ton  fti- 
Je  ,  la  modération  de  Tes  fentimens  ,  apu¬ 
rent  le  fuccès  de  tous  Tes  ouvrages.  Il  ap¬ 
proche  de  la  vrayefoi  plus  près  que  les  au¬ 
tres  Ecrivains  de  fa  fe&e  ,  mais  ce  n’eftpas 
affez  d’en  approcher,  il  faut  y  entrer. 

D’AMSTERDAM. 

Boom  vend  deux  livres  d’une  érudition 
profonde  ,  dont  les  Auteurs  font  Anglois  , 
une  rradu&ion  de  la  paraphrafe  Chaldai- 
que  fur  les  livres  des  Paralipomenes,  &  l’o- 
jfaifon  Dominicale  en  plus  de  cent  langues 
differentes. 

Paraphrafis  Chaldaiea  in  libtos  chronico 
rum  y  Auftore  Kabbi  Jofepbo  Academiét.  il 
Syria  Rettore  i  nunc  dernurn  e  mfto.  Canta 
brigenfi  de  fer  ip  ta  ,  fa  cum  verfione  Latin t 
in  Lucent  miffit ,  d  T) avide  Wilkins  ,  in  40. 

Oratio  Dominica  in  diverfas  omnium  fe 
fe  gentium  linguas  verfa  ,  fa  propriis  cu)uf 
que  linguA  charafteribus  exprejfa.  Vna  cun 
differtationibus  nonnullis  de  linguarum  origl 
ne\variifque  ■pfarum  pronuneiationibus.  Edi 
tore  Joanne  Chamberlaynio  Anglo  Britann 
S. R.  Londin.  fa  Eerolin.  Socio .  In  40. 


Mars  1716, 


des  Sciences  &  des  beaux  Arts.  $49 

DE  PORTUGAL ,  DE  LISBONNE. 

La  Cofmographie  Portugaifc  qui  paroîc 
depuis  trois  ans  ,  &  le  Calendrier  hiftori- 
quc.de  Portugal  qui  paroîc  depuis  un  au , 
méritent  que  vous  les  fafïiez  connoître. 

Anno  Hiflorico  dicirio  P  or  fuguez,  notifia 
abreviuda  dus  pejfo  as  grandes  e  coufas.  No- 
taveis  de  Portugal.  Xomo primero  pelo  R.  P, 
Prancifco  de  Santa  Maria  Clerigo  Regular 
&c.  Lisboa  1714.  in  folio.  Le  fuivant  eft 
d  un  très  grand  détail. 

Corographia  Portuguez,  a  e  doferippam 
Topographie  a  do  famofo  Regno  de  Portugal 
comas  notitias  dos  fundapoes  das  cicades , 
villas  &  lugares  que  contem ,  Varooes  illuf- 
tres  genealogico  das  familias  nobres  &c.  pelo 
Padre  Antonio  Carvalho  da  cofia  e  Lisvoa 
ix.  fol.  3.  W. 

DE  PARIS. 

Le  fécond  tome  de  V  Apparatus  ad  Biblio- 
thecam  maximum  du  P.  Nourry  Benediétin 
cft  une  ample  critique  des  Peres  Latins  qui 
on:  fait  des  apologies  pour  les  Chrétiens. 
Dire  qu’elle  cft  du  Pcre  Nourry  ,  c’cft  dire 
quelle  eft  exa&e  &  judicieufe.  Il  a  fait 
réimprimer  à  la  fin  de  ce  volume  le  livre  de 
la  mort  des  perfécuteurs  ,  &  fourenu  par 
de  nouveaux  argumens  qu’il  n’eft  pas  de 
Laétancc. 

'  Mars  1716.  B  b  ij 


j  jo  Mémoires  pour  VHiJioin 

Mr.  Lartigaut  ,  qui  vient  de  mourir , 
avoit  pafle  fa  vie  à  lire  les  anciens  Auteurs 
Grées  &  leurs  Scholiaftes  j  le  feul  fruit  de 
cette  étude  qui  ait  paru  eft:  la  fphere  hifio- 
tique  imprimée  chez  Cailleau.  C’eft  une  ex¬ 
plication  des  fables  qui  ont  rapport  aux 
Aftres.  Ce  livre  eft  /»  n. 


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table 


T  AB  L  E 

Des  Mémoires  pour  l’Hiftoire  des 
Sciences  &  des  beaux  Arts.  Mois 
de  Février  1716. 

»  .  .  •  1 

Art.  XXVI.  T  A  Pratique  du  Thé  a - 
1  jtre.  par  l’Abbé  d’ Au- 
bignac.  Page  359 

Art.  XXVII.  Le  Spectateur ,  <?«  /e 
Socrate  moderne ,  oh  ro/V  /?  portrait 

tiaif  des  moeurs  de  ce  fiéile  traduit  de 
VAnglots .  p.5$2 

Ut.  XXVIII.  Hiftoire  du  com¬ 
merce  &  de  la  Navigation  des  An¬ 
ciens .  p.  399 

Art.  XXIX.  Hermanni  Hamel- 
I*  manni  opéra  genealogico-hiftorica 
de  Weftphalia  &  Saxonia  inferio- 
ri.  Les  œuvres  de  Herman  Hamel - 
tnann  touchant  les  généalogies  &  l  hif¬ 
toire  de  la  ]Vejlphalie  &  de  la  baffe 
Saxe.  p.  42  y 

Art.  XXX.  Phoronomia  ,  five  de 
viribus  &  motibus  corporum  fo- 
lidorum  &  fluidorum  libri  duo. 
Les  loix  du  mouvement  ;  ou ,  des  for¬ 
ces  dr  des  mouvemens  des  corps  folides 
&  liquides ,  en  deux  livres ,  par  Mr. 


table. 

Hermann.  P*  44i 

Art.  XXXXI.  Hifioiredes  Ordres  Mo- 
naftiques  ,  Religieux  &  Militaires , 
à  des  Congrégations  fé  eu  Itérés  de  l’un 
ér  de  l’autre  fixe  qui  ont.étê  établies 
jufqu'a  prefent.Tomes  III.  ù  IV.  pa¬ 
ge  450. 

Art.  XXXII.  Traaatus  de  imputa¬ 
tions  divina  peccati  Adami  pofte-^ 
ris  ejus  univerfis  in  reatum,  Traite 
touchant  l'imputation  du  péché  d'Adam 
sa  tous  fes  defeendans ,  pour  les  rendre 
criminels.  Par  Daniel  \Vhitej.  P*  4^^ 
Art.  XXXIII.  Dijfertat ion  fur  la  gan¬ 
grène  ,  &  furies  apurantes  de  la  gué¬ 
rir  fans  inafion ,  ni  amputation  ,  par 

Mr.  Goffet .  P-  494 

Art.  XXXIV.  Défenfe  d’un  afte  qui 
fait  foi  quun  Moine  de  5.  Mcdard  , 
nomme  Guernon  ,  fabriqua  de  faux 
privilèges  au  nom  du  S .  Siégé ,  en  fa¬ 
veur  de  plufteurs  EghfeSj  vers  le  com¬ 
mencement  du  XIIe  fiecle  >  contre  les 
rcmarques  'du  R.  P.  D.  Confiant ,  qui 
prétend  que  cet  afte  eft  fuppofe.  page 
•  501. 

A  r  t.  XXXV.  nouvelles  Literaires. 
D’  Alemagne ,  de  Hambourg*  p»  )'  4  5  • 
De  Lipfic.  •  -  l  v  ibld- 


table. 

De  Gall. 

D'Vlm . 

De  Saltz,bourg. 

D  Italie  ,  de  Rome . 

De  Bologne. 

De  Modene. 

De  Naples, 

D  Angleterre. 

De  h  ollande  ,  de  la  Haye, 
D’Amfterdam, 

De  Portugal ,  de  Lisbonne. 
De  Paris. 


S  44 

ibid. 

Ibid. 

P-.Ï4Ï 

ibid. 

ibid. 

ibid. 

p.  546 

P-547- 
p.  548 

P-.  S 4 9 
ibid. 


Fin  de  la  Table. 


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